La verticale du fou

Fabio M Mitchelli · Chapitre 10 sur 10

Pages du PDF

La verticale du fou

Épilogue

Mémoire d’outre-cieux…

 

Alors que s’était poursuivie ma longue transformation métaphysique, quelque part, hors de vos dimensions rationnelles, hors de vos substances existentielles et de vos positionnements théologiques intra-mondains, j’avais pu observer les châtiments se répandre sur les vermines qui grouillaient dans ce qui avait été mon berceau, mon monde, puis ma sépulture. Ce que vous, vous nommez encore votre univers, ne m’appartenait désormais plus.

Les scintillements rubescents de mes chairs écarlates, pendant l’autopsie de mon corps à l’état de déchet, m’avaient laissé entrevoir les capacités de l’homme à détruire non seulement toute forme de vie, mais aussi toutes formes éteintes, mortes, voire en état de putréfaction.

J’avais aperçu, lors d’une longue errance stratosphérique, alors que je m’apprêtais à rejoindre l’entrée de ce que j’appelle le déversoir des âmes, l’ignoble monstre qui s’apprêtait à passer la frontière belge dans son coupé Mercedes, voulant probablement rejoindre son pays natal pour s’y réfugier et laisser se tasser l’affaire de mon viol, ainsi que le suivant qu’il avait perpétré dans une région très proche de la mienne. Une fillette de quatorze ans avait disparu à la sortie du collège et avait été retrouvée le surlendemain, dans une vieille maison désaffectée à la sortie de la ville. Complètement tétanisée, en état de choc, la petite avait raconté comment Arno Van Weddingen l’avait enlevée à la sortie de l’école et l’avait enfermée dans le coffre de son véhicule. Elle avait ensuite, avec beaucoup de courage, raconté aux enquêteurs les supplices que lui avait fait subir son tortionnaire, elle avait même pu établir un portrait-robot de l’individu, racontant que dans un élan de bravoure elle avait réussi à lui déchirer le bas nylon qui lui masquait le visage.

Tout s’était alors recoupé dans la plus pure des clartés, dans la plus étincelante des lumières révélatrices.

Des prélèvements furent pratiqués sur la jeune Clara. Des comparaisons au fichier national d’empreintes génétiques furent ensuite lancées, rejoignant du même coup le prélèvement pileux que le légiste avait récolté sur ma cuisse.

Arno Van Weddingen fut identifié, traqué et arrêté chez sa mère, en Belgique. Le monstre eut assez vite avoué la presque totalité de l’ensemble de ses méfaits et exactions sur le territoire français, ainsi qu’une tendance fétichiste se référant aux cadavres, l’apparition impromptue pour le ravissement des actes nécrophiles.

Son procès eut lieu six mois plus tard.

Il fut condamné à vingt ans de prison ferme.

Chris avait assisté au procès, sans jamais cesser de penser qu’il s’agissait aussi un peu du sien. Torturé la nuit, torturé le jour par une espèce de machine à broyer la conscience, Chris avait pensé plus d’une fois qu’il aurait été plus simple de mettre un terme à sa vie, et de venir ainsi expier son geste meurtrier à mes côtés, dans les mondes parallèles.

Mais, par de multiples agissements provenant de ma méta-conscience résiduelle, j’avais pu empêcher qu’il ne commette tous ces gestes idiots l’amenant au suicide. Je l’avais ainsi empêché de mettre son arme de service dans sa bouche, de se défenestrer, d’avaler toutes ses pilules de Deroxat : en provoquant tout simplement le déclenchement d’images multiples représentant mon visage superposé à celui de Van Weddingen, en propulsant par injections intra-crâniennes les flashes de mon visage souriant.

J’avais été persuadée que ceci ne durerait pas, que ceci n’était que provisoire.

Un jour ou l’autre, Chris passerait à l’acte si je ne lui donnais pas quelque chose de plus concret, de plus tangible, quelque chose qui lui permettrait de savoir que je lui avais pardonné cet accident idiot.

Je savais que l’entreprise d’un tel bouleversement spirituel s’avérerait délicat et pourtant, très bientôt, Chris allait enfin avoir la preuve et comprendre pourquoi son esprit allait pouvoir s’apaiser.

