L'espace d'un an
Jour 157. Sept heures
JOUR 157, STANDARD UG 307
SEPT HEURES
Sissix se battait avec les commandes. Elle essayait de réfléchir malgré la peur et les cris.
« Pas de balises ! gueula Ashby. Jenks, tu m’entends ? Kizzy ?
— Droit devant, quatorze ibens, dirent Ohan.
— Je peux pas, gémit Sissix. On est incontrôlables.
— Il le faut, dirent Ohan. L’espace derrière nous va…
— Oui, je sais », cracha-t-elle.
Sans cage, le trou qu’ils venaient de percer se refermerait rapidement. Et, sans l’espace normal pour amortir le choc derrière eux, ils seraient projetés comme un oisillon dans une tornade, à moins de décamper immédiatement. Elle sentait déjà le vaisseau frissonner.
« Lovey ? Quelqu’un ? Merde ! fit Ashby. Merde, les vox ne marchent plus.
— Jenks ne va pas larguer de balise, dit Corbin. Il est trop malin. Il sait ce qui…
— Sissix, quatorze ibens tout de suite ! » crièrent Ohan.
Sissix grommelait des obscénités en essayant de stabiliser le vaisseau. Ses écrans clignotaient et les bandes de propulsion ne cessaient de lui échapper. Elle voyait trouble, comme toujours dans l’infrastrate, et, sans écrans ni étoiles visibles, elle ne pouvait pas s’orienter. Les mâchoires crispées, elle enfonça des boutons.
« Je désactive les sécurités. On sera désaxés, mais ça devrait nous donner assez de puissance pour…
— Sissix… » la coupa Corbin.
Ses plumes se hérissèrent. « Si tu crois que j’en ai quelque chose à foutre, là, de tes niveaux de conservation…
— Je m’en fous autant que toi ! Prends les quantités qu’il te faut. »
Elle croisa son regard. « On peut rester à ce niveau pendant tout le trajet ?
— Oui. » Il consulta ses écrans. « Oui, on aura assez. » Il avait l’air effrayé mais sûr de lui. « Fais le nécessaire. Je surveille les réserves. »
Elle hocha la tête et vérifia ses alertes. « Kizzy, merde, j’ai besoin… » Elle grimaça en se rappelant que le vox ne marchait pas.
Le Voyageur se cabra : l’infrastrate se refermait. « Quatorze ibens ?
— Oui ! s’écrièrent Ohan.
— Que les étoiles nous viennent en aide. »
Le vaisseau s’élança.
Kizzy arracha le panneau d’accès principal de la grille de navigation. Dans la salle des machines, les lumières clignotaient, les tuyaux gémissaient, les parois tremblaient. Rien ne tournait rond.
« Il faut que j’accède au cœur, cria Jenks. On doit absolument rétablir les vox.
— Pas le temps ! » Kizzy examina le fouillis devant elle. « Si le câble de transmission principal est mort, ça prendra des heures. J’ai besoin de toi. »
Elle diagnostiqua en un clin d’œil les circuits endommagés et courut jusqu’au placard à outils. Ses pieds lui semblaient lourds et maladroits. Dans l’espace normal, voir sa salle des machines tomber en morceaux aurait été fort pénible. Dans l’infrastrate, avec le temps qui dansait, c’était un cauchemar.
« Sans Lovey, impossible d’évaluer les dégâts !
— J’ai des yeux », protesta-t-elle en attrapant des outils par pleines poignées. Un claquement humide s’éleva d’une cloison : un tuyau de carburant qui cédait. « Oh, étoiles ! Tu t’en occupes. » Elle repartit vers le panneau d’accès en se demandant par où commencer. La réparation s’apparenterait à du bidouillage, mais elle n’avait pas le choix. Elle s’y remettrait dans les règles plus tard. S’ils se tiraient de cette embûche.
Les diodes couraient autour de la grille en motifs aberrants. Merde. « Sissix a désactivé les sécurités.
— Super. »
Jenks ouvrit l’autre mur. Le carburant jaillit du tuyau cassé. Des jets de boue verte traversèrent la salle, éclaboussèrent les murs et commencèrent à former des flaques.
