Le livre des rêves [Trad Philippe Mikriammos 2022]
Rêves mexicains
TOUS LES ALLÈGRES PETITS DANSEURS DE L’EXTASE sont là, c’est le Théâtre, j’y suis, ce vieil opéra fantomatique moitié théâtre de lycée moitié hall d’assemblée qui m’a poursuivi toute ma vie, avec des allusions de toutes les scènes de l’univers du Temps et de ses acteurs aussi, et derrière tous les corridors, les décors, les danseuses choristes, les fantômes, les opérateurs, les machinistes, les Lon Chaneys, les Ernie Malos et les Madeleine Poopy Dolls du temps passé — Je ne sais pas ce qui est arrivé, des sièges, l’obscurité, l’éclairage, boum, des événements, hourrah, bla, wah, je suis allé dans les coulisses, des sacs de sable dégringolent — les Marx Brothers — si ç’avait pu être la brindille sur ce mur blanc, cré nom les autobus ne veulent pas grogner pour du feuillage ou permettre aux gosses de piailler pendant que le disque tourne et la machine noie tout en engloutissant sur son passage le sucre, l’épice, les allumettes, les poussières souillons — merde ! C’était le théâtre, c’était le Rêve Immense, trop touffu pour comprendre et qu’arrive le jour ! Phnark !
RÊVES MEXICAINS
UNE TRÈS GRANDE DEMEURE, j’y habite, la voie ferrée n’est pas loin --- un rôdeur inconnu tente de m’avoir ou de m’acheter --- mais je suis content --- grands arbres dans la cour --- un puits --- balançoires --- le premier rêve clair au Mexique, mais je ne m’en suis pas souvenu --- Joe était là --- et cela se produit dans l’Amérique perdue ---
NOUS SOMMES EN FRANCE, Cody, Evelyn et moi, en voiture dans la campagne, je suis à l’arrière du break sur des couvertures et des draps, le soleil brille à travers les vitres, je dis « Il fait chaud à attendre ici, allons à Paris » mais Cody est occupé près de la pompe à essence et il veut rester pendant quelque temps dans ce paysage ondoyant ; il y a des panneaux de signalisation daliesques éparpillés dans le paysage, des bandes dessinées Mutt and Jeff dans l’ombre, un endroit fou, au centre un ruban de route déployé sur les collines vers Paris. Mais je n’arrive pas à croire qu’on va vraiment à Paris et je suis très impatient. Quel sombre rêve à faire dans une chambre glacée. Dans une cellule glacée.