Le livre des rêves [Trad Philippe Mikriammos 2022]
Golfe du Mexique
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.
VAGUEMENT DANS UN RÊVE MALADE, un groupe de types dont je suis on est dans un espace ouvert entouré d’une foule de gens qui nous regardent, un spectacle gigantesque d’esprit et de corps et de camaraderie altruiste se déroule à mesure que chacun d’entre nous (bien que fortuitement et au milieu de conversations incessantes et presque gaies) vient à son tour au centre pour y subir le choc énorme quoique assez mou de quelque parachute tombé du ciel, un coup de butoir mental et de culpabilité mais réel, matériel au moment d’y passer à mon tour, à la dernière seconde un de mes potes me dit « Jack, Jack », je reste là debout et le voilà qui descend, blanc, immense, claquant au vent, ça fait frissonner mon crâne un instant d’une cotonneuse mémoire, et grésiller mon rêve, puis ayant accompli sa lente manifestation d’Eternité il s’élève à nouveau, rebondit très haut et très loin jusqu’à le perdre quasiment de vue, et il recommence à descendre vers la terre (qu’il ne doit jamais toucher), où NOUS le recevrons sur nos crânes sacrificiels — Les spectateurs ne disent rien, nous bavardons et passons le temps et même un joint, hilares, fraternels comme une bande de pilotes de bagnoles trafiquées dans le ciel —
J’AI UNE GRANGE à San Jose, une « ferme », une paire de canards blancs, prêt à commencer à les nourrir dans le foin et comme c’est mon premier jour comme fermier et que je n’ai pas encore mon équipement je vais au magasin d’East Santa Clara où j’achète quelques sacs de noisettes et de cacahuètes salées que je reviens semer dans le foin pour mes picoreurs, me sentant pendant ce temps si fier et heureux de pouvoir les nourrir, comme mon chat --- mais ils ne sont plus là, temporairement disparus, peut-être filé par la porte de la grange et je ne les retrouverai jamais mais j’ai espoir et foi qu’ils sont tout simplement au grenier de la grange, endormis --- Evelyn m’attrape dans l’embrasure d’une porte, blonde et radiante (sic), et nous nous étreignons en une embrassade passionnée --- Cody est mort mais son spectre survit qui m’effraie dans son étreinte --- je vais suivre le conseil du Bouddha au sujet de la femme d’autrui et garder mes confortables canards et mon lit de plumes à San Jose --- offerts par Cody Vivant ---
LÈVRES LIVIDES DE LA TÉLÉVISION où Jack Carson est entouré sur la digue de la hargne de gangsters --- à la passerelle, avec sa copine ---« Ah ouais ? et qu’est-ce tu vas faire ? » --- je scrute les rêves rassis attardés rendormis d’un midi tard-levé --- Plus tôt c’était sur le boulevard de la marée grisâtrement et spectralement situé sur l’isthme du bras de mer, gris, quelque part, avec une humanité riveraine qu’inquiète la submersion ---dans ce cas pas une grande vague, mais une lente infiltration et on voit les Rues des Actualités inondées, et non loin de ces huttes où j’ai trouvé de vieilles tasses et de la pâte à gâteau --- Un emplacement et un mystérieux événement gris dans l’univers --- il y avait des enfants qui jubilaient avec moi devant l’écran aux lèvres-livides --- je venais je crois de quitter les deux gosses de Mary Palmer et marchais dans la rue aux côtés d’une autre femme et de ses deux gamins et je m’adaptais à eux en un rien de temps, immédiatement, facilement, nous nous lancions dans les numéros Comiques de Jack Carson --- C’était comme si l’Arbre & la Roue, ou l’Arbre Roue, des Rêves, était un lointain au-delà-du-vrai qui pend gris et fantomatique dans l’espace qui est le vide de l’esprit de rêve dans le sommeil, Autre Univers et Indice de mondes ultérieurs ---
OBSERVE UN CHEMINOT AU PASSAGE SOUTERRAIN DU N.Y.C.R.R. à 40th Street et 11th Avenue, un nouveau lieu de Manhattan jamais rêvé auparavant et seulement rappelé non pas après le réveil mais deux jours plus tard en regardant là, seulement dans le rêve cela se trouvait plus haut en ville, tout en haut sur les bords de l’Hudson près de Columbia ou plus bas mais sans référence au lieu de « Julien » --- il y avait de la neige, énormément, on voyait le New Jersey de l’autre côté (voilà la grande sensation) --- il faisait froid, j’étais seul dans le noir avec ma lampe et je faisais un geste et c’était exactement pareil à la cabane new-yorkaise de 40th Street, le tic du souvenir se leva instantanément en moi ---l’emplacement de la neige et des voies dans le NY spectral général des petits bungalows de haut en bas Est & Ouest (la prairie du cottage en rêve de l’autre côté de Baker Field) --- la sensation du ferroviaire, neige tragique, la terre, la Nuit à tout Ouest --- les gros gants de travail gonflés misérables dans la nuit de travail à la lippe dure comme fer, bouches fumant dans la lueur de la lanterne --- ici l’endroit où j’avais vu de la neige dans des rêves il y a 10, 13 ans mais sans le rail là --- sur une hauteur, et en rapport avec ce Riverside Drive qui était la rue de l’hôtel particulier du thé de Zaza Gabor l’autre soir ---
AL BINGHAM EST EN PRISON mais comme il est bien noté, il est autorisé à se promener en habit carcéral ou en pyjama avec un numéro pendant la journée — je lui rends visite, nous montons les escaliers qui mènent aux cellules d’acier et à la cour ouverte et gazonnée — « Ugh » dis-je en apercevant les barres de fer grises tandis que nous montons les escaliers lugubres — Il éclate d’un rire radieux et serein — « C’est exactement ce que Wallington a dit la semaine dernière quand il les a vus » — Al est résigné comme un Bouddha, pas comme un Christ, comme un héros de Genet jouissant tranquillement et à peine ironiquement de la prison, pas de plainte à formuler ni d’excuses, comme s’il ne pouvait s’empêcher d’être en prison, mais que même ici il pouvait se libérer de son tourment — donc je vois son air radieux et je m’interroge — nous arrivons à la cour d’accueil où tous les autres prisonniers et leurs visiteurs sont rassemblés, certains sont assis sur le gazon en pente, certains se promènent comme dans un jardin de Poupées ginsbergien, de tendres prisonniers au demeurant, tous en vêtements gris comme des « forçats bien notés » et Bingham le plus doux, le plus beau et le plus radieux d’entre eux, comme un saint, tout cela est si beau que j’aimerais m’enfermer dans cette suave prison —
