L’Iroko
Dédicaces
À feu Aly et Mamady,
à Jean-Guy, Hans et Toubabou
pour la généreuse transmission
de leur passion.
À maman.
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Sökö
Rythme qu’on jouait à l’origine pour annoncer le
moment de la circoncision des jeunes garçons
quelques mois avant la cérémonie1.
J’étais sortie de son local bredouille. Triste et enragée. À l’instar des percussionnistes cubaines et africaines chez elles, on m’enlevait au Québec le droit d’apprendre parce que j’étais une femme. Ça ne m’avait pas été présenté comme tel, mais j’avais bien saisi le sous-texte. J’étais une femme, j’étais une rivale, j’étais dangereuse de possibles, et poursuivre avec moi les classes au-delà de la durée scolaire obligatoire semblait lui être tout simplement subversif. Pour être admise dans le programme de musique, j’avais eu la chance d’être auditionnée par quelqu’un d’autre, trois ans plus tôt, plus en paix avec le concept inévitable de rivalité. Un autre qui avait dû quitter son poste pour laisser toute la place à ce professeur inégal et décevant. Voleur de rêve. Entre autres choses, à travers sa logorrhée offensante ce jour-là, où nous aurions plutôt dû célébrer en semble la fin de mon passage au collège, il avait répété que les femmes n’avaient toujours pas le droit de jouer dans les contrées lointaines où il avait lui-même étudié, s’empêchant toutefois d’établir là un lien avec son présent retranchement. Pourtant, tous les boys de ma cohorte continueraient à travailler avec lui. Au fil de son monologue coléreux, il ventilait des années d’amertume d’un milieu qui ne lui avait pas fait la place qu’il aurait désirée, me prenant pour symbole suprême de sa défaite artistique. Sans m’en rendre compte, j’étais devenue l’ennemie. Ainsi se rompait notre lien de confiance bâti sur plusieurs années, envolé en une seule clavé.
Mais s’il n’avait pas été le premier à me refuser la matière, le langage, la richesse du savoir, j’avais décidé qu’il serait le dernier.
On m’empêchait chez moi de progresser ? Soit. J’irais à la source. Tremper mes doigts dans l’éden patrimonial, le paradis musical, la vérité rythmique ou, du moins, la mienne.
Le tambour ne se préoccupe ni du sexe, ni de la race, ni de la fortune de
celui qui en joue.
C’est une parfaite leçon d’égalité2.
Mickey Hart
1. Note de l’autrice : l’explication de ce rythme traditionnel mandingue est une interprétation personnelle de la description qu’en fait Mamady Keïta, telle qu’elle est rapportée dans l’ouvrage Mamady Keïta: A Life for the Djembe–Traditional Rhythms of the Malinke, écrit par Uschi Billmeier et publié par Arun-Verlag à Engerda en Allemagne, en 1999. Il en sera de même pour toutes les explications rythmiques ultérieures.
2. BILLMEIER, Uschi, Mamady Keïta: A Life for the Djembe–Traditional Rhythms of the Malinke, Arun-Verlag, Engerda, 1999, p. 14.
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