Les larmes du passé Tome 1 - AJ Kauffman
Chapitre 6
Je le dévisage longuement. J’ai l’impression de le connaître, mais je n’en suis pas certain. Ses traits, sa carrure, me sont vaguement familiers. J’ouvre un peu plus la porte et avance de façon à me retrouver face à lui.
— Oui ?
Il se balance sur ses talons, mal à l’aise.
— En quoi puis-je vous aider à cette heure, plus qu’incongrue ? ajouté-je.
— Euh, oui… désolé… oui. Je vous, enfin je t’ai attendu une partie de la journée et puis, après… J’ai mis un certain temps à franchir cette dernière étape.
Je hausse les sourcils, surpris.
Franchir cette dernière étape ? Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque !
— Et donc ?
Il desserre sa cravate. Il est mal à l’aise et cela se voit.
— Est-ce que je peux entrer, afin de m’expliquer ? me dit-il en désignant mon appartement.
Je secoue la tête. Et puis quoi encore ? Mes « amis » n’entrent pas chez moi, les inconnus, encore moins. Je le scrute de haut en bas, essayant de comprendre qui il est.
— Tu es toujours aussi… sauvage Axel, murmure-t-il.
Je le fixe, irrité.
Il sait qui je suis !
Comment cela sauvage ?
Je croise les bras sur ma poitrine, et souffle dans l’intention de lui faire comprendre que je n’ai pas que cela à faire et à quel point il m’agace avec ses sous-entendus !
— Je dérange ?
— Oui.
Mon ton est dur et froid.
— Désolé, dit-il stressé en se passant les mains dans les cheveux. Je savais que c’était une mauvaise idée de venir après toutes ses années. Je ferais mieux de partir. Je… je te laisse…
Il amorce sa descente dans les escaliers, sans un mot de plus. Je le contemple. Il a les épaules voûtées. Il stoppe sur le palier, sans se retourner, certainement dans l’intention que je le retienne ou que je l’appelle, mais il en est hors de question. Je le laisse poursuivre son chemin, tandis que je rentre chez moi.
Pourquoi est-ce que je l’aurais écouté ? Pourquoi ?
Cela fait quatorze ans que j’ai quitté le foyer où j’ai été élevé et presque vingt-cinq, la ville qui m’a vu grandir. Donc si cette personne me connaît, elle n’a jamais pris le temps de venir me voir ni de me contacter. Alors, pourquoi le faire maintenant ?
Je me dirige vers la fenêtre, regarde cet homme quitter le bâtiment et aller vers sa voiture. De là où je suis, je le vois monter à l’intérieur et s’effondrer contre le volant de cette dernière.
Un, deux, trois…
Je suis un monstre.
Quatre, cinq, six…
J’ai fait volontairement du mal.
Sept, huit, neuf…
Nom de Dieu !
Dix.
Je me frotte le visage.
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Il y a forcément quelque chose qui a dû nous unir à un moment ou un autre pour qu’il soit si bouleversé. Est-ce qu’il pourrait être de ma famille ? Mon grand-père ? On m’a toujours dit que mes grands-parents étaient décédés, mais vu l’âge de cet homme, il se pourrait bien que…
Ahhhhh !!! Que faire ?
Il n’y a qu’une solution. Sortir au plus vite de mon appartement et aller le rejoindre avant qu’il ne soit trop tard. Ça l’est peut-être déjà. Je dévale les marches trois à trois. Il me faut à peine une minute pour me retrouver planté devant la petite saxo noire. Il ne m’a pas vu. Il a toujours la tête contre le volant, le corps parcouru de spasmes.
Je frappe deux fois contre la vitre, et je le vois se redresser. Il essuie les larmes qui ont coulé le long de ses joues, puis pivote vers moi. Je lui fais signe de descendre la vitre, ce qu’il ne fait pas, au lieu de cela, il sort de sa voiture.
— Axel, murmure-t-il d’une voix presque inaudible.
— Grand-père ? demandé-je d’une voix remplie d’émotions.
Je n’ai pas pu attendre avant de l’appeler ainsi.
— Non, mon grand, dit-il en secouant la tête.
