Meute

Esther Beauchemin · Chapitre 13 sur 21

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Meute

Acte 3

ACTE 3, SCÈNE 1

 

Nuit. Catherine sort du chalet avec le pot de Coffeemate et se dirige vivement vers l’enclos. Elle ouvre la trappe.

CATHERINE

(Chuchotant.) Qu’est-ce que tu fais là, toi ? (Elle entre dans l’enclos. Hors champ.) Comment tu fais pour sortir ?…Viens ici, mon petit maudit. Bibitte ! Ici Bibitte, ici !… Tiens… C’est pour le café mais c’est comme du lait… Quand maman va revenir, elle va changer d’idée pis tu vas être à moi, comme elle l’avait dit. Pauline est pas capable de s’occuper de toi. Non, non ! Non, tu restes caché dans ta cabane. (Fort.) Néron, couché !

Irène entre dans la cour habillée de nouveaux vêtements.

(Hors champ.) Néron ! Couché, j’ai dit !

IRÈNE

Catherine ?

Catherine surgit de l’enclos.

CATHERINE

Ah ben maudit ! (À la volée.) Réveillez-vous, sont revenues ! (À Irène.) Tu vas regretter d’avoir fait ça, Irène Dingwell.

Les autres sortent du chalet.

PAUL

Regardez son linge !

ÉRIC

Le camion est où ?

PAULINE

Maman, Sauvage a tué mon chien !

IRÈNE

Maman est pas là…

PAUL

Est où ?

IRÈNE

À l’hôpital. Je suis venue vous chercher.

ÉRIC

Elle a eu un accident avec le camion ?

PAUL

Est blessée ?

IRÈNE

Non.

PAULINE

Est morte ?

IRÈNE

Non. Elle passe des tests.

ÉRIC

Des tests de quoi ?

IRÈNE

Elle a besoin de nous autres, elle est malade.

CATHERINE

Des tests de quoi ?

IRÈNE

Pour la tête.

PAULINE

Qu’est-ce qu’elle a ?

Irène ne répond pas.

CATHERINE

Qu’est-ce qu’elle a, réponds !

IRÈNE

Est malade dans tête ! Elle capote depuis que papa est mort. Elle est plus capable de s’occuper d’elle ni de nous autres, pis encore moins de son bébé. Venez avec moi, elle a besoin de nous autres.

Les chiens se mettent à aboyer. Le rayon d’une lampe de poche traverse la nuit.

PAULINE

C’est quoi ?

Les jumeaux vont jeter un œil à la barrière.

PAUL

Ça grouille sur le chemin, elle est pas toute seule !

ÉRIC

(Empoignant Irène.) Ma maudite, qui c’est qui est avec toi ?

PAULINE

C’est le gros ! Le gros à moustaches !

IRÈNE

Il s’appelle Dave, il va nous aider.

ÉRIC

Les autres, c’est qui ?

CATHERINE

C’est des Ombres, crétin !

PAUL

Elle a ouvert la barrière !

IRÈNE

Je leur ai dit de rester sur le chemin, ils bougeront pas.

ÉRIC

Paul, va barrer le cadenas, vite !

Paul s’élance dehors par le portail.

IRÈNE

Ils feront rien, Dave me l’a promis.

Catherine entre dans l’enclos.

PAULINE

(À Catherine.) Qu’est-ce que tu fais ?

CATHERINE

Je fais sortir les chiens.

IRÈNE

Non ! Ils vont rester sur le chemin. Catherine ! (À Éric.) Ils m’ont promis de pas entrer sur le terrain !

PAULINE

Pourquoi t’as fait ça ?

IRÈNE

J’ai rien fait !

PAULINE

Ils vont tuer maman !

IRÈNE

Non, ils vont la soigner.

On entend les chiens attaquer, des hommes crier.

ÉRIC

Menteuse ! Ils vont lui faire la même chose qu’à papa. Ils vont fouiller son cerveau pour lui voler son esprit !

IRÈNE

Non ! Ils vont la guérir, elle va redevenir comme avant !

Paul revient, hystérique.

PAUL

Je suis arrivé juste à temps ! Un peu plus, ils rentraient sur le terrain. Catherine a lâché Satan en premier. Il a quasiment arraché la main d’une police !

PAULINE

La police ?

PAUL

C’est plein de police !

Catherine surgit de l’enclos.

CATHERINE

Vite, tout le monde en dedans !

IRÈNE

Arrêtez, non !

ÉRIC

(Poussant Irène.) Avance !

Ils se barricadent à l’intérieur du chalet en entassant tout ce qui leur tombe sous la main devant la porte.

IRÈNE

Arrêtez !… C’est pas des Ombres !… C’est pas des Ombres, c’est du monde comme nous autres !… Ils veulent nous aider…

On entend des cris d’hommes et des aboiements de chiens. Éric s’empare d’un fusil et de balles dans l’armoire.

