L'espace d'un an
Jours 132-145. La mission
JOURS 132-145, STANDARD UG 306
LA MISSION
« Je déteste ce jeu », gémit Sissix, qui contemplait l’échiquier.
Ashby mordit dans son gâteau d’épices. « C’est toi qui voulais jouer.
— Oui, un de ces jours je gagnerai, ensuite je pourrai passer à autre chose. » Elle posa le menton sur ses poings et, soupirant, fit un geste vers son fou, qui avança tout seul en laissant dans son sillage une traînée de pixels. « Que ton espèce joue à ça depuis des siècles en dit long.
— Ah oui ? Et dit quoi au juste ?
— Que les Humains compliquent tout à plaisir.
— Tu veux que je te laisse gagner ? » demanda Ashby en riant.
Sissix plissa les yeux. « N’y songe même pas. » Elle coula un regard par le dôme de l’aquarium ; les arêtes de la nouvelle cage de confinement se soudaient les unes aux autres. Encore quelques heures et ils pourraient s’en aller. Non que le Voyageur eût déjà une autre mission, mais il n’y avait aucune raison de s’attarder. L’équipage devait faire une escale d’approvisionnement et Sissix avait hâte de poser les pieds sur une planète.
« Tu sais, Aya s’est moquée de moi parce que je joue encore à des jeux pixellisés. Selon elle, c’est ringard. »
Sissix cligna des yeux. « Ne me dis pas qu’elle a un neuroport.
— Oh, non, non ! Elle met des patchs.
— Ah, d’accord. Ouf. » Les patchs ne posaient aucun problème. Il y en avait une boîte dans la salle de repos, de petits carrés collants qu’on s’appliquait sur la nuque, accessoires nécessaires pour ouvrir un lien neural entre son cerveau et une sim, une vid ou les Liens. Les patchs étaient apparus quand Sissix était déjà adulte, et, si elle s’en servait à l’occasion, elle préférait le confort plus concret d’un plateau à pixels et d’un scrib. Les neuroports, en revanche, lui donnaient la chair de poule. Elle ne concevait pas qu’on puisse se passionner pour une activité au point de se percer un accès dans le crâne.
Ashby fit un geste vers un pion. « De toute façon, tu ne me feras pas croire qu’on trouve des médecins prêts à poser un port à une gamine de huit ans. Ni des parents qui donneraient leur accord.
— Tu n’as vraiment jamais rencontré les copains de Kizzy et de Jenks ?
— Pas faux. »
Sissix but une gorgée de mik. Elle n’avait pas pour habitude d’attaquer ses journées à coups de boisson lénifiante, mais elle n’avait rien à faire tant que la cage ne serait pas terminée. Elle avait le droit de se montrer paresseuse. Elle tira sur la couverture chauffante qui lui enveloppait les épaules afin de chasser la torpeur résiduelle. « Les petits cerveaux ont assez à faire sans se câbler. Les gros cerveaux aussi, d’ailleurs.
— C’est exactement ce que j’ai dit à Aya.
— Qu’a-t-elle répondu ?
— Elle m’a traité de vieux croûton. » Ashby étudia l’échiquier en se frottant le menton. « C’est officiel, je suis le vieil oncle rabat-joie.
— J’en doute, protesta Sissix dans un éclat de rire. La dernière fois qu’on a rendu visite à la Flotte, tu l’as laissée piloter la navette.
— J’ai cru que ma sœur allait me tuer.
— Exactement. Et ça te rend cool. Bon, c’est à toi de jouer. »
Le docteur Miam fit son entrée dans le jardin. Il marchait sur deux mainpieds et portait dans les quatre autres du matériel de jardinage. « Que vaut le gâteau d’épices ?
— La croûte est plus croustillante que la dernière fois, répondit Ashby. J’aime bien.
— Ravi de l’entendre. Je me suis dit que vous auriez tous besoin de sucres lents, après la soirée d’hier. »
Ashby eut un sourire narquois. « Eh ! Moi, j’ai quitté le bar à une heure raisonnable, avec ma réputation intacte. L’image même de la dignité.
— Pff ! souffla Sissix.
— Bon, d’accord, j’étais un poil éméché. »
Un rire choral jaillit de la gorge du docteur Miam. « Au moins, tu t’es montré discret. Au contraire d’un trio d’humains éméchés que j’ai surpris en train de piller l’infirmerie à la sixième heure.
