Marécages (Les)
Chapitre 6
La glacière ressemblait à une espèce d’énorme grange en mauvais état dont la peinture, jadis blanche, s’écaillait et virait au gris. Les planches de la véranda de devant étaient neuves, mais c’étaient bien les seules du bâtiment.
Je savais qu’à l’intérieur le sol était tapissé de sciure et que de gros blocs de glace y étaient entassés. Il y avait des tables où on les sciait, une balance pour peser les tranches ainsi découpées, et un toboggan pour les charger sur des chariots ou des caillions. La glace était si froide que si on mettait la main dessus, ça brûlait comme du feu et la peau y restait collée.
Et il y avait le cadavre. Le cadavre que j’avais découvert.
À notre arrivée, papa s’exclama :
— Que je sois damné !
Doc Stephenson était assis sous le porche, vêtu d’un costume blanc poussiéreux ; il avait de la boue sur ses chaussures et sur les jambes de son pantalon et s’éventait avec son chapeau de paille. Je l’avais déjà rencontré une fois, un jour où j’étais malade, et il m’avait donné un médicament en flacon dont le goût m’avait fait penser qu’il devait sortir tout droit du cul d’une mule.
Une flasque pleine d’un liquide sombre était posée à côté de lui ; il la ramassa et en but une gorgée quand il aperçut mon père. Ses lèvres donnaient l’impression de ne pas vouloir s’ouvrir en grand, de peur de laisser passer des choses désagréables. Ses yeux mettaient mal à l’aise, comme s’ils cherchaient le meilleur endroit où vous poignarder.
— Qu’est-ce qu’il fabrique là ? demanda papa au docteur Tinn.
— Je n’en sais rien, monsieur, répondit Tinn.
— Le « monsieur » est inutile, fit papa. Je ne vous donne pas du « monsieur », alors vous non plus.
— Oui, monsieur… Euh, d’accord, constable.
À cet instant, doc Taylor arriva dans notre direction, avec un Dr Pepper et une friandise achetés chez Pappy. Ses vêtements étaient plus chics que d’habitude. Il s’était arrangé pour éviter la boue sur les revers de son pantalon de bonne coupe, mais il avait eu moins de succès avec ses chaussures. Le tissu de sa chemise blanche avait l’air si doux qu’il semblait fabriqué avec des ailes d’ange. Sa fine cravate noire brillait comme le dos humide d’un serpent d’eau, et la façon dont son chapeau de feutre, de la même couleur, était incliné sur sa tête donnait le sentiment qu’il se rendait au bal plutôt qu’à l’autopsie d’un corps mutilé. Je me demandai s’il avait, autour du cou, sa pièce tordue attachée au bout de sa chaîne.
— Et voici doc Taylor, expliqua papa à Tinn. D’après moi, c’est ce qu’on appelle un « interne ». Il travaille avec Stephenson qui pense prendre sa retraite et il a estimé que c’était bien de connaître sa clientèle, s’il voulait le remplacer. Il est un peu dandy, mais il me semble correct.
— Je doute qu’il veuille faire notre connaissance à nous… grommela doc Tinn.
— Je suppose que vous avez raison, répondit papa. Bon, finissons-en. (Il me regarda et me tapota la tête en ajoutant :) À tout à l’heure, Harry.
Découragé, je remontai la rue un moment, puis je me retournai pour observer la glacière. Je vis mon père y pénétrer avec Tinn et Stephenson.
Je ne comprenais pas. Papa avait dit que doc Stephenson ne voulait pas s’occuper de ce cadavre parce que c’était une Noire, et pourtant il avait pris la peine de quitter son cabinet et de venir jusqu’ici pour y jeter un œil. Et il s’était fait accompagner par doc Taylor !
J’étais plongé dans ces réflexions lorsque j’entendis un bruit derrière moi – c’était un vieux Noir, un cul de jatte, dans une carriole couverte d’une toile goudronnée montée sur une branche de saule, et tirée par un énorme cochon aux poils luisants attaché avec un harnais. Son crâne chauve était ridé comme un sac de cuir capitonné aplati à la main. Il aurait pu dissimuler un crayon dans les creux de son visage et il n’avait plus une seule dent. Miss Maggie avait l’air d’une jeune fille, en comparaison.
Il frappait l’arrière-train de l’animal avec un fin bâton de saule. Le cochon avançait lourdement à une assez bonne vitesse en grognant. Deux garçons, à peu près de mon âge, un Blanc et un Noir, marchaient derrière le vieillard. Leurs vêtements étaient encore plus usés que les miens. Les trous aux genoux du pantalon du Noir n’avaient manifestement jamais été rapiécés. Celui du Blanc était déchiré aussi à un genou, et le morceau de sac de coton qu’on y avait cousu avait été maintes fois maculé – sans doute par des herbes, des baies, de l’argile des chemins et de la vase.
