Les larmes du passé Tome 1 - AJ Kauffman

AJ Kauffman · Chapitre 17 sur 18

Pages du PDF

Les larmes du passé Tome 1 - AJ Kauffman

Chapitre 17

 

Cela fait maintenant trois semaines que ma relation avec Magalie a évolué. Lors de notre « première soirée » puisque, je la considère comme telle, tout s’est bousculé d’un seul coup. D’une relation amicale ou professionnelle, nous sommes passés à quelque chose de plus profond, plus sérieux. Au départ, je n’attendais rien de ce dîner, mais Magalie a été tellement souriante, audacieuse que je n’ai pu résister à ses avances.

Les doutes que j’avais s’étaient envolés comme par magie. Son attitude de la semaine précédente devait être due à un manque de confiance en elle, ou à toute autre chose qui s’apparentait certainement à un grand vide. Aucune autre possibilité n’était plausible à mes yeux. Elle n’avait pas de famille, pas d’ami, pas d’attache, tout comme moi. Je ne pouvais que comprendre son « dérapage ». Je ne suis pas revenu sur cet incident, ne voulant pas ressasser un évènement isolé.

Aujourd’hui me voilà, moi Axel, avec une petite amie, bénévole dans une association où je commence à prendre mes marques. Pour l’instant, je ne suis là qu’en tant que « spectateur », je n’ai pas encore pris connaissance des dossiers. Magalie ne m’a pas accompagné lors de mes visites, mais je ne désespère pas. Chaque jour, nous progressons un peu plus sur son dossier, et le moment fatidique tant redouté, autant par elle que par moi, va bientôt arriver. Jusqu’ici, j’ai réussi à contourner l’inévitable comme je le pouvais, mais nous allons devoir passer à l’étape supérieure afin de lancer la procédure. Et malheureusement, elle va devoir m’annoncer le nom de son tortionnaire.

 

Ce soir, j’ai rendez-vous chez elle, comme toujours. Elle n’est jamais venue chez moi. Non pas que je ne veuille pas, je n’ai plus honte de mon intérieur, mais pour une raison que j’ignore, elle préfère ainsi. Hormis nos rendez-vous chez elle, nous ne sommes jamais sortis à l’extérieur. Pas de restaurants, pas de cinémas, pas de balades. Juste nous et uniquement nous pendant ces vingt-et-un dernier jour.

Je me regarde dans le miroir face à moi et soupire. Je suis en nage et n’arrive pas à contrôler les tremblements de mes mains si bien que je n’ai pas pu me raser. Après une troisième douche consécutive, j’arrive enfin à réguler ma nervosité.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

— Allez Axel, ce n’est pas le moment de flancher ! m’encouragé-je. Ce n’est qu’un dîner.

Je sens mon cœur battre à cent à l’heure.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Un dîner, oui et plus si je me souviens bien de ses paroles.

« Axel, demain sera un grand soir pour nous. Un tournant, tu n’imagines pas à quel point ».

En y repensant, ses propos sont bien plus qu’éloquents. Je suis forcé de reconnaître que ce sont ces mots qui me rendent dans cet état.

Pourquoi ?

Pourquoi me rendraient-ils nerveux ?

Je secoue la tête face à mes questions idiotes. Bien sûr que je suis anxieux. Qui ne le serait pas sachant ce qu’il va se passer. Après un dernier coup d’œil dans le miroir, je me décide de sortir de la salle de bains, enfile une veste et me dirige hors de mon appartement.

Cette fois-ci, sur la route, je me fais klaxonner. Je ne suis pas pressé d’arriver et je le suis en même temps. Étrange sensation. Dans tous les cas, j’arrive avec pas moins d’une heure de retard.

Je frappe à la porte, attends quelques secondes avant que Magalie ne m’ouvre. Elle est à couper le souffle dans sa robe verte moulante qui couvre tout son corps. Aussi étonnant que cela puisse paraître sa tenue dévoile un maximum ses courbes tout en les cachant. Je déglutis difficilement, dépose un chaste baiser sur ses lèvres avant de la suivre. Je la regarde se déhancher. Mes yeux suivent le balancement de ses reins.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Elle se retourne, puis me sourit.

