L'Allemand de ma mère
Chapitre 10
Raymonde vivait sans vivre. Travaillait comme une automate, répondant à peine aux consolations de ses amies religieuses, traits figés, sans sourire, larmes aux yeux. Georges et Sipa n’étaient pas morts, ça n’était simplement pas possible.
Pas de nouvelles.
Un matin, arriva une lettre de Salviac. Les dénonciateurs des Gornick n’avaient pas eu le temps d’aller toucher leur prime à Cahors. Le soir même, les maquisards les avaient abattus dans la rue, tous les deux. Les corps étaient restés un bout de temps tels quels, personne à Salviac ne voulait s’occuper d’eux, ils sont crevés, ils l’ont pas volé, disaient les gens et puis quand même, quelqu’un était allé à vélo prévenir le pharmacien de Gourdon, et il avait ramassé les deux traîtres enveloppés dans un drap de lit. Il n’était pas content du tout.
Qu’est-ce que cela me fait ? se demanda Raymonde. Même pas plaisir.
Brusquement, au Thoureil, le 20 mai, en fin de matinée, un bombardier apparut sur la Loire avec un bruit terrible, dispersant une demi-douzaine d’enfants qui jouaient dans le jardin. À travers les hurlements des moteurs et le choc des bombes larguées dans l’eau, la voix d’Yvonne perça péniblement : « Lesenfantslesenfants venez vite ! » Le temps qu’ils se retrouvent sous son grand tablier, l’un d’eux était sorti, une bombe trancha sa jambe, une bombe erratique qui n’alla pas au fleuve mais sur la route où courait le petit.
Le bombardier n’était pas du Reich, mais des Alliés, qui, bombardant les gares, avait détruit celle de Tours. Les forteresses volantes devaient larguer toutes leurs bombes avant de repartir en Angleterre, et le largage sur le fleuve n’était pas dénué de sens, à condition de bien viser. L’enfant fut amputé à hauteur de la cuisse.
Plus question de laisser la fillette en Anjou. Yves entreprit le long chemin de Paris au Thoureil et ramena sa fille rue du Cherche-Midi.
C’est sombre ici les murs sont noirs quelle est cette ville d’épouvante en pleine guerre je ne veux pas rester. On me dit que les arbres sont en feuilles et que les marronniers auront bientôt des fleurs roses ou blanches, mais je n’en ai pas vu. Je ne suis pas bien ici avec ces vitres couvertes de papier bleu les fenêtres au Thoureil n’étaient pas comme ça et quand on les ouvrait la semaine dernière, on voyait les premiers pétunias dans la cour, non, je n’aime pas je trouve que cela sent la guerre et le froid est-ce que je vais mourir comme la Petite Fille aux allumettes, morte gelée après les avoir toutes craquées ? Pour me coucher, j’ai inventé quelque chose contre les bombes, je m’enroule la tête trois fois dans le drap du dessus et là, je n’ai plus peur. Personne ne me voit plus. Je peux dormir.
Le 24 mai, la sirène retentit à 2 heures du matin. Yves entra dans la chambre de sa fille à grands pas et jura des Bon Dieu en la démaillotant, qu’est-ce qui m’a fichu une enfant qui se transforme en momie, puis, l’ayant dégagée du drap, il lui demanda d’emporter avec elle ce qu’elle aimait le mieux.
Peur toujours peur quoi encore on va tous crever c’est mon Joseph qui dit ça tout le temps on va crever mais il rit il rit quand même ce que j’aime le mieux c’est La Petite Fille aux allumettes je sais plus où il est papa va me gronder allez je prends ma Blanche-Neige viens petite on va retrouver les sept nains on n’aura pas peur
« Ça y est ? Allez, on descend à la cave », dit Yves, la prenant dans ses bras.
La cave était déjà à moitié pleine, la vieille dame d’à côté, les voisins du dessus, les pas dégringolant les marches l’odeur moite l’attente la sirène agonise et puis elle ressuscite et la voilà qui meurt elle va revenir oui ! Elle revit allez encore une fois.
