Macky Sall face

CHEIKH YERIM SECK · Chapitre 1 sur 20

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Macky Sall face

Introduction

 

Le 13 octobre 2022, un peu avant 22 h, Astou Dione, journaliste, a été agressée à la porte d’un restaurant sur la corniche ouest de Dakar. Alors qu’elle descendait de sa voiture pour acheter de la nourriture à emporter, deux hommes en moto se sont emparés de son sac à main dans la foulée de leur fuite. Elle venait de terminer son Journal de 20 h sur la 2stv, la première chaîne de télévision privée du Sénégal. Ses agresseurs n’ont pas soigné leur acte pour ne pas laisser de trace. D’abord, elle a été suivie depuis qu’elle a quitté le studio de la télé. Ensuite, le lieu éclairé et fréquenté où le forfait a été commis écarte ipso facto la piste de l’acte crapuleux. Enfin, l’endroit où ont été laissés ses papiers administratifs, à la porte d’un commissariat de police, quelques minutes seulement après l’agression, est un signe patent qu’il s’agissait d’une opération montée pour arracher et « interroger » son téléphone. Parce qu’elle venait de devenir ma femme, et que j’étais plongé dans une recherche effrénée de documents qui commençait à inquiéter. Cet incident, que la presse a appris parce qu’il a eu lieu sous les yeux de nombreux témoins, et qu’elle a traité comme un fait divers, n’est pas une infraction de plus de la délinquance ordinaire. Je n’ai pas tardé, par le biais d’un contact dans un service étranger, à savoir qu’un document particulier, que j’aurais envoyé à un tiers pour ne pas le garder dans la mémoire de mon téléphone, est le motif de cette opération. Ceux qui l’ont montée devaient au moins m’accorder une petite présomption d’intelligence. C’est à Astou Dione, journaliste, exposée comme

CHEIKH YÉRIM SECK

 

moi, que je confierais des éléments que je cache ? En tout état de cause, que ceux qui traquent ce document se rassurent dès à présent : il ne fait pas l’objet d’un chapitre dans ce livre. J’ai écrit cet ouvrage pour tenter de contribuer à sauver ce pays, non point pour le mettre à terre. J’ai sélectionné ce que je pouvais et ce que je ne pouvais pas publier, fidèle à l’éthique d’un journalisme résolument investigateur mais farouchement soucieux de ne pas casser le Sénégal.

Ce livre que vous tenez entre les mains est une œuvre responsable mais ferme, constructive mais véridique, consciencieuse mais animée par la volonté de dire aux Sénégalais ce qu’on leur cache et qu’ils ont le droit de savoir.

« Macky Sall face à l’Histoire » passe sous scanner un règne nègre dans une démocratie balbutiante qui traîne les tares congénitales du sous-développement et les fragilités devant l’argent et le pouvoir des hommes et des femmes qui l’animent.

L’idée d’écrire ce livre, qui germait en moi antérieurement à mon retrait de la vie publique, s’est muée en décision au lendemain de l’agression contre Astou Dione. La méthode m’a révolté. Au nom de quel principe n’a-t-on pas le droit, en tant que journaliste, chercheur ou citoyen tout court, de faire de la recherche documentaire sur ce qui appartient à tous les Sénégalais ? Que cache-t-on si violemment au point d’user de procédés aussi brutaux ?

Eh bien, j’ai fait de la recherche poussée pour rédiger le présent ouvrage. Ce que vous allez lire n’est pas de l’analyse, c’est de l’investigation, de l’enquête en certains points plus policière que journalistique. Les informations qui y sont contenues ont la précision d’une opération au laser. Il y’a, à chaque page, à chaque paragraphe, ce qu’on appelle « des révélations » dans le jargon journalistique de chez nous, mais de vraies, celles-ci.

Cette œuvre n’est pas un pamphlet ni un brûlot, encore moins un tract contre un pouvoir ou un homme politique. C’est une enquête à charge mais aussi à décharge selon les questions

 

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