Beaucoup de gens, qui étaient restés un moment à l’écart, se rapprochaient maintenant de la glacière et se rassemblaient devant l’entrée comme une bande de corbeaux dans un arbre. Je compris que la présence de ce cadavre n’était plus un secret pour personne.
Le vieux arrêta sa carriole à ma hauteur. Il me fixa de ses yeux chassieux et ouvrit sa bouche édentée pour demander :
— Comment vas-tu petit Blanc ?
— Bien, monsieur.
La vérité, c’est qu’il me fichait la trouille. Je n’avais jamais vu personne d’aussi vieux, et encore moins quelqu’un sans jambes promené par un cochon.
Le gamin blanc qui l’accompagnait se présenta :
— Moi, c’est Richard Dale. J’habite dans les basses terres.
Richard était un peu plus âgé que moi, pensai-je. Mâchoire étroite et lèvres vermeilles, et un nez aquilin. Les messieurs-je-sais-tout disaient d’un nez de ce genre : « Ouais, son pif se balade partout sur sa gueule. »
Je lui répondis que moi aussi je venais de cette région et je lui indiquai où. L’endroit où il vivait était à l’opposé du mien. On l’appelait Sandy Bottoms, parce qu’il y avait là-bas beaucoup plus de sable blanc que par chez nous où prédominaient l’argile rouge et la terre marron.
L’autre garçon, le Noir, se nommait Abraham. Il semblait très nerveux, comme s’il avait bu beaucoup de café et qu’il s’attendait à tout instant à un événement important – une tornade, une inondation ou la découverte d’un trésor.
Comme on était à peu près du même âge, qu’on s’ennuyait facilement et que les adultes nous rasaient, on devint tout de suite copains.
— Ricky et moi, on a des cartes avec des femmes à poil dessus, annonça Abraham.
— Mais on les a pas avec nous, s’empressa d’ajouter Richard, de peur que je leur demande de les voir.
D’après moi, ils craignaient que je découvre que toutes ces filles nues étaient blanches – dans ce cas, Abraham aurait pu se retrouver malgré lui dans une situation difficile.
— C’est vrai, ajouta Abraham, l’air déçu. Elles sont dans notre cabane dans l’arbre et c’est pas tout à côté. On a aussi des nigger shooters. Je peux dégommer une boîte de conserve à dix mètres, peut-être.
Nigger shooter, c’était le nom qu’on donnait à un lance-pierres fabriqué avec une languette de chaussure, un bout de caoutchouc de pneu et un bâton taillé en V. C’était un terme habituel, chez nous, et Abraham l’avait employé sans la moindre honte.
— On a entendu dire qu’il y avait un cadavre, là-bas. Une femme qui a été assassinée, ajouta-t-il.
Impossible de me retenir.
— C’est moi qui l’ai trouvé.
— Cause toujours, répliqua Abraham. Naan. Naan, c’est pas vrai. Tu nous charries.
— C’est moi. Mon père est là-dedans. C’est le constable, chez nous.
— C’est pas sa zone, ici, intervint le vieillard depuis sa carriole tirée par le cochon.
Il avait une bonne oreille. Sans doute qu’il nous avait entendu aussi parler de ces cartes avec des femmes nues dessus et j’en fus gêné.
— C’est Oncle Pharaoh, expliqua Richard. Il a perdu ses jambes à cause d’un sanglier. Son cochon s’appelle Pig Jesse. Celui-là, il est apprivoisé.
— Je suis désolé, dis-je au vieillard.
Il me regarda comme si j’étais un légume étrange qu’il ne connaissait pas.
— Désolé pour quoi ? grommela-t-il.
— Pour vos jambes.
— Oh… Eh bien, c’est pas la peine. Ça date pas d’hier. Je suis habitué.
— Où c’que t’as trouvé ce cadavre ? demanda Abraham.
Je leur racontai mon histoire à tous les trois, et je conclus par :
— Je pensais que puisque je l’avais découvert, mon père me permettrait de le voir de nouveau et d’écouter ce que le toubib dirait, mais il a refusé.
— C’est toujours comme ça, souffla Richard. Les adultes croient qu’ils ont le droit de tout savoir et pas nous. Hé, tu viens jouer ?
— Non. Je préfère attendre ici.
Clin d’œil de Richard.
— Viens jouer.
Abraham souriait, et je me demandai ce qu’ils manigançaient. J’espérais qu’ils ne voulaient pas fumer des feuilles de vigne, ni même du tabac, parce que je n’aimais ni l’un ni l’autre. Chaque fois que j’avais essayé, j’avais eu mal au cœur.
Richard se pencha vers moi et murmura :
— Abraham et moi, on sait quelque chose à propos de cette morte qui pourrait t’intéresser. Viens avec nous.
Je réfléchis à la question, mais juste l’espace d’une seconde. Ils dirent au revoir à Oncle Pharaoh et je partis avec eux en courant, loin de la foule, en direction de la rivière. On suivit la berge un moment, jusque derrière la glacière où poussait un gros arbre à chapelets.