Kizzy se creusait la cervelle. Puisque les bandes ne tournaient pas à plein régime, Sissix avait besoin d’un surcroît de puissance, c’était certain. Mais, pour Kizzy, réparer la grille en plein vol et alors que les sécurités étaient désactivées, c’était un défi. Lovey était coincée dans le cœur et, sans savoir ce que Sissix allait faire, elle allait devoir deviner quelles réparations effectuer en priorité. La moindre erreur risquait de rendre le vaisseau incontrôlable. « Il faut que je sache ce qu’elle trafique là-haut.
— Je m’en charge. » Jenks lâcha ses outils, s’empara de son scrib et s’écarta du carburant qui coulait sans cesse. « Donne-moi cinq minutes. Je peux connecter les transmetteurs de toutes nos sibs. On aura besoin de nos scribs en permanence, mais…
— Une idée de génie. Vas-y, puis viens m’aider.
— Et le…
— Pas grave. » Elle faillit rire. Le Voyageur était vraiment mal barré, si un tuyau de carburant crevé était le dernier de ses soucis. « Si on ne peut pas voler, ça n’aura aucune importance. »
Rosemary, titubante, entra dans la salle. Elle s’accrochait aux murs gémissants. Ses pas étaient incertains. Kizzy avait marché comme elle, jadis, aux premiers jours de son entraînement au travail dans l’infrastrate. « Donnez-moi quelque chose à faire.
— Tu n’es pas inconsciente ?
— On n’a pas eu le temps. Le docteur Miam est allé rejoindre Ohan. Je ne suis pas tech, je sais bien, mais… »
Kizzy attrapa le poignet de Rosemary, courut jusqu’au tuyau de carburant et posa la main de son amie sur la déchirure. « Appuie très fort. Et, quoi qu’il arrive, ne lâche pas. »
Les heures passèrent lentement. Sissix ne les sentait pas. Elle ne sentait que les commandes sous sa main, le frémissement incessant du pont, l’infrastrate qui rendait le monde flou. La foreuse étant toujours active, le vaisseau creusait un tunnel temporaire, juste assez long pour continuer d’avancer. Mais, sans balises, l’ouverture ne résistait que quelques minutes et ne leur laissait que le temps de calculer la suite de leur itinéraire. Ses écrans étaient plus stables mais la grille avait du mal à faire son travail. Comme leur navigateur.
« J’ai besoin d’un cap », dit-elle.
Le frémissement s’amplifiait.
« Oui. » Ohan haletaient. « Oui. »
Le docteur Miam, accroupi, les tenait aux épaules. D’une main tremblante, ils calculaient sur leur sib, plus vite que jamais.
« 6,95 ibens, droit devant.
— On a fait plus de la moitié du chemin, dit Ashby. Vous allez y arriver, Ohan.
— Oui. Bien sûr que oui. Bien sûr. » Ils se forcèrent à respirer. « Sept… non, non, huit… aïe ! »
Sissix tourna la tête et vit le stylet d’Ohan tomber par terre. La paire sianate s’était effondrée contre le docteur Miam en levant un bras tremblant.
« Non ! crièrent Ohan. Non, non, non, pas maintenant, pas maintenant ! »
Ils avaient les doigts inertes, comme des marionnettes dont on aurait coupé les fils. Horrifiés, ils contemplaient leurs mains impotentes.
Ashby bondit. Il remplit la seringue que lui avait confiée le docteur Miam.
« Passe-la-moi », dit le médecin. Rapidement, prudemment, il inclina la tête d’Ohan pour exposer la zone rasée sur leur nuque. Il se tourna vers Ashby. « Ç’aurait été dur même en des circonstances normales. Les pics d’adrénaline ne leur font pas de bien. »
Il enfonça l’aiguille dans la peau marbrée. Ohan hoqueta. Ses bras s’agitèrent. Sissix en avait la nausée, mais elle s’interdit de détourner les yeux. Le pont se remit à frémir de plus belle. Elle sentit son cœur battre au même rythme.
