L'homme rapaillé
ARRÊT AU VILLAGE (ou le dernier recours didactique)
ARRÊT AU VILLAGE
(ou le dernier recours didactique)
J’ai souvent parlé avec des hommes devenus pauvreté ils parlaient sachant de quoi il en retournait de leur sort et du mauvais gouvernement au loin ils avaient même une certaine grandeur farouche dans le regard
jusqu’à ce jour-là je n’avais encore jamais parlé avec des hommes sans pesanteur, plus étrangers à nos présences que les martiens de notre terre nos mots passaient à côté d’eux en la fixité parallèle de leur absence
ce jour-là me poursuit comme ma propre fin possible, un homme avec des yeux de courants d’air dans le maintien inerte d’une exacte forme humaine (je vois ces lueurs pourpres de coke dans leur main j’entends ces craquements de chips entre leurs dents et ce juke-box soulevant des ressacs engloutissant d’un mur à l’autre)
cette vision me devance : un homme de néant silence, avec déjà mon corps de grange vide, avec une âme pareillement lointaine et maintenue minimale par la meute vacante de l’aliénation, d’où parfois d’un fin fond inconnu arrive une onde perceptible…
m’est témoin Paul-Marie Lapointe, en 1965, un soir de pluie cafouilleuse
et de mer mêlées de tempête
en notre Gaspésie
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