Vingt minutes d’alerte. La sirène avait fini de mourir. On s’ébrouait en chemise de nuit, on rajustait sa robe de chambre. Celle d’Yves était anglaise, une laine à carreaux vert bouteille bordée par une broderie rouge vif. Celle de Raymonde était grise à fleurs roses, du pilou d’avant-guerre, on n’en trouvait plus des comme ça. Et chacun remonta en aidant sa chacune et Yves, sa fille dans les bras, lui posa un baiser à moustache sur le front.
Les bombes des forteresses volantes américaines explosaient sur tout le sol français. L’une d’elles s’écrasa sur une ville. Ces morts-là, on aurait dit qu’ils ne faisaient pas partie de la guerre.
Le 1er juin, après les quatre coups de percussions de la Neuvième Symphonie de Beethoven, Radio Londres diffusa une rafale de messages farfelus à l’intention des réseaux de résistance. Mais à l’écoute de Radio Londres, les Français parlent aux Français, « les dés sont sur la table », « le coq dresse sa crête », « le sapin sera toujours vert » semblaient annoncer un grand bouleversement, même si d’autres messages signifiaient le contraire, comme « les carottes sont cuites », « les sanglots longs des violons de l’automne ».
Le 2 juin 1944 faillit être le Jour J, le fameux débarquement de l’immense flotte rassemblée sur les côtes de France. Mais il fallait la pleine lune pour la navigation et quarante minutes de jour pour que l’aviation bombarde les forces allemandes postées sur les côtes. Le Jour J fut fixé au 5 juin.
L’armée allemande, soigneusement désinformée par les services secrets, attendait la flotte alliée sur les côtes du Pas-de-Calais.
En Angleterre, les conditions météo trop mauvaises retardèrent l’opération Overlord au lendemain.
Le 6 juin fut vraiment le Jour J. Cent soixante-seize mille soldats canadiens, américains, britanniques et français débarquèrent en Normandie. Un immense soulagement envahit les Français qui guettaient cette nouvelle sur Radio Londres. Le vers de Verlaine sur les violons de l’automne retrouva son intégrité, « Bercent mon cœur d’une langueur monotone », et trompa les services secrets des armées allemandes qui crurent à une opération de diversion.
L’armada des Alliés mit plusieurs jours à se saisir des côtes de Normandie. Près de cinq mille soldats moururent sur les plages. À Paris, Raymonde reçut la visite du faux Samuel qui traîna jusqu’à demeurer seul avec elle dans la pharmacie. « Le danger grandit, souffla-t-il, le Führer est foutu. Cachez-vous. »
Yves prit la décision d’emmener sa femme chez les Espiau, rue Saint-Placide. Toujours inerte, Raymonde se laissa faire et se lova dans un canapé.
Début juin, en remontant vers le nord de la France, la 2 e division SS Das Reich massacra, à Maurs, au village des Bessonies, et pendit une centaine d’hommes à Tulle. Le 10 juin, à Oradour-sur-Glane, ils massacrèrent six cent quarante-trois habitants, en fusillant les hommes et en incendiant l’église où se trouvaient les femmes et les enfants.
Le même jour, à Ussel, quarante-sept résistants furent abattus par la garnison allemande sur la place Voltaire.
Le 26 juin, à Alger, le Gouvernement provisoire de la République française rédigea une ordonnance sur l’épuration en France après le départ futur des troupes allemandes, interdisant notamment les exécutions extrajudiciaires.
Le 1er juillet, en Anjou, la si jolie mariée de l’an 1943, enceinte de sept mois, accoucha au Thoureil d’un prématuré minuscule qui ne respirait pas.
Claques sur les fesses, rien. Le bébé devenait bleu. Venu de Gennes, le docteur Lebaron ouvrit les petites lèvres et y glissa de l’eau-de-vie. Le bébé éternua puis se mit à crier. La mortelle angoisse se dissipa et Yvonne se mit à pleurer. La vie revenue, éclatèrent les rires et les sanglots.