— Ça va ?

— Extrêmement bien, mentis-je.

— Tu m’as l’air pourtant stressé.

— Tu ne l’es pas ?

— Pas le moins de monde. Pourquoi voudrais-tu que je le sois ? me demande-t-elle en me prenant la main.

« Axel, demain sera un grand soir pour nous. Un tournant, tu n’imagines pas à quel point ».

Je me repasse en boucle ses paroles. Pour moi, il n’y a pas le moindre doute. Ce soir, c’est le grand soir !

Haaa me voilà en train de parler comme un ado en manque !

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Magalie m’entraîne jusque dans le salon, où j’y découvre une ambiance chic et feutrée. La lumière est tamisée, il y a de la musique en fond sonore et des bougies disposées sur la table. Tout est réuni pour un dîner spécial.

— Tu es ravissante.

— Merci.

— Très belle décoration, continué-je.

— Merci. Je voulais faire quelque chose de… spécial.

Ce mot encore.

Spécial, spécial, spécial…

Je ne vais pas sortir indemne de cette soirée, j’en suis persuadé.

— On trinque ? me demande-t-elle en saisissant deux verres de vin rouge avant de m’en tendre un.

— Absolument.

Nous nous observons, les yeux dans les yeux. Je sens que les miens pétillent de bonheur, alors que les siens ont une lueur étrange. Malicieuse plutôt.

— À l’avenir, dit-elle en entrechoquant nos verres.

— Qu’il soit fait de surprises, de douceur, de délice, lancé-je avec tout l’aplomb que je peux puiser en moi.

— Parfaitement, renchérit-elle en avalant cul sec sa boisson.

Tiens, tiens, qui m’a l’air angoissée !

Je parcours le peu de distance qui nous séparent, lentement. Je lui prends le verre d’entre ses mains, puis le dépose sur la table de salon. Tout comme le mien.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Mon cœur s’emballe.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Magalie se mord la lèvre inférieure, alors que je me penche encore et toujours plus vers sa bouche. Je passe une main derrière sa nuque, l’autre dans le creux de ses reins, afin de l’attirer plus vers moi. Je rive mes yeux à ses prunelles et pose mon front contre le sien.

Elle sent bon, tellement bon.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Ma respiration se fait de plus en plus haletante, puis mon cœur s’arrête de battre.

Je m’écarte de quelques centimètres et parsème son front, ses joues de tendres baisers avant de m’attarder sur ses délicieuses lèvres. Je les picore, les mordille, puis je ne tiens plus et l’embrasse voracement, la plaquant le plus possible contre moi. Notre baiser s’approfondit jusqu’à ce que nous soyons pantelants et essoufflés.

 — Je suis bien avec toi.

— …

Je m’écarte et l’observe. Ses iris brillent et des larmes perlent au coin de ses paupières.

— Magalie ?

— Je vais bien.

Elle renifle.

— Je n’en ai pas l’impression.

— Si, si, c’est juste que… je ne sais pas.

— Je vais trop vite ?

Je m’éloigne d’elle-même si je n’en ai pas envie.

— Non ! Reste près de moi. C’est juste que ça fait très longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien. Tout cela me fait un peu peur je dois l’avouer.

— Moi aussi, mais nous allons y arriver et franchir un à un les obstacles qui nous barreront la route.

— …

— Magalie ?

— Oui, oui, excuse-moi.

Elle regarde la pendule accrochée au mur derrière moi d’un air dépité, puis reprend contenance avant de m’inviter à m’installer afin que nous puissions dîner.

Je ne m’y attendais pas, mais le repas se passe dans une ambiance tendue, morose. Je ne sais pas comment désamorcer cette bombe qui est prête à m’exploser à la figure.

Qu’est-ce que je pourrais bien dire pour détendre l’atmosphère ?

Une question simple, allez Axel remue-toi les méninges !

— Tu ne m’as jamais parlé de ton métier.

Elle lève la tête de son assiette, puis hausse les épaules.

— Rien d’intéressant.

— Si tu l’as choisi, c’est qu’à un moment ou à un autre il te plaisait.

— Oui, soupire-t-elle. Je suis dans l’art, je te l’ai déjà dit, souviens-toi.

