Le mariage royal (French Edition)

Alex Amber · Chapitre 49 sur 57

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Le mariage royal (French Edition)

Chapitre 49

 

Ethan

 

Raph m’a dit de me comporter normalement, le plus normalement possible. Qu’est-ce que c’est que la normalité, pour Léo et moi ? J’ai tout imaginé. La solution qui me plaisait le plus, c’était de lui adresser un regard incendiaire. Celle qui correspondait le mieux à ma mission, un sourire enjôleur. Au final, j’aspirais plutôt à exprimer une froideur cordiale.

Raph peut se mettre ses conseils pourris là où je pense.

À l’instant, tout ce que j’arrive à faire, en plus de ne pas tourner de l’œil, c’est de détourner le visage. Mes autres sens sont focalisés sur Léo. J’entends le son étouffé de ses baskets heurtant le sol dallé de l’église. Son odeur résineuse se mêle à celle de l’encens. Tandis qu’elle s’arrête en face de moi, je peux quasiment palper la fermeté de sa présence.

— Salut, Ethan.

Je ne sais pas quoi déceler dans sa voix. Elle est habillée comme d’habitude : pantalon cargo, pull. Je croise son regard, rien qu’un instant. Puis je pose mon attention sur Camille qui affiche un sourire chaleureux et me fait un signe de la main. Mes jambes vont me lâcher. Ou alors je vais vomir. Je m’empêche de toucher au pieu.

Je lève doucement les yeux vers elle. C’est la reine des vampires, me répété-je. Elle est la reine des vampires. Mais franchement, quand je détaille ses sourcils épais, ses iris bruns, son nez arrondi, sa bouche épaisse, je ne vois que Léo.

— Salut, Léo, réponds-je finalement d’une voix trop saccadée.

Cette fois, nous nous dévisageons. Mon cœur s’emballe. Je doute. Maintenant qu’elle se tient devant moi, j’ai du mal à croire que ce que nous avons vécu n’a pas existé. Voilà pourquoi je ne voulais pas l’appeler, parce que je sais quel effet Léo a sur moi.

— Votre deuxième témoin, où se trouve-t-il ? demande Raph d’un ton pincé.

— Il est un peu en retard, réplique froidement la reine.

La porte couine à nouveau. Je piétine en arrière. Je suis stupéfait de découvrir Marius dans l’entrée du Sacré-Cœur. Le Surpuissant est vêtu d’un pantalon noir et d’un manteau classieux qui le fait paraître encore plus grand et plus athlétique que d’habitude. Il traverse la nef d’un pas calme, presque nonchalant. On pourrait presque croire que c’est lui qui se dirige vers l’autel pour épouser Léo. Ce mec me file de l’urticaire.

— Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? grommelé-je.

Léo fronce les sourcils.

— Je t’expliquerai après les formalités.

Marius me sourit tandis qu’il s’installe à côté de Camille. Je fixe le Surpuissant pendant un long moment. Le souvenir de son canon braqué sur ma poitrine bande mes muscles. En un sens, je devrais remercier Marius et Léo du rappel. La vérité est déployée devant mes yeux : constamment, Léo a agi dans l’idée de m’utiliser, en sachant qu’elle mettrait un terme à ma vie. Après tout, quelle importance peut avoir ma minable existence pour des vampires de deux cent cinquante ans ? Je me répète ces deux faits en boucle. Je n’ai plus la notion du temps qui passe. Mon frère me ramène au présent, gronde dans mon dos :

— Ethan, c’est maintenant.

Je déglutis. Léo est diablement sérieuse, indéchiffrable. J’ai toujours eu du mal à lire en elle. À présent, je suis perdu. Ce n’est plus le moment de penser. Elle me manipule, me répété-je, elle me manipule. Je réduis la distance entre nous. Je suis si près que je sens la chaleur irradier de son corps, ce corps que j’ai serré dans mes bras. Elle me manipule. Elle me manipule.

— Je dois poser ma main dans ton cou, soufflé-je.

Elle hoche le menton.

— De quel côté ? demande-t-elle d’une petite voix.

— Peu importe.

Elle incline la tête et tire légèrement sur son pull. Quand j’approche mes doigts, elle déglutit. J’appuie délicatement ma paume. Sa peau est fraîche sous la mienne, qui est brûlante.

Je ferme les yeux. J’ai appris par cœur le pentagramme que je suis censé dessiner. Maintenant, je dois rassembler ma magie. Elle me manipule, pensé-je à nouveau. Elle m’a manipulé. Elle s’est servie de moi. Elle avait prévu de m’assassiner. Je me répète en boucle ces trois maudites phrases. Autour de moi, la magie est chétive, fugitive.

Je fronce les sourcils. La dernière fois que mon pouvoir a fonctionné, j’ai imaginé la mort de Papa.

Penses-tu que Papa aurait souhaité que tu répondes à la mort par la mort ?

Les paroles de Julie me glacent, m’empêchent de faire de même cette fois. Tag a raison, ce n’est pas ainsi que mon père m’a élevé. Je ne veux pas utiliser sa mort pour tuer.

Ce n’est pas si compliqué. Je dois me convaincre que je désire ce pentagramme et ce mariage.

Tu as une réelle intention de te marier, m’avait dit Raph. Simplement, cette intention est conjointe à celle d’enfoncer un pieu dans le cœur de ton épouse.

Léo m’a manipulé. Elle s’est servie de moi. Elle avait prévu de m’assassiner. Je me répète ces trois mêmes phrases. Petit à petit, alors que je me persuade que je prends la bonne décision, je sens la magie s’épaissir autour de moi.

Il est temps pour moi de franchir ce cap : d’utiliser pour la première fois ma magie sur un être vivant. Je dessine dans mon esprit le pentagramme, puis je commence à diriger la magie vers Léo, dans sa chair. La magie va pénétrer en elle et la changer, la rendre capable de supporter mon sang de mage. La reine serre les dents, pousse un grognement de douleur. Sous ma paume, sa peau crépite et mon cœur fait un bond. Je m’apprête à reculer, mais elle maintient ma prise et me dit :

— Ça va, Ethan. Continue.

Ma vision se brouille. Les images des jours que la reine des vampires et moi avons passés ensemble assaillent mon cerveau. Je suis transporté vers la première fois que j’ai saisi sa main, dans les armureries. J’avais si peur, à ce moment-là, de l’avoir blessée.

Je secoue la tête. Je dois penser à Papa. Je dois me remémorer le moment où Raph m’a confié qu’elle l’avait tué. Je dois me rappeler le visage de Louis quand il a admis que la reine avait toujours eu pour objectif de se servir de moi. Je n’y parviens pas. À la place, je me souviens du moment où j’ai avoué à Léo que je voulais l’embrasser, de l’instant où nos lèvres se sont touchées, où nos corps se sont enlacés. Alors, je réalise que la magie n’est pas en train de m’échapper. Je n’ai aucun mal à la canaliser. Ça me demande de la concentration, de l’énergie, mais jamais la magie ne m’a paru aussi élastique et facile à modeler. Je comprends que les images grâce auxquelles je peux tracer ce pentagramme sur la peau de Léo ne sont pas celles que je pensais. Ce qui me permet d’accéder à cette magie, ce n’est pas la haine ou la vengeance, mais une intention bien plus pure. Peu importe l’histoire que je me raconte, j’ai suffisamment de sentiments à l’égard de Léo pour avoir envie de l’épouser.

La reine me lâche et j’écarte tout doucement la main. Je suis haletant de l’effort, Léo de la douleur. Je fixe le pentagramme un long moment, puis nos regards se croisent. Le dessin est parfait. J’ai réussi.

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