Le soleil ne brille pas pour tout le monde
Chapitre 2
Ce matin-là, comme toujours, il épluchait les faits divers dans le journal : « Cité La Cabucelle. Saisie de résine de cannabis et d’armes de guerre. Garde à vue de quatre jeunes hommes dont un mineur de treize ans. Tu le crois, ça ? Bientôt, c’est au berceau qu’ils vont se mettre à la kalach. Avant, y avait une hiérarchie à respecter, même chez les truands : les minots faisaient les petits boulots, laissaient traîner leurs oreilles ici et là pour le compte d’un mafieux, et peu à peu, ils grimpaient les échelons à mesure qu’ils gagnaient leurs galons de voleurs, de petits trafiquants, de braqueurs, de tueurs... Les Italiens, ils te contrôlaient ça bien comme il faut. Mais maintenant… Pff... C’est barbus et compagnie... Les mères en font huit, qui traînent dans les cités, qui leur parlent comme à des chiennes et qui se prennent pour des caïds à douze ans. Les filles mettent le voile et se trouvent mariées avant dix-huit ans. Je comprends plus ! Personne ne respecte plus rien. Ils sont où les pères ? En Syrie ? Ils font le djihad ?
– Fredo, tu mélanges tout, là…
– Ah oui ? Regarde Marseille ! Tu la reconnais, toi ? Vé la Canebière ! Rien que des Kebabs ! Écoute les gens parler. Regarde leurs fringues... Tu vas pas me dire ?... Marseille, cœur de la Méditerranée, ah oui ! Ça c’est sûr ! Tu te sens encore à ta place, toi ?
– Marseille a changé mais…
– Attends, Steph, regarde ton quartier ! À commencer par le boulevard de Paris, tiens, avec son nom ronflant ! C’est vrai qu’il aurait jamais dû s’appeler comme ça, celui-là, ricana Fredo. Mais alors maintenant ! C’est boulevard de Barbès plutôt, qu’il faudrait dire ! Tu vas voir qu’aux prochaines élections, y en a qui vont faire le ménage !
– Quoi ? Les Européennes ? Mais qu’est-ce que ça a à voir avec Marseille, Fredo ?
– Non, pas les Européennes. On s’en fout des Européennes. Je te dis qu’aux prochaines Municipales, Ravier, il va transformer le tir ! Ça va changer !
– Ça va changer quoi, Fredo ? Tu peux mettre n’importe quel maire, les Arabes, ils vont pas repartir, et tu le sais...
– Ouais mais quand même… »
Et Fredo a continué de tourner les pages et de commenter les infos nationales et les résultats sportifs… Quand il aurait malmené tout le quotidien, alors il allumerait i-télé. Et la laisserait rabâcher les mêmes nouvelles toute la journée en boucle. Pour moi, il était temps de prendre un deuxième café.
Quand j’ai reposé ma tasse, la porte s’est ouverte. Franck, un beau gars qui vivait avec une casquette constamment vissée sur la tête, m’a interpellé : « Oh, Steph, tu veux pas faire la tournée du 13 avec moi ? »
Davantage pour passer le temps que pour gagner trois sous, je l’ai accompagné. Toute la matinée, dans le quartier Joliette, on a fait des aller-retours depuis le coffre de sa voiture, remplie ras-la-gueule de journaux gratuits et de prospectus. On a tiré le petit chariot chargé de liasses et on a distribué les paquets à chaque boîte aux lettres, à chaque hall d’immeuble. Jusqu’à épuisement du stock. C’est vrai qu’à deux, c’était supportable. Tu sentais moins les kilomètres avalés... Avec Franck comme avec Fredo, ça tournait vite au discours pro-FN, mais ça ne me dérangeait pas. Rien ne me dérangeait. Tant que la journée passait sans trop d’ennui. À la fin de la boucle, on est retournés au dépôt. Je suis resté dans la voiture pendant qu’il se faisait comptabiliser par son contrôleur les exemplaires distribués. Il y avait là des livreurs occasionnels, et pendant les vacances scolaires, des étudiants. Franck, lui, c’était un permanent. Et de temps en temps, au dépôt, il y avait besoin de bras supplémentaires. Alors il parlait de moi au patron. Et je faisais ma propre tournée, j’encaissais mes propres gains... Franck connaissait les quartiers les moins pénibles, ceux où on va plus vite, ceux où on peut livrer de grosses liasses en une fois, ceux où ça grimpe moins...
