L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913

Various · Chapitre 11 sur 24

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L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913

Oeuvres Charitables; Militarisme Américain

Fort à l'aise en un plat, honneur dont la

volaille

Se serait passée aisément,

comme dit le bonhomme La Fontaine. Le voilà bien, le raffinement des Chinois en matière de, supplices!

 

Un coin de vieille Chine, à Tien Tsin: le marché aux poissons

rouges.

OEUVRES CHARITABLES; MILITARISME AMÉRICAIN

A travers les quartiers récemment brûlés de Tien Tsin, nous sommes allés, avec le lieutenant Dubreuil, rendre visite à une jeune Chinoise, miss Chung, sage-femme diplômée en Angleterre.

Cette intelligente et courageuse fille, sous la direction d'une doctoresse, Chinoise comme elle, dont je n'ai pu retenir le nom, se consacre à l'instruction de gardes-malades dans un institut qu'elles ont fondé et qui subsiste grâce aux libéralités des personnes généreuses de la ville. Ces dames charitables reçoivent gratuitement les Chinoises pauvres et enceintes, font les accouchements et donnent aux enfants les premiers soins. Voilà du bon modernisme!

Miss Chung nous a montré une jeune mère sur qui, vingt jours auparavant, on avait pratiqué l'opération césarienne, et qui marchait, maintenant alerte, tenant dans ses bras son enfant, très bien portant, auquel on avait donné le nom de César,--Si Sa, en chinois. Dans un autre coin du quartier indigène, en une maison fort délabrée, les soeurs de Saint-Vincent de Paul prodiguent leurs soins et leur charité aux miséreux d'alentour. Nous avons trouvé, dans son dispensaire, entourée de haillonneux de tous âges, la mère supérieure en train d'essayer d'arracher une dent à un vieux Chinois qui ne devait pourtant pas les avoir bien solides et qui hurlait d'épouvante chaque fois que l'opératrice faisait mine d'approcher.

Et dire que ce gaillard-là avait peut-être participé, en 1870, au massacre des soeurs, dont dix ou douze petites colonnes de pierre rappellent le souvenir, autour de la maison et de la chapelle, à l'endroit précis où chacune d'elles est tombée sous les coups des assassins!

... J'ai vu, avant mon départ, la parade qui a lieu tous les matins sur le terrain d'exercice, devant la caserne des Américains: je n'aurais jamais pensé que l'armée d'un peuple si neuf, si dénué de traditions, si démocratique et si pratique, pût être, à ce point, le refuge d'un cérémonial qu'on ne trouve guère --et bien atténué--que dans les pays essentiellement monarchiques, où les uniformes somptueux se ressentent encore des splendeurs passées et s'harmonisent parfaitement avec des rites désuets.

Mais ces soldats dont le costume, admirablement confortable, est à peine militaire, ces officiers en chapeau mou, gardant des poses rigides, faisant des gestes solennels, avec des attitudes de prêtres à l'autel, paradant enfin, pendant près d'une heure, d'un air très convaincu, voilà qui est assez inattendu.

 

Devant la caserne américaine, à Tien Tsin.

Un seul détail donnera une idée de l'extrême correction avec laquelle ces gens exercent leur métier,--j'allais écrire leur sacerdoce: l'officier américain, arrivé à la gauche de son peloton, après l'avoir inspecté, ne regagne jamais son poste de commandement par la diagonale; il revient sur ses pas parallèlement à sa troupe; parvenu à hauteur de l'homme du milieu, il tourne à angle droit et, après avoir compté le nombre de pas réglementaire, s'arrête en faisant demi-tour, face au centre. Ainsi les Américains ont horreur de l'hypothénuse; mais, d'autre part, ils font des choses qui soulèveraient chez nous l'indignation générale: leurs soldats sont munis de lunettes d'auto, car il y a, à Tien Tsin, beaucoup de poussière. Je pars enfin pour Pékin.