Macky Sall face

CHEIKH YERIM SECK · Chapitre 6 sur 20

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Macky Sall face

Macky Sall et la Pratique du Pouvoir

 

La transhumance, ce phénomène qui voit les politiciens alimentaires migrer des vaches maigres de l’opposition vers les prairies vertes du pouvoir, est revenue au cœur du jeu. Macky Sall avait pourtant vigoureusement combattu cette errance au cours des premières années de son premier mandat. Il avait déclaré urbi et orbi que chacun devait rester dans son camp, dans l’intérêt d’un jeu politique clair, honnête et fondé sur des convictions.

Puis, il y’a eu un glissement sémantique dans son esprit et son discours sur la question a commencé à bouger. Un jour de 2019, à la veille de l’élection présidentielle, au cours d’une discussion que j’ai eue avec lui, je me suis rendu compte de l’évolution du lexique présidentiel. « La transhumance de Aïssata Tall Sall fait beaucoup parler », lui ai-je lancé. « Ce n’est pas une transhumance, m’a-t-il coupé net. Il s’agit d’une recomposition politique. Elle a le droit de se repositionner dans cette nouvelle configuration politique. » « Comment qualifiez-vous le cas Oumar Sarr ? Lui non plus n’a pas transhumé ? », ai-je poursuivi. « Non, il n’a pas transhumé, a répliqué le président. Son rapprochement avec nous est le fruit d’un dialogue politique dont nous devions tirer des leçons pour apaiser le climat politique. » Des mois plus tard, victorieux de la présidentielle et installé pour un nouveau mandat, alors que j’évoquais le cas d’un homme politique d’envergure qui l’a rejoint entretemps, il a eu ce commentaire malicieux et amusé : « Bitti bi nékhoul dé !» (« ce n’est pas agréable de se retrouver hors du pouvoir », en wolof).

Tout Macky Sall est dans cette succession de phrases. Politique par toutes ses fibres, il est un mélange de cynisme et d’humour, de force brutale et de ruse, de « diaay doolé » et de « ndiouthie ndiaathie »… Même s’il assure avoir cessé d’user de ces ficelles, c’est un prince au sens où Nicolas Machiavel entendait ce terme. La gouvernance mackyste repose, dans le choix des hommes, sur deux piliers : le débauchage de transhumants et la nomination de politiciens incompétents dotés a maxima de bases politiques et a

 

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minima d’une langue de vipère. À tous les compartiments de l’État et de l’administration, au détriment des compagnons historiques du « patron » (Moustapha Cissé Lo, Mbaye Ndiaye, Mor Ngom, Abdou Mbow, Thérèse Faye, Benoit Sambou, Marième Badiane, mais aussi ABC qui a emporté dans sa tombe regret et amertume), sont aujourd’hui casés des transhumants : Amadou Ba, Aïssata Tall Sall, Cheikh Oumar Anne, Oumar Sarr, Abdoulaye Saydou Sow, Yankhoba Diattara, Idrissa Seck…

Le dispositif est complété par des politiciens quasi-analphabètes, incapables pour certain d’aligner deux phrases correctes dans la langue officielle du Sénégal, le français. En douze ans à la tête du pays, Macky Sall a résisté, même dans l’après-Covid qui exigeait de faire appel à de l’expertise pour mener la relance, à recourir aux Sénégalais qui ont fait des preuves dans leur domaine et qui auraient pu beaucoup apporter à l’action publique. Le logiciel mental de Macky Sall est ainsi formaté qu’il place le profil politicien au-dessus de la compétence. Le cas Matar Ba est symptomatique de cette pathologie. Le limogeage de ce très populaire ministre des Sports, le 17 septembre 2022, avait suscité une vague d’indignations. Les Sénégalais l’ont dit bruyamment : ce ministre, sans doute parmi ceux qui ont le plus réussi à leur poste depuis l’indépendance du pays, ne devait pas quitter le gouvernement. C’est en effet sous son leadership que le Sénégal a remporté, pour la première fois de son histoire, la Coupe d’Afrique des nations, en 2022, avant de se qualifier la même année à la Coupe du monde. Son limogeage, à moins de trois mois de cette compétition majeure, est un coup dur porté à la cohésion de l’équipe et à sa préparation. Ce que l’opinion ignore, et qui aurait suscité une indignation encore plus forte s’il était su, c’est que Matar Ba a été débarqué pour une raison liée à… la cuisine politicienne interne à Fatick dont il est le maire. Il était dans le collimateur du président depuis le décès de l’imam ratib de cette ville. Macky Sall n’a pas pardonné à son successeur à la mairie de Fatick de ne s’être pas rendu à la maison mortuaire avant lui.

 

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