Le Trésor du lac d'argent

Karl May · Chapitre 4 sur 15

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Le Trésor du lac d'argent

IV Fuite Miraculeuse

IV

 

FUITE MIRACULEUSE

Lorsque les Rafters parurent, au bord du fleuve, Old Fi-rehand, Tom, Droll, Blenter et Fred étaient assis autour du feu des Tramps aussi calmes que si ce feu avait été allumé pour eux et comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé. D’un côté gi-saient les morts, et de l’autre les Tramps blessés ou prisonniers, dont le Cornel.

– Sacré nom d’une pipe ! s’écria le premier des Rafters en s’adressant à l’homme du Missouri. Nous te croyions en danger et te voilà sain et sauf !

– Oui, grommela le vieux, mais, en réalité, je devrais être dans l’autre monde. La crosse du fusil du Cornel était déjà au-dessus de ma tête. Mais ces quatre gentlemen sont arrivés et m’ont délivré. Ce fut du travail rapide et bien fait ! Prenez-en de la graine, boys !

– Et… Old Firehand est vraiment avec eux ?

– Oui, le voilà ! Regardez-le et serrez-lui la main ! Il l’a mé-rité. Pensez seulement : trois hommes et un garçon se jettent sur vingt Tramps et font sans avoir la moindre égratignure, neuf morts et six blessés !

En prononçant ces mots, Blenter se leva. Les autres l’imitèrent. Les Rafters avaient le regard braqué sur la taille gi-gantesque d’Old Firehand. Il leur dit de s’approcher et serra la main de chacun d’entre eux. Les deux Tonkawa furent salués de la même façon et Old Firehand leur dit :

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– Mes frères rouges ont accompli un coup de maître en poursuivant les Tramps ; ils m’ont rendu la tâche facile.

– L’éloge de mon frère blanc est trop flatteur, répondit modestement Grand Ours. Tramps marché comme troupeaux de buffles. Qui ne pas les voir, aveugle. Mais où Cornel ? Est aussi mort ?

– Non, il vit. Mon coup de crosse l’a étourdi, mais ne l’a pas tué. Maintenant, il est revenu à lui et nous l’avons attaché. Le voici.

Le chasseur indiqua l’endroit où gisait le Cornel. Le Ton-kawa y alla, sortit son couteau et dit :

– Si Visage Pâle pas mort par fusil, lui mourir par couteau. A frappé Nintropan-hauey et lui maintenant prendre sang.

– Halte ! s’écria le vieil homme du Missouri arrêtant le bras levé du chef indien. Cet homme est à moi.

Grand Ours se retourna et jeta sur l’autre un regard inter-rogateur.

– Toi aussi vengeance contre lui ? demanda-t-il.

– Oui, une drôle de vengeance !

– Sang ?

– Sang et vie.

– Depuis quand ?

– Depuis plusieurs années. Il a fait fouetter à mort ma femme et mes deux fils.

– Toi pas te tromper ? demanda l’Indien à qui il en coûtait d’abandonner son idée de se venger, et pourtant la loi de la Prairie l’y contraignait.

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– Non, pas d’erreur possible. Je l’ai tout de suite reconnu. On n’oublie pas une tête pareille.

– Alors, toi le tuer ?

– Oui, sans pitié.

– Alors Nintropan-hauey se retire, mais pas entièrement. Cornel lui donner sang et à toi donner vie. Tonkawa ne pas de-voir lui faire cadeau.

Le chef indien s’agenouilla près du Cornel. Lorsque celui-ci s’en aperçut, il se mit à trembler.

– Mais quelle idée, Messieurs ? balbutia-t-il. Que vous ai-je donc fait pour que vous permettiez à ce Rouge de m’attaquer ?

– Nous parlerons après de ce que tu m’as fait, répondit l’homme du Missouri d’un ton glacial.

– Et je te montrerai tout de suite ce que nous avons, nous, à te reprocher, ajouta Old Firehand. Nous n’avons pas encore vu tes poches. Fais-nous voir ce qu’il y a dedans.

Il fit signe à Droll qui vida les poches du prisonnier. Il y trouva, parmi d’autres objets, le portefeuille du Tramp. En l’ouvrant, Droll vit qu’il contenait l’intégrité de la somme que le Cornel avait volé à l’ingénieur.

– Tiens, tu n’as pas encore partagé avec tes copains, dit Old Firehand en souriant. Ils ont donc plus de confiance en toi que nous. Tu es un voleur et peut-être pis encore. Tu ne mérites pas de pitié.

Le Cornel poussa un cri d’épouvante. Le Tonkawa l’avait saisi par les cheveux et lui avait tranché, de deux coups de cou-teau rapides et secs, les deux oreilles, qu’il jeta aussitôt dans le fleuve.

– Voilà. Tonkawa s’est vengé, Tonkawa va partir.

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Old Firehand était accouru pour empêcher Grand Ours d’accomplir son acte. Mais l’Indien avait été plus rapide et il était impossible de revenir en arrière.

Le chasseur jeta un regard furieux à l’Indien.

– Nous devons demander des comptes à l’homme rouge, dit-il. Il a mal agi.

