Macky Sall face
Macky Sall et la Pratique du Pouvoir
D’autant que, les mois précédents, le très politicien président ne cessait de lui marteler que ses absences faisaient râler dans leur fief commun. Cheikh Kanté et les autres adversaires politiques locaux du ministre ont fait le reste, bourrant l’oreille du président avec des clichés du type « Matar Ba se croit intouchable », « Matar Ba dit à qui veut l’entendre que vous n’osez pas le limoger au vu de ses résultats », « Matar Ba est entrain de démobiliser la base par son attitude snob vis-à-vis des militants »… Pareil discours politicien parle mieux que toutes les performances au chef de l’État qui a pris la décision radicale de se séparer de son ministre. Avant de se raviser, face à la fronde populaire, et se rappelant peut-être que Matar Ba ne pouvait être à la fois au four des compétitions internationales et au moulin de la politicaillerie de Fatick. Il a regretté sa décision, a voulu y revenir dans les jours qui ont suivi le remaniement, a hésité face à l’impression de cafouillage qu’un tel revirement allait donner, avant d’opter finalement pour recycler le désormais ex-ministre comme chef de son cabinet.
Le président du Sénégal depuis 2012 est ainsi formaté : il croit en la politique et aux politiciens. Napoléon a certes dit qu’on gouverne avec ses propres hommes. De là à penser que la gestion de la chose de tous doit se résumer à la distribution des positions suivant le seul critère du bétail électoral détenu par chacun ! Le pire effet de ce côté politicien très marqué du locataire du Palais est sans doute la très forte politisation de l’Administration. L’Administration neutre, républicaine et compétente, qui faisait la force du Sénégal, s’est effondrée. Même dans les régies financières, les hauts cadres sont aujourd’hui encartés pour des calculs de carrière. Les inspecteurs des impôts et domaines s’accaparent de l’argent et des terrains pour entretenir des clientèles électorales dans leurs fiefs respectifs. Ceux de leurs homologues du Trésor, qui ne sont pas frappés d’inéligibilité en raison de leur poste, leur emboîtent le pas. Même dans la douane, corps paramilitaire auquel la politique est interdite, il faut être « le
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CHEIKH YÉRIM SECK
petit » ou « l’élément » d’un ministre ou d’un homme politique pour pouvoir accéder aux postes dits juteux. Il y’a un peu plus d’une décennie, quiconque de ces corps affichait le moindre penchant politique grillait sa carrière. Aujourd’hui, celui qui est à la tête de l’État estime que toute personne nommée à un poste stratégique doit se procurer des « moyens » à investir dans la mobilisation d’une clientèle politicienne au profit du pouvoir en place. Dans l’air du temps, profiter de sa fonction pour voler l’argent public n’est plus grave, dès lors qu’une partie du butin est investie dans la politique politicienne en soutien au « grand patron ».
En politique, Macky Sall est chirurgical comme un ingénieur en laboratoire. Il s’arrange pour conserver le pouvoir, sans trop se soucier des moyens. La fin justifie les moyens… C’est un vrai froid, mais toutefois un faux méchant. Contrairement à une opinion répandue au niveau de ses détracteurs, cet homme est orgueilleux mais pas cruel. Il ne recule pas face à l’adversité, mais ne pousse pas son avantage à l’extrême. Lui-même, qui avait déclenché des poursuites contre Khalifa Ababacar Sall et Karim Wade, les a graciés tous les deux pour les extirper des liens de la détention, puis a ordonné à son garde des Sceaux, le 29 septembre 2022, d’examiner les voies et moyens pour restaurer leur éligibilité.
Derrière une plastique sévère qui lui vaut le surnom « Niangal », se cache un homme sensible, mû par une fibre humaniste, très taquin dans l’intimité… Un jour où nous évoquions le bruit du monde politique, il a lancé, dans un wolof châtié plein d’humour : « Ceux qui font ce brouhaha veulent une seule chose : me prendre cette maison où nous sommes et cette voiture dans laquelle je roule. Ils ont envie de sirènes, de fanfares, de cortèges… Ils rêvent qu’on leur dégage la route quand ils passent. Si on sort tout de suite, tu attends, je passe. Suffrage universel dou thiaakhaan ! (« ce n’est pas de la blague, le suffrage universel ! ») ». J’en ai une bien meilleure. Un soir où j’échangeais avec lui, en présence d’Abdou Mbow, il a persiflé, l’air et le ton taquins : « Wade
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