AUTOUR D’UNE TABLE DE CUISINE AVEC LES FORTIER, plus tôt, grande réunion de famille, Vieux Joe costaud et rougeaud mais aujourd’hui si âgé qu’il a oublié tout le monde assis à la table yeux globuleux et pas antipathique --- à un moment donné mon propre père qui n’est pas décati du tout, mais qui étudie les chevaux à son bureau dans sa chambre, dans la demeure grise d’un étage, reçoit un coup de téléphone, ou plutôt, je reçois un appel téléphonique du vieux Joe et je fais « Quittez pas, P’pa qu’est là va vous causer » ce qu’entendant Mon Papa décroche son propre téléphone de bureau pour parler à son vieux copain mais tudieu vieux Joe est tellement largué qu’il ne m’entend ni ne me comprend ni ne s’intéresse et je vois mon Papa faire « Allô Joe » dans l’appareil mais apparemment sans réponse et raccrocher lentement, l’air perplexe, yeux fixés sur les numéros des chevaux à jouer comme s’il n’était plus étonné que Vieux Joe soit maladivement Négligent --- (avait là un tic du hangar de Bridge Street mais la façade telle que vue depuis Bridge vers le passage à niveau et le canal et ces rêves des nuits de bruine quand je fais de longues marches de Kearney Square à Centralville, toujours cet itinéraire, mes souliers mouillécrasant les gravillables du trottoir de rêve Lowello ah ---)
… Plus tôt aussi Joe jeune était là, et parti toujours dramatique et en allé et pâle et héroïque est mon doux Joe O Dreams, frère de mes jours et grand Père de Cody dans mes affections pour le Monde --- Curieusement la réunion de famille des Kerouac et des Fortier avait lieu au Mexique, donc « demeure grise d’un étage (en adobe) » --- Maman était de la partie, ---Dans le geste de Papa décrochant ce téléphone il y avait espoir de vie, non-mort, renaissance des Kerouac pour la première fois pour Papa d’habitude mort-en-rêve --- (quand je pense qu’on lui a donné un téléphone au firmament !)
CE NEW YORK SAUVAGE COMME CHICAGO ou le « Pittsburgh pluvieux » de la première page du Livre des Rêves — je sors de ma piaule au 450 West 20 pour aller manger un sandwich dans une cafétéria du Bowery comme dans la vieille Vision de Joe, dans Henry Street lorsque nous marchons lui et moi dans un décor lugubre de vieux bidons et de platras de villes en ruine, en rêve, aussi vieux que la Russie, et Joe déchaîné, défoncé aux amphés, au bord du rire « Hyoo hyoo ! » et bottes et tout, dans cette obscurité de Jardin de Meurtre — à présent on est de l’autre côté de la ville mais la même obscurité de Bowery, après avoir mangé, ce qui me prend deux heures, et mes pensées sont si vastes pendant ce repas, en me réveillant je m’aperçois que mon esprit a traversé deux cents Finnegangs Wakes fatigués et mornes, demi-sommeil de speedé, quelque chose à faire avec une serveuse, des brûlures — je pars et rentre à la maison vers la « First Avenue » quoique topographiquement il s’agisse du Côté Ouest de la Onzième Avenue — je foule des pavés tristes, noirs et bostoniens comme les pavés déjà vus dans ce rêve baigné d’un soleil rougeoyant d’après-midi, Sheridan Square, Danny Richman et Bev Watson, j’aperçois quatre filles de couleur qui se dandinent sous une lampe (comme les lampes de la petite maison coloniale grecque de la 59e Rue à New York, dans ce rêve de la fête d’armistice) (je vais voir le mystérieux Jack Anderson) — Au moment où je commence à les filer, émoustillé, je remarque quatre filles blanches qui les suivent en chahutant mais toutes ont les cheveux courts et des pantalons, ce sont des gouines — je les suis — il y a d’autres Grecs qui rôdent comme moi (dans le pur matin rouge et urbain de New York aux briques brunes, les Grecs du Sexe) — C’est comme Boston et derrière Boott Mills — soudain je m’aperçois qu’il va me falloir traverser un restaurant pour parvenir à mon garni — je traverse une cafétéria dorée très animée où un homme se précipite vers moi et me raconte une histoire à propos d’une serveuse blonde tellement dégueulasse que ses ulcères coulaient pendant qu’elle vous servait — « Des boutons », dit-il — Je réponds poliment mais il s’éloigne sans en tenir compte, donc si je l’avais regardé gravement comme je voulais le faire il aurait continué sur autre chose (Ô la douleur du Pont de Lowell sur le canal, la promenade pour amoureux sur le mur d’écluse jonché de verre brisé, les nuits où j’ai sauté en rêve et dans la vie réelle, adolescent, j’ai rôdé par là avec Dicky et Qui d’Autre et le rêve du Flot qui le submergeait) (l’écume blanche féroce la bouche rageuse de l’eau qui grince des dents clash crash) — drash ! — brash ! — Aoooowayyy br — a — a — shh — je traverse la cuisine et je sors par-derrière muni des instructions de marmitons portoricains tard venus de la Mer Chico — Je me lance sur des marches de fer circulaires comme les marches des Eaux Publiques ou de l’Horloge Municipale avec des employés obèses en sous-vêtements qui surveillent les valves en lisant le Union City Journal — Je grimpe encore un étage j’hésite à m’attaquer au dernier à chaque niveau la porte en acier est fermée, je persiste à croire qu’il y aura bien un niveau qui ne sera pas fermé et que je pourrais redescendre jusqu’à ma rue — mais pas de porte ouverte, plus je monte plus il devient futile de chercher le chemin de ma maison — je suis pris au piège dans le dispositif d’acier maniaque de la vieille — faut que je descende, que je recommence par l’arrière — Trouver un moyen de déverrouiller les portes de mon cerveau, sortir de là — me réveille dans l’aube rouge fer d’un jour de travail (à la Porte Centrale) en pensant : « Je ne veux pas aller en Californie & dans l’aube rouge et lasse ma locomotive attend, pointée vers Watsonville à trois heures d’ici — »