« Mettez-moi ce petit lapin bien au chaud dans du coton, dit le docteur. Il s’appelle comment ?
– Jean-Pierre », répondit son père, les larmes aux yeux.
Yvonne posa le nouveau-né dans une boîte à chaussures, emmitouflé dans du coton. Il prit le sein sans difficultés et se fabriqua des cils, des sourcils, des ongles de doigt et de pied. On pouvait donc naître prématuré en pleine guerre mondiale et survivre.
Le 20 juillet, en Prusse-Orientale, le Führer fut la cible d’un attentat dans la Tanière du Loup, son quartier général. Fomenté par un groupe d’aristocrates antinazis sous la direction du colonel comte von Stauffenberg, l’opération Walkyrie échoua. La sacoche qui contenait la bombe tua plusieurs officiers, mais épargna Hitler qui ne fut que blessé.
L’amiral Canaris, destitué de son poste de patron de l’Abwehr depuis six mois, reçut un appel téléphonique d’un des conspirateurs croyant que le Führer était mort et fit semblant de ne pas comprendre.
Il fut arrêté le 29 juillet et refusa de se suicider.
Le 1er août commença l’insurrection de Varsovie, conduite par la résistance polonaise contre l’occupant allemand, et défaite quarante-huit heures plus tard.
Le 10 août, à l’annonce de l’avancée des Alliés vers l’est, les cheminots de Paris, encadrés par la Résistance, se mirent en grève. Le 13 août, c’était le tour du métro de Paris et de la gendarmerie.
Le 14 août, Radio Londres diffusa une douzaine de messages annonçant un grand événement militaire. Le premier accroc coûte 200 francs. Nancy a le torticolis. Le chasseur est affamé.
Le 15 août, la police parisienne se mit en grève et, le même jour, commença le débarquement des Alliés en Provence. L’assaut naval eut lieu dans la nuit sur les côtes de Provence entre Toulon et Cannes, avec des commandos français venant de Corse, d’Afrique du Nord, d’Angleterre et des États-Unis d’Amérique. Suivit l’assaut aérien – neuf mille parachutistes anglais et américains –, puis, le 16 août, la 7 e armée américaine et la 1 re armée française commandée par le général de Lattre de Tassigny. Le même jour à Paris, les postiers se mirent en grève à leur tour.
Le 18 août éclata à Paris la grève générale. Depuis le sous-sol de la place Denfert-Rochereau, le colonel Rol-Tanguy fit afficher sur les murs de la ville des appels à l’insurrection.
Ce soir-là, secouée par un violent désir qui la surprit elle-même, Raymonde décida de courir dans la rue Saint-Placide. Au carrefour de la rue du Cherche-Midi, elle aperçut des tables pieds en l’air, des fenêtres brisées, de gros buffets entassés sur des tas de pavés, et ne comprit pas du tout ce qu’elle voyait. Ça criait, ça chantait, avec des hurlements joyeux, en pleine guerre, avec ses parents déportés en Pologne occupée, ça n’avait pas de sens.
Le cœur battant, elle monta quatre à quatre à l’appartement et se jeta sur sa fille éberluée Maman ? Tu es revenue ? Papa le sait ? Raymonde fit non de la tête et la fillette lui annonça fièrement que Papa était parti se battre dans la rue.
« Je vais le prévenir, dit-elle en ouvrant la porte sur le palier.
– Non ! cria Raymonde. Tu restes avec moi. »
Yves revint vers minuit, les cheveux en désordre. « Tu es là ! », il serra Raymonde à l’étouffer, « Ne sors pas d’ici, on se bat, j’étais rue Saint-Placide à monter la barricade, c’est dangereux ma chérie ne bouge pas… »
Une barricade ? C’était l’amas de meubles juchés sur des tas de pavés ? En plein Paris ?
Le 19 août, une trêve fut conclue entre l’occupant et les chefs de l’insurrection. Dans la Tanière du Loup, le Führer s’irritait de la lenteur de la destruction de Paris, pourtant programmée, les ponts étaient minés, ça aurait dû sauter, Paris heraus, gueulait-il et il s’en étouffait.
