Le mariage royal (French Edition)

Alex Amber · Chapitre 12 sur 57

Pages du PDF

Le mariage royal (French Edition)

Chapitre 12

 

Ethan

 

J-26 avant le mariage

Les trois jours suivants, malgré la pression de Raph qui paraît plus intéressé par mon manque d’avancée au sujet du pieu que par le fait que je sois sain et sauf, je reste cantonné à mes appartements. La reine des vampires semble considérer que notre conversation est terminée. Camille, sa générale, est censée rentrer aujourd’hui et j’ai décidé qu’il valait le coup d’attendre son retour sans moufter. J’admets que les précautions qu’elle prend vis-à-vis de ma sécurité me font froid dans le dos. Toutefois, depuis que j’ai passé le périphérique, tout me fait froid dans le dos. La réelle raison de ma patience, c’est que j’étudie les allées et venues de ma reine des vampires.

— J’en peux plus, répète Tag pour la quinzième fois de la matinée.

Il agite les ailes. Les feuilles A4 éparpillées sur ma table à manger s’envolent. J’y ai dessiné au crayon plusieurs pentagrammes.

— Ne joue pas avec ça, je vais en avoir besoin, le réprimandé-je.

Hier et avant-hier, la reine des vampires est sortie de son appartement sur les coups de neuf heures du matin. Je n’ai pas l’impression que son programme de la matinée soit fixe. Elle fait plusieurs allers-retours entre l’Arche et les autres bâtiments des espaces d’Abraxas. Elle revient vers midi et demi pour déjeuner. Elle m’apporte mon plateau, me le dépose sans un mot, puis rentre chez elle. Elle prend tous ses repas seule. Ça me fait penser à ma mère qui, elle, est toujours occupée par un déjeuner mondain. L’atmosphère chaleureuse de ma chambre sur l’Île de la Cité me manque. Je secoue la tête pour me reconcentrer. Après le déjeuner, la reine reste enfermée un moment. J’imagine qu’elle travaille depuis son appartement ou peut-être qu’elle fait une sieste. Elle ressort sur les coups de seize heures.

Si mes observations sont bonnes, elle partira donc dans quelques minutes. Je compte tenter ma chance et essayer de m’introduire dans son logement avant qu’elle ne me colle sa générale aux basques vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il n’y a pas de meilleur endroit pour découvrir des informations très personnelles que dans la chambre de quelqu’un. Et le fait qu’elle m’ait formellement interdit d’y accéder ne fait que renforcer mon envie d’y pénétrer.

Depuis ma salle à manger, j’entends sa porte grincer, puis celle des parties communes claquer. J’estime avoir deux heures devant moi. J’attends une dizaine de minutes, au cas où elle aurait oublié son bonnet et décidé de remonter, puis je rassemble mes dessins de pentagrammes. Je les ai crayonnés une douzaine de fois pour m’assurer de bien en maîtriser le tracé.

— Est-ce que tu es prêt ? demandé-je à Tag.

— J’ai jamais été aussi enthousiaste à l’idée de sortir sur un palier, ironise-t-il.

Je rejoins la porte des appartements de la reine des vampires. Je promène les doigts sur ma tresse, fixe le battant. Je prends une longue inspiration, puis, plein de confiance, appuie sur la poignée. Qui sait, elle aurait pu omettre de verrouiller la serrure ! Ce n’est pas le cas.

Dans mon dos, Tag fait des ronds. Je l’ignore et m’accroupis devant la porte pour l’observer. Elle possède un cylindre de haute sécurité impossible à crocheter. Mes pensées s’évadent et je ne sais pas combien de temps je passe à scruter la serrure. Tag me tire de ma transe en se raclant la gorge. Je sais. Je sais ! N’importe quel mage aurait déjà collé sa paume contre le métal pour y apposer un pentagramme. Moi, j’hésite. C’est ce qui rend Tag aussi fébrile et son impatience me met sur les nerfs.

— Tag, laisse-moi me concentrer.

— Tu attends trop, petit. Fous ta main sur la porte et fais ton tour de magie.

Il a raison. Cependant, il ne me suffit pas de faire apparaître le premier pentagramme. Si je parviens à ouvrir cette porte, il me faudra en utiliser un second pour réparer la serrure et dissimuler mes traces !

Je connais par cœur la forme de tous ces pentagrammes. Le problème, c’est que dessiner au crayon et dessiner avec la magie n’a rien à voir. J’ai menti à Raph quand je lui ai dit que j’avais passé la semaine avant mon départ à m’exercer. Depuis la mort de Papa, je n’arrive plus à manipuler la magie. La dernière fois que je l’ai fait, c’était sur le mur d’une salle d’entraînement du QG, il y a plus d’un an. Une courbe a fourché dans la mauvaise direction et j’ai failli faire s’effondrer le bâtiment. C’est après cet accident que Raph m’a envoyé en convalescence chez Julie.

— Petit, sans exagérer, ça fait un quart d’heure que tu zones.