BARATINANT COMME D’HABITUDE dans le square de l’Hôtel de Ville de Lowell avec Cody sans doute je n’ai pas compris la raison du grand voyage dans la voiture de Lil Timmy, il est grand, il a cinq ans, il est vêtu d’un petit habit bleu, Evelyn sa Maman l’a pomponné et préparé pour le grand jour pendant que je bavardais, ce n’est donc qu’à la dernière minute lorsqu’ils montent en voiture que je jette un coup d’œil sur leur plan-itinéraire et je m’aperçois comme par culpabilité tardive — voyant « Religion » et des noms de lieux dans le petit livre que je me rends compte que Lil Timmy est sur le point (et Gaby aussi) d’être Confirmé dans un sens, grand jour, etc., Ah bon Dieu j’arrive à m’ennuyer moi-même avec ces détails inutiles — je n’avais pas remarqué le grand jour du gamin dans la voiture roulant vers le religieux dans un habit neuf et bleu parce que je bavardais devant l’hôtel de ville alors je vois qu’Evelyn ne s’intéresse qu’à ses gosses comme il sied et je me réveille en disant « Ça n’a pas de sens que j’aille m’ennuyer par-là », c’est-à-dire interrompre leurs petites sérénités en parlant de moi — petites sérénités de jeunes parents et de nouveaux enfants et toutes les calamités et les joies de la poussière — Pour moi c’est l’immortalité dans une cabane —
AU THÉÂTRE PARAMOUNT G.J. et Scotty et moi nous regardons le ballet des Hommes Noirs, genre de Nègres ou Polynésiens, musclés et gracieux, ils évoquent encore le « Pote Indien porteur de San Jose » (en fait il s’agissait d’un grand Portugais de Frisco) — les muscles durs, les épaules rondes, minces, les veines tendues, les danses point efféminées mais viriles et belles, sur la scène — C’est ce même Théâtre Paramount Spectral où j’avais emmené Maman et Nin la nuit du « Pompier » d’Irene — Dans les coulisses et des zones d’escaliers circulaires tout comme l’arrière — restaurant d’hier avec G.J. et Scotty je dis maintenant « Prenons un café, rencontrons-nous, où serez-vous ? » — « Si on allait à la cafétéria Ritz ? » j’interromps G.J. qui essaye de dire cafétéria « X » le vrai nom en réalité et je le sais, mais j’insiste et je dis « Eh bien c’est l’Hôtel Ritz au-dessus », en fait c’est l’Astor spectral — astor astral — alors G.J. et Scotty hochent la tête — ils paraissent (comme dans les rêves des retours mélancoliques aux saloons de Middlesex à Lowell) incertains à mon égard, échangent des regards bizarres — « Dans une demi-heure » je « suggère » — en ne tenant vraiment aucun compte d’eux et en me tirant avant qu’ils puissent dire non — me tirant dans l’ascenseur pour aller dans les coulisses emprunter de l’argent pour acheter du café et des beignets, si je ne peux pas taper quelqu’un G.J. et Scotty devront payer pour moi — C’est la coulisse des Coulisses et puisque la Paramount Paragon Répétitif est aussi cette Maison Grandes Chambres d’Eternité et le théâtre de grandes confusions et de poussières torturantes et d’événements qui le recommandent à l’activité du monde entier — Plus tard me voilà un jeune génie littéraire new-yorkais à la Damon Runyon, souriant et couronné de succès (comme moi en 1949) dans Central Park avec mes amis bien habillés et chapeautés, souriant bavardant, disant « Bon, où allons-nous maintenant, que faisons-nous ? » — comme Lionel, copains de bistrot les fins de soirée, conversations et empressement Mégalopolitain reposé, suave et plein de fric, le seul genre que j’illustrerais à nouveau si jamais je revenais (à cause des $) — à la ville pour d’autres séjours — C’est le milieu d’un après-midi d’hiver et on est tous oisifs dans le parc et rien qu’un peu dissolus (d’âmes responsables) et de belle apparence comme une équipe, de scénaristes chahuteurs — comme un tas de Sigmund Romberg — j’ai bien peur que G.J. et Scotty ne soient jamais venus à ce rendez-vous —
AU PREMIER RANG D’UN SPECTACLE À CIEL OUVERT assis avec « mes gens » au second rang se trouvent Watson & sa mère & sa sœur--- ça rigole et ça plaisante à propos de certains types & d’un ballon qui rebondit par-ci par-là --- Ensuite le groupe de poètes se casse du bazar descend 42nd Street sous la nappe de pluie, je marche près de « Louis Simpson » que je pique et asticote au sujet de ses idées littéraires --- Je lui dis « Je n’ai rien vu qui vaille quoi que ce soit dans New Story à part Genet, le reste n’est qu’un ramassis d’imitateurs épouvantables et brouillons du prétendu style moderne » --- il sourit, serein, & formule une abstraction à propos de l’essai qu’il a proposé --- Je réplique « Courons rattraper les autres devant » (Garden, Lionel Lawrence) & nous commençons à courir & je fais sur les nappes de pluie de longues glissades suaves sur le trottoir de carreaux rouges (comme au Mexique), longues glissades de 4 ou 5 mètres en espérant que Louis Simpson lui-même n’en reviendra pas ---UN INSECTE RAMPANT SUR UN TONNEAU ROND comme dans le rêve, il mange de la « viande de pêche » je crois, en rampant, et c’est une personne — ceci dans le plus profond sommeil, réveillé par le chat, ce qui prouve que les rêves les plus vastes et les plus profonds sont irrécupérables pour l’esprit ordinaire de l’éveil matinal — l’insecte était probablement moi et il était si intensément occupé à se nourrir que je ne l’ai guère trouvé étrange — Plus tard un long rêve heureux de l’arrière-cour dans l’Avenue Phebe et Jack Elliot le Cow-Boy Chantant a fait un enregistrement qui se vend un million d’exemplaires et nous sommes tous réunis dans la cour heureuse, il y a une nouvelle maison, à un certain moment il y a trois minces matelas par terre dans une cabane glaciale et joyeusement je choisis le mien (plus étroit mais plus épais aussi) sans laisser le choix aux autres gars, Jack et Quelqu’un — Tout oublié maintenant, l’après-midi, je l’avais gardé pour l’écrire « plus complètement » et voilà le résultat lamentable.