Je recule sous le choc. Si ce n’est pas mon grand-père, qui est-ce ?
— Je suis perdu. Vous connaissez mon prénom, où j’habite… je… je ne comprends pas.
— Je connais beaucoup de choses sur toi. Je voulais juste te voir une dernière fois de mes propres yeux et discuter de l’homme brillant que tu es devenu avant…
— D’accord, mais je ne comprends pas plus.
Il me fait un sourire contrit.
— Tout va te paraîtra plus clair, bientôt.
— Quand ? demandé-je à la hâte.
Il dépose une main réconfortante sur mon avant-bras droit, et
pour une fois, je ne compte pas. Sa présence m’apaise, et je me
demande pourquoi.
Encore une question à laquelle j’ai besoin de réponses.
— Demain, Axel. Demain. Je n’avais pas de grandes
espérances quant au déroulement de cette soirée. Je te connais,
et je savais que j’allais avoir du mal… J’avais prévu un week-end
complet pour essayer de te convaincre de m’écouter. Mais ce
sera tout pour ce soir. Il est grand temps pour moi d’aller me
reposer, le voyage m’a fatigué. J’ai réservé un hôtel un peu plus
loin. Je reviendrais en début d’après-midi.
Je déglutis difficilement.
Mon premier samedi en compagnie de quelqu’un.
Mon premier samedi à ne pas aller travailler. Sa main est toujours en place, il m’agrippe un peu plus
fortement, avant de se détourner, d’entrer dans sa voiture et
partir, me laissant là, plus troublé que jamais.
Je reste plusieurs minutes sur le bord de la route, avant
d’entrer dans le hall. Je monte les marches une à une, lentement.
Des dizaines de questions me traversent l’esprit. Des questions
auxquelles j’aurais les réponses dans un peu moins de seize
heures soit neuf cent soixante minutes. Une éternité.
— Nom de Dieu !
Je passe mes mains dans mes cheveux, sur mon visage. J’ai besoin de me détendre, de me reposer, car la journée de demain va à priori être difficile.
Je suis maintenant sous ma douche. L’eau chaude coule sur mes épaules, le long de mon dos, avant d’aller s’écraser au sol. Ça me fait un bien fou. La chaleur, la vapeur, m’apaisent. Je suis bien. Je suis comme dans un cocon. Je reste sous le jet jusqu’à ce que l’eau devienne froide puis sors. Je n’essuie pas le miroir embué pour une fois. Je n’ai pas besoin de voir mon corps ravagé. Je connais le nombre exact de mes cicatrices, leurs tailles, leurs emplacements.
Cinquante-huit !
Cinquante-huit putains de cicatrices !
De deux à vingt centimètres.
Je contemple les deux plus grandes. Celles qui m’ont fait le plus souffrir. Celles qui m’ont maintenu à terre trop longtemps. Je secoue la tête afin de chasser tous ses mauvais souvenirs et fini de me sécher. Je passe ensuite un bas de jogging et un tee-shirt noir, avant d’aller m’allonger sur mon lit, épuisé.
Un, deux, trois…
Mes yeux sont lourds.
Quatre, cinq, six…
Mes paupières se ferment.
Sept…
Je me réveille le lendemain, reposé et prêt à faire face. Prêt à entendre ses révélations, quelles qu’elles soient. Je m’habille rapidement, bois un café et mange une tartine de pain rassis. Voilà, je n’ai rien d’autre à faire qu’à attendre. Je tourne en rond depuis deux heures déjà, cent vingt minutes, sept mille deux cents secondes. Je n’ai même pas envie d’ouvrir un dossier, ou même commencer celui des deux agents de police. Je regarde autour de moi, mon environnement, mon appartement, et tout à coup j’ai honte. Honte de ce qu’il pourrait penser de moi. Honte de…
Toc-toc-toc.
Trois petits coups se font entendre, et tout à coup, je me sens tendu, stressé. C’est d’un pas tremblant que je vais ouvrir. Il est là. Il me sourit. Il est plus détendu que la veille.
— Entrez, dis-je en m’écartant, le laissant pénétrer mon antre.