Le Tonkawa se leva, essuya le sang de son couteau et le re-mit dans son ceinturon. Ensuite, il rejeta fièrement la tête.

– Chasseur blanc parle en Visage Pâle. Grand Ours a agi en combattant rouge. Adversaire honnête, combat honnête. Ver-mine doit être écrasée. Howgh !

Il prit son fusil et s’éloigna, suivi de son fils.

Les autres les regardaient en silence.

– Où sont leurs chevaux ? demanda Old Firehand.

– Là-haut, près de notre cabane, répondit l’homme du Mis-souri.

– Laissons-les partir, dit le chasseur sur un ton indifférent, et occupons-nous de nos affaires. Que faut-il faire des morts et des blessés ?

– Il faut enterrer les morts et juger les autres selon les vieilles coutumes. Mais tout d’abord, il nous faut nous assurer que les fuyards ne représentent plus aucun danger pour nous.

– Rien à craindre de côté-là. Ils se sont enfuis aussi loin qu’ils ont pu le faire. D’ailleurs, il n’y a qu’à mettre des senti-nelles en faction.

Le Cornel était près de ses Tramps prisonniers et se tordait de douleur. Mais personne ne se souciait de lui. Du côté du fleuve, il n’y avait rien à craindre et du côté de la terre quelques

– 92 – sentinelles suffisaient. Old Firehand fit venir les chevaux aban-donnés et le tribunal de la savane se réunit.

On parla tout d’abord des compagnons du Cornel. On trou-va qu’aucun d’eux n’avait fait tort aux vainqueurs ; quant à leurs intentions, ils les avaient expiées par leurs blessures et la perte de leurs chevaux et de leurs armes. Il fut décidé qu’ils seraient étroitement surveillés durant la nuit et relâchés le matin.

Ce fut ensuite le tour du Cornel. Il avait été laissé dans l’obscurité ; et on le porta plus près du feu. À peine son visage fut-il éclairé par la lueur du foyer que le petit Fred cria, bondit, se pencha sur lui et l’examina comme s’il avait voulu le manger des yeux. Puis, se tournant vers Tante Droll, il dit :

– C’est lui. Le meurtrier ! Je le reconnais ! Nous le tenons !

Droll accourut et demanda :

– Ne te trompes-tu pas ? Ce n’est guère possible.

– J’en suis sûr ! répliqua le jeune garçon. Regarde les yeux qu’il fait ! N’y lis-tu pas l’angoisse devant la mort ? Il se sent démasqué et se doute de ce qui l’attend.

– Mais si c’était vrai, tu aurais dû t’en apercevoir sur le ba-teau.

– Je ne l’avais pas remarqué. Je voyais bien les Tramps, mais pas lui. Il était toujours assis de façon à être caché par les autres.

– C’est possible. Mais autre chose ; tu m’as toujours dit que le meurtrier avait les cheveux bruns et frisés, or, le Cornel a des cheveux roux et courts.

Le garçon ne répondit pas immédiatement. Il se frappa le front, secoua la tête, recula d’un pas et dit d’une voix incer-taine :

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– C’est vrai. Pour le visage, pas de doute, mais les cheveux ne sont pas les mêmes.

– Tu le confonds avec quelqu’un d’autre, Fred. Il y a des gens qui se ressemblent, mais des cheveux bruns ne deviennent pas roux.

– Bien sûr, intervint le vieil homme du Missouri, seule-ment on peut raser les cheveux bruns et porter ensuite une per-ruque de cheveux roux.

– Et celui-là serait… dit Droll, interdit.

– Je ne me suis pas laissé influencer par les cheveux. L’homme que je cherche depuis si longtemps, l’assassin de ma femme et de mes enfants avait, lui aussi, des cheveux bruns et frisés. Ce gars-là a des tifs roux, mais je dis pourtant que c’est mon type. Il a une perruque.

– Impossible, dit Droll. Rappelez-vous tout à l’heure com-ment l’Indien l’a saisi pour lui couper les oreilles ? Si le gars avait une perruque, elle serait partie…

– Pshaw ! C’est une perruque solide. Je vais vous le prou-ver tout de suite.

Pieds et poings liés, le Cornel était étendu au sol et le sang coulait toujours de ce qui lui restait des oreilles. Cela devait lui faire terriblement mal, mais il n’y prêtait guère attention ; sou-cieux qu’il était de la suite de la discussion. Son visage qui, au début, exprimait la résignation, s’était transformé ; à l’angoisse succéda l’espoir, à la peur l’ironie et à la résignation la certitude en la victoire.

Le vieil homme du Missouri était fermement convaincu que le Cornel avait une perruque. Il le fit dresser sur son séant, et lui tira les cheveux. Mais, à sa grande stupéfaction, la per-ruque ne se décolla pas ; c’étaient bien ses cheveux à lui.

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– Go to hell ! ce vaurien a vraiment des cheveux sur le crâne, s’écria-t-il stupéfait et il prit un air tellement consterné que les autres auraient sûrement ri, si les circonstances n’avaient pas été aussi graves.

Le Cornel fit une affreuse grimace et dit sur un ton à la fois ironique et haineux :

– Menteur et calomniateur que tu es, où est donc la per-ruque ? Il est facile d’accuser un homme parce qu’il ressemble à un autre. Mais prouve que je suis celui pour qui tu veux me faire passer !