Mon esprit, l’Esprit est trop Vaste pour en faire le tour.
L’insecte mangeait une citrouille couleur de pêche comme de la viande qui était très familière dans le rêve et qui est donc déjà familière dans quelque monde futur —
TRAVERSE VAN WYCK BLVD AVEC DEUX JEUNES TYPES inquiets à cause des flics mais je suis un aîné dans ce trafic et ne m’en fais pas et leur explique, et même quand la voiture de patrouille noire et blanche approche dans la rue je les rassure, solide et libre dans mes pensées --- et naturellement ils ne nous remarquent même pas ---
Le garenne
En colère
Qu’est-ce que ça peut faire ?
RÊVE DE SEXE — Marie Fitzpatrick ou quelqu’une et moi, il fait chaud, nous descendons l’escalier de la cave en nous tenant mutuellement le sexe — J’ai le sien, elle a le mien, pendant que nous descendons lentement les escaliers — Nous cherchons un endroit pour baiser — C’est le sous-sol de la Grande Maison Fortier à Salem — Je choisis une petite remise à charbon adjacente à la cave, grise de cendres, humide, et je la tiens contre le mur pendant que nous nous réveillons — désir tendre et impérieux — elle souffle dans ses dents chaudes, sifflantes — moi je broie mes molaires dans un baiser dur et fille enlacée — r—r—o—pt ! — On va se trouver un endroit pour confronter nos sexes brûlants et juteux, le poteau dans l’pot, dans quelque trou merdeux planqué de la grande cave, personne saura, on aura les cuisses nues et on écrira à la craie sur les murs et on embrassera notre chair de poule et on boira les jus bouillants jaillissants dans le secret extatique du trou sucecave aux lèvres sucettes — j’empoignerai sa croupe nue et je la serrerai et je déchargerai debout, le poteau raide, dans sa fente chaude et velue profondément, sa tiède respiration s’accélérera — je la troncherai — je vomirai, déverserai, inonderai les profondeurs de son ventre — les genoux tremblants — je lui chatouillerai le haut — et pur accident je la pénétrerai floc, Bon Dieu —
L’ODIEUX RAFIOT DANS L’ODIEUX MISSISSIPPI, j’y reviens, en retard et en fin de compte par-dessus le marché ce n’est pas le bon bateau et je marche à tâtons sur le ponton à l’aube — ma couchette dans le quartier d’équipage sur le gaillard d’avant — après les événements mélancoliques et désagréables sans doute à la Nouvelle-Orléans, ivrognerie — mon vrai bateau est parti vers l’amont —
RÊVE HEUREUX DU CANADA, la terre Nordique illuminée — je suis d’abord sur Sainte-Catherine ou quelque autre boulevard avec une bande de compères Canadiens-Français et parmi de vieux parents, et à un moment donné Nat King Cole est là, il bavarde avec ma mère (il n’est pas sombre, plutôt clair, amical, je l’appelle « Nat ») — Nous allons tous à la Dure École du Nord, on est assis (comme la pièce en bois gris de la classe de Dessin Mécanique dans la cabane de Bartlett J.H.) et le professeur est un Écossais roux avec des taches de rousseur, il méprise un peu les Français, il a son chouchou au premier rang, lui aussi est canadien anglais sarcastique roux et tacheté — j’ai été proche et bavard et comme le Saint Ti Jean avec tout le monde, et maintenant contemplativement je me penche en avant et j’étudie la situation, je regarde le professeur et son prototype lèche-cul sarcastique et doucement, en français, hochant la tête, car je vois tout ce qui se passe et cela parce que seul un étranger Américain Canuck de Génie peut comprendre. « Ca-na-da » — dis-je, Ca-na-daw — et mes frères m’approuvent avec véhémence — « C’est toujours eux ! » crient-ils et je vois les minauderies sarcastiques et non françaises des têtes rouges, têtes à claques, quelque chose d’odieux que je dois avoir vu rue Sainte-Catherine en mars 1953, cette arrogante expression britanifiée — ou de mémoires ancestrales d’anciennes guerres de canoë franco-indiennes — Si j’étais revenu au Canada je n’aurais jamais toléré la moindre provocation d’un non-Français du Canada… J’ai tout pris au frère Noël et je me suis écrasé — Mais Bon Dieu, la face écrasée de mon ennemi roux canadien anglais —
Ce fut un rêve si heureux, je me suis réveillé à 5 heures du matin baignant dans sa camaraderie et sa luminosité — sans colère (comme maintenant, cet après-midi) — j’aurais dû l’écrire à l’aube — c’était Ti Jean le Saint heureux de retour parmi ses frères — C’est pour ça
DE VIEUX CHANGEMENTS POUR NOUS DIVERTIR, G.J. et Lousy et Scotty et moi dans les années immortelles adolescentes mais à New York dans cette partie (Thompson St.) où G.J. et Scot et moi faisions une promenade ce dimanche après-midi en 1940 lorsqu’ils visitèrent le grand Columbia Zagg à Hartley Hall et que nous marchions… soleil rouge et oblique sur les pavés du bas Manhattan, nous marchions entre les bâtiments hantés de Wolfe et les fenêtres lumineuses bleues d’architecte des bureaux en bas du canal, parmi les bâtiments techniques et les usines, nous voyions des voitures d’enfants de Bleeker et jusqu’à l’enfance Vesey de Skippy encore innocent de New York — à la fin nous prîmes des photos sur les marches d’Avery Hall, posant avec nos pipes, bourrées de glaces et de films de Walgreen Times Square — les dernières plaisanteries assidues de G.J. avec Scotty et les dés dans les dortoirs, la dernière bière mélancolique au Lions Den avant qu’ils se reguimbardent vers ce qu’ils prenaient pour leur « sombre destin » à Lowell — Le grand livre que je dois écrire maintenant sur ma vie entière ! — le bas New York de cette promenade de 1940, seulement maintenant qu’il fait nuit, un bar, l’afflux des Portoricaines à New York est tel que le bar est plein de filles portoricaines qui dansent