L'homme rapaillé

Gaston Miron · Chapitre 49 sur 66

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L'homme rapaillé

La Corneille

 

Corneille, ma noire

corneille qui me saoule

opaque et envoûtante

venue pour posséder ta saison et ta descendance

Déjà l’été goûte un soleil de mûres

déjà tu conjoins en ton vol la terre et l’espace au plus bas de l’air de même qu’en sa hauteur et dans le profond des champs et des clôtures s’éveille dans ton appel l’intimité prochaine du grand corps brûlant de juillet

Corneille, ma noire

parmi l’avril friselis

Avec l’alcool des chaleurs nouvelles

la peau s’écarquille et tu me rends

bric-à-brac sur mon aire sauvage et fou braque dans tous les coins et recoins de moi-même j’ai mille animaux et plantes par la tête

et cependant que tes larges battements

m’agitent en frondaisons de désirs

mon sang dans l’air remue comme une haleine

Corneille, ma noire

jusqu’en ma moelle

Tu me fais prendre la femme que j’aime

du même trébuchant et même

tragique croassement rauque et souverain dans l’immémoriale et la réciproque

secousse des corps

Corneille, ma noire

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