L'homme rapaillé

Gaston Miron · Chapitre 22 sur 66

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L'homme rapaillé

La Route que Nous Suivons

 

 

À la criée du salut nous voici

armés de désespoir

ton corps était une plate-bande de fleurs loin des massacres et j’étais étendu flottant de tout mon long au long de toi

soudain je suis debout contre l’air égratigné de mouches à feu je suis droit à l’écoute comme un fil à plomb je comprends que nous ne serons plus jamais des hommes si nos yeux se vident

salut beau désaccord ma vie qui divise le monde tous les liserons des désirs fleurissent dans mon sang tourne-vents nos regards les ailes mortes vont battre de nouveau

je me promène je hèle je ne récite plus mes leçons de 2000 ans je vais comme une cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel des oiseaux

suivez-moi tous ceux qui oscillent à l’ancre des soirs levons nos visages de terre cuite de cuir repoussé frappés de sol de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta aérés dans nos yeux de mansarde

« Good bye farewell ! »

quand nous reviendrons nous aurons à dos la victoire et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir

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