Comment a-t-il fait pour entrer sans que je déverrouille la porte en bas ? Non seulement aujourd’hui, mais hier également.
— Merci.
Je suis tiré de mes réflexions lorsqu’il avance franchement en direction de la « salle à manger », sans dire un mot. Il scrute la pièce dans laquelle il se trouve, puis s’assied sur l’une des deux chaises. Je prends place face à lui. Un silence pesant s’installe entre nous. Je ne sais pas quoi dire ni par où commencer, bien que lui demander qui il est me paraît déjà un début.
Il me sonde, puis se racle la gorge.
— Je pourrais avoir un verre d’eau, s’il te plaît.
J’acquiesce et vais dans la cuisine. Je prends deux verres ainsi qu’une bouteille neuve. Nous allons en avoir certainement besoin. Je reprends ma place et nous sers.
— Merci, dit-il avant de boire une gorgée.
— De rien.
Il se racle une nouvelle fois la gorge, et se met à tousser. Il respire difficilement, puis tousse de nouveau. Il sort un mouchoir et crache des glaires qui l’empêchaient de respirer convenablement.
— Désolé, la maladie…
La maladie ?
Je fronce les sourcils, et attends qu’il m’explique.
— Je vais mourir, lâche-t-il.
— Comme nous tous.
Je le dévisage. Il doit avoir dans les quatre-vingts ans, donc oui il va mourir, et sans vouloir enfoncer le clou, il ne lui reste plus que quelques années.
— Tu as toujours eu une bonne répartie, même si tu étais sauvage. Tu l’es toujours d’ailleurs à ce que j’ai pu voir.
— Sauvage ?
— Oui, introverti, méfiant, seul.
Je me lève, furieux. Je pointe mon doigt vers lui.
— Comment osez-vous ! Comment ?
— Calme-toi mon grand.
— Non !
Je souffle fortement. Je ne le connais ni d’Adam ni d’Ève…
Un, deux, trois…
Souffle.
Quatre, cinq, six…
Calme.
Sept, huit, neuf…
Je n’ai pas le temps de finir de compter, il reprend déjà la parole.
— Regarde autour de toi, le milieu dans lequel tu vis. Tu t’es cloîtré, renfermé, alors qu’en quittant ton village, le foyer, tu aurais pu et dû construire une nouvelle vie.
Je serre et desserre mes poings
— J’ai une nouvelle vie !
— Oui et j’en suis fier. Quand j’ai appris ton souhait de devenir avocat… Au début, j’ai eu peur que ce soit pour de mauvaises raisons, mais plus tard, j’ai compris que tu en avais besoin. Besoin d’aider les autres, de les défendre, tout comme tu aurais voulu qu’on le fasse avec toi, avec vous.
Nous ?
Encore et toujours des affirmations sans plus d’explications. Je suis encore et un peu plus dans le flou.
— Je m’en veux tellement, si tu savais.
Il a les yeux brillants et refoule ses larmes. Je me laisse tomber sur la chaise, las.
— Je ne comprends absolument rien à votre charabia.
— Je m’en doute mon grand.
— Et arrêtez de m’appeler ainsi ! Il n’y a qu’une seule et unique personne qui a eu le droit de le faire ! Et ce n’est pas vous.
— Tu te trompes. Je t’appelais ainsi aussi.
— Nom de Dieu ! Allez au fond des choses et EXPLIQUEZ-MOI !
— D’accord, d’accord.
Il tousse, crache dans son mouchoir puis boit.
— J’ai un cancer des poumons, stade terminal. Il me reste à peine huit à dix semaines. Je n’ai pas voulu faire de chimiothérapie, à mon âge, à quoi bon ?
— Donc, vous vous êtes dit, c’est maintenant ou jamais.
— Oui.
Je hoche la tête, peiné. Je n’aurais pas voulu ressentir un tel sentiment, mais c’est trop tard. S’il n’était pas aux portes de la mort, jamais il ne serait venu vers moi. Je me cale au fond de ma chaise, afin de l’écouter attentivement.