— Oh, non ! Qu’ont-ils fait ?
— Rien de scandaleux. Kizzy et Jenks cherchaient des DégriZ-Vite, et Rosemary était vautrée sur une table d’examen. Elle ronflait. Je crois qu’elle a voulu boire autant que les deux autres.
— Oh, je veux bien te croire, dit Sissix en riant, et je parie qu’ils ont tout fait pour l’y pousser. Quand je suis partie, ils en étaient à la sixième tournée de vlan et venaient de commander des craquesucres. La pauvre petite, elle va passer une journée affreuse. Tu l’as montée dans sa chambre ?
— Kizzy s’en est occupée. Elle l’a fourrée dans le monte-charge, je crois. Ses pieds et son cerveau ne tournaient pas à la même fréquence. »
Ashby secoua la tête, amusé, tout en déplaçant sa tour. « Ils voulaient l’accueillir comme il se doit, espérons qu’elle le comprenne. Et qu’elle comprenne aussi qu’elle n’est pas obligée de recommencer. » Il se renversa dans son fauteuil. « Au fait : échec et mat.
— Quoi ? Non, c’est… Attends un peu… Merde ! » Les épaules de Sissix s’affaissèrent. « Mais j’avais une stratégie et tout et tout.
— Désolé de te la bousiller. »
Elle examina l’échiquier en s’efforçant de comprendre son erreur. Non loin, le docteur Miam s’occupait de ses plantes en émettant un long murmure grave, comme toujours. Sa conception du silence. Sissix regarda un moment ses doigts boudinés nouer de la ficelle autour de jeunes pousses indociles. Ce type ressemblait à un flan sur pattes, mais ses mainpieds lui donnaient l’agilité d’un danseur.
« Comment va ton gingembre ? demanda-t-elle.
— Gras, épanoui », répondit-il en fixant les tiges les plus hautes. Ses joues se gonflèrent de fierté. Le gingembre était une idée de Jenks, et rien ne rendait le docteur Miam plus heureux que répondre aux désirs culinaires de l’équipage. « Mais, je dois l’admettre, je préfère le goût des fleurs à celui des racines. Trop intenses pour mon palais. Elles croquent bien sous la dent, cela dit. »
Ashby tourna la tête. « Tu sais que le gingembre est une épice, hein ? C’est fait pour relever un plat.
— Hein ? Ah bon ? Vraiment ?
— Tu en as mangé un tubercule entier ?
— Étoiles ! Oui. » Le docteur chef eut un rire grave. « Je croyais que c’était comme une patate.
— Les patates, ça m’a toujours dépassée, intervint Sissix. La seule approche valable des patates, c’est de les recouvrir de sel pour cacher leur absence de goût. Pourquoi ne pas lécher directement un bloc de sel et se dispenser de la patate ?
— Ce n’est pas à moi qu’il faut poser la question, répondit Ashby en se levant. Les patates, c’est un truc de rampant.
— Tu ne joues plus ?
— Non, la dixième heure est passée. Les flux d’infos ont été mis à jour. » Il prenait un ton détaché, mais son regard était sérieux.
« D’accord. » Sissix savait quels flux il allait éplucher. Elle aurait voulu le serrer dans ses bras. Pas à la mode humaine, brève et raide ; non, longtemps, comme un ami qu’on sait inquiet. Mais elle avait intégré depuis longtemps que ces étreintes-là, chez les Humains, n’avaient rien de platonique. C’était l’un des nombreux comportements sociaux qu’elle avait dû apprendre à maîtriser.
Le docteur Miam termina un nœud, grogna de satisfaction et s’installa dans le siège qu’Ashby venait de quitter. Dans ses mainpieds supérieurs, il tenait un mug marqué d’une injonction en ensk : UN BISOU POUR LE CUISTOT. Un cadeau d’anniversaire déniché par Kizzy, qui refusait de comprendre qu’aucun des non-Humains de l’équipage ne fêtait les anniversaires.
Sissix leva le pichet de mik. « Encore un peu ?
— Un fond. On a tous le droit à un jour de repos, à l’occasion, j’imagine.