Ce jour-là, j’avais juste tenu compagnie à Franck. Ça arrivait de temps en temps. Je ne refusais que rarement. Et puis, ensuite, on allait Place de Lenche, et on mangeait un bout. C’était lui qui offrait à chaque fois. On passait un bon moment...
En fait, il fallait meubler mon temps. La journée était bonne si je rentrais suffisamment tard ou suffisamment épuisé pour pénétrer dans l’appartement, enlever chaussures, chaussettes, pantalon et me vautrer dans un sommeil rapide.
Mais cet après-midi-là, Franck avait des choses à faire. Des gens à voir. Alors après ça, j’ai flâné sur le port, fumé quelques cigarettes assis sur le quai, discuté avec les quelques pêcheurs que j’ai croisés. Puis, après une bière avec Fredo, servie par Kahina, après une énième contemplation de son corps souple slalomant entre les tables, après une ultime analyse de la politique locale et nationale agrémentée de quelques cacahuètes, je suis revenu vers le boulevard de Paris en passant devant l’église abandonnée. Je la trouvais si tragiquement belle, coincée au milieu des travaux de rénovation du quartier qui éventraient les trottoirs et donnaient aux rues l’aspect désolé d’une ville assiégée...
Bientôt, j’ai atteint le petit immeuble où je logeais. La porte donnant sur l’extérieur était toujours grand ouverte. J’avais renoncé à la fermer. Les gens d’ici aimaient traîner dans l’escalier, sur le trottoir, s’asseyaient sur les marches. Les enfants jouaient là. Les vieux sortaient parfois une chaise pliante. C’était comme ça tout l’été. Et moi j’étais là, comme transparent. Je n’avais jamais ressenti d’hostilité, ni dans les gestes, ni dans les regards. Des paroles ? Pas une. En général, hormis les gosses, ça parlait arabe. Dans d’autres immeubles, c’était de l’espagnol. Le coin des Jéjé... Moi non plus, je n’avais jamais posé de problème. Pas de geste déplacé, pas de regard agressif. Mais pas de main tendue non plus. Et des yeux vides. J’étais là sans y être. Comme dans la vie peut-être.
J’ai monté les trois volées de marches rouges en évitant de mémoire les tomettes cassées. La rampe de bois poissait un peu mais j’en aimais la courbure, le galbe. Je suis entré dans le petit appartement en traînant les pieds. J’ai ouvert en grand les fenêtres, branché le petit ventilateur que m’avait passé Fredo. J’ai trouvé une boîte de maïs et une autre de thon dans mon placard. Je me suis préparé une assiette, un verre d’eau et me suis assis à la petite table, devant le ciel immobile. J’ai tourné un instant la tête vers la télé posée sur deux parpaings dans le coin de la pièce. Mais j’ai renoncé tout de suite à l’idée : j’avais eu ma dose d’infos et ce n’était pas encore l’heure pour la suite. Et puis, vu les éclats de voix de la voisine du dessus, je n’aurais pas entendu grand-chose...