seules sur la piste bondée du juke-box, pendant que nous quittons en file la pièce arrière (comme le Pionneer Club) (Garçons) les filles reluquent et chaloupent et je passe devant la première (menant Zagg) en essayant de les ignorer conformément aux instructions de Bouddha — ce sont de maigres brunettes Fellaheen — il y a des hommes qui rient assis alentour, c’est l’authentique actuel Lower Village du New York des vrais Portoricains — C’est pourquoi je m’abîme dans mes pensées et je vois Lousy, G.J. & Scotty qui se cramponnent chacun à une fille, et j’imagine un merveilleux et nostalgique film d’amour français qui les montre le lendemain chacun séparément avec sa petite amie dans une chambre Scotty aux mâchoires boutonneuses en amant tragique et grave, Scotty grimaçant sévèrement et vraiment amoureux… Lousy et sa drôlesse forment l’épisode comique… de même G.J. et sa conduite scandaleuse et sa folle de fille… « Je ne me mettrai pas dans ce livre », pensé-je sérieusement, « ça vaudra mieux » — je m’imagine les filles réelles —
UNE MAISON EN SAPIN, salle de séjour vert aiguilles et scènes hors des fenêtres du Maine et la pièce de devant de la maison de Phebe Avenue où Maman reposait récemment dans son lit quand je lui ai apporté une horloge électrique en cuir (grille-pain) --- événements d’une certaine intensité, de sorte que, lorsque Evelyn fait son apparition dans la cuisine resplendissante comme un ange en robe de soie blanche avec petits rubans de cuir exactement comme une robe d’ange à petits nœuds et qu’elle a les enfants avec elle et qu’elle les déshabille et dit « J’ai passé les vacances avec les miens », je fais « Oh » mine de rien mais je suis en réalité étonné qu’elle soit partie tout ce temps qui a filé dans la partie sapin de la maison --- sans doute Cody ---
LE GRAND BUREAU DE POSTE BANQUE nous paie nous les gars dans Jamaica Avenue, jours gris, sols de marbre, radiateurs brûlants devant les petites fenêtres des cages grillagées du caissier et donc c’est pénible de se pencher en avant pour poser des questions --- J’ai déjà prélevé mais je retourne en vitesse pour obtenir 165 $ de plus, ce qui m’en laissera 40 sur mon compte --- Je grimpe sur le côté du radiateur pour mieux voir le caissier --- les types se poussent tout autour --- le Caissier est nettement enclin à la plaisanterie et se souvient de moi mais fait une réflexion au sujet de ma position penchée en hauteur et donc je saute au sol et m’excuse auprès du bonhomme qui pousse à côté de moi « Je suis petit » --- nous examinons le caissier dans sa cage tandis qu’il compte --- des Nègres qui ont travaillé, empoché et probablement dépensé tournent dans l’entrée en lorgnant --- Je me méfie de leurs motivations --- Et donc quand je touche mes 165 $ je les plie en quatre et les fourre avec le pouce dans mon gousset mais je prends ensuite mon portefeuille que je tiens en main en sortant de là pour que tout voleur aux aguets pense que l’argent est dedans --- Un Nègre me suit effectivement --- À l’image du Blanc qui poussait à la fenêtre et qui avait un chapeau de pluie à large bord lui donnant un air de chasseur ou de pêcheur propriétaire d’une automobile et père de famille, ce Nègre avait une indéniable personnalité, marron clair, vêtu d’un manteau d’un indéniable style tweed, marqué par une indéniable anxiété, et il me suivait dans la rue mais devant moi --- Tout d’un coup il fait volte-face pour venir vers moi (dans la foule du trottoir) juste au moment où, pour brouiller encore plus les pistes, j’avais glissé mon portefeuille dans ma poche de cuisse dans un grand geste très travaillé --- Je lui hurle aussitôt « Gra wah ! » ou quelque chose de retentissant et de menaçant et il me frôle face angoissée et empli de perturbation sensible comme s’il avait simplement eu l’intention de me taper d’une petite pièce ou de dire un mot préliminaire (ou autre chose y compris le vol), mais à présent mon hurlement lui fait comprendre non seulement ma peur et l’inaccessibilité de mon argent mais que je l’ai eu à l’œil depuis tout ce temps et que j’ai prévu sa manœuvre pendant qu’il recule en glissant, blanchi ---
UNE MG OU UN CAMION dans lequel je fonce à travers des places ensoleillées de Lowell, le long de l’Hôtel de Ville, d’abord presque à (rêve ancien) Frisco comme une place ensoleillée au pied de la colline (cette vision originale de Van Ness ou Fillmore est aussi ancienne que les premières visions de Deni Bleu à Marin City) — mon bolide me promène et je lève les yeux vers le soleil qui disparaît je vois près de lui quelques étoiles boursouflées, grandes comme des petits soleils et elles sont grandes (et rondes comme des globes) parce qu’elles gonflent et croissent comme des lunes à la tombée du jour ou quand elles disparaissent à l’horizon — Je contemple ça et je vois les petits rangs lumineux qui dérivent dans le champ de la lune une étoile globulaire, je suis terrifié dans ce vieux rêve lowellien de désastre étoilé, je contemple tout ceci à travers une vitre dans la machine je regarde et je médite — je me rends compte que l’étoile est énorme pour des raisons récentes mais aussi simplement parce qu’elle décline à l’horizon et le soleil est estompé, vague, orange, nous arrivons à une vieille maison comme l’Empire Ottoman de Hackensack mais de l’autre côté de la rue en face de la Bibliothèque Publique de Lowell et là je descends de la voiture et j’erre alentour pendant d’autres événements avec quelqu’un, le sentiment net de ce magasin de musique proche — je regarde les noyaux bouillonnants du globe étoilé comme spirochète orange LE