— Je suis bien d’accord. » Sissix lui servit un demi-mug et remplit le sien à ras bord. Elle sentait les muscles de ses joues et de sa gorge se détendre sous l’effet de la boisson tiède et doucement amère. La sensation gagna ses épaules, son cou, ses bras, chassant les tensions déjà calmées par la tournée précédente. Étoiles, elle adorait le mik.
Le docteur Miam désigna l’échiquier. « Un jeu typiquement humain.
— Comment ça ?
— Tous les jeux humains reposent sur l’idée de conquête.
— Faux. Ils ont beaucoup de jeux coopératifs. La Guerre des sorciers, par exemple. » Il se passait rarement une décade sans que Kizzy et Jenks ne se connectent – via des patchs ; même les deux techs n’étaient pas assez bêtes pour recourir aux neuroports – afin d’explorer des mondes magiques et de vivre ensemble de belles aventures.
Le docteur Miam repoussa l’objection d’un revers de mainpied. « Je ne parle pas des jeux cérébraux. Je parle de trucs comme celui-ci. Les classiques. Les jeux auxquels les Humains jouent depuis l’époque où ils ignoraient l’existence d’autres planètes. Toujours la conquête, la compétition. Et, puisque tu en parles, même La Guerre des sorciers, c’est pareil. Les joueurs collaborent, mais ils cherchent à vaincre un ennemi commun – le jeu. »
Sissix y réfléchit un moment. Les Humains comme conquérants : l’idée était risible. Pas seulement à cause de leurs maigres ressources, ni parce que la diaspora n’arrivait jamais à rien, mais parce que tous les Humains qu’elle connaissait personnellement étaient modestes et discrets. Toutes espèces confondues, il n’y avait pas plus gentil qu’Ashby. Jenks n’avait qu’une ambition : vivre confortablement auprès de gens qu’il aimait. Kizzy, moins d’une décade plus tôt, avait trouvé le moyen de laisser tomber un sandwich dans un conduit d’aération : pas besoin de s’inquiéter qu’elle fomente un coup d’État. Corbin était hargneux et insupportable, mais inoffensif. Et lâche. Pourtant, l’histoire humaine – pré-Exode, du moins – débordait de guerres et de cruauté. De l’avis de Sissix, ça ne tenait pas debout.
Le docteur Miam promenait les pièces sur l’échiquier. « Les jeux grums ont des thèmes similaires. Nos espèces sont assez semblables, par certains côtés. Les Humains, eux aussi, seraient morts si les Aéluons n’étaient pas tombés sur la Flotte. C’est la chance qui les a sauvés. La chance et la découverte de l’humilité. Rien d’autre ne les sépare des Grums. Enfin, à part ce qui saute aux yeux. » D’un geste, il présenta ses membres, son corps tout entier.
Sissix posa la main sur l’avant-bras le plus proche du Grum. D’ici un siècle, son espèce serait éteinte, et nul n’y pouvait rien. Depuis longtemps, le docteur Miam s’était résigné à l’extinction, elle le savait. Même alors qu’il lui en parlait, il n’y avait nulle tristesse dans sa voix, nulle amertume. Mais elle ressentait tout cela à sa place.
Il lui tapota la main, pour la réconforter plus que par vrai besoin. Il regarda Ashby par-dessus son épaule ; le capitaine, appuyé au comptoir de la cuisine, lisait les flux sur son scrib. Étouffant toutes les voix qui sortaient de sa gorge, il murmura : « Je me trompe, ou bien Ashby s’intéresse de près aux nouvelles, ces jours-ci ? »
Sissix hocha la tête. Elle comprenait le sens de la question. « Les Rosks ont lancé des attaques violentes sur les colonies de Kaélo.
— C’est là que…
— C’est là qu’elle allait, aux dernières nouvelles, oui. Mais les flux ne donnent pas de détails. »
Ils se comprenaient à demi-mot. Ils savaient tous deux que ce n’était pas la guerre elle-même qui inquiétait Ashby, une guerre qui ne s’approcherait jamais de lui. Mais une Aéluonne était concernée. Elle s’appelait Pei. Ashby et elle s’accouplaient le plus souvent possible depuis quelques années. Elle commandait un cargo civil, engagé pour transporter du matériel médical, des munitions, de la technologie, des vivres, tout ce qui était nécessaire aux forces aéluonnes. Vu la nature de son travail, elle ne pouvait pas toujours envoyer un message ou recourir à l’ansible avant de plonger dans les territoires contestés : ç’aurait été signaler la position des troupes et faire de son vaisseau une cible facile. Ashby, souvent, passait des décades entières sans nouvelles ; on le trouvait alors le nez fourré dans les flux d’infos. Quand elle le contactait et qu’il savait à peu près où elle se trouvait, ses requêtes devenaient plus précises. C’était très mauvais pour son bien-être, de l’avis de Sissix, mais les Humains devenaient un peu crétins quand il s’agissait de leurs partenaires sexuels.