Ashby ramassa le stylet. « Ohan ? »
Ohan inspirèrent : le bruit du vent dans les feuilles sèches. Ils tendirent le bras pour récupérer l’instrument.
Sissix, soulagée, ferma les yeux puis regarda la paire. « Eh ! On va y arriver. Vous et moi. Ensemble. On forme une bonne équipe. » Sa gorge se serra. « On a toujours formé une bonne équipe. »
Ohan battirent des paupières et reprirent leurs calculs avec une détermination furieuse. « Nous ne vous laisserons pas tomber. »
Kizzy, à genoux, avait les mains enfoncées dans la transmission du propulseur arrière. Des vagues de chaleur s’écrasaient contre ses joues. « Sissix, cria-t-elle à son scrib, j’ai une unité de calcul qui va griller. Je dois couper la bande arrière secondaire.
— Combien de temps ? »
Elle ferma les yeux et secoua la tête en s’efforçant de réfléchir. « Je ne sais pas. Une heure peut-être…
— Étoiles, Kizzy…
— Je sais, je sais. Mais si je ne répare pas ça immédiatement, tu ne l’auras pas pour la sortie.
— Là, je l’aurai ? »
Je ne sais pas. « En théorie. Si je ne fais rien, non.
— Tu peux bosser plus vite ?
— Je vais faire de mon mieux.
— Moi aussi. »
Sa figure ruisselait d’une sueur qui creusait des sillons sur sa peau crasseuse. Elle recula pour échapper à la chaleur de la bande endommagée et ouvrit le haut de sa combinaison, qu’elle noua à la taille. Son tricot de corps lui collait au dos. Elle ouvrit le panneau d’entretien à l’extérieur du carter de transmission et entra des commandes. Étoiles, j’ai besoin de Lovey ! Les vox ne marchaient toujours pas, et, comme Lovey ne semblait pas travailler de son côté, elle devait avoir perdu l’accès à son réseau de surveillance. Elle devait tourner chèvre, se disait Kizzy, coincée dans le cœur alors qu’elle savait le vaisseau en danger. Ça valait peut-être mieux : au moins, elle ignorait la gravité de la situation.
La bande s’éteignit. Kizzy s’essuya le front. Son contrat ne prévoyait rien de pareil.
« Kizzy », dit Rosemary. Ses vêtements, imbibés de carburant, avaient eu le temps de sécher. Elle avait une tête affreuse, pas seulement à cause de l’inquiétude. Elle n’avait jamais été formée au travail dans l’infrastrate, et même les tâches subalternes qu’on lui avait confiées lui avaient coûté des efforts immenses. « Tiens. » Elle tendit à la tech une bouteille d’eau et une barre protéinée tirées de sa sacoche.
Kizzy déboucha la bouteille et la porta à sa bouche. Ses lèvres absorbèrent l’humidité. Elle but plusieurs gorgées avant de geindre : « Oh, étoiles, tu es merveilleuse. » La dernière goutte avalée, elle déchira l’emballage de la barre d’un coup de dents et s’assit sur ses talons. « Apportes-en aussi à Jenks. » Elle mangea une bouchée de la pâte dense et insipide.
« J’y vais. Il est où ?
— Alguerie. Avec Corbin. Les pompes sont… »
Le vaisseau tangua quand Sissix changea de cap. Kizzy, toujours accroupie, s’accrocha aux angles de la transmission. Rosemary, moins rapide, alla heurter le mur du fond et perdit l’équilibre.
Kizzy attendit que le Voyageur se stabilise. Par son scrib, elle entendait les voix dans la salle de contrôle. Sissix poussait des jurons, Ashby affirmait posément : « Ohan, restez avec moi, on n’en a plus pour très longtemps… » Le tremblement du pont se calma et la tech se tourna vers Rosemary : « Ça va ? »
Rosemary se redressa en se tenant à un panneau. Elle avait les mâchoires serrées. Une coupure sur son biceps se mit à saigner. Elle regardait les traînées rouges, mais ses yeux étaient ailleurs.