— On connaît tout sur cet endroit, murmura Richard. Y’a un gros trou dans le toit, ici, juste au-dessus de la salle principale où ils stockent la glace. Il est bouché par un morceau de fer-blanc qu’on peut faire glisser pour voir à l’intérieur. Si on ne le déplace pas trop, ils ne s’apercevront de rien parce qu’avec l’ombre de l’arbre, le soleil ne passera pas. En plus, il y a des tas d’autres fentes dans ce toit. Personne ne fait plus attention aux jours dans le plafond.
— Et s’ils ne sont pas dans cette pièce ? dis-je.
— Alors, tant pis, répondit Abraham. Mais s’ils y sont ?
Richard grimpa dans l’arbre, suivi d’Abraham. Je les imitai. On utilisa ses grosses branches pour prendre pied sur le toit du bâtiment. Richard s’avança sur les bardeaux jusqu’à la plaque de fer-blanc qu’il bougea délicatement. De l’air froid monta de la glacière et nous rafraîchit le visage. Au-dessus de nous, les nuages s’assombrirent, comme pour soutenir notre entreprise.
On regarda la foule ressemblée dans la cour. Tout le monde ou presque nous avait aperçus, et certains agitèrent même la main à notre intention. Mon gars, tu vas te faire remonter les bretelles pour ça, pensai-je. Pourtant, le jeu en valait la chandelle. Et puis ces types n’avaient aucune raison de me dénoncer à mon père… Ils ne le connaissaient même pas. Et comme la plupart des Noirs quand ils croisaient des Blancs, ils jugeraient plus prudent de s’occuper de leurs oignons.
Au début, on ne vit rien, mais on entendit une conversation.
Je reconnus la voix de doc Stephenson. Il parlait fort et il avait l’air soûl. Je commençai à avoir froid aux pieds et je me préparai à redescendre, quand Richard posa sa main sur mon épaule – deux Noirs étaient entrés dans notre champ de vision ; ils transportaient un tub galvanisé long et étroit, avec de la glace à l’intérieur et, bien sûr, le cadavre.
Celui-ci était dissimulé sous un gros sac de toile. Ils le posèrent sur une table de découpe et le découvrirent. Je pus alors y jeter un bon coup d’œil.
Je me sentis bizarre. C’était bien le corps que j’avais trouvé dans les marais. Mais à ce moment-là, il était terrifiant et m’avait semblé mesurer trois bons mètres. À présent, au contraire, il était petit, tout gonflé et il faisait peine à voir – soudain, c’était un être humain. Une âme avait habité cette femme, elle avait été vivante, elle avait mangé et ri, elle avait fait des projets… Et maintenant, ce n’était plus qu’une pathétique coquille de chair abîmée – l’âme en moins. Je pouvais même respirer, ou du moins l’imaginais-je, son odeur de putréfaction qui montait vers moi dans l’air froid.
À cet instant, un autre changement s’opéra en moi. Je pris conscience qu’on pouvait vraiment mourir. Mon père et ma mère pouvaient mourir. Moi aussi. Nous allions tous disparaître un jour ou l’autre. Je sentis un vide à l’intérieur de moi, qui bougea un instant, trouva sa place et s’immobilisa enfin, mais sans être totalement apaisé.
La malheureuse avait la tête en arrière, un peu dissimulée par la glace. Sa bouche était ouverte et il lui manquait plusieurs dents. Celles qui restaient étaient presque toutes cassées et je compris immédiatement que c’était à la suite de coups. Ses seins étaient fendus et leurs chairs ouvertes reposaient sur sa cage thoracique. Le sang était devenu gris et il avait gelé.
Pour la première fois de ma vie, je voyais le sexe d’une femme – sauf qu’il n’y avait vraiment rien à voir ! Juste un triangle d’obscurité. Les genoux de la malheureuse étaient légèrement pliés. Sa hanche gauche était plus haute que la droite. Ses mains, allongées le long de son corps, semblaient vouloir saisir quelque chose. Son visage était difficile à décrire, on l’avait massacré. Ses chairs étaient déchirées par les barbelés et incisées partout ailleurs.
Doc Stephenson, qui tétait toujours sa flasque, tangua au-dessus du cadavre et grommela :
— Voilà une négresse tout c’qu’y a de mort !
Les Noirs qui avaient porté le tub fixèrent le sol. Doc Stephenson donna un coup de coude à celui qui se trouvait à sa droite et ajouta :
— Pas vrai, mon garçon ?
L’homme leva un peu le menton et répondit, sans le regarder directement :
— Oui, monsieur, c’est sûr.