Sissix avait beau être très proche d’Ashby, elle n’avait jamais rencontré Pei. Elle ne l’avait même jamais vue. Cette femme était une énigme. Mais cette réserve n’avait rien à voir avec Sissix, et tout avec la pudibonderie aéluonne. Un Aéluon – surtout qui travaillait auprès de respectables soldats – se serait attiré de gros ennuis en s’acoquinant avec un membre d’une autre espèce. Tout le monde à bord du Voyageur était au courant, bien sûr, mais comprenait aussi qu’Ashby doive garder le secret. Plus personne ne posait de question sur Pei – du moins en présence du capitaine – et Kizzy elle-même avait assez de jugeote pour ne rien révéler à quiconque.
« Ça ne lui réussit pas, de rester pendu aux infos, déclara le docteur Miam. Même s’il se passait quelque chose, le nom de sa belle ne serait pas cité.
— Va le lui expliquer, soupira Sissix.
— Je ne peux pas. Je faisais pareil quand mes filles étaient au front. C’est pour ça que son attitude m’inquiète. Je sais combien les soucis peuvent vous ronger. » Il secoua ses joues comme pour se débarrasser d’une substance collante. « Cette conversation est trop lugubre. Tu voudrais jouer avec moi ? Ou bien tu en as eu assez ?
— Je veux bien. Une partie d’échecs ?
— Étoiles, non ! Un jeu aandrisk, plutôt. Un de vos délicieux casse-tête à résoudre en équipe.
— Un tikkit ?
— Oh, j’adore le tikkit. Même si ça fait des années que je n’y ai pas joué. La dernière fois, c’était quand je vivais à Port-Coriol.
— Moi, je n’y joue pas très bien ; ça fait une équipe équilibrée. » Elle annonça le nouveau jeu à son plateau, et les pixels se déplacèrent. « Et alors, les jeux aandrisks ?
— Hein ?
— Les jeux aandrisks, qu’est-ce qu’ils disent sur notre compte ?
— Que vous êtes intelligents, partageurs et tout aussi dysfonctionnels que les autres.
— Je ne peux pas prétendre le contraire », répondit Sissix avec un petit rire.
Ils commencèrent à jouer, et la conversation dériva sur la stratégie du tikkit. Sissix n’était pas loin de croire qu’ils allaient peut-être gagner quand Ashby rompit son silence. « Oh… marmonna-t-il dans sa barbe, puis, à leur intention, en s’approchant : Oh !
— Ça va ? » demanda Sissix.
Tous les spatiaux le savaient : il suffisait de peu de temps pour qu’un vaisseau rencontre de graves problèmes, surtout immobile à l’entrée d’un tunnel flambant neuf. Voir un collègue s’agiter lui déclenchait toujours une poussée d’adrénaline.
« Oui, oui. »
Ashby posa son scrib près du plateau à pixels et agita sa main au-dessus. Le flux vid jaillit devant eux. C’étaient des infos humaines – émanant de la Flotte, d’après l’accent du journaliste. Sissix et le docteur Miam se penchèrent pour écouter.
« … à confirmer quand les négociations d’intégration ont commencé, mais, selon certaines sources, un petit groupe d’ambassadeurs de l’UG est en contact secret avec les Torémis Ka depuis au moins deux années standard.
— Les Torémis ? » Les moustaches du docteur Miam se hérissèrent de surprise. Sissix, sans pouvoir imiter sa réaction physique, partageait son sentiment. Les Torémis n’étaient pas une espèce que les infos mentionnaient souvent. Que quiconque mentionnait souvent. Elle ne savait pas grand-chose d’eux, sinon qu’ils contrôlaient un petit anneau autour du noyau galactique et qu’ils s’entretuaient soigneusement depuis des décennies.