Dans les différents états-majors des Alliés, après de longues querelles internes, le général Leclerc reçut l’autorisation de faire entrer sa 2e division blindée dans les rues de Paris, alors que le plan prévoyait de contourner la capitale.
L’armée allemande d’occupation parisienne commença à faire ses paquets.
Yves et Raymonde firent l’amour comme on se noie. Dans sa chambre, juste en face dans le couloir, la fillette s’enroula trois fois le drap autour de la tête et en perdit le souffle.
Le 24 août à 21 h 22, le bourdon de Notre-Dame de Paris résonna pour la première fois depuis le début de la guerre. La 2e DB du général Leclerc avançait difficilement dans les grandes avenues, gênée par l’enthousiasme des Parisiennes et l’excitation des Parisiens.
Le 25 août, sur les murs du couvent, une affiche exaltante, sous deux drapeaux français, incita les Parisiens à pavoiser leurs fenêtres. Au bas de l’affiche s’exposaient les Alliés par drapeaux interposés, le Royaume-Uni, les États-Unis d’Amérique et l’URSS.
Yves trouva les drapeaux et en orna les fenêtres qui surplombaient la pharmacie, tout près du carrefour. Raymonde consentit à descendre et reprit timidement son métier, l’angoisse au cœur. Ses pratiques ne l’avaient pas vue depuis son enfermement rue Saint-Placide et lui demandèrent si elle allait mieux, ou si sa santé avait été rétablie, sauf les religieuses du couvent de l’Abbé-Grégoire qui la retrouvèrent avec une joie démonstrative. Toutes s’en furent en murmurant des chuuutt parfaitement audibles et l’une d’elles dit à haute voix : « Ils vous ont ratée, c’est bien, ça ! »
Vers la fin de l’après-midi, quand les jours sont encore longs à mourir, la barricade pétarada. Yves fit fermer la pharmacie par le Préparateur, demanda à sa femme de remonter à l’appartement et de n’en plus bouger.
« Mais toi ? dit Raymonde.
– Je vais sur la barricade. Ne t’inquiète pas, Alys Anthony m’a donné ça. »
Ça, c’était un de ces revolvers qui avaient mis la Gestapo en fuite. Raymonde ne protesta pas. Elle aurait bien voulu revoir la barricade.
Par les fenêtres ouvertes, lui parvenaient des houles de colère et de triomphe mêlés. Un crépitement, le reflet des flammes sur les vitres de l’épicerie, Raymonde n’y tint plus, ferma l’appartement et courut, avec la même furie que la veille, courut de toutes ses jambes retrouver son mari. Les gens jetaient sur le feu des seaux d’eau, d’autres jetaient au feu des portraits de Pétain, il n’y avait pas d’enfants et soudain Raymonde réalisa qu’elle avait laissé sa fille à l’appartement sans la prévenir.
Elle allait rebrousser chemin quand une voix l’appela : « Madam’ Raymonde ! » Elle le vit à travers les flammes, habillé avec un pantalon gris et une vareuse, coiffé d’un chapeau mou dissimulant la moitié de son visage, méconnaissable sauf la voix.
Il ôta son chapeau et l’agita en criant : « Au revoir Raymonde ! » Elle répondit en levant une main.
L’autre, posée sur la bouche, étouffait le deuil de ses parents, car à l’instant où disparaissait son bienfaiteur allemand, elle sut qu’ils ne reviendraient pas. Le feu commença à s’éteindre et une épaisse fumée fit disparaître le faux Samuel. D’un seul coup son mari l’entoura de ses bras en lui murmurant à l’oreille que leur ami du Lutetia quittait Paris avec les troupes allemandes.
« Mais tu as laissé Catherine toute seule ? demanda-t-il incrédule.
– Ça fait juste cinq minutes, mentit Raymonde. Je rentre.
