Macky Sall face

CHEIKH YERIM SECK · Chapitre 5 sur 20

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Macky Sall face

Macky Sall et la Pratique du Pouvoir

 

présumés de ces malversations n’a jamais été inquiété, ni même poursuivi. Macky Sall, qui a publiquement confessé mettre le coude sur certains dossiers, n’a jamais consenti à laisser la justice sous ordre convoquer le moindre des gestionnaires de deniers publics qu’il a nommés. À la différence notoire d’Abdoulaye Wade qui a consenti à livrer à la justice des proches comme Abdou Latif Guéye, Baïla Wane, Modibo Diop… qui lui ont semblé avoir dépassé les bornes dans le vol de l’argent public.

L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), qu’il a porté sur les fonts baptismaux par la loi 2012-30 du 28 décembre 2012, à grand renfort de publicité sur les thèmes de la traque des biens mal acquis et de la sanction des délinquants à col blanc, coûte chaque année 5 milliards au contribuable sénégalais sans jamais avoir produit le moindre résultat. De sa première présidente, Nafy Ngom Keïta, brutalement chassée pour s’être permise d’ouvrir des dossiers sur certains proches du chef de l’État et avoir voulu dévoiler le rapport annuel de l’institution par voie de conférence de presse, à Seynabou Ndiaye Diakhaté qui l’a remplacée en juillet 2016, l’Ofnac a déposé, sur le bureau du procureur de Dakar, 17 rapports sur des malversations présumées commises par des ministres et directeurs généraux sous Macky Sall. Aucun de ces rapports, pourtant fondés sur des enquêtes rigoureuses et approfondies, n’a, jusqu’au moment où ces lignes sont écrites, donné lieu à une poursuite. « La CREI poursuit les délinquants du régime précédent, et l’Ofnac, ceux de notre régime », avait pourtant plusieurs fois martelé son créateur. Dans les faits, si l’Ofnac n’a encore atteint personne, la CREI, elle, a embastillé Karim Wade, a percuté sa carrière politique et l’a contraint, sous la menace d’une contrainte par corps, à quitter le Sénégal dès sa sortie de presque quatre années de détention. Elle a contraint Abdoulaye Baldé à tourner casaque pour rejoindre la majorité présidentielle, stérilisé Oumar Sarr obligé de quitter le PDS pour se ranger, neutralisé les velléités de rébellion de Pape Diop, Madické Niang, Ousmane Ngom…

 

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Quant aux tribunal de première instance, cour d’appel de Dakar et Cour suprême, ils ont, avec une célérité jamais vue de mémoire de justiciable, rendu définitive la condamnation et acté l’inéligi-bilité de Khalifa Ababacar Sall qui a eu l’outrecuidance d’avoir déclaré son intention de défier Macky Sall à la présidentielle de 2019.

Au même moment, tous les membres du bord politique du président coulent une paisible impunité. Parmi une foultitude de cas, l’exemple le plus symptomatique est sans nul doute celui de Seydina Fall Bougazelli. Pris en flagrant de multiplication d’une quantité industrielle de faux billets, ce député de la mouvance présidentielle a bénéficié d’une libération provisoire après une courte détention préventive.

Dans le disque dur politique de Macky Sall, le monde est divisé entre les bons de son camp et les méchants du camp adverse. Avec les premiers, il est plus laxiste que l’impunité. Avec les autres, il est plus répressif que la répression. L’innocence ou la culpabilité dépendent du bord politique où on se trouve. La justice est au service de l’ordre juste défini par le pouvoir. Elle est un instrument pour régler leurs comptes aux politiciens et activistes indociles.

Ce régime bat ainsi tous les records de poursuites de person-nalités de premier plan de la vie politique ou de la société civile. Sous Macky Sall ont été poursuivis, condamnés et/ou emprisonnés Khalifa Ababacar Sall, Ousmane Sonko, Karim Wade, Barthélemy Dias, Bara Gaye, Oumar Sarr, Samuel Sarr, Guy Marius Sagna, Thierno Ousmane Sy, Abdoulaye Baldé, Ousmane Ngom, Abdou Karim Guéye Xrum Xax, Cheikh Oumar Diagne, Ousmane Diagne, Kilifeu, Imam Alioune Badara Ndao, Pape Alé Niang, Papito Kara, Othmaan Diagne… Autant dire tous les leaders politiques et de la société civile qui comptent et tous les activistes de poids. Sous Macky Sall, la justice et la prison sont devenues des éléments de régulation du jeu politique et social (cf. chapitre 15 ci-dessous).

 

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