Ça me gêna de constater que les Noirs étaient obligés de se comporter ainsi. Ce gars-là était grand et fort et il aurait pu facilement écrabouiller Stephenson. Mais dans ce cas, il se serait balancé à une branche avant la tombée du jour, ainsi peut-être que toute sa famille et n’importe quel Noir qui aurait eu le malheur de se trouver dans les parages à l’arrivée du Klan…
Stephenson le savait. Tous les Blancs le savaient. Ça leur donnait une bonne marge de manœuvre.
Je considérai Abraham du coin de l’œil. Sur son visage, l’excitation enfantine avait cédé la place à quelque chose que j’eus du mal à identifier.
Mon père s’approcha du corps et je l’entendis demander à doc Stephenson :
— Je croyais que vous aviez refusé d’autopsier cette morte ? Je me trompe ?
— Pas en ville. Si on avait su que j’avais fait transporter le cadavre d’une Noire dans mon cabinet, j’aurais pu dire adieu à mes clients à deux cents kilomètres à la ronde. Plus aucune femme blanche respectable n’aurait voulu être examinée chez moi… J’dis pas ça pour vous offenser, les gars, mais les Noirs et les Blancs ont besoin d’être séparés. Même la Bible nous l’explique. Bon sang, les gars, vous êtes bien plus heureux sans les responsabilités que nous, nous avons. Ouais, heureux, voilà ce que vous êtes… Constable, c’est Taylor, ici présent, qui m’a persuadé de venir jeter un œil et de vous donner un coup de main.
Doc Taylor eut un sourire timide et la lumière de la lampe se refléta sur ses dents humides de salive.
Doc Tinn était resté derrière papa et doc Stephenson ; la tête baissée, il avait l’air de ne pas savoir trop où mettre ses mains – même si j’avais ma petite idée de ce qu’il aurait aimé en faire.
Taylor, à l’extrémité de la table, observait calmement le cadavre.
Doc Stephenson regarda la morte, la toucha, la déplaça légèrement et annonça :
— Pour moi, c’est un sanglier qui se l’est payée.
— Et ensuite il l’a attachée à un arbre avec du barbelé ? dit mon père.
Doc Stephenson le considéra comme s’il était idiot.
— Avant ça, j’entends.
— D’après vous, c’est donc un sanglier qui est responsable de son décès ?
— Je dis simplement que c’est possible. Les défenses de ces animaux coupent comme des couteaux. Elles occasionnent de vilaines blessures. J’en ai déjà vu.
— Docteur Tinn, poursuivit papa, savez-vous qui est cette femme ?
Tinn s’avança et étudia le corps un instant.
— Je ne crois pas. Mais j’ai envoyé chercher le révérend Bail. Il devrait déjà être là.
— Et pourquoi ça ? intervint doc Stephenson.
— Il connaît presque tout le monde dans le coin. J’ai pensé qu’il pourrait l’identifier.
— Merde, difficile de comprendre comment vous êtes capables de faire la différence entre deux négresses ! ricana Stephenson. Je me demande comment vous ne mélangez pas vos femmes, les gars. Remarquez, peut-être que ça ne vous dérange pas…
Stephenson éclata de rire comme si tout le monde appréciait ce genre d’humour. Il n’avait même pas le sentiment d’être grossier. Il était si sûr que les Blancs et les Noirs étaient fondamentalement différents que, pour lui, c’était évident pour tout un chacun.
Je vis les épaules de doc Tinn trembler. L’expression de Taylor se modifia un peu. Il baissa les yeux brièvement, puis se concentra sur le cadavre.
— Maintenant que je regarde ça de plus près, je crois bien que c’est une panthère… marmonna Stephenson.
— Les panthères ne sont pas plus enclines que les sangliers à attacher leurs proies aux arbres avec du barbelé, répliqua mon père.
Le visage de doc Tinn s’éclaira – il avait apprécié cette réplique.
— Je le sais, dit Stephenson, d’une voix plus dure. Je suggère qu’elle a été tuée par une panthère et qu’ensuite quelqu’un est arrivé, sans doute un gamin noir, pour la coller contre ce tronc.
— Et pour quelle raison ? demanda papa.
— Pour s’amuser. Pourquoi pas ? Vous aussi, vous avez été jeune. Vous n’avez donc jamais rien fait d’un peu fou, constable ?
— Bien sûr que si, et plus souvent qu’à mon tour. Mais pas ce genre de choses. Et je ne vois aucun gosse capable de ça…
— Peut-être pas chez les Blancs. Et comprenez-moi bien, Tinn. Ne le prenez pas mal. Je vous connais. Vous êtes okay. Mais les gens de couleur et les Blancs sont différents. Et en votre for intérieur, vous le savez. Bon sang, y’a des choses qu’un Noir ne peut pas s’empêcher de faire et je considère que c’est une erreur de se préoccuper des moindres problèmes entre vous. Vos rejetons n’avaient pas de mauvaises intentions quand ils se sont rendus coupables de ça. C’était juste pour s’amuser. Comme quand ils trouvent un poisson mort et qu’ils le baladent partout.
