L'homme rapaillé

Gaston Miron · Chapitre 46 sur 66

Pages du PDF

L'homme rapaillé

Après et Plus Tard

 

I

Me voici de nouveau dans le non-amour sans espace avec mon amour qui dévale tel le chevreuil atteint et comme la marée se retire pour la dernière fois avec ma vie incertaine et dépaysée de terrain vague avec mon corps en cendres et mes yeux en dedans ô amour, fille, avec encore un peu de ta chaleur dorée le vent m’emporte dans les souffles de nulle part

Et plus tard dans cette rue où je m’égare

éparpillé dans mes gestes et brouillé dans mon être tombant et me soulevant dans l’âme

toute la pluie se rassemble sur mes épaules la tristesse du monde luit très lasse et très basse mais toi tristesse des hautes flammes dans mes genoux tu me ravages comme les tourmentes des forêts rageuses et parfois je me traîne et parfois je rafale…

II

Mais même dans l’en-dehors du temps de l’amour dans l’après-mémoire des corps et du cœur je ne suis revenu ni de tout ni de rien

je n’ai pas peur de pleurer en d’autres fois

je suis un homme irrigué, irriguant

de nouveau je m’avance vers toi, amour, je te demande passage, amour je te demande demeure

OceanofPDF.com