PROPRIÉTAIRE ET SON ASSISTANT viennent dans les logements de la Textile Lunch où Maman et moi avons emménagé, nous habitons au deuxième étage au lieu du quatrième de sorte qu’en regardant de la maison sur Gershom d’Iddyboy où nous avons également habité, on mesure l’espace entre le chapeau melon de l’homme qui passe et les fenêtres de notre appartement dans l’immeuble et il n’y a guère que quelques centimètres d’écart nous ne sommes donc pas haut du tout — Je suis dans la cuisine seul en train de glander, le Canuck propriétaire et son jeune assistant viennent d’achever quelque réparation et me laissent un papier que je dois aller remettre en ville à la Rent Loan Bank non loin du magasin de musique — ils entament d’interminables instructions lowelliennes — pour le fils prodigue — j’éprouve un désespoir et une lassitude momentanés à l’idée d’être de retour et de subir à nouveau les « lois de Lowell » (desquelles je m’étais déshabitué) — L’assistant un petit gars de Pawtucketville résolument hennissant que je ne vais pas manquer de voir cette nuit dans les allées du Social Club avec Gene Plouffe et tous les autres et ce sera tout à fait comme les salons de la rue Sainte-Catherine, la bière, la fumée, les bavardages, les mornes rues hivernales de Lowell Canada — pas un rêve heureux ni intéressant — il me répugnait de le noter, et le soleil étoilé, et je l’ai fait par sens du devoir, dont l’existence pourtant absurde à ce stade avancé de ma quête de repos au-delà du destin et de répit au-delà du ciel
ÉCRIRE DES RÊVES, NOTER LA MANIÈRE DONT L’ESPRIT RÊVANT CRÉE
LA MAISON DE LOCATION DE CHAMBRES DANS LA RUE ENFUMÉE À GRANDE CIRCULATION dans la station balnéaire de Sunland, on m’a permis de dormir sur le perron ce que j’ai détesté et quand je suis sorti au matin de ma mauvaise nuit avec la circulation automobile très dense sur le Boulevard, un des occupants qui revenait d’une nuit de beuverie m’a dit « Vous restez ici quelques jours ? Elle ne vous aurait jamais filé ce lit de camp sur le perron si elle avait pensé --- elle a pensé que vous restiez une nuit » (comme si j’avais pu m’envoyer une fille sur le perron dans la nuit du boulevard aux étoiles) --- un autre soûlard vient bavasser --- agaçantes personnalités précises, ton confidentiel, tout en dents, des cloches à semi-demeure en chambres louées dans la cohue de l’Univers Vide et ça me dégoûte --- Plus tard je travaille sur le pont avec le Scandinave Maître d’équipage du Carruth et je cherche en vain le pot de graisse selon les instructions d’un matelot, le pont est encombré, et je porte un bonnet blanc de clodo et je suis éclaboussé de peinture quoiqu’un des matelots me reconnaisse, « Hello Jack » --- je suis mécontent, « pris au piège », tout m’énerve et pire que tout je ne suis sûr de rien --- le navire n’est pas loin de la maison des chambres à louer ensoleillée, cette lèvre de terre sans nom née Floride alias Cape Cod à jamais Lit de camp Douce Nuit--- Toutes exactitudes événementielles à présent oubliées, les petites choses dites par le Maître d’équipage, etc. Telles les créations d’un esprit qui tente d’éviter via d’inévitables méthodes de travail & de location --- Augure de l’avenir, et de ce fait, « Tu es piégé tant que tu convoites quelque désir » et maintenant je désire installer Maman « à demeure » en Californie ---
LES ANNALES DE JACK KEROUAC — Annales en effet — affaires anales — L’Esprit s’est voulu et s’est rêvé un épisode de San Jose où on m’emmène au parking de travail dans un lieu que je n’avais pas même songé, sur cette route du Nord de Santa Clara vers la gare de triage et l’aéroport — et parce que je ne bois ni ne fume de l’herbe mon esprit est très clair et je suis très amical et direct avec tout le monde, je joue avec les enfants et je suis très serein etc. — scènes grises mais heureuses, au parking, où Evelyn me conduit, et je vois les voitures, le gardien qui s’en va, le patron, etc. — mais l’Esprit perd le contrôle lors d’une scène dans les toilettes de l’autre côté de la rue en face de la maison de Cody et Cody et moi chions l’un à côté de l’autre dans des chiottes doubles Cody parle d’un acteur pendant que je me torche avec du papier cul, il dit : « Mais tu sais qu’il est pédé, il fait des pipes aux Kings » et moi j’ai ma bite sur mon giron pendant que je m’essuie, c’est nu, et à la mention de ces sujets érotiques je commence à bander alors je me dépêche de me torcher avant qu’elle ne soit dure, mais je m’embrouille complètement dans le torchage et je me retrouve avec de la merde dans la bouche, un morceau, et pour une raison inconnue avec du papier et des morceaux qui se collent et une logique dentaire quelconque — j’essaye subrepticement d’enlever les gros bouts de merderêve de ma bouche qui est aussi pleine de papier hygiénique (je l’avais essuyée au lieu de l’autre bout) et ce que dit Cody à propos de pompiers et, me voilà en train de bander et j’essaye de me dépêcher, une Comédie — j’ai même rêvé du goût de la merderêve, c’est une sensation dont je ne peux me souvenir qu’en conjonction avec la possibilité d’un insipide beurre de cacahuètes comme cette « viande-pêche » à travers laquelle l’insecte frayait son chemin la semaine dernière — Cependant Cody ne remarque pas mon dilemme et je ne travaille pas dans les chemins de fer donc je ne m’en fais pas pour le temps qui passe —
