Macky Sall face

CHEIKH YERIM SECK · Chapitre 18 sur 20

Pages du PDF

Macky Sall face

Conclusion

 

accouché d’alternances par les urnes. Si l’argent du gaz et du pétrole n’est pas ressenti par cette population jeune, éveillée par les réseaux sociaux, qui grouille d’impatience de s’extraire du martyre de la galère quotidienne, tous les scénarios de chaos seront envisageables dans ce pays. D’autant qu’il y’a, pour emprunter le jargon pénal, une circonstance aggravante : le Sénégal va désormais être exposé à ce qu’on appelle « la malédiction des ressources naturelles ». Dès le démarrage de l’exploitation du pétrole et du gaz, il sera plus compétitif que la Russie et d’autres pays producteurs, notamment arabes, du fait qu’il est plus proche de l’Europe, des États-Unis et de l’Amérique Latine. Ses concurrents vont-ils perdre des parts de marché les bras croisés ? Bétonner l’unité nationale et la sécurisation du territoire est devenu un impératif catégorique pour éviter à ce pays de basculer dans l’instabilité, la guerre civile, la déstabilisation terroriste… C’est là un enjeu stratégique fondamental que nos dirigeants doivent prendre en charge.

Au bout de ce travail qui m’a pris des semaines, je suis, je l’avoue, mitigé. Voici, très sincèrement, les questions que je me pose à moi-même : « Comment la sortie de ce livre va-t-elle être interprétée dans le microcosme ? », « Pourquoi te remets-tu dans la bouche des Sénégalais dont tu t’étais extrait depuis que tu t’es retiré de la vie publique ? », « Écrire un livre signifie-t-il ou non revenir dans la vie publique ? », « De quoi je me mêle ? »… J’aspire à être un intellectuel. L’intellectuel est, par définition, celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Ce livre sort de mes tripes. J’aime sincèrement et profondément le Sénégal. Si ça ne tenait qu’à moi, ce serait l’État le mieux dirigé au monde, Macky Sall serait le président avec la plus grande réussite à la tête de son pays. Si, donc, le style peut être incisif voire corrosif à certains endroits, ce livre a été écrit dans le souci d’emmener à mieux faire. Je souhaite sincèrement de l’historicité voire de l’épaisseur historique au 4e président de la République. Car, devant le tribunal de l’Histoire, et celui de sa propre conscience, c’est bien à lui que

 

255

CHEIKH YÉRIM SECK

 

vont être posées ces questions : Étiez-vous sincère lorsque vous promettiez, entre les deux tours de la présidentielle de 2012, de réduire votre mandat de 7 à 5 ans, une fois élu ? Pour quelle vraie raison n’avez-vous pas respecté cet engagement ? Êtes-vous un homme de parole ? Avez-vous tenu les promesses que vous avez vendues aux Sénégalais pour être élu ? Avez-vous engagé le Sénégal sur la voie du progrès ? Votre slogan « Yoonou Yokkuté » était-il réelle aspiration ou pure escroquerie ? Avez-vous, comme vous l’aviez déclaré, permis aux corps de contrôle de faire leur travail, y compris à la présidence de la République ? N’avez-vous pas, comme vous l’aviez promis, protégé aucune personne de votre entourage soupçonnée de malversations ? Avez-vous amélioré la démocratie par plus d’équilibre entre l’Exécutif et le Législatif ? Avez-vous garanti l’indépendance de la justice ? Avez-vous ou non mis le coude sur certains dossiers judiciaires ? Avez-vous laissé libre cours à une saine compétition démocratique ? Avez-vous ou non usé de votre position pour éliminer de farouches opposants politiques ? Dans le secret de votre conscience, que ressentez-vous en pensant à vos rapports antérieurs au pouvoir avec Karim Wade et avec Khalifa Sall ? Pourquoi des activistes, des blogueurs voire des journalistes se sont retrouvés en prison sous votre règne ? Avez-vous un problème avec la liberté d’expression, avec les libertés ? Avez-vous respecté les droits de chacun, quel que soit son bord politique ? Le parrainage que vous avez imposé est-il une méthode d’assainissement des élections ou un moyen pour régenter les scrutins à votre avantage ? Avez-vous aboli les marchés à milliards de gré à gré que vous reprochiez à votre prédécesseur ? Avez-vous ou non donné des milliards de gré à gré à Abdoulaye Sylla, à Selim Bora et à d’autres businessmen introduits au Palais ? Avez-vous mis la patrie avant le parti ? Pourquoi n’avez-vous nommé que des politiciens ? Avez-vous un problème avec l’expertise ? Votre gouvernance a-t-elle vraiment été sobre et vertueuse ? Pourquoi aucun de vos amis politiques épinglés par les corps de contrôle n’a-t-il été poursuivi ? Quel est

 

256