Ashby hocha la tête : une confirmation incrédule. « Un de leurs clans vient d’être admis dans l’UG. »
Sissix reposa son mug. « Quoi ? » Elle n’en revenait pas. « Hein ? Quoi ? » Si c’était vrai, le Parlement était devenu fou. Les clans torémis, du peu qu’on en savait, se montraient aussi cruels qu’incompréhensibles : un mélange toujours détonant. C’étaient les Harmagiens qui les avaient découverts, près de cinq cents standards plus tôt, quand une sonde était tombée sur des vaisseaux torémis qui ricochaient – méthode de navigation affreusement dangereuse – autour du noyau galactique comme des poissons dans un ruisseau. Personne ne savait pourquoi, et les Torémis eux-mêmes ne manifestaient aucun désir de converser avec leurs voisins. Ils avaient continué leurs boucles nomades puis, quarante standards plus tôt, s’étaient arrêtés net pour s’entretuer à propos de revendications territoriales. Là encore, nul ne savait pourquoi. Nul ne parvenait à s’approcher suffisamment pour poser la question. Les Torémis interdisaient l’accès au noyau en repoussant tous les vaisseaux en approche. Ceux qui réussissaient à se faufiler discrètement revenaient en pièces détachées, voire pas du tout. Mais, nonobstant le massacre des intrus, les Torémis restaient sur leur quant-à-soi. Ils ne préoccupaient que les scientifiques et les entrepreneurs désireux d’accéder au noyau.
Ashby porta un doigt à ses lèvres avant de désigner le scrib. « … communiqué officiel du comité diplomatique explique que les Torémis Ka sont le seul clan actuellement concerné par l’accord. Les autres clans sont restés neutres et, semble-t-il, n’ont manifesté aucune hostilité envers l’UG. Celle-ci s’est portée garante des Torémis Ka, déclarant, je cite : “Nous partageons les bonnes intentions de nos nouveaux alliés, qui aspirent à profiter des bénéfices d’une Galaxie plus unie.” Selon les termes de l’accord, l’UG n’apportera pas son soutien aux Torémis Ka dans leurs offensives contre d’autres clans torémis. En revanche, le recours à la force armée sera autorisé pour défendre les territoires partagés par les Torémis Ka et l’UG. »
Le docteur Miam grogna. « En d’autres termes, les Torémis Ka ont de gros cuirassés UG le long de leurs frontières, et l’UG se garantit un accès facile à tout l’ambi disponible de l’autre côté. » Il secoua la tête. « On ne peut rien espérer de bien venant d’une espèce en guerre contre elle-même. Ni autrefois ni jamais. » Ses yeux s’étrécirent alors qu’il poussait un grondement rauque. Il pensait à son peuple, à leur guerre, Sissix le savait. Elle lui pressa l’épaule supérieure. Il rouvrit les yeux, la dévisagea. Il revint, gonfla les joues et posa un mainpied sur les griffes de son amie.
« Attendez, dit Ashby. Ah…
— Quoi ?
— Voilà de quoi parlait Yoshi. » Il échangea un regard avec Sissix, qui comprit à quoi il faisait allusion.
« On en serait capables. » Elle réfléchit, hocha la tête. « Oui, on en serait capables.
— Capables de quoi ? demanda le docteur Miam.
— S’ils vont miner l’ambi, ils auront besoin de rapporter leurs cargaisons.
— Et ils auront besoin de passages mono-vaisseaux avant de songer à des tunnels adaptés aux convois », dit Ashby. Il se redressa, déjà perdu dans ses pensées. « C’est exactement le type de mission qu’il nous faut. Ça va rapporter gros.
— Une mission, répéta le docteur Miam. Tu veux travailler là-bas ? Avec ces gens-là ?
— Tous les tunneliers vont se ruer là-dessus à l’instant où ils entendront la nouvelle, dit Sissix.
— Alors, prenons-les de vitesse, rétorqua Ashby. Allons rédiger une offre. Et il faut appeler Yoshi.
— Tu crois qu’il a l’envergure nécessaire à un projet pareil ?
— Sûrement pas. Mais il saura à qui s’adresser. Je vais demander à Lovey de lui envoyer une invitation sib, je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est pour lui. Et tu m’aideras à calculer le temps qu’on mettra à rejoindre l’espace central. Je suppose que c’est de là qu’il faudra percer. Rosemary est levée ? »
Sissix se remémora la dernière fois où elle avait vu la jeune femme, la veille au soir : la tête appuyée sur une main, un sourire d’une oreille à l’autre, la voix pâteuse. « Je dirais qu’elle dort encore. »
Ashby leva les yeux au ciel. « Donne-lui des DégriZ-Vite. C’est exactement le genre de situation pour laquelle j’ai engagé une greffière.