Comme souvent, elle piaillait, piaillait, atteignant parfois le suraigu. Lui ne disait rien. Je suppose qu’il ne devait même pas la regarder quand elle montait dans les tours. Du coup, j’avais droit au monologue criard habituel. Et puis, au bout d’un certain temps, bien au-delà de mon propre seuil de résistance – j’avais jeté assiette et couverts dans l’évier et m’étais affalé tout habillé sur le lit –, tout à coup, le lion se mettait à rugir. D’une voix rude et grave. Forte. Je sursautais à chaque fois. Il lui adressait comme d’habitude deux ou trois phrases brutales et puissantes. Jamais davantage. Parfois une gifle. J’entendais alors le claquement sec de sa large main d’homme sur sa joue à elle. J’imaginais la tête qui valdingue, les cheveux qui volent. Un jour, je pense que c’est une droite qu’elle a reçue. Le bruit avait été plus sourd. Et juste après, j’avais entendu son corps tomber sur le sol, au-dessus de ma tête. Après ça, comme toujours, il a quitté l’appartement, la laissant là. J’assistais à tout ce spectacle sonore. La porte qui claque. Les pas qui dévalent les escaliers. En général, c’est là que je m’endormais, bercé par ses sanglots à elle. Et en général, j’étais réveillé par leurs beuglements respectifs, bien après minuit, quand lui était rentré et qu’ils reformaient leur couple foireux en baisant comme des animaux.
Elle se montrait alors tout aussi démonstrative que quand elle l’engueulait...
J’oscillais entre l’envie de l’étrangler et celle de lui faire l’amour moi aussi.
Quand j’étais réveillé tout à fait, sur mon plafond se mêlaient la peau cuivrée de Kahina, les cuisses d’Alex, la bouche de l’une, le regard de l’autre, leurs seins et leurs fesses dans mes mains. Un corps hybride et parfait. Parfois je voyais les deux dans mon lit. Dans tous les cas, sur le tempo bruyamment scandé par la voisine, je finissais haletant et suant, par un orgasme violent qui me laissait vidé et triste. Je m’endormais enfin comme une pierre jusqu’au lendemain. Ainsi ce soir-là, je me suis retourné sur le ventre et j’ai sombré.
À cinq heures trente, je me suis planté sur le trottoir, face à l’entrepôt de matériaux. Le ballet des camions avait déjà commencé et levait de la poussière et de la fumée dans le ciel lumineux. Dès mon arrivée, trois Marocains ont grimpé dans une camionnette après quelques minutes de palabres. Puis les deux Turcs qui étaient arrivés en même temps que moi ont aussi trouvé preneur. Moi, j’ai attendu encore vingt minutes et ça a été mon tour, à moi et à une poignée d’autres, des Algériens je crois. Un chantier à Allauch.
Des pierres, du sable, de l’eau, encore du sable. Pendant des heures, les bras des hommes ont mouliné, creusé, tassé, pelleté, transporté. Dans l’odeur de sueur et de poussière. Les peaux luisaient. Les mots étaient rares. L’un des types fumait en clignant de l’œil pour se protéger de sa propre fumée. Il laissait la cendre pousser au bout du mégot. Moi je continuais de remplir indéfiniment la brouette, obnubilé par cette chenille grise qui refusait de tomber au bout du filtre. J’inventais une sorte de jeu : je comptais le nombre de pelletées entre deux chutes de cendre. Sans une parole échangée, au son régulier de mes coups de pelle et de ses coups de truelles, ses cigarettes ont rythmé ma matinée. Vers dix heures, le contremaître nous a appelés à l’ombre du camion. Ils ont sifflé un Coca. Lui et moi, une bière. Ce n’était pas bien frais mais ça faisait du bien. On a repris bientôt le travail. Le même. Jusqu’à ce que le mur ait atteint la clôture du bout, seulement interrompu par une rapide pause repas et un autre coup à boire. À dix-huit heures, j’ai poussé la porte de chez Fredo. Il m’a laissé me rincer au tuyau, dans l’arrière-cour. J’ai enlevé mon tee-shirt et l’ai balancé sur le haut du volet de la porte. J’ai ouvert l’eau au robinet du mur et me suis penché en avant au-dessus de la petite grille scellée dans le sol. Pendant quelques secondes, j’ai frictionné ma tête et mes bras sous l’eau froide en soufflant bruyamment pour laver aussi ma bouche pâteuse. La moiteur poisseuse se décrochait de moi comme des écailles sèches. Je me suis redressé brusquement ; j’ai tourné le robinet à fond. J’ai empoigné le tee-shirt et me suis séché sommairement le visage et le torse avec. Le temps de m’étirer les épaules, je me suis ensuite rhabillé, revigoré. Quand j’ai été prêt, Kahina a passé la tête et m’a proposé une pression avec des yeux souriants. Bientôt, j’étais de retour dans la salle. J’ai étendu mes jambes fourbues sous la table. J’ai appuyé mon dos contre la chaise. Les gorgées fraîches ont fini de me redonner vie. J’imaginais mes veines véhiculant des flots de liquide blond et glacé dans mes bras et mon ventre…
« C’est bien calme, aujourd’hui ! a lancé Kahina.
