Meute
Scène 4
ACTE 3, SCÈNE 4
Nuit. Dans le chalet, Toutoune pleure. Irène est attachée, en t-shirt et petites culottes. Pauline palpe les nouveaux vêtements d’Irène, qui ont été mis en pièces. Catherine surveille l’extérieur par la fenêtre.
PAULINE
Je trouve rien.
CATHERINE
Cherche encore !
PAULINE
J’ai soif.
CATHERINE
Tu boiras plus tard, il faut ménager l’eau. Cherche !
IRÈNE
Il y a rien, Catherine.
PAULINE
J’ai même ouvert ses semelles de soulier, il y a rien !
Catherine quitte son poste et s’empare d’un morceau de vêtement.
CATHERINE
Regarde comme il faut, ils ont des micros aussi petits qu’une crotte de souris.
Éric et Paul arrivent d’une chambre avec des couvertures.
ÉRIC
Je t’ai dit de surveiller dehors, retourne à ta place, Catherine Dingwell. C’est plus le temps de la fouiller, il fallait le faire quand je te l’ai demandé.
Catherine obéit et retourne faire le guet tandis qu’Éric s’installe un lit de fortune.
PAUL
Pis là, qu’est-ce qu’on fait, Éric ?
ÉRIC
Vous deux, arrangez-vous pour que Toutoune arrête de pleurer. Faut que je dorme.
Les jumeaux rassemblent les choses du bébé.
CATHERINE
Tu peux pas dormir, faut que tu guettes avec le fusil.
ÉRIC
C’est moi qui commande ! Tu vas surveiller pendant que je dors. S’il se passe quelque chose, tu me réveilleras.
IRÈNE
Vous savez pas comment soigner un bébé.
PAULINE
Tais-toi ! Tout ça, c’est de ta faute !
Pauline va s’occuper du bébé tandis que Paul s’apprête à remplir un biberon à même le seau d’eau.
IRÈNE
Pas cette eau-là, celle dans bouilloire !
CATHERINE
Ferme-la !
ÉRIC
Paul ! Pas cette eau-là !
PAUL
Pourquoi ?
ÉRIC
Parce que je te le dis !
Paul obtempère et rejoint sa jumelle. Couché par terre, Éric examine le téléphone.
CATHERINE
(À Éric.) Ils vont t’entrer dans tête avec ça.
ÉRIC
Il est fermé.
IRÈNE
J’ai froid.
CATHERINE
(À Éric, ignorant Irène.) Les ondes passent pareil ! Ils vont prendre le contrôle de ton esprit.
ÉRIC
Tu connais rien là-dedans, tais-toi donc.
CATHERINE
C’est toi qui connais rien. Ils nous envoient des fluides, je les sens. Débarrasse-nous de ça !
ÉRIC
Ils peuvent rien faire tant qu’il reste fermé.
IRÈNE
J’ai froid, détachez-moi.
Éric enlève une des couvertures de son lit et la tend à Catherine.
ÉRIC
Donne-lui ça.
CATHERINE
Qu’elle crève.
Il lance la couverture à Catherine.
ÉRIC
Donne-lui ça, j’ai dit.
Catherine s’exécute de mauvaise grâce. Éric retourne à l’examen du téléphone.
CATHERINE
Quand maman va revenir, elle va vous châtier. Vous aurez beau crier, vous excuser, demander pardon, elle vous écoutera pas. C’est moi qu’elle va écouter. Moi.
IRÈNE
Elle reviendra pas, elle est enfermée.
CATHERINE
Elle va s’échapper.
ÉRIC
Elle peut pas s’échapper, ils la surveillent. Va falloir se défendre tout seuls, maintenant.
IRÈNE
Se défendre contre qui, contre ceux qui ont volé le canif, Éric ?
CATHERINE
Contre ceux qui ont tué notre père pis enfermé notre mère.
PAUL
Les Ombres nous auront pas ! On va se battre, hein Éric ?
IRÈNE
Les Ombres existent seulement dans vos têtes pis dans celle de maman.
CATHERINE
Ferme ta gueule pourrie.
IRÈNE
Vous autres, c’est votre cerveau qui est pourri. Maman vous a empoisonné l’esprit.
PAULINE
Parle pas contre elle !
IRÈNE
Vous vivez dans son cauchemar, réveillez-vous !
CATHERINE
Tu sens la mort, t’es déjà une Ombre, Irène.
IRÈNE
Si Toutoune meurt, ce sera de votre faute !
ÉRIC
On t’a dit de fermer ta gueule !
IRÈNE
Quand maman sera guérie, vous lui raconterez comment son bébé est mort avant même d’avoir un nom !
Éric bâillonne Irène avec du ruban adhésif. Temps.
CATHERINE
Maman a raison. Le plus dangereux avec les Ombres, c’est leurs paroles. Allez vous coucher, je vais surveiller.
Les jumeaux retournent auprès du bébé, Éric se recouche et Toutoune finit par arrêter de pleurer. Le silence tombe et tous, y compris Catherine, finissent par s’endormir. Le soleil se lève. Paul se réveille, regarde dehors et sursaute.
PAUL
Les chiens ! Éric, réveille-toi, ils ont tué les chiens ! Ils ont tué tous les chiens !
Tous se réveillent. Toutoune recommence à pleurer.
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