— Je vais lui préparer un petit-déjeuner, intervint le docteur Miam avant de brandir un doigt sous le nez de Sissix. Toi, fais savoir aux techs qu’ils ont très mal choisi leur soirée pour lui souhaiter la bienvenue.
— À leur décharge, ils n’avaient sans doute pas prévu que l’UG perdrait la boule. »
Message reçu
Encryption : 1
De : Vlae Mok Han’ sib’in (itinéraire 4589-556-17)
À : Ashby Santoso (itinéraire 7182-312-95)
Sujet : Projet tokath / Hédra Ka
Salutations, capitaine Santoso. Je m’appelle Vlae Mok Han’ sib’in et je vous écris de la part du comité des Transports de l’UG. Nous avons reçu votre o re concernant la construction d’un tunnel dans l’espace torémi ka. Connecter nos alliés aux territoires de l’UG est une priorité pour le Parlement, et nous avons grand besoin d’entrepreneurs quali és comme vous-même a n de nous aider à ouvrir un nouveau chapitre dans la coopération inter-espèces.
Après examen de vos quali cations et de nos besoins, nous estimons que le Voyageur serait un excellent candidat dans le développement de nos projets concernant les Torémis Ka. Cette évaluation ne découle pas uniquement de votre expertise professionnelle mais aussi de votre récente décision d’engager une gre ère certi ée. Nous considérons cette embauche comme un signe de votre détermination à respecter le niveau d’exigence du comité des Transports.
Nous sommes heureux de vous proposer le projet suivant. L ’UG a besoin d’un tunnel mono-vaisseau entre l’espace central (porte tokath) et Hédra Ka, planète capitale du territoire torémi ka. Cela nous permettrait de ne plus dépendre de remorquages aiguille dans le secteur, et ce serait un premier pas vers l’établissement de tunnels de convoyage. Avant d’accepter, veuillez bien peser les conditions particulières à ce projet.
Normalement, une percée aveugle serait le meilleur moyen de relier un territoire non ancré. Néanmoins, Hédra Ka se trouve dans une zone souple. Comme vous le savez, j’en suis sûr, les facteurs de risques environnementaux dans un tel secteur rendent toute percée aveugle depuis Tokath à peu près impossible. Dans l’intérêt de la protection de la stabilité spatiale et de la vie intell, ce projet nécessite une percée ancrée entre Hédra Ka et la porte tokath. Comme il n’existe actuellement aucun tunnel entre l’UG et l’espace torémi, cela représente un véritable dé . Nous proposons que le Voyageur se rende à la station de surveillance del’lek, à la frontière de l’UG, le point ancré le plus proche entre l’espace de l’UG et Hédra Ka. Un remorqueur aiguille vous y retrouverait a n de vous conduire à Hédra Ka. Vu votre position actuelle, nous estimons que le trajet jusqu’à Del’lek vous prendrait entre 0,8 et 0,9 standard, selon l’itinéraire que vous choisiriez. Le saut aiguille prendrait quatre jours de plus. A n de raccourcir la durée du trajet, l’UG engagerait un autre vaisseau pour placer la cage de sortie à Tokath.
Nous avons conscience que cette proposition est inhabituelle mais, étant donné les circonstances, nous ne disposons pas (ni n’avons besoin) d’un planning plus e cace pour mener le projet à bien. Nous comprenons également que le temps de trajet nécessaire représente un engagement signi catif pour vous-même et votre équipage. L ’UG est prête à prendre en charge vos frais d’entretien et de fonctionnement pendant toute sa durée, en plus des honoraires. Nous comprenons aussi que le voyage spatial peut imposer des retards inattendus et que la santé mentale de votre équipage exigera des escales. Pour toutes ces raisons, nous n’imposons pas de date d’arrivée spéci que ; il su ra que vous soyez sur site avant le 165/307. Vous serez libre de tracer votre plan de vol et de vous arrêter quand vous le désirerez, bien que l’établissement d’un itinéraire e cace soit naturellement une priorité. Si vous n’êtes pas certain que votre équipage ou votre vaisseau puisse faire face au trajet, il vaut mieux que vous refusiez notre o re.