– Il est cuit, le Steph ! T’es trop vieux pour le bâtiment ! » s’est moqué Fredo.
J’ai répondu par un sourire amical. Kahina a tiré une chaise et s’est assise là, pas très loin. La journée se terminait bien… Je l’observais, le regard en coin. Elle avait les yeux perdus vers la rue. Dans une immobilité parfaite. Une sculpture. Voilà ce qu’elle était devant moi. Dans ma tête, je colorais sa peau de teintes bronze. Quoi qu’elle fasse alors, elle peuplerait mon musée imaginaire...
En la scrutant ainsi, j’ai bien vu que son sourire s’était figé, que son regard avait pris une fixité triste maintenant. Un peu grisé par la bière engloutie trop vite, j’ai osé : « Qu’est-ce qui va pas, ma belle ? »
La statue s’est animée et a perdu aussitôt sa mélancolie : « Oh, rien ! Ça va, ça va !». Je l’avais dérangée dans sa rêverie. Elle s’est levée, a repoussé sa chaise, a essuyé machinalement la table voisine et a virevolté jusqu’à la terrasse où un couple s’était installé pour prendre l’apéritif.
« Je crois que son frère fait des conneries », expliqua Fredo à mon intention.
Des conneries... beaucoup en faisaient par ici. Des petites, des grosses... Tout dépendait de l’âge, du père, des copains qui t’entouraient, du hasard, des occasions qui se présentaient...
À la voir, ma Kahina, je me disais qu’elle, elle avait ses chances. Qu’elle ne finirait ni voilée ni tabassée par son mec, comme ma voisine. Moi, j’aurais été gentil avec elle, et doux, c’est sûr... J’étais persuadé qu’elle saurait dire non et bien choisir son amoureux. Je voulais y croire en tous cas… même si le quartier, c’était comme un aimant. Et plus encore dans les cités des Quartiers Nord.
Ici, en ville, c’était encore un peu différent. Mais pas pour longtemps peut-être... C’était ce que pensait Fredo. Il avait toute une théorie là-dessus. Et malgré moi, je servais d’exemple à sa démonstration : au début, j’habitais rue de la République. En 2005 ou 2006, les travaux de rénovation avaient commencé. Les façades ravalées, les bâtiments éventrés de l’intérieur, vidés de leurs viscères. Les architectes et les promoteurs n’avaient gardé que la carcasse. Ça, oui... ça avait de la gueule maintenant. Du Haussmann pur jus, de la lumière, des hauts plafonds, de grandes pièces blanches. Enfin… c’est ce que j’avais vu depuis la rue.
Parce qu’en même temps qu’ils avaient repensé l’aménagement intérieur, ils avaient repensé les loyers. Et ainsi poussé dehors les locataires historiques. Dont moi. « La rue de la République porte bien son nom, maintenant, tiens ! » avait balancé Fredo à l’époque, avec l’ironie dont il se délectait. Et sans cri, sans heurt, familles, couples et types comme moi avaient rassemblé leurs affaires et, un à un, immeuble par immeuble, avaient cherché moins cher ailleurs. Tout le monde avait pris la direction du nord de la ville. Pour moi et quelques autres, arrêt au boulevard Roger Salengro. À quelques kilomètres à peine. Le bulldozer façon Haussmann n’avait pas été jusque-là et le programme de Marseille Provence Métropole non plus. Pourtant, ça pourrait bien arriver : le quartier se métamorphosait. Du Mucem moderne et monumental et de la tour CGA-CGM futuriste côté mer en passant par le centre commercial flambant neuf des Terrasses du Port. Du quartier d’affaires qu’était devenue la Joliette en quelques années avec l’arrivée du tramway et les nouveaux hôtels, parfaits pour héberger les commerciaux en déplacement jusqu’à l’Hôpital Européen sorti de terre depuis peu... Le progrès était en marche. Et l’avenue Salengro était la frontière. Comme un vestige du Marseille pauvre qu’on voulait cacher sous le tapis...