– Rentrons, dit Yves en sortant de sa poche un objet enveloppé dans un mouchoir. Regarde ce qu’il m’a donné. Un poignard de SS. »
Et c’était vrai. Un lourd poignard d’acier bruni avec la double foudre des nazis. Quand ils revinrent à l’appartement, leur fille était plongée dans un livre.
Le 26 août, alors que le général de Gaulle descendait triomphalement les Champs-Élysées, Yves trouva qu’il n’était pas prudent de participer au défilé de la victoire. Trop de tireurs embusqués sur les toits et puis avec une enfant de cinq ans, ce n’était pas raisonnable. Il ne s’était pas trompé puisque, pendant que devait commencer un Te Deum à Notre-Dame de Paris, une fusillade éclata sur le parvis. Les claquements des coups de feu se mêlèrent au Magnificat, chanté à pleins poumons, sans orgues, et plus court que le Te Deum.
Sur ordre du général de Gaulle, le cardinal Suhard, archevêque de Paris, fut interdit de cérémonie pour collaboration. Ce fut le début de l’épuration.
Le soir même, on apprenait que le général von Choltitz, commandant la place de Paris, avait signé la capitulation à la gare Montparnasse le 25 août, avec la signature du colonel Henri Tanguy, dit Rol, militant communiste commandant les troupes de la Résistance à Paris.
Le 29 août, des soldats de la Wehrmacht massacrèrent quatre-vingt-cinq habitants de la vallée de la Saulx, dans le département de la Meuse.
Le 18 septembre, Raymonde s’aperçut qu’elle était enceinte. « Ils me donnent cet enfant, pensa-t-elle. Ils reviendront. » Elle se laissa griser par la béatitude de son état et se lova autour de l’enfant qu’elle portait.
Yves ne tenta pas de la réveiller. Il espérait un garçon, il en parlait tout en douceur. La guerre était finie, que pouvait-on espérer de mieux ? Le retour de ses beaux-parents… Non. Yves n’osait pas y penser. Personne n’était encore revenu de là-bas, il fallait du temps pour l’organisation de l’accueil. Le retour de l’essence et celui du charbon ne seraient sans doute pas pour 1944, mais allez savoir avec tout ce qu’apportent les Américains ?
Reviendraient-ils ? Fallait-il croire ces rumeurs de folie affirmant que tous les Juifs de plus de quarante ans arrivant en Pologne occupée étaient exécutés tout de suite ? Allons. On fusillerait des milliers de Juifs par jour ? Qui ferait ça, les soldats ? Mais ils en auraient marre, les soldats boches ! Ils ne le supporteraient pas ! Non. Ils reviendraient abîmés, malades, ils auraient vieilli d’au moins dix ans en quelques mois, mais… Yves sortit la bouteille d’eau-de-vie et se versa un verre. Penser à autre chose. Avoir un fils.
Alys Anthony lui avait proposé d’aller faire un tour à Londres avec elle, pour renforcer le laboratoire en France. Ce serait en décembre, juste avant Noël, de quoi trouver des cadeaux pour les fêtes. En attendant, Yves acheta un piano pour trôner dans le salon.
Raymonde se remit à l’ouvrage à la pharmacie. Il fallut batailler avec elle pour qu’elle cesse de grimper sur les échelles de bois pour dénicher un médicament. Elle eut des fantaisies de chapeaux, de bas de soie, elle qui s’était donné tant de mal, avec sa jeune belle-sœur Huguette, pour se faire tracer au brou de noix des simili-coutures sur l’arrière des mollets. Pas de bas de soie à Paris, non.
Mais à Londres en ruines, Yves trouva des bas de soie. Quand vinrent les fêtes de Noël, Yves posa sur le piano une orange, cadeau pour sa fille, qui n’en avait jamais vu. Elle palpa le grain de la peau, l’écorcha puisqu’on le lui demandait, suça le bout de quartier et s’écria : « C’est acide ! Trop ! » Raymonde lui éplucha le fruit et l’enfant consentit à manger, quartier par quartier, ce fruit qu’on disait délicieux.
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