Le vieil homme du Missouri regardait tantôt Brinkley, tan-tôt Old Firehand et finit par dire, désemparé :

– Qu’en pensez-vous, Sir ? Celui dont je vous ai parlé avait les cheveux bruns et frisés ; celui-ci les a roux et courts. Et pour-tant je jurerais qu’il est l’assassin. Mes yeux ne m’ont jamais trompé.

– Vous pouvez pourtant vous tromper, dit le chasseur. Il s’agit d’une ressemblance qui vous a induit en erreur.

– Je ne dois donc plus me fier à mes yeux de vieillard.

– Ouvre-les mieux, dit le Cornel ironiquement. Que diable m’emporte si je sais quelque chose de l’assassinat d’une mère ou de ses deux fils, tués à coups de fouet, comme tu dis.

– Mais tu me connais ! Tu l’as dit toi-même tout à l’heure !

– Ce n’est pas parce que je t’ai vu un jour que je dois être celui que tu cherches ? Le garçon aussi se trompe. Il est certain que l’homme dont il parle est le même que celui que tu cherches. Mais je ne connais pas le jeune boy et…

Il s’arrêta, comme s’il avait été surpris ou effrayé par quelque chose mais se ressaisit aussitôt et reprit sur le même ton :

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– … et je ne l’ai jamais rencontré… Accusez-moi, si vous voulez mais avec des preuves ! Si vous me jugez et me lynchez sur une simple ressemblance, vous êtes des meurtriers, ce que je ne crois pas tout au moins du fameux Old Firehand ; je me mets sous sa protection.

Si le Cornel s’était interrompu au milieu de la phrase c’était pour des raisons bien précises. Il était près des cadavres et avait, au début, posé sa tête sur un des corps. Lorsque l’homme du Missouri l’avait saisi par les cheveux pour le faire asseoir, le corps raide du cadavre avait effectué un mouvement roulant qui avait paru naturel à tous puisqu’il avait servi de point d’appui au Rouquin. À présent, il était derrière le Cornel, dans son ombre, contre le feu. Mais cet homme n’était point mort ; il n’était pas même blessé. Il faisait partie de ceux que Old Firehand avait as-sommés à coups de crosse. Le sang de ses camarades tués l’avait éclaboussé de sorte qu’on pouvait croire qu’il était lui-même at-teint. Quand il revint à lui, il se vit parmi les morts dont on ve-nait de vider les poches et à qui on prenait les armes. Il se serait volontiers levé pour s’enfuir, car il ne voyait que quatre enne-mis, mais ne voulait pas se diriger vers le fleuve et de l’autre cô-té, il entendit les cris des Rafters qui s’approchaient. Il décida donc d’attendre un moment plus favorable. Il tira son couteau et le cacha dans sa manche.

Lorsque l’homme du Missouri s’était approché de lui, il était persuadé que le Tramp était mort ; il lui prit tout ce qu’il trouva dans sa poche et dans son ceinturon, et, le mit avec les cadavres.

Les yeux mi-clos, par prudence, le Tramp observait tout. On le supposait mort, donc il n’était pas attaché et pouvait, au moment opportun, se lever et s’enfuir. Comme on avait couché le Cornel sur lui, l’idée lui vint aussitôt de le délivrer. Lorsque l’homme du Missouri fit dresser le Rouquin sur son séant, le Tramp roula juste derrière ses mains qui étaient attachées. Pendant que le Cornel parlait et que l’attention se portait vers

– 96 – lui, le Tramp sortit son couteau et coupa la corde qui liait les mains du Cornel, tout en glissant le couteau dans la main droite de ce dernier afin qu’il pût, d’un mouvement rapide, se délivrer les pieds et s’enfuir.

Le Rouquin sentit que ses mains étaient libérées, il saisit rapidement le manche du couteau et, dans sa stupéfaction de se voir sauvé ou presque, il s’interrompit un instant dans son dis-cours. Cependant, il enchaîna aussitôt et personne ne remarqua ce qui se passait dans le dos de l’accusé.

Celui-ci ayant parlé du sentiment de justice d’Old Fi-rehand, le chasseur lui répondit :

– Il n’y a jamais de meurtre là où j’ai voix au chapitre, cela, tu peux en être sûr… Mais il est moins sûr que je me laisse tromper par la couleur de tes cheveux. Ils peuvent être teints.

– Allons donc ! Crois-tu qu’on puisse teindre en roux des cheveux qui se trouvent encore sur la tête ?

– Sans doute, répondit le chasseur. Avec du « ruddle » peut-être ? Ce serait beau !

– Tu peux toujours rire. Tu n’auras pas longtemps l’envie de te moquer de moi, répondit Old Firehand calmement. Il y en a peut-être que tu peux rouler, mais pas moi !

Il alla vers les armes et les différents objets enlevés aux pri-sonniers et aux morts, se baissa et ramassa la sacoche en cuir du Cornel.