— Un poisson mort et une femme, ce n’est pas pareil, répondit papa.
— Ouais, mais vous ne pensez pas que ces petits salopards de couleur ont pu prendre du bon temps à s’amuser avec une Noire à poil ?
— Doc, dit mon père, vous avez bu. Pourquoi n’iriez-vous pas dessoûler dans un coin ?
— Je vais très bien.
Doc Taylor, qui était resté silencieux jusqu’à présent, intervint :
— Docteur, peut-être que vous avez un peu trop bu, en effet. Je devrais vous ramener chez vous.
— Et pourquoi ? grommela doc Stephenson. J’ai pas de problème.
J’avais entendu dire que sa femme l’avait quitté, et comme il m’avait toujours semblé aussi mauvais qu’un serpent, je ne pouvais pas en vouloir à cette dame.
— Ce serait bien de vous reposer un moment, insista Taylor.
— Je peux me reposer ici, et partout où ça me chante.
Doc Taylor regarda mon père et secoua la tête, comme pour signifier qu’il était désolé.
— Je ne veux plus vous voir ici, dit papa. Filez cuver ailleurs !
— Qu’est-ce que vous venez de dire ?
— Je ne bégaie pas. Filez cuver ailleurs !
— Vous me parlez comme ça devant ces garçons de couleur ?
— Ces hommes ne sont plus des garçons depuis longtemps. Et je m’adresse à vous. Point final.
— Ce n’est pas votre juridiction, n’importe comment.
— Ai-je dit que je vous arrêtais ? Maintenant, remontez sur votre cheval et tirez-vous.
— J’ai une voiture.
— C’était une façon de parler, espèce de crétin.
— Crétin ? Vous me traitez de crétin ?
Papa s’approcha de lui.
— Exact. Je vous traite de crétin. Face à face. Maintenant. Ici. C’est pas assez difficile pour tout le monde qu’on ait une femme assassinée, et pas par votre foutue panthère ? C’est pas assez difficile ? Ce n’est pas correct de se quereller au-dessus du cadavre de cette malheureuse. Foutez le camp avant que je vous vire à coups de pied au cul !
— Ben, je n’ai jamais…
— Tout de suite. Tirez-vous. Taylor, emmenez-le !
À présent, je voyais les veines du cou de mon père qui saillaient, comme des cordes.
Doc Taylor effleura le bras de Stephenson qui se dégagea brusquement.
— J’ai pas besoin d’un foutu chien d’aveugle !
Doc Stephenson, peut-être dans un geste de défi, avala une longue rasade de whisky et se dirigea vers la porte en chancelant. Juste avant de sortir, il se retourna et lança à mon père :
— Je ne vous oublierai pas, constable.
— Eh bien moi, c’est presque déjà fait, répliqua papa, et ce sera définitif dès que vous aurez disparu de ma vue.
Doc Stephenson hésita, puis il marmonna :
— Je vous laisse, donc. Taylor, voyez ce que vous pouvez apprendre de ce garçon… J’arrive pas à croire qu’on ait pu donner un diplôme de médecine à un Noir ! T’es pas un docteur, pour moi, le Nègre. Tu m’entends ?
— Venez, murmura doc Taylor.
— Foutez-moi la paix cracha Stephenson.
Et il sortit.
Je jetai un coup d’œil à Richard, puis à Abraham. Ils arboraient un grand sourire tous les deux. On s’intéressa à nouveau à ce qui se passait là-dessous.
— Désolé pour lui, grommela doc Taylor.
— Il a été à la guerre, intervint Tinn. La guerre fait perdre les pédales à beaucoup de monde.
— Mon père y est allé aussi, murmura doc Taylor. Après ça, il n’a plus jamais été pareil. Il m’a raconté de sacrées histoires, ça c’est sûr.
— Vous êtes magnanimes, dit papa. Des tas de gens ont connu la guerre. Croyez-moi. Stephenson a toujours été un connard.
— Sa femme l’a quitté et il ne s’en est pas encore remis.
— Il n’est pas du genre à s’en remettre.
— C’est moi qui lui ai demandé de venir, avoua Taylor. J’ai pensé qu’il pouvait nous aider, et moi, j’étais curieux de suivre cette affaire.
— J’apprécie, répondit mon père. Vous feriez mieux d’aller prendre soin de lui, maintenant.
C’était dit avec diplomatie, mais il était clair que mon père voulait aussi se débarrasser de lui.
— Oui, grogna Taylor, et il s’en alla à son tour.
Alors, papa demanda à doc Tinn :
— Docteur, voulez-vous bien examiner cette malheureuse et me donner votre avis ?
— Volontiers, répondit Tinn. (Il posa son sac au bord de la table et l’ouvrit, puis il ajouta :) Billy Ray, allumez une lampe, s’il vous plaît.
