L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913

Les Russes en Mongolie

On conçoit d'autre part la répugnance de la Turquie à se mutiler d'une ville non conquise, d'une ville musulmane qui est la seconde capitale de l'empire ottoman, et l'on peut s'attendre encore à de suprêmes résistances. Les alliés, de leur côté, ont déclaré que, si la démarche des puissances demeurait sans résultats, ils n'hésiteraient plus à rompre définitivement les négociations et à reprendre les hostilités dans les délais prévus par le protocole d'armistice.

Et il semble à peu près certain, maintenant, que ce nouvel effort militaire de la Bulgarie, s'il était nécessaire, ne serait plus paralysé par l'attitude de la Roumanie dont les préparatifs militaires, soutenant une demande de compensation territoriale, ont provoqué d'assez vives inquiétudes ces derniers jours. D'après les dernières informations, on serait, en effet, assez près d'arriver à une entente entre Sofia et Bucarest. Et c'est, en somme, l'Autriche qui continue de préoccuper le plus gravement l'Europe par le mystère de sa mobilisation ininterrompue.

 

Comm. par M. de l'Écluse. M. J. Korostovetz, Prince Saïne Noïne,

plénipotentiaire russe, premier ministre mongol. Les ministres mongols et le plénipotentiaire russe qui ont signé

le récent traité russo-mongol à Ourga.

 

LES RUSSES EN MONGOLIE

Les événements des Balkans et les conférences de Londres priment à tel point toutes autres actualités que d'autres graves questions de la politique extérieure retiennent à peine l'attention du public. Ainsi, tandis que ces dernières semaines les concentrations militaires sur les frontières austro-russes absorbaient toutes les préoccupations, la tension russo-chinoise, provoquée par le règlement difficile de la question mongole, passait à peu près inaperçue ailleurs que dans les milieux politiques. Depuis que la Chine est en république, la Mongolie, qui, toujours, a possédé une indépendance de fait et s'est gouvernée elle-même sous la suzeraineté chinoise, a manifesté des tendances encore plus nettement séparatistes, dont s'est efforcée de profiter la Russie. Et, tandis que Mongols et Chinois échangent des coups de feu dans le Sud, un plénipotentiaire russe envoyé à Ourga signait avec les ministres mongols une entente déterminant les droits des sujets russes et du commerce russe en Mongolie. La presse japonaise s'est particulièrement occupée de ce traité russo-mongol qui place, dit-elle, la Mongolie septentrionale sous le protectorat à peine déguisé de la Russie.