– J’ai fouillé tout à l’heure cette sacoche et j’y ai trouvé cer-tains objets dont je n’arrivais pas à m’expliquer l’utilité. Mais maintenant la lumière commence à se faire en moi…

Le chasseur sortit une sorte de fiole, une petite râpe et un bout de branche, long comme un doigt, présenta ces trois objets au Rouquin et lui demanda :

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– Pourquoi trimbales-tu ces choses-là avec toi ?

Le visage du prisonnier blêmit imperceptiblement, mais il répliqua aussitôt :

– Comme il est étonnant que le grand Old Firehand s’intéresse à ces vétilles. Qui l’aurait cru ? La fiole contient du médicament, la râpe est indispensable à tout Westman et le bout de branche se trouve tout à fait par hasard dans la sacoche Êtes-vous satisfait, Sir ?

Et il jeta un regard ironique, mais pourtant anxieux sur le chasseur. Old Firehand répondit sur le ton ferme et sérieux qui lui était propre :

– Oui, je suis satisfait, non pas de ce que tu viens de dire, mais de mes conclusions. Un Tramp n’a jamais besoin de râpe surtout d’une aussi petite que celle-ci. Une lime est pour lui d’une bien plus grande utilité. Cette fiole contient des copeaux râpés et conservés dans de l’alcool et ce bout de bois est, à en juger par la nature de l’écorce, une branche du « celtis occiden-talis ». Or je sais pertinemment qu’avec du « celtis occidenta-lis » râpé, conservé dans de l’alcool, on peut teindre en rouge même les cheveux les plus sombres. Par conséquent – eh bien, que dis-tu de tout cela ?

– Que je n’y comprends rien, répondit le Cornel furieux. J’aimerais voir celui à qui l’idée viendrait de teindre en roux ses beaux cheveux bruns. Ce gars-là aurait un goût plutôt étrange.

– La question du goût est tout à fait secondaire. Il s’agit du but. Un homme poursuivi pour crime teindra volontiers ses cheveux bruns en roux, s’il peut ainsi sauver sa tête. Je suis per-suadé que c’est toi qu’on recherche et demain, lorsqu’il fera jour, nous t’examinerons de plus près.

– Nous n’avons pas besoin d’attendre aussi longtemps, dit Fred. Il existe des signes qui permettent de l’identifier. Lorsque le meurtrier m’a jeté par terre et piétiné, je lui ai donné un coup

– 98 – de couteau dans le mollet droit et le couteau y est resté planté. Il faudrait qu’il découvre ses mollets : si c’est lui que nous cher-chons, il porte encore les cicatrices.

Cette proposition vint particulièrement à propos, pour le Rouquin, car, si elle était réalisée, il n’aurait même pas à couper lui-même les cordes qui attachaient ses jambes. C’est pourquoi il y consentit rapidement.

– Well boy. Tu te convaincras alors que vous vous trompez tous. Mais, étant donné ta perspicacité, je m’étonne que tu de-mande à un homme immobilisé de remonter son pantalon.

Le jeune garçon courut auprès du prisonnier, s’agenouilla et se pencha sur les courroies qui maintenaient ses jambes. Lorsque le nœud fut défait, le garçon voulut remonter la jambe du pantalon, mais reçut du Rouquin un vigoureux coup de pied qui le fit tomber à la renverse. Au même instant, le Cornel se le-va.

– Good bye, Messieurs ! Nous nous reverrons ! s’écria-t-il en bondissant et en se frayant un passage, le couteau à la main, entre deux Rafters. Puis, il disparut dans le fourré.

La disparition de cet homme que l’on croyait avoir maîtrisé fut pour tous les témoins de la scène une telle surprise qu’ils en furent littéralement ébahis. Seuls, Old Firehand et Tante Droll conservèrent leur présence d’esprit.

Au moment même où le Rouquin bondissait et saisissait le couteau ; Old Firehand prit son élan pour l’attraper. Mais il se heurta à un obstacle imprévu. Le Tramp que l’on croyait mort estimant que son heure était arrivée, sauta sur ses pieds et s’élança vers le feu pour briser le cercle des Rafters. Au même instant, Old Firehand franchit le feu d’un bond et se trouva nez à nez avec le Tramp. Le saisir, le soulever et le jeter à terre fut l’affaire de deux secondes.

 

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– Attachez ce gaillard qui se faisait passer pour un cadavre, dit-il et il se retourna vers le Cornel qui, à la faveur de cet inci-dent avait eu le temps de gagner la forêt. Old Firehand chargea son fusil et le braqua sur le fuyard afin de l’abattre d’une balle.

Cependant, à l’instant même ; il comprit que c’était impos-sible. En effet ; Droll, à la poursuite du Cornel s’interposait entre lui et le bandit et se trouvait sur la trajectoire de la balle.

Le Rouquin courait pour sauver sa peau. Droll s’était aussi-tôt élancé à sa poursuite et l’aurait certainement rattrapé, s’il n’avait pas été gêné par son fameux sleeping-gown de cuir. Mais son costume se révéla par trop encombrant pour une telle entreprise. Aussi, Old Firehand, laissant tomber son fusil, se di-rigea, par bonds puissants, vers les deux hommes.

– Arrêtez-vous, Droll ! s’écria-t-il.

