L'homme rapaillé

Gaston Miron · Chapitre 41 sur 66

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L'homme rapaillé

L’octobre

 

L’homme de ce temps porte le visage de la flagellation et toi, Terre de Québec, Mère Courage

dans ta longue marche, tu es grosse

de nos rêves charbonneux douloureux

de l’innombrable épuisement des corps et des âmes

je suis né ton fils par en-haut là-bas

dans les vieilles montagnes râpées du nord j’ai mal et peine ô morsure de naissance

cependant qu’en mes bras ma jeunesse rougeoie

voici mes genoux que les hommes nous pardonnent nous avons laissé humilier l’intelligence des pères nous avons laissé la lumière du verbe s’avilir jusqu’à la honte et au mépris de soi dans nos frères nous n’avons pas su lier nos racines de souffrance à la douleur universelle dans chaque homme ravalé

je vais rejoindre les brûlants compagnons

dont la lutte partage et rompt le pain du sort commun dans les sables mouvants des détresses grégaires

nous te ferons, Terre de Québec

lit des résurrections

et des mille fulgurances de nos métamorphoses de nos levains où lève le futur

de nos volontés sans concessions

les hommes entendront battre ton pouls dans l’histoire c’est nous ondulant dans l’automne d’octobre c’est le bruit roux de chevreuils dans la lumière l’avenir dégagé

l’avenir engagé

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