Billy Ray, un des deux Noirs qui avaient transporté le corps, s’exécuta. Le reste de la glacière était très sombre. La seule autre lumière provenait des fentes dans le toit et dans les murs en planches.
La salle se colora d’orange. Doc Tinn fixa la poignée de la lampe à un crochet qui pendait à un chevron au-dessus de la table. On s’éloigna précipitamment de notre trou, on attendit un instant, puis on reprit position à notre poste d’observation. J’eus peur qu’on repère nos ombres, mais avec les feuillages de l’arbre au-dessus de nous et ce nuage qui cachait le soleil, ça allait. Du moins, j’en avais l’impression. Et, à la vérité, la curiosité l’emportait maintenant sur la prudence.
Doc Tinn enfila des gants de caoutchouc épais et appuya sur le cadavre avec ses gros doigts. Puis il ôta les gants, gratta une allumette, remit les gants, enfonça un doigt dans la gorge de la femme et regarda à l’intérieur. Il récupéra quelque chose au bout de son majeur et l’essuya sur un morceau de tissu qu’il prit dans sa sacoche. Ensuite, il examina les narines de la morte et essuya sur le même tissu ce qu’il en sortit. Puis il replia celui-ci.
— Je vais devoir l’ouvrir pour étudier ce qu’elle a dans son estomac, annonça-t-il alors.
— Dans son estomac ? répéta mon père.
Doc Tinn acquiesça d’un signe de tête.
— Je n’ai peut-être pas fait les études de votre Stephenson, mais j’ai une certaine pratique de la médecine.
— Eh bien, répondit papa, je sais de source sûre que Stephenson a appris dans les livres et qu’il s’est d’abord entraîné sur des chevaux et des vaches.
Doc Tinn sourit.
— Alors, j’y vais ?
Papa lui rendit son sourire et répondit :
— Faites votre boulot.
— Ça risque de ne pas être très joli-joli…
Redevenant aussitôt sérieux, mon père hocha la tête :
— Je sais.
Tinn sortit un scalpel de sa sacoche et découpa la poitrine de la femme jusqu’au nombril. Je crus d’abord que j’allais vomir mon petit déjeuner, mais j’étais trop fasciné pour ne pas regarder. Stephenson n’avait pas tout à fait tort : les gosses s’intéressaient aux cadavres, mais pas de la méchante façon qu’il imaginait.
L’entaille pratiquée par doc Tinn ne saigna pas et c’était étrange. Cette femme était décédée depuis longtemps et presque complètement gelée ; en revanche, un peu de gaz s’échappa quand il l’incisa et monta jusqu’à nous par la fente du toit. J’eus la nausée un moment, puis ça se calma.
Je plissai les yeux quand il commença à tripoter les chairs, à l’intérieur de la morte. Finalement, il coupa quelque chose, enfonça la main dans son abdomen et en ressortit des trucs noirs qu’il posa sur la table.
Je me détournai un instant, mais je notai que Richard et Abraham continuaient à regarder. Ne voulant pas passer pour une femmelette, je les imitai.
Doc Tinn demanda à mon père d’ouvrir la porte de la glacière pour avoir plus de lumière. Des gens s’étaient agglutinés sur le porche et papa les chassa. Ils s’éloignèrent à contrecœur. Ils nous observaient toujours, sur le toit, mais aucun ne cracha le morceau. Je pense qu’ils étaient contents que quelqu’un puisse jeter un coup d’œil.
Ensuite, doc Tinn se mit au travail sur les parties génitales de la femme. Il tailla et fouina à cet endroit un bon moment, tandis que mon père faisait les cent pas dans la salle avec les deux Noirs.
Ça dura un certain temps, puis le docteur Tinn s’arrêta, retourna le corps, l’examina, le remit sur le dos et dit :
— Billy Ray… Cyrus ou toi, vous pouvez m’apporter une casserole d’eau, du savon et une serviette ?
Billy Ray et Cyrus s’éloignèrent. Doc Tinn ôta ses gants et les posa sur la table.
— C’est juste une opinion personnelle, dit-il. Ça vous intéresse ?
— Je vous en serais reconnaissant, oui, répondit papa en s’approchant. Allez-y.
— Ce n’est ni un sanglier, ni une panthère qui a fait ça.
— J’en suis sûr. Les panthères ne s’attaquent pas à l’homme, en général. Ça arrive, bien sûr, mais c’est exceptionnel.
— Les panthères. Les sangliers… N’importe comment, un animal n’agit pas comme ça. Le coupable est un homme.
— Je n’en ai jamais douté.
— Il s’est servi d’un couteau très aiguisé. Ces blessures-là ont été faites quand elle était vivante. La plupart d’entre elles. Et quelques autres après sa mort. Regardez ses mains, ici.
Doc Tinn se pencha, souleva un bras du cadavre et le tourna pour que mon père puisse voir.