Mais sans se préoccuper de cet appel, Tante Droll conti-nuait à courir. Le Cornel était sorti du secteur éclairé par le feu et disparut dans l’obscurité de la forêt.

– Nous devons l’avoir, nous devons l’avoir, répondit tout excité, Droll, de sa voix de fausset, et il tira parmi les arbres.

Alors, Old Firehand, tel un cheval parfaitement dressé, ra-lentit sa course, se retourna et revint lentement auprès du feu, comme si rien ne s’était passé. Les autres formaient des groupes et regardaient en direction de la forêt.

– Vous revenez seul ? demanda le vieil homme du Missouri à Old Firehand.

– Comme vous le voyez ! dit le chasseur en haussant les épaules.

– Pas moyen de le rattraper ?

– Ç’aurait été très facile, si ce maudit Tramp et Droll n’avaient pas été entre nous.

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– C’est embêtant ! Juste le chef qui nous échappe !

– Écoutez, Blenter, vous devriez être le dernier à en parler !

– Pourquoi donc ?

– Parce que c’est de votre faute !

– De ma faute ? demanda le vieux, étonné. Je ne com-prends pas. Je vous crois sur parole, mais ne pourriez-vous pas vous expliquer un peu ?

– C’est très simple. Qui a fouillé le cadavre qui est « ressus-cité » ?

– Moi, naturellement.

– Et vous l’avez cru mort ! Comment un Rafter et un chas-seur aussi expérimenté que vous peut se tromper à ce point ? Et qui lui a vidé ses poches, qui lui a pris ses armes ?

– C’est encore moi.

– Et vous lui avez laissé son couteau !

– Il n’en avait point.

– Si, seulement, il l’avait caché. Ensuite, il s’est glissé der-rière le Cornel, a coupé les liens qui le garrottaient et lui a don-né le couteau.

– Croyez-vous, Sir ? demanda le vieux, perplexe.

– Eh bien, demandez-le-lui vous-même ! Il est là, à vos pieds !

Blenter donna un coup de pied au Tramp et le contraignit à répondre. Il apprit que tout s’était passé comme Old Firehand l’avait supposé. Il s’en arracha presque les cheveux.

 

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– Ah ! je voudrais me gifler moi-même. Jamais une telle bêtise n’a été commise aux États-Unis ! Je suis seul coupable. Et je parie n’importe quoi qu’il est celui pour qui je l’ai pris.

– Naturellement, sans quoi il aurait attendu qu’on regarde ses jambes. S’il n’avait pas eu les cicatrices, il ne lui serait rien arrivé, car d’après les lois de la savane nous n’aurions pas pu le châtier uniquement à cause du vol, puisque l’ingénieur volé n’est pas présent.

De son côté, Droll, honteux et furieux à la fois, revint au-près du feu. Il avait poursuivi le fuyard dans la forêt, s’était heurté à quelques arbres, s’était arrêté pour écouter et, n’ayant entendu le moindre bruit, il avait rebroussé chemin.

– Voyons, Droll, lui demanda Old Firehand, n’avez-vous pas entendu quand je vous ai appelé ?

– Si, j’ai entendu vos appels, répondit le bonhomme.

– Et alors, pourquoi ne vous êtes-vous pas arrêté ?

– Parce que je voulais rattraper mon type.

– Et vous lui avez couru après dans la forêt ?

– Qu’aurais-je pu faire d’autre ? Puisqu’il courait devant et non derrière moi.

– Évidemment, dit Old Firehand en riant. Mais pour attra-per un homme dans une forêt ; il faut au moins l’entendre. Et pendant que vous couriez, le bruit de ses pas vous échappait.

– Ce n’est pas difficile à comprendre. Alors, j’aurais dû m’arrêter ?

– Oui. Je suis persuadé qu’il n’a fait qu’un bout de chemin dans la forêt, puis s’est caché derrière un arbre, pour se laisser dépasser par vous.

– Comment ? Se laisser dépasser ?

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– C’est sûr et certain. C’est pourquoi je vous ai dit de vous arrêter. Nous nous serions couchés dans la forêt, les oreilles col-lées contre le sol, nous aurions entendu ses pas et déterminé leur direction. Et quand il se serait arrêté, nous l’aurions atteint en rampant, car pour ce qui est de ramper, vous êtes très fort !

– Je le crois volontiers, dit Droll, consolé par cette marque d’estime. Quand j’y réfléchis, il me semble que vous avez raison. J’ai été un peu trop idiot. Mais peut-être pourrais-je me rache-ter ? Qu’en pensez-vous ?

– Il est peut-être possible de réparer la faute, mais cela ne nous sera pas facile. Nous devrons attendre jusqu’à demain ma-tin et chercher les traces du fuyard. Si nous nous mettons alors à sa poursuite, nous le rattraperons très vraisemblablement.

Old Firehand fit part de cette intention aux Rafters. L’homme du Missouri lui répondit alors :

– Sir, je vous accompagne ! Nous avons suffisamment de chevaux pour que j’en prenne un. Ce rouquin de Cornel est l’homme que je cherche depuis longtemps. Je vais suivre sa trace et mes camarades ne m’en voudront pas si je les aban-donne. Je ne perdrai rien, car cela ne fait pas longtemps que nous avons commencé à travailler.

