Macky Sall face

CHEIKH YERIM SECK · Chapitre 4 sur 20

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Macky Sall face

Macky Sall et la Pratique du Pouvoir

 

transformés par leurs attributaires en téléphones publics gratuits pour leurs proches et pouvaient servir pour tout, sauf pour des nécessités de service. Elle a mis fin à l’arrogance de ministres, conseillers à la présidence, chargés de mission, directeurs généraux, responsables politiques… ostentatoirement millionnaires voire milliardaires qui prenaient des libertés affichées avec l’argent public. Sous Macky Sall, on a commencé à voir des ministres, des conseillers à la présidence ou des députés obligés de vendre leurs tickets de dotation en carburant pour pouvoir se procurer du cash. Il y’a nombre de dignitaires de premier plan du régime Macky Sall qui ne se sont pas vus attribuer un seul mètre carré de terrain depuis 2012. Contrairement à la pratique sous Wade où des quartiers entiers comme Sud-Foire, Liberté 6 Extension et Ouakam Comico ont été lotis et distribués aux membres du régime, du ministre jusqu’au garde du corps.

Lorsque la grogne a commencé à enfler dans les rangs de son parti, les responsables élevant de plus en plus la voix pour réclamer les privilèges et prébendes dont ont pu bénéficier leurs devanciers du PDS, Macky Sall a profité d’une réunion des instances de l’APR pour marteler : « Je l’avais dit au lendemain de notre arrivée au pouvoir, mais certains semblent l’avoir oublié. Je vais donc me répéter. Il n’y a qu’une alternative : partager les ressources ou les utiliser pour faire avancer le pays. Nous n’avons pas remplacé le régime précédent pour venir partager les ressources. Je n’ai pas d’argent à donner, encore moins de terrain. Je ne suis pas dans la prédation ni dans la spéculation foncière. »

À la différence notoire de Wade, qui distribuait des centaines de millions de cash par jour, au point d’avoir transformé le Palais en une sorte de coffre-fort où tous s’échinaient à être reçus, Macky Sall est réputé regardant sur l’argent, voire avare. À ceux qui lui reprochent un manque de générosité, comparativement à son prédécesseur, il répond, invariablement : « Je ne surfacture pas des marchés ni ne vends des terrains. Voilà pourquoi je n’ai pas d’argent à distribuer. »

 

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CHEIKH YÉRIM SECK

 

Si elle est l’un des péchés capitaux, l’avarice est, en l’espèce, une vertu. Ce n’est, en effet, pas de la générosité, mais de la prédation de distribuer de l’argent public à tout-va, en violation de toutes les règles qui encadrent leur utilisation.

Sous Macky Sall, la corruption est devenue sinon moins forte, du moins plus cachée. La perception de la corruption est moins forte. Quoique persistants, les scandales de corruption sont moins médiatisés et moins récurrents. Tout porte à penser que le pays est mieux géré, comme en attestent d’ailleurs le regain de crédibilité de notre économie, la vigueur de la croissance, le renchérissement continu du budget et le renforcement volumique de la signature du Sénégal.

Le mode de gouvernance des marchés publics a changé. Autrefois, les ministres et directeurs généraux décidaient de l’attribution pour ensuite passer « rendre compte » au Palais. Aujourd’hui, c’est le Palais qui indique en amont aux ministres et directeurs généraux à qui attribuer les marchés. Est-ce à dire que les commissions, rétro-commissions et produits des surfacturations que recevaient ministres et DG sont dorénavant directement versés au Palais ? En tout état de cause, nombre de dignitaires de ce régime se plaignent, mezza voce, de l’hyper-concentration de la décision financière au niveau du président de la République.

Il en va de l’attribution des marchés comme des paiements, directement ordonnés par « le patron ». Macky Sall et sa famille sont-ils aussi riches que les Wade ? Ils en donnent moins l’air, si on se souvient des milliards déboursés par l’État du Sénégal pour satisfaire les lubies de Syndjély Wade dans un nébuleux Festival des arts nègres, mais aussi des virées en jet privé de Karim Wade à travers le monde.

N’empêche, quelques affaires (le scandale du Fonds Covid, l’épisode Bictogo, l’affaire de l’achat d’armes d’une valeur de 45 milliards à un escroc nigérien recherché, Petit Boubé…) font tache sur la « gouvernance sobre et vertueuse ». Et aucun des auteurs

 

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