Il allait prochainement pouvoir s’approcher des mondes improbables ; découvrir le monde des morts…

Client 5143913 <3436739@epagine.fr>

OceanofPDF.com

Au cœur de la verticale...

 

Arno Van Weddingen n’avait pas de suite prit conscience de la verticalité de sa chute absolue. Sa chute au cœur des mondes infernaux, sa chute hélicoïdale au centre d’une spire sans fin, profonde, toujours plus bas vers l’enfer de son âme damnée. Sa chute verticale, interminable et profonde, à l’opposé de celle empruntée par Clarisse l’avait happé dans le vortex géant de ses propres démons.

Du fond de sa cellule sanitaire, une fois saisi toute la densité incompressible de son châtiment, Arno Van Weddingen avait compris que plus jamais il n’y aurait de voyages pour son travail, que plus jamais il n’y aurait ces curieux moments qu’il entrevoyait comme du plaisir.

Ces moments de longues glissades dans l’auto-démence, cette folie noire, ces racines volubiles d’un mal qui l’avait agrippé très jeune, allaient se résumer en d’interminables phases de sommeil chimique, ponctuées par les palabres d’un homme en blouse blanche. Et cela, pour les vingt prochaines années de sa vie minable. Lentement, les cellules chimiques de son encéphale imprimé d’horreur se modifiaient, annihilaient les images de ses actes insoutenables, délitaient toute forme de souvenirs se référant aux abominables années de sa déshumanisation. Les comprimés aidant, son cerveau semblait subir une transfiguration interne, comme soumis à la radiation d’une illumination divine.

La chute verticale vers les profondeurs annonçait-elle l’esquisse d’une rédemption ?

Fallait-il qu’il sombre encore plus bas ? Plus loin ?

Plusieurs fois, Arno Van Weddingen avait réussi à conserver les comprimés qu’il était censé avaler chaque jour.

Combien en fallait-il encore pour atteindre la dose létale ? Combien pour franchir la zone qui lui permettrait de recouvrer à nouveau la liberté ?

Combien de temps ?

Combien d’années encore pour espérer atteindre cette liberté illusoire qui lui permettrait de s’échapper de ses chairs, de s’échapper de sa prison métapsychique ?

Oui, à quel moment la mort surviendra-t-elle ?

Était-il fou ?

Cette chute verticale dans les profondeurs d’un pandémonium infernal était-elle le reflet de sa vie ? 

A peine avait-il fini de se poser tout ce flot de questions qui le tourmentaient, que déjà, les lueurs du jour s’éteignaient pour faire place au crépuscule d’une nouvelle nuit. Alors, lorsqu’il ouvrait les yeux ; chaque fois, comme le mouvement perpétuel d’un balancier d’horloge, pendant les interfaces isochrones de sa conscience et subconscience, une nouvelle journée réapparaissait, encore et encore… dans la plus infernale des perpétuités…

 

FIN

Client 5143913 <3436739@epagine.fr>

OceanofPDF.com

Remerciements

Je tenais tout d’abord à remercier les Éditions Ex-æquo et plus particulièrement sa directrice, Laurence Schwalm, pour avoir cru en mes textes, m’avoir enfin permis de naître et d’exister dans le monde des signes, des lignes, des mots.

Je remercie Carine, qui a lu et corrigé la toute première version de l’ouvrage.

Je remercie tous les lecteurs qui ont lu les prémices de ce récit, ceux qui m’ont conseillé et soutenu, qui ont suivi la naissance de cet ouvrage, de près ou de loin.

 Merci à François Joly, pour m’avoir fait comprendre voilà maintenant vingt ans, qu’écrire était un peu comme le jazz : un genre d’improvisation, libre, mais sans jamais en oublier le rythme.

Merci à Alexis Aubenque, pour m’avoir conseillé de persévérer.

Merci à tous mes amis auteurs, qui n’ont de cesse de toujours me conseiller et m’encourager : à Gilles, Gaelle, Paul, Thierry, Elisa…

Merci aux Exquis…

 

Client 5143913 <3436739@epagine.fr>

OceanofPDF.com

Vous avez terminé La verticale du fou

Fabio M Mitchelli

Des livres comme celui-ci

Après le livre

Pages fournies avec cette édition, gardées ici pour référence.