– Très bien, fit Old Firehand. Je vous ferai d’ailleurs tout à l’heure une proposition à tous. Et maintenant, nous devons nous rendre là-haut à la cabane.

– Pourquoi ne restons-nous pas ici jusqu’au matin, Sir ?

– Vos biens sont en danger. Il faut s’attendre à tout de la part du Cornel et l’idée lui peut facilement venir de visiter votre cabane.

– Zounds ! Voilà une chose qui ne serait pas de notre goût ! Nous avons là-haut nos instruments de travail, nos armes, de la poudre et des cartouches ! Allons-y rapidement !

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– Très bien ! Allez devant nous, Blenter et prenez deux hommes avec vous ! Nous vous suivrons avec les chevaux et les prisonniers. Nous nous éclairerons avec des flambeaux que nous allumerons ici, au feu.

Le chasseur avait deviné juste ; le Cornel s’était effective-ment caché derrière un arbre. Il s’était laissé dépasser par Droll et avait vu Old Firehand regagner le feu. Comme Droll ne s’était pas dirigé vers la cabane, il lui était facile de s’éloigner en si-lence. L’idée lui vint de visiter la cabane, où il était déjà allé et, par conséquent, il ne risquait pas de se tromper de chemin. Il pouvait en plus, ce faisant, s’emparer d’une partie des biens des Rafters ; ce serait sa façon de se venger. Il accéléra donc le pas dans la mesure où l’obscurité totale le lui permettait.

Arrivé sur la hauteur, il épia d’abord le silence. Il était pos-sible, en effet, qu’un Rafter fût resté là. Mais comme le silence était total, il s’approcha de la cabane, s’arrêta pour écouter et chercha, à tâtons, la porte. Il examinait la serrure, lorsque, sou-dain, il fut empoigné, jeté à terre. Plusieurs hommes étaient agenouillés sur son corps.

– Nous en tenons au moins un et il va payer pour les autres ! dit une voix que le Rouquin reconnut ; il en éprouva un joyeux étonnement.

– Woodward, que diable. Lâchez-moi donc !

Woodward était le nom de son lieutenant qui reconnut la voix de Brinkley, le lâcha, repoussa les autres et s’écria :

– Le Cornel ! C’est bien lui ! Que fais-tu par ici ? On te croyait prisonnier !

– Je l’étais, en effet, déclara Brinkley tout en se levant, mais je me suis évadé, tout en y laissant mes oreilles. Mais nous en parlerons plus tard. Vous ne pouvez pas faire un peu atten-tion ? Vous avez failli me tuer ! Que faites-vous ici ?

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– Nous nous sommes rencontrés ici par hasard. Nous ne sommes que trois et ignorons où sont les autres. Nous avons vu que les Rafters étaient restés près du feu et nous avons pensé leur jouer un bon tour en venant par ici.

– Très juste ; j’y ai pensé aussi. Je voulais incendier leur cabane.

– Nous aussi, mais voyons un peu ce qu’il y a par ici. Cer-tains objets pourraient peut-être nous rendre service.

– Oui, mais pour cela il faut s’éclairer et ces salauds-là m’ont tout pris. Quant à découvrir de quoi s’éclairer dans la ca-bane, nous pouvons y mettre du temps…

– Mais nous, nous n’avons pas été fouillés.

– C’est vrai. Êtes-vous sûrs qu’ils n’ont pas laissé d’arrière-garde ?

– Il n’y a pas un chat. Pour entrer, il n’y a qu’à pousser le verrou de la porte et nous allions le faire lorsque tu es arrivé.

– Eh bien, faites vite, avant que les types aient l’idée de re-venir.

Woodward poussa le verrou et les hommes entrèrent. Après avoir tiré la porte sur eux, il s’éclaira et promena son flambeau autour de la pièce. Il y avait là quelques fusils, de la poudre, des haches, des scies, des couteaux, des boîtes de car-touches, de la viande et d’autres réserves. Chaque Tramp prit ce qui lui plaisait, et le Cornel se pansa les oreilles. Ensuite, ils mi-rent le feu aux murs de chaume et se précipitèrent dehors. Ils laissèrent la porte ouverte pour créer un courant d’air et écoutè-rent. Mais on n’entendait que le crépitement du feu et le mur-mure des arbres.

– Ils n’arrivent pas, dit Woodward. Que faisons-nous ?

– Sauvons-nous, dit le Cornel.

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– Par où ? Nous ne connaissons pas la région.

– Demain matin, ils suivront nos traces. Nous ne devons pas en laisser.

– Mais c’est impossible, à moins de marcher sur l’eau.

– C’est ce que nous allons faire. Toute compagnie de Raf-ters possède des canots. Je parie qu’ils sont en bas, près des ra-deaux.

– Nous ne connaissons pas cet endroit.

– Nous le trouverons. Tenez, voici la glissoire. On va voir si elle ne conduit pas en bas, près de la rivière.

La flamme qui venait de traverser le toit, éclaira toute la clairière. Au bord de la forêt, en direction du fleuve, on remar-quait un espace vide parmi les arbres. Les Tramps s’y rendirent. Une piste abrupte et étroite descendait, avec une corde grâce à laquelle on pouvait s’attacher et régler sa descente.