— Ces coupures… On dirait qu’elle a repoussé son agresseur. Et celles de ses doigts. Elles indiquent qu’il s’est attaqué à elle alors qu’elle vivait encore. Vous voyez comment elle a enfoncé ses ongles dans ses paumes, pour essayer de supporter la douleur ? Là, elle a été poignardée dans le dos et entaillée à la hauteur des reins. Aucune de ces plaies n’est profonde, sauf celle du dos, d’où on a ressorti le couteau en le faisant tourner. D’après moi, elle a tenté de résister à quelqu’un, ce quelqu’un l’a poignardée. Elle a été blessée aux mains quand elle a essayé de se protéger, elle a pivoté pour s’enfuir, alors il lui a planté son arme dans le dos, puis il l’a tailladée, ou vice-versa. Elle est tombée et, à la façon dont on s’est servi d’elle… vous voyez, là, en bas… je dirais qu’elle a été violée. Son sexe est tout déchiré, donc elle a été forcée. Une fois que le gars a eu terminé, il l’a encore découpée un moment. Elle était toujours vivante. Et son clitoris a disparu.
— Son quoi ? demanda mon père.
— Son clitoris. C’est une petite partie du sexe féminin. Quand on le frotte, sur une femme vivante, ça l’excite vraiment.
— Ah ouais ? fit papa.
— Ouais. C’est un minuscule bout de chair qui roule sous votre pouce ou sous vos doigts. C’est un truc que tout homme devrait connaître, si vous comprenez ce que je veux dire.
Papa hocha de nouveau la tête, comme s’il réfléchissait à un grand mystère – ou plutôt à une information élémentaire qui, d’une façon ou d’une autre, lui avait été refusée. Je me promis, moi aussi, de m’en souvenir, même si, à ce moment-là, je n’étais pas certain d’en avoir besoin un jour.
— Il l’a coupé ? dit papa. Ce cli…
— Clitoris. Oui, et avec une précision incroyable. Et cette blessure-là a beaucoup saigné. La fille a sans doute survécu à ça, encore que je n’en sois pas très sûr. Et je pense qu’il a continué à la torturer après l’avoir étranglée. (Doc Tinn se pencha au-dessus de la table.) Regardez sa gorge, là. Ces hématomes. C’est la marque de ses mains. Et quand il a terminé, je crois qu’il l’a jetée dans la rivière.
— Comment vous savez ça ?
— Il n’y a pas d’eau dans ses poumons. Ça signifie qu’elle n’est pas morte noyée. Et je connais bien ce sujet. Il y a cinq ans, une inondation dans cette ville s’est soldée par vingt-cinq victimes. J’ai pu voir ce que l’eau faisait aux cadavres.
— Vingt-cinq victimes ? s’étonna mon père. Il y a cinq ans ? Je ne m’en souviens pas.
— Aucun Blanc parmi eux, répondit simplement doc Tinn.
— Oh… fit papa.
— Cette femme était déjà morte quand on l’a fichue à la flotte. On voit des tas d’égratignures sur son front là, et elle a un gravillon dans le coin d’un œil. Un gravillon de rivière. Un corps balancé dans une rivière descend généralement le visage en avant, et puis le courant l’emporte et l’écorche – c’est ce qu’on voit sur son front, ici. Il y a de l’eau dans sa bouche, sa gorge et son nez, mais pas dans ses poumons. Donc j’en conclus qu’elle était décédée avant.
— C’est logique, murmura mon père. Mais s’il l’a foutue dans la Sabine, comment s’est-elle retrouvée attachée à cet arbre ?
— Bon, votre Stephenson a peut-être un peu raison, ici. On l’a repêchée pour la découper encore un peu. Ces plaies à sa poitrine sont plus récentes. On peut en être sûr parce qu’elles n’ont pas saigné. Celui qui a fait ça a torturé une morte.
— Jésus-Christ !
— Puis il l’a collée contre ce tronc avec du barbelé. Il l’a dissimulée avec des plantes grimpantes et il l’a laissée comme ça. Je ne serais pas surpris qu’il soit revenu plusieurs fois pour violer son cadavre. Si votre garçon n’était pas tombé dessus, il aurait peut-être continué. Je pense que c’est possible.
— Mais vous n’en êtes pas certain ?
— Non. Cependant, comme je vous l’ai dit, certaines de ses blessures sont postérieures à son décès. Elles pourraient avoir été faites en une seule fois – sauf qu’il y a des asticots dans quelques-unes, et pas dans d’autres. Les vers commençaient juste à se développer dans plusieurs d’entre elles quand votre gosse l’a découverte et vous l’avez amenée ici avant qu’ils aient le temps de grossir. Les asticots ne grandissent pas dans une seule plaie à la fois… Les mouches pondent partout. Mais elles n’ont pas eu le temps de le faire dans les blessures les plus récentes.