— Je t’ai connu alors que tu n’étais qu’un enfant. Tu avais tout juste sept ans – les larmes qui menaçaient de couler jaillissent maintenant, comme un torrent –. Comme je te le disais, tu étais souvent seul, recroquevillé dans un coin, attendant que le temps passe. Tu te méfiais de tous ceux qui t’entouraient. Tu ne parlais pas. Les médecins, et psychologues qui t’ont suivi nous ont affirmé qu’il te fallait du temps, que tu étais en état de choc. Ils attendaient patiemment que tu t’ouvres à eux. Ils ne voulaient pas te brusquer. Nous avons donc tous attendu, moi plus que les autres. Je voulais tellement voir une lueur de bonheur dans tes sombres iris, malheureusement, ça n’est pas arrivé rapidement. Plus les jours passaient, plus le mur que tu avais construit autour de toi devenait infranchissable. Au bout de six mois passés au foyer, j’ai pris les choses en main et je suis allé vers toi. Je t’ai appelé pour la première fois « mon grand » en ce jour de mars mille neuf cent quatre-vingt-dix. On savait que ses mots avaient quelque chose de réconfortant, et ce fût le cas. Tu les murmurais dans ton sommeil, chaque soir. Et puis ce jour-là, je m’en souviendrais toujours. Quand je t’ai appelé ainsi, tu as fait un pas vers moi et tu t’es blotti dans mes bras. Ton corps, si petit, si fragile était plaqué contre le mien. Puis, à huit ans, tu as changé de foyer et je ne t’ai pas revu jusqu’à hier.
Il arrête son récit un instant, essuie ses larmes, boit une gorgée d’eau d’une main tremblante, puis repose son verre. Nous nous dévisageant, sans dire un mot.
— À sept ans ? dis-je, ému.
— Oui.
— Vous avez connu ma mère ? demandé-je d’une voix brisée.
— Malheureusement non.
Je baisse la tête plus triste que jamais. Je pensais que s’il me connaissait, elle aussi, mais… non.
— Je suis sûr que c’était la meilleure des mamans.
— Oui, murmuré-je.
— Et… lui ? L’avez-vous connu ?
Je ne veux pas prononcer son nom ni son « statut ».
— Oui, souffle-t-il. Très peu de temps, juste assez pour… il…
Je lève les mains devant lui.
— Je ne VEUX pas en savoir plus sur cette ordure.
— Je comprends.
— Vous me connaissez bien, finalement.
— Oui. Tu me connais aussi. On a passé pas mal de temps ensemble. Je venais te voir tous les jours.
Je cherche, réfléchis, mais j’ai du mal à me souvenir de lui. Je frappe mon front de ma paume.
— Je ne me rappelle pas, désolé.
— Je m’appelle Éric.
Eric, Eric, Eric…
Je répète ce prénom en boucle. Je ne vois toujours pas.
— Désolé, répété-je en secouant la tête.
— Te souviens-tu du vingt et un octobre mille neuf cent quatre-vingt-neuf ?
J’ai un pincement au cœur. Oui, bien sûr que oui. Comment pourrait-il en être autrement ?
— Absolument, murmuré-je. C’est le jour de ma renaissance.
— C’est aussi le jour où je t’ai sauvé.
Je le regarde incrédule. Il m’a sauvé ? Je fixe ses prunelles vertes qui m’implorent silencieusement de le reconnaître.
— Rico ?
— Oui, c’est moi.
Je me lève et vais serrer dans mes bras le seul homme en qui j’ai eu confiance à un moment donné dans ma vie. Rico, le pompier qui m’a sorti des décombres. Il est là, dans mes bras et je le serre fort, tellement fort.
— Merci, merci, merci, murmuré-je, la boule au ventre.
Nous restons ainsi plusieurs minutes avant qu’il ne se détache de moi.
— De rien mon grand.
Éric ancre ses iris dans les miennes, puis me sourit. Il dépose l’une de ses mains tachées et bosselées sur ma nuque et me force à m’abaisser, front contre front. Il me scrute, il lit en moi. Je le sais, je le sens. Les secondes s’égrainent sans que nous ne bougions, puis une quinte de toux vient rompre la bulle dans laquelle nous étions. Ce sentiment de bien-être m’apaise autant qu’il m’indispose. La quinte de toux passée, nous nous asseyons de nouveau face à face. Mille questions me traversent l’esprit, mais je n’ai besoin que d’une seule réponse.
