Le mariage royal (French Edition)

Alex Amber · Chapitre 14 sur 57

Pages du PDF

Le mariage royal (French Edition)

Chapitre 14

 

Léo

 

Je m’apprête à ouvrir la porte de mon appartement quand Marius débarque. Il m’a suivie.

Je serre la poignée dans ma main. Ce palier est un très mauvais endroit pour avoir une conversation, cette conversation. L’isolation phonique des bâtiments laisse clairement à désirer. Évidemment, mon logement est protégé par les enchantements d’une fée que j’ai payée grassement, mais celui d’Ethan ne l’est pas et je ne peux pas m’assurer que le mage de la régence ne nous entendra pas. Or, je ne peux pas proposer à Marius d’aller autre part, sinon il comprendrait que je me méfie du mage et vu la discussion que je viens d’avoir avec son père, je ne veux pas prendre ce risque. Enfin, les seules personnes que j’autorise à entrer dans mes appartements sont celles à qui je fais confiance et Marius n’en fait plus partie.

Je me sens coincée, tape nerveusement du pied sur le vieux lino brun.

— Quoi, Marius ?

— Vous participez à la fête ?

J’inspire longuement. La migraine ne m’a pas quittée de la journée et elle me cogne sur le front.

— Non.

Marius appuie son épaule contre un mur et croise les bras. Le coin droit de sa lèvre se retrousse et dévoile une canine effilée.

— As-tu peur que ton mage se fasse étriper ?

Le problème, avec Marius, est que je ne parviens plus à faire la différence entre sa sincérité et les rôles qu’il joue.

— Je n’aime pas les fêtes, réponds-je.

C’est vrai et il le sait bien.

— Léo, tranche-t-il avec sérieux, tu dois te montrer à ta propre fête.

— Je n’ai pas planifié de fête de fiançailles.

Il hausse les sourcils, sceptique. Les vampires adorent les fêtes, tout autant que les bagarres générales. Parfois, la distinction entre l’une et l’autre peut être ténue. À la suite de mon annonce de vendredi dernier, une célébration s’est spontanément organisée en l’honneur de ma promesse de mariage. Ce serait idiot et provocateur de ma part de m’y opposer. C’est pendant ce genre d’événements que les vampires des différents clans se mélangent. De nombreux conflits y sont réglés. Sans eux, notre fragile équilibre politique serait mis à mal.

Tout en s’assurant de respecter mon espace intime, Marius s’approche d’un pas. Il me scrute intensément et mon ventre se réchauffe. Le problème, avec Marius, est qu’il contourne trop facilement mes défenses. Je croise les bras sur ma poitrine et me détourne.

— Tu es là en tant que représentant du clan des Surpuissants ? lui demandé-je sur un ton de reproche.

— Non, susurre-t-il si bas que je redresse la tête vers lui. J’ai envie que tu viennes.

Ma chair répond instinctivement à son invitation. Je me sens plus lourde, tout à coup, plus à l’affut aussi. Mon regard empli de désir glisse sur le torse du vampire, descend. Il porte un pull léger et un pantalon un peu moulant. Je n’ai pas besoin de beaucoup d’imagination pour me figurer les formes de son corps.

— J’ai besoin de toi, ajoute-t-il honnêtement.

Cette fois, je comprends sans mal sa référence. Il ne parle plus de politique, mais d’impératifs physiologiques. Mon cœur s’accélère et je déglutis plus bruyamment que je ne l’aurais voulu. Un long silence passe. Je déteste les fêtes et si je dois me laisser aller je peux simplement me faufiler jusqu’à l’appartement de Marius pendant la nuit. Toutefois, il n’a pas fini d’essayer de me convaincre :

— En tant que représentant du clan des Surpuissants, je me dois quand même de te répéter que le pari que tu fais est risqué, Léo.

Il ne m’apprend rien, les menaces de son père sont suffisamment explicites. Pourtant, mon ventre se serre. Je porte deux doigts à mes tempes pour les masser.

— La moindre des choses, continue-t-il, après avoir pris une décision qui est regardée par la moitié des vampires de ta cour comme une trahison, c’est de montrer qu’en tant que reine tu tiens à notre culture et à nos mœurs.

L’enfoiré est intelligent. Peu importe s’il négocie en faveur de son père ou par réelle inquiétude pour moi, il a raison. Je dois me présenter à cette fête.

— J’y serai, me rappelle-t-il. Tu as juste à faire une petite apparition.

— D’accord.

Marius hésite. Il se décolle du mur, se recule légèrement et parle un peu plus fort.

— Tu devrais y amener ton mage de la régence, si tu as le moindre espoir qu’il s’intègre à la cour.

Mes muscles se crispent. Encore une fois, il n’a pas tort. Toutefois, je ne sais plus si je parle à Marius ou au fils du Jorge. Je redresse le menton, pose la main sur la poignée de ma porte et conclus :

— Je viendrai, Marius. Sans le mage.

Il ne réagit pas à la fermeté de mon ton. Son regard perçant m’indique qu’il pense à tout sauf au mage de la régence, propage des petits picotements le long de mes jambes. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire et disparais dans mes appartements.

OceanofPDF.com