ÉRIC

Ils sont combien ?

CATHERINE

Une maudite gang !

PAUL

Pis il en arrivait d’autres…

IRÈNE

Qu’est-ce que vous allez faire ?

Éric va se poster à la fenêtre avec son arme.

ÉRIC

Ils ont eu maman, mais nous autres, ils nous auront pas.

IRÈNE

(À Éric.) T’es fou ? Lâche ça tout de suite !

CATHERINE

(Retenant Irène.) Pauline, viens m’aider !

Pauline aide Catherine à attacher Irène à l’aide de ruban adhésif.

ÉRIC

Fouillez-la.

Catherine fouille Irène, qui tressaille étrangement.

CATHERINE

Tiens-toi tranquille !

Dehors, un chien attaque, des hommes crient. La lumière d’un puissant projecteur balaye la pièce.

PAUL

(Criant.) Les rayons ! Couchez-vous !

Ils se jettent par terre, terrorisés.

IRÈNE

C’est rien que de la lumière !

CATHERINE

Ils veulent nous paralyser, cachez vos yeux !

IRÈNE

C’est de la lumière, bonyeu !

Un coup de feu éclate. Consternation. Paul risque un coup d’œil à la fenêtre.

PAUL

Satan ! Ils ont tué Satan !

Éric arme son fusil, ouvre la fenêtre et épaule.

ÉRIC

(Criant à la volée.) Allez-vous-en, gang de rats !

IRÈNE

Non !

Il tire dans le tas, referme la fenêtre et s’aplatit contre le mur. Silence relatif, sauf quelques chiens qui aboient et Toutoune, qui s’est mise à pleurer.

IRÈNE

Vous êtes fous…

CATHERINE

Ils l’ont fermée leur maudite lumière !

IRÈNE

(Criant.) Il a peut-être tué quelqu’un !

CATHERINE

Ça fera une Ombre en moins…

PAUL

(Regardant dehors.) Il y a plus rien qui bouge. Sont peut-être partis…

IRÈNE

Ils partiront pas. Ils vont attendre que vous soyez plus capables pis que vous sortiez de votre trou.

ÉRIC

Ils vont attendre longtemps.

IRÈNE

Qu’est-ce que vous allez faire, tuer tout le monde ?

CATHERINE

On a des balles pis des fusils en masse !

Toutoune s’étouffe et pleure de plus belle.

IRÈNE

Occupez-vous de la petite !

Pauline y va. Éric rejoint Paul à la fenêtre.

ÉRIC

Qu’est-ce qu’ils font ?

PAUL

On dirait qu’ils téléphonent.

PAULINE

Elle a encore vomi !

IRÈNE

Comment ça, encore ?

CATHERINE

Ça, c’est à cause de ton maudit lait, Éric Dingwell.

IRÈNE

Quel lait ?

PAUL

(Montrant le Coffeemate.) Éric a volé ça dans le chalet vert. C’est pour le café mais c’est comme du lait.

IRÈNE

Vous lui avez donné ça ?

CATHERINE

Pas comme ça, on l’a mélangé avec de l’eau…

IRÈNE

Quelle eau ?

PAULINE

Arrête de pleurer, bébé !

IRÈNE

Je veux la voir !

CATHERINE

Non !

PAULINE

Laissez-la s’en occuper !

CATHERINE

Non ! Elle reste attachée.

IRÈNE

Toutoune a besoin de moi !

PAULINE

La petite est bouillante !

PAUL

Laissez-la donc s’en occuper.

IRÈNE

Éric !

Éric se décide. Il sort son canif et libère Irène.

CATHERINE

Le canif ! Le canif à papa ! ?

PAUL

C’est toi qui l’avais ! ?

IRÈNE

Tu l’avais pis t’as rien dit ?

PAULINE

Irène, vite !

CATHERINE

(S’interposant.) Non ! Elle va contaminer la petite !

ÉRIC

Les nerfs, Catherine ! Laisse-la !

IRÈNE

(S’emparant du lit de Toutoune.) Il reste-tu de l’eau dans la bouilloire ?

PAULINE

Oui.

IRÈNE

Mets-en dans un biberon, vite !

Pauline s’exécute et rejoint Irène.

CATHERINE

Vous comprenez rien ! ? Elle attend juste de pouvoir les faire entrer !

ÉRIC

Ben surveille-la ! Je peux pas tout faire, moi.

CATHERINE

Laisse personne s’approcher de la maison ! Personne sort dehors sans ma permission. Compris Éric Dingwell ?

Elle va surveiller Irène. Les garçons restent près de la fenêtre.

PAUL

La petite va être correcte, hein ?

ÉRIC

Ben oui. Irène a le tour avec.

PAUL

Éric… Je peux-tu voir le canif ?

ÉRIC

(Lui tendant le canif.) C’est à moi, maintenant. Fais-lui attention.

PAUL

(Dépliant religieusement la lame.) Papa…

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