EN VOITURE À TRAVERS LES TERRAINS DE PIQUE-NIQUE avec M. Calabrese, le petit Luke, Maman et d’autres, je sors le bras de la voiture et j’attrape un morceau fibreux de noix de coco, brun ou jaunâtre, et j’en mange une poignée, pour m’amuser — ça a un goût savonneux, désagréable — et les gardiens du parc m’ont vu et me questionnent (me « réprimandent ») et M. Calabrese déjà exaspéré parce que je prends ce qui ne t’appartient pas est maintenant écarlate et muet parce que je me suis calmement servi dans les réserves de noix de coco du parc — le premier flic du parc (en civil), un grand type d’âge moyen genre Okie en shérif avec des lunettes — « Pourquoi as-tu fait ça ? » — je suis assis seul dans la voiture près de la volière entre elle et d’autres bâtiments, les autres sont partis jouer, et j’écoute patiemment et un peu sarcastiquement ces « réprimandes » — en conséquence le shérif s’en va et arrive un autre Réprimandeur, un homme aux cheveux foncés, vêtu de bleu et arborant une petite moustache — son visage oscille de l’obséquiosité à la dureté (de poli à franchement brutal) pendant qu’il me parle (« Pourquoi ? ») et essaie de décider s’il doit me traiter comme un membre des familles-polies-promeneuses-du-dimanche (O la fois où ce chien m’a mordu dans ce parc dominical !) (1930) — Je le surveille avec méfiance, je me dis que s’il se met à taper il sera difficile à contrôler, et dangereusement brutal, mais je suis prêt et je l’attends, je ne ressens qu’une ombre de doute quant à mes capacités et à ma sûreté personnelle — Avant ça, l’esprit promenait ses personnages sur quelque boulevard de vacances comme boulevard de l’Hôtel Garver Farver du Monde, plus ancien encore, Maman et moi nous sommes dans un avion qui atterrit et j’ai tellement peur qu’il ne s’écrase (il s’écrase d’ailleurs, le Pilote a dit de se cramponner), c’est ce terrain de Lilley Lakeview (Laurier Field) et aussi la Nouvelle-Angleterre Boston Canal Bridge West avec les toits Mattapan Charley et l’Hôtesse, les lumières des rues plus bas, la Nuit — Ma mère et moi sommes dans les bras l’un de l’autre sur le sol, je pleure, j’ai peur de mourir, elle est sereine, une jambe rose s’insinue érotiquement entre les miennes et je me dis « Même à l’article de la mort les femmes pensent à l’amour, et la tendresse serpentine » — Les Femmes ? Qui rêve de ça ?
SEURAT --- les bateaux nuages pang pock boum !
IL SEMBLE QUE LA BELLE ET FRAÎCHE PEACHES TÉNÉBREUSE ET FARDÉE émerge de l’entrée à la haute porte à linteau, et il y a avec elle une lesbienne, probablement Ricky et tellement éblouissante et semblable à Maggie et sombrement belle, j’étends involontairement mes bras pour l’enlacer mais je me retiens et Peaches dit « Hmf, si tu veux faire ce dont tu crèves d’envie, fais-le » et hautaine c’est-à-dire avec indifférence elle s’en va avec la lesbienne — j’ai été dans cette pièce toute la nuit, des âges, anxiété, grise c’est quelque part dans la ville mais quelle ville hantée par Tante Anna et le mort Gérard et le porche du camion perdu, ville de savon mol et gris et combien perdu à jamais dans mon souvenir et oublié, même ça… comme si j’étais revenu au ciel pour chercher mes vieilles chaussures — seule une contemplation définitive bouleversera les détails de cette vie perdue et je l’écris —
DE RETOUR À BORD ET JE PENSE « J’y ai rêvé & m’y voilà » ---persuadé que je suis de retour dans la sinistre réalité, et quel rafiot qui se traîne et rien que des débiles --- J’ai fait quelque chose énervé ou dormi trop longtemps et j’ai raté ma vaisselle du matin et tout le monde est complètement dingue --- je suis dans un poste d’équipage gris ou une cabine de luxe avec un matelot breveté qui fait la tête --- je rejoins en vitesse l’évier en promettant de faire des heures supplémentaires --- « le steward bien sapé » me grondera plus tard
L’AUTRE NUIT, HAL KIND… en rêve réveillé soudain en lisant le dialogue portant sur le lieu de l’Esprit dans le Surangama Sutra… la même scène dans une vaste salle pleine de Saints & d’Arhats & de Bhikkus qui se sustentent, attentifs, mais à Denver ---
Milliers d’angoisses dans le sommeil, visions enflammées de l’esprit agité qui dort trop dans la pièce d’une maison
DANS UN WAGON-RESTAURANT je viens d’avoir une grosse engueulade avec des gens derrière le comptoir — « partout je sème mes larmes » me dis-je cherchant à me souvenir des détails mais je m’endors dessus — quoi qu’il en soit je me sens triste et usé et soudain à deux tabourets du mien s’assied un client inattendu au milieu de notre odieuse tragédie, comique à son arrivée mais néanmoins un vrai client en chair et en os dans cet authentique wagon — et c’est W.C. Fields !!! je suis complètement stupéfait, le nez rubicond, le chapeau de paille, Fields lui-même vient comme par hasard d’entrer — c’est tellement inattendu, ça ouvre de telles perspectives d’humour rédempteur et purifiant que je laisse échapper un sanglot de joie involontaire et W.C. m’entendant ne me jette qu’un regard furtif et poliment comme tristement, il parcourt le menu par respect pour ce grand garçon qui pleure à côté de lui — et ce respect et ce chagrin est tellement drôle, il n’a pas encore dit un mot mais on sait qu’il va le faire — c’était la matérialisation d’Old Bull Baloon, Fields vivant, juste à temps pour le Chagrin — mais si j’avais noté ce rêve à l’aube, je vous aurais ramené un message du Ciel sur W.C. Fields car cela s’est passé dans le Ciel — c’est tellement drôle, sa conviction que je pleure à cause d’ennuis et de chagrin, il se racle discrètement la gorge, il s’assied (il vient d’entrer) sans faire attention aux autres, il dérive dans une aventure de son propre personnage et le destin l’a mené par le bout du nez vers notre humble et fol wagon-restaurant — Les démêlés et les gags incroyables qui l’ont amené ici !