Les honoraires proposés pour le projet Hédra Ka sont de trente-six millions de crédits, non négociables (frais non compris). Nous attendons une réponse avant le 155/306. D’ici là, nous ne soumettrons cette o re à aucun autre entrepreneur ; ne vous sentez donc pas pressé par le temps. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à contacter mes services. Si je ne suis pas disponible, Tugu, mon IA, sera à même de vous aider.
Bien cordialement,
Vlae Mok Han’sib’in.
Ashby (00 : 10) : sissix, tu es là ?
(00 : 11) : active ton scrib
(00 : 14) : allô ?
Sissix (00 : 15) : du texte
(00 : 15) : vraiment
(00 : 16) : délicieusement désuet
Ashby (00 : 16) : je te réveille ?
Sissix (00 : 17) : oui
(00 : 17) : je vais me plaindre à mon boss
Ashby (00 : 17) : désolé. c’est important
(00 : 17) : je viens de te transmettre un courrier
Sissix (00 : 18) : pk tu viens pas ds ma chambre, j’ai horreur de taper
Ashby (00 : 18) : parce que je ne veux pas qu’on entende ce que j’ai à te dire
Sissix (00 : 18) : vaisseau va bien ?
Ashby (00 : 18) : oui, lis le courrier, bordel
Sissix (00 : 19) : donne-moi une min
(00 : 19) : faut que je chauffe le lit je peux à peine bouger
Ashby (00 : 19) : attrape une couverture chauffante et zou
Sissix (00 : 24) : ok ça va mieux
(00 : 24) : je peux même bouger les doigts, hourra
Ashby (00 : 24) : LIS LE COURRIER
Sissix (00 : 24) : ok ok
(00 : 27) : BORDEL DE MERDE
Ashby (00 : 27) : chut, je t’entends gueuler à travers la cloison
Sissix (00 : 27) : ashby
(00 : 27) : c’est
(00 : 28) : bordel
(00 : 28) : on a gagné le jackpot
Ashby (00 : 28) : si tu n’arrêtes pas ton boucan, sis, je te balance par le sas
Sissix (00 : 28) : comment tu fais pour ne PAS faire de bruit
(00 : 28) : tu as vu la somme
(00 : 29) : PLUS LES FRAIS
(00 : 29) : ashby c’est plus que tout ce qu’on a gagné le standard dernier
(00 : 29) : et ce serait du bénéfice net
(00 : 30) : du bénef sans rien à sortir
Ashby (00 : 30) : je sais
(00 : 30) : je n’arrive pas à me faire à l’idée
Sissix (00 : 30) : on pourrait choper une nouvelle foreuse
(00 : 31) : plein de tech neuve
(00 : 31) : tout ce dont on a parlé
(00 : 31) : étoiles, ashby
(00 : 32) : je veux pas profiter de la situation, mais l’équipage pourrait toucher un bonus
(00 : 32) : par exemple
Ashby (00 : 32) : oui
(00 : 33) : c’est incroyable, je sais
(00 : 33) : mais il faut la jouer fine
(00 : 33) : c’est une sacrée virée
Sissix (00 : 34) : on a l’habitude de longues distances entre les missions
(00 : 34) : on s’en débrouillera
Ashby (00 : 34) : on parle quand même d’un standard entier ou presque
(00 : 35) : ça veut dire pas de vacances, pas de visite aux familles sauf si elles sont sur notre itinéraire, et de la bouffe de stase
Sissix (00 : 35) : mais on se mettra à quai quand on pourra. je peux nous tracer un chouette itinéraire qui nous assurera plein d’escales de ravitaillement et des occasions de poser les pieds en surface
Ashby (00 : 36) : je sais
Sissix (00 : 36) : mais ?
