L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913

Various · Chapitre 21 sur 24

Pages du PDF

L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913

Le Président «Indésirable»

Jusqu'à ce jour, cette tête de mort avait échappé à toutes les recherches, et c'est à M. Emile Humblot, peintre et graveur, maire de Joinville, très versé dans l'histoire de son pays natal, que revient l'honneur d'avoir déterminé la provenance de cette sculpture d'albâtre trouvée dans un bois de Joinville, il y a cinquante ans, cachée pour ainsi dire depuis lors, et possédée actuellement par M. Pierret, professeur honoraire de la Faculté de médecine de Lyon.

Cette sculpture si réaliste semble avoir pour auteur Ligier Richier, auquel on attribue aussi les deux gisants. Elle mesure 0 m. 35 d'une pointe à l'autre des pennons extrêmes. La tête est en saillie de 0 m. 13 sur un bandeau d'albâtre. Le masque est d'une expression saisissante. Autant il symbolise le décharnement du tombeau, l'anéantissement de l'être dans la mort, autant les ailes ont le caractère de la vie qui frémit et palpite: c'est le mouvement surpris dans l'imprévu et la fantaisie de ses lignes.

On voit l'indication de cette tête de mort au bas de l'oeil-de-boeuf, dans un dessin du «Plan et Mosolée de Mgr Claude de Lorraine, 1er duc de Guise, et de Mme Antoinette de Bourbon, son épouse». (Collection Gaignières, Bibliothèque nationale, n° 22429, folio 128.)

 

L'ex-président Castro en quarantaine à Ellis-Island (New York).

 

LE PRÉSIDENT «INDÉSIRABLE»

L'ex-président du Venezuela, Cipriano Castro, a été jugé «undesirable» par la police d'immigration de New-York où l'amenait, il y a trois semaines, un paquebot français. L'ex-dictateur qui a trouvé peu de sympathies sur l'ancien continent, avait résolu de revenir vers le nouveau monde, aux États-Unis, où il avait toutes sortes de bonnes raisons de s'installer à titre fixe ou provisoire. Mais, pour d'autres non moins excellents motifs, les Etats-Unis se sont refusés à laisser débarquer sur leur territoire le trop fameux agitateur. Et Castro a été retenu en quarantaine à Ellis-Island, cependant qu'une commission juridique et médicale établissait que la présence de cet immigrant, trop exceptionnel, ne pouvait être désirée sur le territoire de la libre Amérique. Mais Castro, qui manifeste peu de goût pour être «rapatrié» en Europe, fût-ce en Allemagne, ne s'est pas incliné et compte épuiser toutes les ressources de la procédure qui lui est offerte en pareille matière. En attendant quoi, il prend, au hasard, comme en témoigne notre document, des attitudes pour la postérité et publie une protestation solennelle où l'on retrouve un peu de l'accent napoléonien. Le général Castro n'a-t-il point conservé d'ailleurs, lui aussi, en ses mauvais jours, son «petit chapeau» des temps de gloire, la calotte laurée d'or, insigne un peu fané de sa toute-puissance de jadis? Il est vrai qu'il a aussi conservé ses pantoufles, ce qui, dans ce rapprochement historique, suffit à maintenir tout de même les distances.