— À ce moment-là j’ai été jeté arraché de ce rêve par le chat qui m’a donné deux coups de patte, comme font les loups dans les Légendes indiennes, et c’est la première fois que Rondidindu me fait ça, bien qu’il le fasse tout le temps à ma mère pour qu’on le laisse sortir — il voulait sans doute dormir avec moi (ou faire cesser mes ronflements ?)
UN HAUT BOSQUET D’ARBRES À ABEILLES ENSOLEILLÉ l’esprit rêveur crée au-dessus de voies ferrées dans quelque Midi brûlant de Mattapan ou midi bostonien qui courent le long de fossés qui évoquent les vieux canaux des fossés du Lowell du Château de Duke Gringas et toutes les vagues d’herbe verte qui paressent dans le faubourg somnolent et me voici avec Lil Luke longeant la voie dans un grand voyage qui n’est autre que des gosses qui font les fous pour un jour --- Lil Luke se fiche de mes exigences, il a son idée à lui, je suis en rage et je tape du pied sur le rail mais il ne veut pas suivre et je suis plus gosse que lui etc. --- cette Ligne de Boston et du Mexique des Lowell d’outre-poussière --- mais arrivé, les arbres du terminal pas loin de la Mer !
JE ME RAPPELLE UNIQUEMENT DES SCÈNES, --- dans cet Albany sombre spectral du nord de l’État j’ai roulé sur de radieuses autoroutes pour rendre visite au couple Pat Fitzpatrick-Marie et voici leur maison et c’est comme cette vieille maison triste du nord froide l’hiver sans chauffage où j’étais avec June --- (Russia Street) ---
La scène suivante est une vieille maison froide comme celle de Watson à Sarrington Fabrook avec arbres transis et lune pèlerin-hagard et arbres gémis-glapis de mixupérie d’une Nouvelle-Angleterre cimetiérale Puritanicale et Maniscale --- maison entièrement meublée, et je suis fier de dire « Attendez que Maman voie la maison que je lui ai trouvée » --- je suis dans une pièce froide et sombre, c’est un Novembre de l’âme (mon âme) ---
En décembre ils sortiront des cendres un cercueil par-devant ---
UN GYMNASE, UN TYPE À CHEVEUX ROUX un meurtre dont je suis le témoin et je m’en vante toute la nuit — la scène se passe probablement sur le campus de Colombia et Guy Green est dans les parages — À la vérité le ballon de basket blanc n’était pas encore en vue des habitants supérieurs du balcon Fenway lorsque pendant une guerre ou quelque chose de ce genre je suis arrivé et j’ai promené ma bite et j’ai confronté mon esprit à d’autres esprits et j’ai senti l’angoisse de l’activité et aussi je voulais être un diplômé et j’essayais d’imaginer où et quels bénéfices s’ensuivraient — j’ai éludé l’Armée, je me suis enfui de la Ville, je n’ai salué aucun drapeau, je me suis caché dans des caves, j’ai fait l’amour à de sombres nanas, j’ai pratiqué le dhyana dans une Grotte Birmane — « Owk le Kerouac et le voilà, et Dit », et je me balade, et je fais des plaisanteries allusives à propos du fameux meurtre, du rouquin et de la guerre dont j’ai été témoin dans les roseaux et les herbes folles et les couteaux d’un champ de bataille ensoleillé près de Phillipine Park où trois soldats aperçurent Snodgrass qui suçait de la chatte et les Rois Phellipaeen vinrent étendre des nattes de paille pour les héros Faustiens de Moody Street et du West End Bar, énorme gros grondaffairement — j’embazamerdise tous les palins malins dans Potterst — cram ! crash ! crackcisy ! la nuit suivit le soleil, je vis Guy, peut-être Carlo le héros portoricain, peut-être Garden des poubelles d’Henry Afghanistan Street et des assassinats dans les chambres à coucher maritimes garni de rose face à l’Ouest, et des Yucatan Blues (maintenant) — la Vision du gymnase dans le parc du soleil rouge rouille déployé tout entier dans la mém o ire — écrit dans son propre langage
(À propos de « Marie » et du second rêve de la nuit dernière c’était cette incorruptible fuite chaude douce et humide de Marie Desmarais, qui après d’interminables aigrettes et d’égressives échapotées vient finalement s’allonger sur ma couche de Richmond Hill (dans le salon) et je la touche et elle est prête à fonctionner, toute lubrifiée — mais d’abord je dois aller pisser et il est 6 heures du matin et de toute façon je me réveille — c’est le grand obscur et putride des corbeaux planant dans la mer étale et basse du rêve obscur ou je veux dire le troupeau couverture parasite pourri couri mer, aussi, peux queue, le Prix des Szelnicks est la machine à changer les sous du Temple Oogoo — je n’aime pas l’égout caché humide et sacré sauvé par scaramouche — puisque vous êtes tous des enfants —
Révélations de l’esprit débridé en connection d’Essences)
TRAVAILLANT SUR LE FRONT DE RIVIÈRE DANS LES FAUBOURGS comme docker étrange sur le bord d’une jetée, je dirige la grue chariot vers sa cuve où l’huile d’arachide est barattée, et pour ce faire je dois me livrer à des acrobaties à l’extérieur du rail et au-dessus de l’eau et c’est la même eau des eaux du Rêve de 1942 de Brooklyn Liberty Ship Pier dont j’avais rêvé parce que je pensais et je craignais de reprendre la mer, j’étais déçu par les Irréalités d’acier dans les Ténèbres Discriminatoires et Inhospitalières du Monde et j’ai plongé ou j’ai abandonné le bateau ou je me suis suicidé et aussi comme si j’étais avec Julien à notre dernier jour… ces eaux-là, mais dans l’étouffant Mississippi du Sud — une bande de dockers sur la berge opposée se marrent et me regardent pendant que je joue au funambule en gesticulant pour guider le canot —