Mon père réfléchit un moment, puis il grommela :
— Comme vous le dites, Stephenson n’a peut-être pas tort. Quelqu’un d’autre a pu tomber sur le cadavre et lui faire ces choses-là. Ça voudrait dire qu’il n’y a peut-être pas qu’un seul coupable.
— Ah ah. Mais qu’est-ce que vous, vous en pensez ? Vos tripes vous disent quoi, constable ? C’est presque certainement le meurtrier qui est revenu continuer son travail… Je crois qu’il s’en est débarrassé, comme un simple déchet, dans la rivière, et puis qu’il s’est dit qu’il n’avait pas eu son comptant, alors il est revenu, il l’a repêchée et il a fait la suite…
— Comment a-t-il réussi à la retrouver ? La rivière aurait dû l’emporter.
— Bien sûr. Mais je pense qu’il l’a attachée comme un appât au bout d’une ligne, avant de la balancer. Vous voyez ça, à sa cheville ? Cette marque ? Pour moi, après l’avoir tuée, il lui a passé une corde autour de la jambe et il l’a laissé flotter. Peut-être avec un poids. De cette façon, il savait où la récupérer. Et, juste pour votre information, je dirais qu’une tortue lui a grignoté un morceau de fesse, ici.
Le soleil sortit tout à coup de derrière un nuage, et la lumière fut assez brillante pour traverser le feuillage de l’arbre à chapelets et colorer en vert notre monde immédiat. Je vis avec horreur les ombres de nos têtes se dessiner sur le corps de la femme allongée sur la table. Mon père leva les yeux juste au moment où nous nous écartions de la fente.
On n’osa pas s’approcher de nouveau. On resta simplement assis là, à les écouter.
— Vous savez que personne, chez nous, ne se souciera de cette malheureuse, ajouta doc Tinn. (Je n’entendis pas la réponse de papa.) C’est une Noire, et notre communauté, ici, ne veut pas d’ennuis… Si c’est l’un des nôtres qui a fait ça et qu’on lui met la main dessus, eh bien, on s’occupera de lui. On dit aux Blancs que le coupable est un Noir, et ça s’arrête là.
— Mais si c’était un Blanc ?
— Bien meilleure raison pour que les Noirs ne s’en mêlent pas…
— Vous pouvez organiser son enterrement et me prévenir ?
— Oui. On a un cimetière qui accepte tout le monde.
— Ouaip. La terre ne fait pas de différence.
— Et les vers non plus. (À ce moment-là, on trouva le courage de jeter un nouveau coup d’œil par l’ouverture, et on vit doc Tinn sortir une longue pince de son sac et récupérer quelque chose entre les jambes de la femme.) Ce truc est tombé dès que j’ai commencé à l’examiner. C’était enfoncé dans son sexe.
— Qu’est-ce que c’est ?
— On dirait un bout de papier. On ne peut pas vraiment savoir parce que c’est sanguinolent et tout mouillé, mais ça en a l’air.
— Du papier ?
— Notre assassin en a roulé un petit morceau et l’a mis là, oui, répondit Tinn.
— Pourquoi ?
Doc Tinn secoua la tête.
— Ça doit avoir un sens pour lui. Mais pas pour moi.
À ce moment-là, quelqu’un entra. C’était enfin le révérend. Après les salutations d’usage, il s’exclama d’une voix aiguë :
— Oh oh. Ô, mon Dieu ! Mais c’est Jelda May ! Jelda May Sykes. C’était une prostituée, mais elle venait me voir de temps en temps. Elle voulait changer de vie et être sauvée, mais elle n’y arrivait pas… Elle travaillait dans des bastringues, plus loin sur la rivière. Elle acceptait les Noirs et les Blancs, d’après ce que j’ai entendu dire. Et elle faisait un peu de magie.
— De la magie ? répéta mon père.
— Juju. Des invocations et tout ça.
— Vous ne croyez quand même pas à ce genre de choses ? murmura papa. Vous, un homme de Dieu ?
— Certaines de ses invocations n’étaient pas mauvaises, répondit le révérend. Pauvre, pauvre créature. Mon Dieu ! Qui l’a découpée de cette façon ?
— Une partie de ses blessures a été causée par son meurtrier, qui que ce soit, répondit doc Tinn. Les autres, c’est moi, pour l’examiner. Pour étudier la cause de sa mort.
— Rien de cela n’est légitime quand quelqu’un a connu l’indignité de la mort… lança le révérend. Mon Dieu, quel carnage ! Vous n’auriez pas dû faire une chose pareille.
— Si on sait quel genre d’animal on chasse, comment il vit et comment il tue, on a davantage de chances de le capturer, répondit mon père.
— Mon Dieu, pauvre Jelda May ! murmura le révérend. Elle est mieux là où elle est, maintenant.
— J’espère que vous avez raison, dit doc Tinn.
À ce moment-là, mes nouveaux copains et moi on entreprit de redescendre du toit.
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