Les quatre hommes se laissèrent glisser le long de la piste.

Arrivés au bord du fleuve, ils entendirent de loin un cri re-tentir. La rumeur s’approchait de la cabane.

– Ils arrivent, dit le Cornel. Dépêchons-nous de trouver un canot !

Ils n’eurent pas beaucoup à chercher, car trois embarca-tions étaient attachées à leurs pieds. C’étaient des canoës in-diens pouvant contenir quatre personnes chacun.

– Il faut remorquer ceux qui ne nous servent pas, com-manda le Rouquin. Prenons-les, nous les détruirons plus tard, pour éviter d’être suivis.

On lui obéit. Les quatre hommes montèrent dans le pre-mier canoë, saisirent les pagaies qui s’y trouvaient et

– 106 – s’éloignèrent du bord. Cornel était assis à l’arrière et pilotait. Un des hommes donna un coup de pagaie en amont.

– Erreur, s’écria le Rouquin, nous allons en aval.

– Mais nous voulions aller au Kansas, au grand meeting des Tramps – répondit l’homme.

– C’est possible, mais Old Firehand finira par l’apprendre en faisant pression sur les prisonniers. Il nous cherchera donc demain en amont. Pour l’induire en erreur, nous devons pren-dre la direction opposée.

– Cela fait un drôle de détour !

– Pas du tout. Nous irons jusqu’à la prochaine prairie que nous atteindrons au matin. Là, nous coulerons les canots et nous prendrons des chevaux aux premiers Indiens venus. En-suite, nous nous dirigerons rapidement vers le Nord et nous rat-traperons, en un jour, notre petit retard, pendant que les Raf-ters chercheront péniblement nos traces et pour cause.

Les canoës avançaient près du bord, dans l’ombre et les quatre rameurs évitaient les espaces éclairés par la lueur de l’incendie.

Lorsque ce danger fut écarté, le Cornel dirigea l’embarcation vers le milieu du fleuve, juste au moment où les Rafters, avec les chevaux et les prisonniers atteignaient la ca-bane qui flambait.

Constatant la perte de leurs biens, les hommes pestèrent et maudirent les incendiaires. Pour les calmer, Old Firehand leur dit :

– Je m’étais bien dit que le Cornel accomplirait un acte de ce genre. Malheureusement, nous sommes arrivés trop tard. Mais ne vous laissez pas aller ! Si vous acceptez la proposition que je vais vous faire, vous aurez bientôt largement de quoi compenser vos pertes. Mais nous en parlerons tout à l’heure.

– 107 –

Maintenant voyons avant tout si l’un de ces voyous n’est pas en-core dans les parages.

On examina le lieu avec soin. Ensuite Old Firehand s’assit près du feu. Les prisonniers furent mis à l’écart pour ne pas en-tendre la conversation.

– Avant toute chose, Messieurs, commença le chasseur, donnez-moi votre parole d’honneur de ne rien révéler de ce que je vais vous dire, même si vous n’êtes pas d’accord avec mon projet. Je sais que vous êtes tous des hommes honnêtes et que je peux compter sur votre parole.

La promesse obtenue, Old Firehand reprit :

– Est-ce que quelqu’un d’entre vous connaît dans les mon-tagnes la grande chute d’eau qui s’appelle « Lac d’Argent » ?

– Oui, je la connais, répondit une voix, celle de Tante Droll. Le nom est connu à chacun de nous, mais, à en juger du silence de ces Messieurs, personne n’y a encore été.

– Well ! Je sais que là-haut se trouvent des mines d’une ri-chesse extraordinaire. J’y vais maintenant avec un ingénieur des mines pour voir la chose de plus près, et pour décider si les mines doivent être exploitées en grand et si les chutes d’eau pourront nous fournir la force nécessaire à l’exploitation. Évi-demment, cette entreprise n’est pas sans danger et c’est pour cette raison que j’ai besoin de Westmen sûrs et expérimentés pour m’y accompagner. Donc, je vous propose de laisser pour l’instant votre travail et de venir avec moi voir le lac, Messieurs. Je vous paierai bien.

– Magnifique ! s’écria le vieil homme du Missouri, trans-porté d’enthousiasme. Je voudrais en être, mais je ne peux pas, je ne dois pas, car il faut que j’aie le Cornel.

– Moi aussi, dit Droll. Je ne demanderais pas mieux que d’être des vôtres, non pas à cause du salaire, mais à cause de

– 108 – l’aventure et parce que c’est pour moi un honneur que de che-vaucher aux côtés d’Old Firehand. Mais je ne peux pas, car il ne faut pas que je perde la trace du Cornel, le rouquin.

– C’est peut-être justement en m’accompagnant que vous aurez satisfaction, répondit Old Firehand, dont un sourire plissa les lèvres. En venant ici, j’ai interrogé, en cours de route, l’un des Tramps prisonniers, le plus jeune qui m’a dit regretter être avec les Tramps, il ne les suivit que pour son frère qui vient d’être tué. Il m’a donné aussi des précisions sur les projets du Cornel. Dois-je le conduire ici ?