« Eh, oh, non », dit Kizzy en s’approchant. Elle connaissait cette tête. Ça voulait dire « Je n’en peux vraiment plus », et ce n’était pas le moment. Du tout. Elle saisit le bras blessé de Rosemary. La coupure était longue mais sans gravité. Elle déchira la manche de sa combinaison et pansa la plaie. « Regarde-moi. Rosemary, regarde-moi ! » Elle noua le tissu en cherchant ses mots. Il fallait trouver des paroles de sagesse et d’intelligence qui ramèneraient Rosemary à la réalité. Mais Kizzy n’était ni sage ni intelligente, elle n’était qu’une petite tech à la noix qui passait son temps à improviser, qui allait sans doute tuer tout l’équipage avec un circuit mal réparé ou un câble grillé qu’elle n’avait pas remarqué, et qu’est-ce qui leur prenait, à ces quadrupèdes débiles, de leur tirer dessus…
Elle respira. Elle respira et pensa à une Aéluonne vêtue d’un gilet blindé hyper-classe, entourée de types armés jusqu’aux dents, qui avait peur des poissons. « Rosemary, écoute. Je suis dans le même état que toi. Je ressens la même chose.
— Pardon, bredouilla Rosemary. Pardon, je suis désolée, j’essaie…
— Non. Écoute ! » Elle lui prit la figure entre les mains et la regarda droit dans les yeux. « Arrête de vouloir chasser la peur. J’ai peur, Sissix a peur, Ashby a peur. Et c’est une bonne chose ! Avoir peur, c’est vouloir vivre. D’ac’ ? Alors, aie peur. Mais continue de bosser. J’ai besoin de toi. Tu peux ? »
Rosemary ferma les yeux et hocha la tête.
Kizzy l’embrassa sur le front. « Bon. Voici ce que tu dois faire. File à l’alguerie, donne à manger et à boire aux garçons. Ensuite, reviens. Je vais avoir besoin d’une assistante. Pigé ? »
Rosemary la regarda. Elle avait les yeux plus calmes. « Pigé. » Elle se leva, pressa le bras de Kizzy et s’élança dans la coursive.
Kizzy replongea dans la transmission, ses outils à la main. « Et maintenant, salopard, dit-elle en retirant la protection d’un faisceau de câbles, tu vas m’obéir. »
La cage de sortie était fermée. Son signal clignotait, accueillant, sur la console de Sissix. Un havre dans la tempête.
« On arrive trop vite, fit remarquer Ashby.
— J’y peux rien », répondit Sissix.
La grille avait été réparée à la hâte ; la pilote ne pouvait pas arriver doucement.
« Attachez-vous », ordonna Ashby à la cantonade. Il jeta un regard à son scrib. « Bien reçu ?
— Oui, dit Jenks. Faites-nous sortir, je vous en prie.
— Ohan, la sortie, demanda Sissix.
— 9,45 ibens, droit devant, hoquetèrent Ohan. 6,5 à tribord. 7,96… 96… »
Sissix se tourna juste à temps pour voir les yeux d’Ohan basculer dans leurs orbites.
« Vers le haut ou le bas ? Le haut ou le bas ? »
Pas de réponse. Ohan étaient pris de convulsions.
Une dizaine de bruits consternés jaillirent de la bouche du docteur Miam. « Étui noir, tiroir du haut, troisième en partant de la gauche. Vite ! »
Ashby, plus rapide que des mainpieds, s’élança. Sissix regardait ses commandes. Tout était lent, calme, et pas à cause de l’infrastrate. Elle n’entendait que le sang qui rugissait dans ses oreilles. En haut ou en bas ? Combien de fois avait-elle opéré la manœuvre, et pourtant elle ne pouvait répondre à une question aussi simple. En haut ou en bas ? Le pont se remit à trembler. En haut ou en bas ? Elle ne pouvait pas deviner, même si ça valait mieux, même si son inaction allait leur valoir d’être déchiquetés. Ils risquaient de ressortir au mauvais endroit ou au mauvais instant. Ils risquaient de surgir à l’intérieur d’une planète, à l’intérieur d’un autre vaisseau. Une chance sur deux, et pourtant, pourtant…
Ashby revint et lança l’étui au docteur Miam, qui en tira un appareil médical et le colla contre la bracelette d’Ohan. Une seconde s’écoula. Deux. Trois. Les tremblements cessèrent. Ohan devinrent tout raides, leur bouche s’ouvrit.
