L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913

Veille D'élection Présidentielle

(Reproduction et traduction réservées.)

 

VEILLE D'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

Un incident politique vient de se produire qui, étant donné les circonstances, le moment--à la veille de l'élection du président de la République--a produit une vive impression. Il a eu comme conséquence immédiate la démission de M. Millerand, ministre de la Guerre, et un remaniement du cabinet: M. Lebrun, ministre des Colonies, a pris le portefeuille de la Guerre, et a été remplacé lui-même au pavillon de Flore par M. René Besnard, sous-secrétaire d'État aux Finances.

Le samedi 11 janvier, le Journal officiel enregistrait un décret présidentiel daté du 6, réintégrant dans l'armée et affectant au service des chemins de fer et des étapes dans le gouvernement militaire de Paris au titre de l'armée territoriale, le lieutenant-colonel Mercier du Paty de Clam qui, depuis 1900, depuis «l'Affaire», où il joua un rôle qu'on n'a pas oublié, était à la retraite.

 

Devant l'hôtel particulier du M. Besnard,

Président du Conseil: M. M. Lebrun. Millerand va confirmer à M. Devant le ministère des Poincaré sa décision de lui Colonies: M. Albert Lebrun, rendre le portefeuille de la devenu ministre de la Guerre,

Guerre. va remettre les services des

Colonies à son successeur, M.

René Besnard.

 

TRANSMISSION DE POUVOIRS MINISTÉRIELS

Le président du Conseil et ses collaborateurs n'avaient pas été mis au courant de cette mesure. Ils s'en émurent. Au Conseil des ministres de samedi, M. Millerand leur expliqua ses raisons: s'il n'avait pas saisi le conseil de cette affaire, c'est qu'il considérait qu'elle avait un caractère purement administratif. M. du Paty de Clam, en effet, avait introduit, contre la décision qui l'avait mis à la retraite, un pourvoi devant le Conseil d'État. Ce pourvoi avait été rejeté. Le colonel avait alors déposé contre le ministère de la Guerre une plainte pour faux et forfaiture, se basant sur ce qu'on avait communiqué au Conseil d'État une pièce où ses états de service étaient inexactement mentionnés. Plus tard, sollicitant sa réintégration, au moment du «coup d'Agadir», il avait obtenu de M. Messimy la promesse qu'il serait donné suite à sa requête s'il se désistait de sa plainte. Il acquiesça. Ainsi, M. Millerand n'avait fait, soutint-il, que tenir un engagement pris par son prédécesseur,--étant couvert, d'ailleurs, par un avis du comité du Contentieux.

Le ministre de la Guerre ajoutait, toutefois, que, si ses collègues ne partageaient pas sa manière de voir, il était prêt à mettre son portefeuille à leur disposition. Dans la soirée, il écrivait dans ce sens à M. Raymond Poincaré.

Dimanche, la démission de M. Millerand était acceptée.

Quant à présent, selon un mot fameux, «l'incident est clos». Mais ne pourrait-il avoir une répercussion sur le scrutin de Versailles? C'est là ce qu'on se demande jusqu'au dernier moment, et encore à l'heure où nous écrivons.

*

* *

En attendant le grand jour, «les gauches»--appellation qui comprend l'ensemble des groupes républicains--tenaient une réunion plénière afin de se mettre, s'il se pouvait, d'accord pour la désignation d'un candidat, et procéder à une sorte d'avant choix parmi les cinq candidats déclarés; MM. Raymond Poincaré, Antonin Dubost, Paul Deschanel, Pams et Ribot.

La questure du Sénat avait attribué à cette assemblée l'ancienne chapelle des pairs, au palais du Luxembourg. Elle est aujourd'hui désaffectée et désignée sous le nom de salle de Brosse. Mais des peintures y demeurent, oeuvres d'Abel de Pujol et de Jean Gigoux, qui témoignent encore de son ancienne affectation. C'est ainsi qu'au tympan de la porte d'entrée, le Père Éternel trône dans une gloire, au milieu du concert des harpes célestes.

Une première réunion se tint mercredi. Le scrutin donnait à M. Poincaré 180 voix, à M. Pams 174, à M. Antonin Dubost 107, à M. Deschanel 83, à M. Ribot 52. M. Dubost déclara alors se désister en faveur de M. Pams; M. Deschanel annonça son désistement pur et simple. Un second tour donna, sur 628 votants, 283 voix à M. Pams, 272 à M. Poincaré. Mais la majorité absolue n'étant pas atteinte, il fut décidé qu'on se réunirait de nouveau jeudi. Ce suprême scrutin ne donna pas de résultat plus décisif, aucun des deux candidats, M. Pams avec 322 voix, M. Poincaré avec 310 suffrages, n'ayant atteint la majorité absolue.

 

M. Jules Pams, sénateur des Pyrénées-Orientales, ministre de

l'Agriculture, arrivé en tête de liste avec 322 voix au scrutin

préparatoire des groupes de gauche des deux Chambres.

--Phot. H. Manuel.]

 

La casbah de Dar el Kadi Le Gnl Brulard et

le Cnt Massoutier.

 

Le Cnt Marty et le Blessés ramenés en cacolet.

Lnt aviateur Do-

Hu.