— L’art c’est vague comme explication. Dis-m’en plus.

Magalie pose lentement sa fourchette, boit une gorgée d’eau, puis se lève. Elle contourne la table, vient à mes côtés et me tend sa main.

— Plus oui, mais pas de discussion.

— Et tu penses à quoi ? dis-je en me raclant la gorge qui s’assèche à vue d’œil.

— Suis-moi…

Docilement, je la laisse m’escorter jusqu’à sa chambre parfaitement décorée. Je ne m’attarde nullement sur ce qui se trouve autour de moi. Magalie accapare toutes mes pensées.

— Nous y sommes, m’annonce-t-elle d’une voix suave. C’est ce à quoi tu pensais ?

— Oui.

C’est tout ce que j’arrive à articuler. Après trente-deux ans, je vais ENFIN faire le grand saut.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Magalie se fait de plus en plus coquine, entreprenante si bien qu’avant de continuer ses caresses, elle tamise la pièce en tirant les doubles rideaux bordeaux.

— Mets-toi à l’aise.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Je n’ai pas le temps de me poser de questions, qu’une chaise est placée devant moi.

— T’a-t-on déjà fait un strip-tease ?

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Je déglutis.

— Non.

— Assieds-toi.

Sans me faire prier, je prends place, pendant que Magalie farfouille dans l’un de ses tiroirs.

— Prêt ? me demande-t-elle en avançant vers moi avec une démarche chaloupée, tenant un objet derrière son dos.

— Je le suis.

— Bien.

— Par contre, il y a certaines règles.

— Je t’écoute.

Elle prend une grande inspiration et se lance.

— C’est la première fois que tu vas voir mes cicatrices.

Je hoche la tête en signe d’encouragement.

— Je ne veux pas que tu les touches… pour le moment.

— Bien sûr, je le comprends parfaitement.

Et là, tout bascule.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Si je vois les siennes, elle va voir les miennes ?

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Oh Mon Dieu !

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Je ne peux pas faire cela, pas maintenant, je ne suis pas prêt.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Clic-Clic.

Mais c’est quoi ce… bordel !

— Donc, je préfère que tu sois attaché, en plus de me rassurer, ça aura un petit côté sexy.

Quoi !

Mais qu’est-ce qu’elle raconte ?

Attaché ! Moi attaché ?

Je secoue la tête afin de retrouver mes esprits. Perdu dans mes pensées je n’ai pas fait attention à ce qui était en train de se passer. Me voilà assis sur une chaise, les mains menottées dans mon dos. Je devais être parti bien loin pour ne pas m’en rendre compte.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

— Voilà, m’annonce-t-elle fièrement. Que le jeu commence.

Le jeu… c’est une torture pure et dure. Je suis trop concentré sur mes mains liées que je ne pense à rien d’autre, surtout pas à Magalie qui est en train de se déshabiller devant moi.

— Je reviens tout de suite, me susurre-t-elle à l’oreille.

— Détache-moi !

— Non. C’est bien mieux ainsi.

— Dépêche-toi !

Elle ricane.

— Certainement pas, continue-t-elle.

La panique s’empare de moi. Je sens mon cœur s’emballer, ma respiration se faire de plus en plus haletante. J’essaie de défaire mes liens sans succès. Je me retourne dans tous les sens, cherchant désespérément un moyen de me sortir de là.

— Tu n’y parviendras pas, laisse-toi faire.

— Non, mais je rêve, détache-moi. Je ne me répéterais pas, sinon…

Je me débats de plus en plus, tirant sur mes menottes, comme je l’ai souvent fait par le passé. Je ne veux pas revivre ça, non, non, non.

— Sinon quoi ? me coupe-t-elle

— Oui sinon quoi ? surenchérit une voix derrière elle.

Au son de cette dernière, je me fige.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Je n’ose pas me retourner, faites que ce ne soit pas réel.

Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Je tire de nouveau sur mes liens.

— Tu ne vas pas déjà nous quitter. Je viens seulement d’arriver.

Là, j’ai touché le fond. Un énorme trou noir m’engloutit.

À suivre

 

 

Rendez-vous le 15 octobre

 

OceanofPDF.com