« Ohan, dit Ashby. Ohan, où en étiez-vous ? Vous vous rappelez ?
— Oui », murmurèrent Ohan. Puis, horrifié, très fort, les yeux ronds : « En haut ! En haut !
— Ashby, attache-toi ! cria Sissix en réglant les manettes à toute allure. On perce dans trois… deux… un ! » Elle enfonça les commandes. Le vaisseau bondit, trop vite, s’arracha à l’infrastrate et fonça vers les pylônes supérieurs de la cage. « Merde ! »
Elle vira à tribord, brutalement, dans l’espoir de dévier le lourd vaisseau. Kizzy criait des phrases inquiétantes au sujet de la bande bâbord, mais elle n’eut pas le temps d’écouter, elle sentit la bande casser, le vaisseau faire la culbute. Sissix, immédiatement, le dirigea vers une brèche. Le Voyageur protesta d’un grognement aigu, mais elle passa outre. Elle mit le cap vers la brèche et éteignit les bandes restantes.
Le Voyageur franchit les pylônes sans rien heurter et se retrouva dans le vide de l’espace.
Sissix planta les coudes sur ses genoux et se laissa tomber la tête entre les mains. Derrière elle, elle entendit le docteur Miam murmurer des paroles de réconfort tout en faisant sortir le Sianat, qui respirait avec difficulté. Elle entendit Ashby détacher son harnais et s’approcher d’elle. Elle le sentit qui lui posait une main dans le dos. Elle ne leva pas les yeux.
« On va bien », dit-il. Elle ignorait à qui il s’adressait : à elle ou à lui-même ? « On va bien. »
Elle passa les mains dans ses plumes, essoufflée, le regard toujours baissé. « On va tous bien ? »
Kizzy était allongée par terre dans la salle des moteurs. Rosemary était assise, le dos au mur. Elles ne disaient rien. Il n’y avait rien à dire. Kizzy se mit à rire malgré tout.
« Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? » demanda Rosemary.
Kizzy posa les pieds bien à plat. Le rire lui secouait le ventre. « Je ne sais pas ! » Elle se couvrit les yeux d’une main. « Je ne sais pas ! Tout le ménage qui m’attend ! » Elle hurlait de rire. Son autre main était plaquée contre ses côtes. Entre ses doigts, elle regarda Rosemary, qui s’était mise à rire aussi. Mais, à voir sa tête, elle riait sans doute de Kizzy. Mollement, la tech lui jeta un chiffon sale. « Merde. J’ai besoin de boire un verre. De fumer du smash. Je vais descendre au prochain port et m’envoyer en l’air. Étoiles, s’il y a eu un moment dans ma vie où j’ai mérité de m’envoyer en l’air, c’est pile…
— Attends, dit Rosemary en tournant la tête. Tu n’as rien entendu ? »
Kizzy s’assit, soudain muette. Il n’y avait que le bourdonnement du moteur, les claquements et les vrombissements désaccordés de toutes les merdes qu’elle allait devoir réparer. Puis une voix, loin dans le couloir. Ça venait du cœur. « Kizzy ! » Jenks. « Kizzy, à l’aide ! »
Elle fut debout avant de s’en apercevoir, et ses bottes martelaient le pont. Elle pila devant la porte du cœur. Lovey était toujours lumineuse, toujours fonctionnelle. Mais les murs tout autour, d’habitude couverts des petites diodes vertes que Jenks vérifiait soigneusement deux fois par jour, n’étaient plus qu’un labyrinthe d’éclats rouges. Kizzy porta la main à sa bouche.
« Kizzy. » Jenks, dans la fosse, retirait ses gants. « Kizzy, il me faut mes outils. Il me faut mes outils. Immédiatement. » Il passa les mains sur le cœur. « Lovey, tu m’entends ? Lovey ? Lovey, dis quelque chose ! »
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