Les autres consentirent et Old Firehand se leva pour aller chercher le Tramp. C’était un jeune homme d’une vingtaine d’années, de forte stature et au regard intelligent. Old Firehand le délivra de ses liens et lui offrit une place.

– Eh bien, lui dit Old Firehand, si tu me promets sur l’honneur de te conduire désormais en honnête homme, je te li-bère dès cet instant. Comment t’appelles-tu ?

– Nolley, Sir, répondit le jeune homme, tendant une main hésitante à Old Firehand. Vous m’aurez sauvé la vie, si vous exaucez deux de mes désirs.

– Deux de tes désirs ? Parle !

– Pardonnez-moi, la mauvaise compagnie dans laquelle vous m’avez trouvé et permettez-moi d’enterrer mon frère de-main matin. Je lui dois ça.

– Ce que tu souhaites montre que je ne me suis pas trompé sur toi. Il sera fait comme tu veux. À partir de maintenant, tu es un homme libre. Mais réponds à quelques questions. Tu as par-lé des intentions du Cornel. Les connais-tu ?

– Oui. Il les avait longtemps tenues secrètes, mais hier, il nous en a fait part. Il ira d’abord au grand meeting des Tramps qui aura bientôt lieu.

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– Heigh-day ! s’écria Droll. Ainsi, je n’ai pas été mal in-formé. On m’avait dit que des centaines de ces vagabonds se rencontraient quelque part derrière Harper pour discuter de certains mauvais coups à entreprendre. Connais-tu le lieu de rendez-vous ?

– Oui, répondit Nolley. Il se trouve en effet derrière Harper et se nomme Osage Nook.

– Je n’ai jamais entendu parler de ce Nook-là. Étrange ! Je voulais justement aller à ce meeting pour y découvrir celui que je cherche et je n’avais pas la moindre idée qu’il voyageait avec moi. J’aurais pu l’arrêter sur le bateau. Ainsi, le Cornel veut al-ler à Osage Nook. Eh bien, nous le suivrons à cheval, n’est-ce pas, monsieur Blenter ?

– Oui, acquiesça le vieux. Dans ce cas-là, nous devrons na-turellement renoncer à avoir M. Firehand avec nous.

– Pas le moins du monde, dit le chasseur. Mon prochain objectif se trouve dans le voisinage, à Butlers Farm, qui appar-tient au beau-frère de l’ingénieur. Il m’attend là. Le Cornel a en-core d’autres projets ?

– Bien sûr, répondit l’ex-Tramp. Il veut aller ensuite à Ea-gle Tail, surprendre les employés et les ouvriers des chemins de fer et leur prendre la caisse.

– C’est bon à savoir. Si nous ne le trouvons plus au mee-ting, nous le piquerons sûrement à Eagle Tail.

– Et sinon, enchaîna Nolley, vous pourrez toujours le trou-ver plus tard au Lac d’Argent.

Ces paroles provoquèrent une stupéfaction générale. Old Firehand, très impressionné, demanda aussitôt :

– Au Lac d’Argent ? Que sait le Cornel de cet endroit ? Que veut-il faire là-bas ?

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– Déterrer un trésor.

– Un trésor ?

– Oui, il paraît que des peuples qui ont vécu il y a très long-temps, y ont enterré des trésors fabuleux. Le Cornel possède un plan précis des lieux.

– As-tu vu ce plan ?

– Non ; il ne le montre à personne.

– Mais nous l’avons fouillé et nous lui avons tout pris. Or, nous n’avons trouvé aucun plan sur lui.

– Brinkley l’a bien caché. Je crois même qu’il ne le porte pas sur lui. D’après ce qu’il a laissé entendre, il l’aurait enterré quelque part.

L’ex-Tramp ayant accaparé l’attention de tous, personne ne remarqua l’excitation que suscitèrent ses dernières paroles chez Droll et Fred. Droll fixa des yeux écarquillés sur le jeune homme et Fred s’écria aussitôt que l’autre eut terminé :

– C’est bien le Cornel ! Ce plan avait appartenu à mon père !

Tous les regards se portèrent sur le jeune garçon. On l’assaillit de questions, mais Droll y coupa court en déclarant :

– Ne parlons pas de cela, maintenant, Messieurs. Vous connaîtrez les faits plus tard. L’essentiel, c’est que je suis dès maintenant en mesure de dire : Fred et moi, nous sommes à l’entière disposition d’Old Firehand.

– Et moi aussi, ajouta le vieil homme du Missouri. Nous sommes au milieu d’un fouillis de choses mystérieuses et je me demande comment nous allons débrouiller tout ça. Vous venez tous avec nous, camarades ?

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– Oui, oui, naturellement, criaient les Rafters, à l’exception d’un seul, Tom le Noir qui voulait rester pour rebâtir la cabane. Nolley, l’ex-Tramp lui offrit son aide.

– Well ! dit Old Firehand, pour conclure ; nous n’avons pas à nous préoccuper du chemin que va suivre le Cornel ; car nous savons où il doit aller. Nous le pourchasserons à travers monts et vallées et, s’il le faut, jusqu’au bord du Lac d’Argent. Une vie mouvementée nous attend. Soyons bons camarades, Messieurs !

 

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