Je sais et j’essaie de me résonner. Les possibilités défilent dans ma tête. Je loupe mon pentagramme et il ne se passe rien. Je rate mon pentagramme et la porte de la reine des vampires explose, trois jours après qu’elle m’ait formellement interdit l’accès à ses appartements. Je m’empêche de réfléchir aux conséquences que ça aurait. Mettons que je réussisse mon pentagramme, il faudra encore que j’en dessine un second pour camoufler mes traces. Et si je n’y parviens pas dans les temps et que la reine des vampires me surprend…

— Petit. Malgré tout l’amour que je te porte, si tu continues à imaginer des scénarios catastrophes, je t’assomme et je pars en balade.

Je serre les dents.

— Je sais, grogné-je. Je sais.

Je cesse de penser. Je tends enfin le bras et je ferme les yeux. Je visualise le pentagramme dans mon esprit. Je le vois, clairement. Je sais à quoi il ressemble. Je sens la magie qui m’entoure. Elle est moins dense qu’à Paris, mais elle est bien présente. Je l’attire sous ma paume, vers la serrure. Je décide de former un pentagramme de la taille d’une orange. Plus ils sont grands et plus ils sont visibles, mais moins j’ai de chances d’en rater la forme. Je canalise les particules de magie. Je trace deux cercles concentriques, puis enchaîne avec les polygones. Plus j’entre dans les détails, plus ça devient délicat et plus ma main tremble. Sous mes vêtements, je me mets à transpirer à grosses gouttes. Je réalise les finitions du dernier carré et me laisse retomber en arrière. Ma respiration est haletante. Tag me fait un peu d’air avec son aile et nous observons tous les deux la porte.

— Au moins, déclaré-je, elle n’a pas explosé. On peut considérer ça comme une progression.

— Essaie, m’encourage mon familier.

Je me redresse. Sans attendre, j’appuie sur la poignée.

— Merde.

Elle est toujours verrouillée. Pire, un pentagramme de cinq centimètres de diamètre y est apposé. Ma nervosité monte d’un cran.

— Recommence, me presse le familier. Allez.

Je me mets à suer comme un buffle. Quand je tends la main, j’ai le sentiment que les particules de magie autour de moi se sont raréfiées. Ça n’a aucun sens, je me doute bien que mon esprit me joue des tours. J’esquisse un nouveau pentagramme avec une lenteur qui ferait rougir un mage de CM1. Je fais des accrocs que je dois corriger. J’ai l’impression que la magie s’agite, qu’elle m’échappe. Le tracé assuré que j’ai réussi quelques instants plus tôt me paraît lointain. Et de toute façon, il n’a pas fonctionné.

Je ne sais pas combien de temps je mets à former ce deuxième pentagramme. À l’instant où je le termine, la serrure dégage un pic de chaleur et me crame la paume.

— Saloperie ! m’exclamé-je.

— Ça va ? s’inquiète Tag.

— Je… je me suis brûlé.

La douleur est vive, me fait larmoyer.

— Petit… ça fait une heure que tu y es. Je suis désolé, mais je pense que c’est plus le moment de faire des essais. Il faut que tu couvres tes traces.

Je m’étonne de la délicatesse avec laquelle Tag insinue qu’une heure risque de ne pas me suffire pour dissimuler les deux pentagrammes désormais creusés dans la poignée. Tout mage de mon niveau serait capable de faire ça en moins de dix minutes.

Je dois me calmer. Je sens mon sang pulser dans la brûlure de ma paume. Je n’ai pas amené de trousse à pharmacie. Je connais quelques pentagrammes de soin, mais la magie de soin est une discipline complexe dont je ferais mieux de me tenir loin.

— J’ai besoin de cinq minutes, répliqué-je.

Je me rends dans la salle de bain de mon appartement. Je me passe de l’eau sur le visage, puis mets ma main sous le mitigeur. Le froid soulage un peu la douleur. Je me regarde dans le miroir : ma peau blanche est tirée, mes yeux sont rouges, j’ai l’air catastrophé.

Je reviens à grands pas sur le palier. Je n’ai plus le choix. Si je ne parviens pas à masquer mes traces, je peux dire au revoir à la mission que m’a confiée mon frère. Sans attendre et sans un mot, je repositionne ma paume au-dessus de la serrure. Je prends plus de temps qu’il le faudrait. Cette fois, il en va de notre sécurité à Tag et à moi. Je ne peux pas laisser la magie m’échapper. Au bout d’un quart d’heure, je me recule et essuie mon front trempé de sueur. Doucement, les pentagrammes creusés dans la poignée métallique se rétractent.

Je me retourne vers Tag, lui sourit.

— J’ai réussi.

Il agite les ailes.

— Tu as réussi, petit !

Je me penche pour observer le battant de plus près. Je pâlis, en entendant des bruits dans les escaliers. Tag et moi échangeons un regard et nous précipitons vers notre appartement.

OceanofPDF.com