Ashby (00 : 36) : c’est l’espace torémi
(00 : 36) : ces gens font la guerre depuis toujours
(00 : 37) : et je ne sais rien d’eux
Sissix (00 : 37) : ashby, l’ug ne nous y enverrait pas si c’était dangereux
(00 : 38) : on est un tunnelier sans armes, personne ne s’intéressera à nous
(00 : 38) : et, même, la longueur du trajet leur donnera tout le temps de régler leurs conneries diplomatiques avant qu’on arrive
(00 : 39) : et le coin va grouiller de fonctionnaires et de soldats de l’ug
(00 : 39) : nous, on n’a qu’à se pointer là-bas, percer un trou et rentrer
Ashby (00 : 40) : tant qu’ils ne se remettent pas à s’entretuer à notre arrivée
(00 : 40) : je ne sais même pas quelle langue ils parlent
(00 : 41) : oh
(00 : 41) : attends
Sissix (00 : 41) : quoi
Ashby (00 : 42) : rosemary
(00 : 42) : je n’avais pas pensé à elle
(00 : 43) : tu crois qu’elle sera cap ?
Sissix (00 : 43) : professionnellement ou mentalement ?
Ashby (00 : 43) : les deux
(00 : 44) : un standard, c’est beaucoup, même pour nous qui sommes des spatiaux
(00 : 44) : pour elle, tout est nouveau
Sissix (00 : 45) : bon, professionnellement, elle aura tout le temps de s’aiguiser les griffes
(00 : 45) : pour ainsi dire
(00 : 46) : quant à sa vie privée, elle a esquivé toutes les questions que j’ai posées sur sa famille, et elle est célibataire
(00 : 46) : je n’ai pas l’impression qu’elle ait très envie de retourner chez elle
(00 : 47) : et puis tu as lu le courrier
(00 : 47) : c’est parce que tu l’as engagée qu’on te confie la mission
(00 : 47) : donc, même si elle ne nous sert plus à rien ensuite, elle aura au moins assuré ça
Ashby (00 : 48) : aïe
Sissix (00 : 48) : je plaisante
(00 : 48) : je crois
Ashby (00 : 49) : c’est une si grosse somme
(00 : 49) : on pourrait faire tellement de trucs
(00 : 50) : et quelle mission !
Sissix (00 : 50) : je te dis
(00 : 50) : jackpot
(00 : 51) : tu l’as bien mérité
(00 : 51) : je te connais depuis longtemps, ashby
(00 : 51) : crois-moi
(00 : 51) : tu l’as bien mérité
Ashby (00 : 52) : merci, ma sis
(00 : 52) : désolé de t’avoir réveillée, j’avais besoin de ton son de cloche
(00 : 52) : je vais devoir en parler avec l’équipage avant de décider
Sissix (00 : 53) : eh bien parlons-en
Ashby (00 : 53) : non sis attends
Dans tout le vaisseau, les vox s’activèrent. « DEBOUT TOUT LE MONDE ! GRANDE NOUVELLE ! ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ! DANS LA SALLE DE REPOS D’ICI CINQ MINUTES ! »
Ashby (00 : 54) : je vais te balancer par le sas, sissix
Sissix (00 : 55) : tu m’adores
Source ux : chiers de références de l’Union galactique (public/klip)
Item : Astronomie > Galaxie d’origine > Régions > Centre galactique
(Noyau) > Ressources naturelles
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Chemin traduction : 0
Transcription : 0
Identi ant nodal : 9874-457-28, Rosemary Harper
Le centre galactique, communément appelé le noyau, abrite plusieurs phénomènes astronomiques hors du commun, dont un trou noir supermassif et une grande concentration d’amas stellaires. Ces conditions uniques expliquent que le centre galactique est la première source de carburants bruts de la Galaxie d’origine ; l’ambi, bien sûr, mais aussi des métaux et des minéraux utilisés pour la construction de vaisseaux et la terraformation. Les estimations des ressources disponibles sont au mieux hypothétiques, mais la communauté scienti que estime recevable que la quantité d’ambi récoltable dans le centre galactique soit quatre fois supérieure aux volumes existants dans l’ensemble des territoires de l’UG. Bien que la présence de ces matériaux ait été con rmée par les sondes de surveillance longue portée des Harmagiens, le centre galactique reste largement inexploré par les espèces membres de l’UG, en raison des revendications territoriales torémis.
Sujets connexes :
Trous noirs
Disques d’accrétion
Amas stellaires
Théorie de l’énergie ambiante
Sources de carburant commercial
Récolte d’ambi
Torémi
Exploration interstellaire (harmagienne)
Construction de vaisseaux spatiaux
Terraformation
Régions et territoires galactiques (Galaxie d’origine)
Noms traditionnels de la Galaxie d’origine (par espèce)
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