Et comme dans une sorte de ruée vers la misère, la frontière reculait peu à peu, grignotant les quartiers vers le Nord, où se concentrait désormais la lie de la société. Il avait sans doute raison, Fredo… Un de ces jours, faudrait investir la rue de Lyon, et on atteindrait le quinzième arrondissement. On passerait derrière le terminus du métro, à Bougainville, point de non-retour des investissements urbains. Là, on échouerait définitivement, comme dans une réserve indienne. La Grande Mosquée était le seul projet d’envergure lancé alors pour ce coin de Marseille. La religion comme opium des peuples. Ça marchait toujours. Cela dit, même ça, ça avait capoté, finalement.
Mon avenir dans la ville, et celui de tous ceux qui n’avaient pas un revenu correct, était tout tracé, selon mon ami. Il avait peut-être décidément vu juste, Fredo...
Un peu plus tard, j’ai mangé un bout au café avec lui, sur un coin de table, et puis j’ai traîné ma fatigue jusque chez moi, longeant le nouvel hôpital, la grille noire et la façade abîmée de Saint-Martin d’Arenc. Tiens, je serais bien allé m’asseoir sur un banc, à l’abri de cette église. Oh, pas véritablement pour prier, ça non : je n’étais pas croyant. Pourtant j’aimais bien l’odeur particulière des églises, leur silence calme, et cette fraîcheur... Mais celle-ci était fermée depuis longtemps. J’avais cru qu’elle succomberait à la reconstruction du quartier. Aux dernières nouvelles, elle serait un jour réhabilitée et retapée. En attendant, je souriais devant le graff qui représentait un Jésus au look de bandido, avec tatouages, bandeau et médaille clinquante. Après la rue Chanterac, la misère m’enveloppait comme un manteau : les vitrines murées, les murs décrépits, les enseignes décolorées. J’ai senti mon sourire s’évanouir. J’en avais assez de ce spectacle. Mon indifférence coutumière n’avait plus tant de pouvoir, semblait-il. Tout ça commençait sérieusement à m’atteindre. Ou était-ce mes muscles endoloris, mes jambes de plomb, la poussière restée collée par la sueur dans mon cou ? Et il faisait tellement chaud !
Je me suis hissé lentement dans la cage d’escalier, dans les cris des mères qui interpellaient les gosses, tous ces gosses qui ne me voyaient pas. Les odeurs d’épices se mêlaient à celle de la friture grasse. J’ai accéléré un peu le pas pour me réfugier chez moi. Je me suis jeté sous une vraie douche cette fois, presque froide. Je me suis frictionné avec le bloc de savon. Il était rêche aux arêtes. Ça faisait du bien sur mes muscles fatigués, en haut du dos. J’ai prolongé le moment comme pour incruster la mousse blanchâtre dans chacun de mes pores. Le parfum de lait remplaçait toutes les puanteurs de la journée. J’ai soupiré sous l’eau claire dont j’avais remonté la température, regardant que tout le savon disparaisse dans la bonde à mes pieds. Je me suis séché rapidement ; j’ai enfilé un caleçon propre et me suis écroulé sur le drap fripé.
Cette nuit-là, les beuglements des voisins me sont parvenus par intermittence seulement et je ne me suis réveillé qu’à moitié quand leur porte a claqué à toute volée. Puis j’ai dormi comme une enclume.
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