— Merci, soufflé-je.
— De rien, j’aurais dû venir plus tôt, je le sais et je le regrette.
— Vous… tu es là, c’est le principal.
Pour la première fois de ma vie, je ressens le besoin de réconforter quelqu’un et ce n’est pas n’importe qui. C’est LUI, celui qui m’a sauvé. Je lui dois tellement. Jamais je ne pourrais le remercier pour ce cadeau. Et pourtant, malgré tout, c’est comme si mon cerveau avait occulté cette partie de ma vie, lui, je ne m’en souvenais plus jusqu’à cet instant.
— Pas pour très longtemps… Toutes ces années perdues.
Je me lève, m’approche de lui, et m’agenouille à ses côtés, comme précédemment.
— Au contraire, tu m’as donné l’occasion de vivre pendant toutes ces années, et ce n’est pas rien. Tu ne crois pas ?
Il me regarde et me sourit.
— Absolument. Merci mon grand, dit-il en passant une main dans mes cheveux.
— De rien.
Je vais me réinstaller face à lui puis une longue conversation vient rythmer notre après-midi. Nous parlons très peu de mon passé, je sais tout ce qu’il y a à savoir, je n’ai rien besoin d’autre. Tout a été résumé en quelques mots : il est mon sauveur. Il n’a pas connu pas mère. J’ai fait une croix sur celui qui me sert de géniteur, il y a de cela bien longtemps et j’espère que jamais je ne le reverrais, si ce n’est mort, car oui, je ne manquerais pour rien au monde le jour de son enterrement.
La conversation dévie rapidement sur lui. Il me raconte ses peines, et ses regrets. Il baisse la tête comme si j’allais lui reprocher quoi que ce soit. Que peut-on reprocher à quelqu’un qui met en péril sa vie pour le bien d’autrui ? Rien. Il a fait tout son possible pour aider ces personnes en pleine détresse, malheureusement, tout le monde ne survit pas.
J’ai un pincement au cœur quand il relève la tête. Ses prunelles sont vides et tristes. Le voir si fragile me fait revenir des années en arrière quand moi aussi, je ne pouvais rien faire face au destin. Mais je ne dis rien, j’attends. Vient ensuite un moment de bonheur à l’état pur. Il me retrace ce qui lui tient le plus à cœur : la rencontre avec l’amour de sa vie, Danielle, qui l’attend bien sagement et qui l’a poussé à venir me retrouver. Son bénévolat pour des associations d’enfants. La difficulté qu’il a eue à prendre sa retraite, et beaucoup d’autres choses encore. Nous ne voyons pas l’après-midi passer. Il est vingt-deux heures quand je le raccompagne à sa voiture après avoir soupé en sa compagnie.
Je me dandine sur mes pieds ne sachant ni quoi faire ni quoi dire.
Est-ce que c’est la seule et dernière fois que je le vois ? J’aimerais me dire que non, mais… c’est la vie.
Je m’approche de lui et le serre dans mes bras. Pour la deuxième fois en à peine une journée, ce qui est énorme pour moi. C’est un grand pas en avant vers la guérison et l’acceptation de ce que j’ai vécu. Grâce à lui, grâce à ses quelques mots réconfortants.
Elle serait fière de toi.
Je suis fière de toi.
Elle t’aime énormément, je sais qu’au plus profond de toi tu le sais, tu le sens.
Ne laisse pas le passé ternir ton avenir et surtout, surtout ouvre-toi aux autres.
— Adieu, me dit-il.
— Je préfère au revoir.
Voilà les deux dernières phrases que nous prononçons avant qu’il ne monte dans sa voiture et parte. Je lui fais un petit signe de la main, le regarde s’éloigner à tout jamais.
Je remonte chez moi, déboussolé par cette journée et par cette rencontre. Je passe rapidement sous la douche et vais me coucher d’un sommeil sans rêve ni cauchemar.
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