L'homme rapaillé

Gaston Miron · Chapitre 40 sur 66

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L'homme rapaillé

Recours Didactique

 

Mes camarades au long cours de ma jeunesse si je fus le haut-lieu de mon poème, maintenant je suis sur la place publique avec les miens et mon poème a pris le mors obscur de nos combats

Longtemps je fus ce poète au visage conforme qui frissonnait dans les parallèles de ses pensées qui s’étiolait en rage dans la soie des désespoirs et son cœur raillait la crue des injustices

Or je vois nos êtres en détresse dans le siècle je vois notre infériorité et j’ai mal en chacun de nous

Aujourd’hui sur la place publique qui murmure j’entends la bête tourner dans nos pas

j’entends surgir dans le grand inconscient résineux les tourbillons des abattis de nos colères

Toi mon amour tu te tiens droite dans ces jours nous nous aimons d’une force égale à ce qui nous sépare la rance odeur de métal et d’intérêts croulants Tu sais que je peux revenir et rester près de toi ce n’est pas le sang, ni l’anarchie ou la guerre et pourtant je lutte, je te le jure, je lutte

parce que je suis en danger de moi-même à toi et tous deux le sommes de nous-mêmes aux autres Les poètes de ce temps montent la garde du monde

Car le péril est dans nos poutres, la confusion une brunante dans nos profondeurs et nos surfaces nos consciences sont éparpillées dans les débris de nos miroirs, nos gestes des simulacres de libertés je ne chante plus je pousse la pierre de mon corps

Je suis sur la place publique avec les miens la poésie n’a pas à rougir de moi

j’ai su qu’une espérance soulevait ce monde jusqu’ici.

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