Meute
Scène 3
ACTE 1, SCÈNE 3
Nuit. Le chalet est silencieux, tout le monde dort. Catherine se lève et va ouvrir un des sacs de nourriture pour chiens. Elle en dévore quelques poignées. Irène se réveille à son tour.
IRÈNE
Qu’est-ce qu’il y a ? C’est l’écureuil encore ?… Tu manges ?
CATHERINE
Ben non.
IRÈNE
T’as la bouche pleine. Qu’est-ce que tu manges ?
CATHERINE
J’ai trouvé un vieux biscuit.
IRÈNE
Menteuse, tu bouffes du manger de chiens, le sac est encore ouvert !
CATHERINE
Laisse-moi passer !
IRÈNE
Crache !
CATHERINE
Laisse-moi tranquille !
IRÈNE
Crache ça. (Catherine crache.) C’est dégueulasse !
CATHERINE
J’avais trop faim ! Je le ferai plus…
IRÈNE
Ça peut plus continuer…
CATHERINE
T’es mieux de pas me « stooler ».
IRÈNE
Il faut retourner à la maison. On peut plus rester ici, on va tous virer fous.
CATHERINE
Je le ferai plus. Tu diras rien, hein ?
IRÈNE
J’ai peur, Catherine.
CATHERINE
Pourquoi ? Personne sait où on est. On est toute la famille ensemble, avec les chiens. Les Ombres peuvent rien nous faire, faut pas que t’aies peur.
IRÈNE
C’est pas les Ombres, c’est maman…
CATHERINE
Quoi, maman ?
IRÈNE
Elle a pensé aux chiens pis aux balles de fusil, mais elle nous a rien ramené à manger !
CATHERINE
Y a sûrement une raison. Peut-être que tout était empoisonné au magasin. Peut-être que les Ombres l’ont suivie jusqu’au cimetière, on sait pas.
IRÈNE
Elle s’occupe plus de son bébé…
CATHERINE
Elle te l’a donné. C’est à toi d’en prendre soin maintenant.
IRÈNE
La petite a même pas de nom, encore.
CATHERINE
Un bébé peut pas fermer son esprit comme nous autres. Si Toutoune avait un nom, les Ombres nous retrouveraient tout de suite.
IRÈNE
Maman rentre plus dans maison ; elle mange pis elle dort dans l’enclos !
CATHERINE
Elle reste dehors pour nous défendre contre les Ombres !
IRÈNE
Elle est plus comme avant.
CATHERINE
Avant quoi ?
IRÈNE
Avant que papa meure pis qu’elle nous cache ici, avec les chiens !
CATHERINE
Il fallait partir, les Ombres nous avaient retrouvés !
IRÈNE
Qui nous dit que c’était des Ombres, Catherine ? Ils venaient juste de déménager, on les connaissait même pas.
CATHERINE
Ils sont rentrés chez nous.
IRÈNE
On était embarrés !
CATHERINE
Ils sont passés en dessous de la porte, on a senti leurs fluides.
IRÈNE
Pas moi.
CATHERINE
Maman pis moi, oui. Si on s’était pas sauvés, ils nous auraient ouvert la tête à nous autres aussi.
IRÈNE
Les chiens ont pas jappé.
CATHERINE
Ils les ont gelés avec des rayons.
IRÈNE
Il est peut-être juste tombé dans un racoin, le maudit canif.
CATHERINE
On l’a cherché partout, il a disparu ! C’est tout ce qu’ils ont eu le temps de prendre mais c’est notre cerveau qu’ils voulaient. On s’est sauvés juste à temps !
IRÈNE
On peut plus rester ici, l’hiver s’en vient. Un chalet de chasse, c’est pas une place pour un bébé.
CATHERINE
Il faut attendre que les Ombres nous oublient.
IRÈNE
Ça fait quatre mois qu’on attend !
CATHERINE
Ils ont tué papa, Irène. Veux-tu finir comme lui : muet, la tête ouverte avec des fils plantés dans le cerveau ?
IRÈNE
Papa nous a jamais parlé des Ombres.
CATHERINE
Ils l’ont infecté avant qu’il puisse nous avertir.
IRÈNE
C’était peut-être vrai, qu’il était malade !
CATHERINE
Non ! C’est des menteries, maman l’a dit!
IRÈNE
Papa aurait pas permis qu’on vive dans misère. Qu’est-ce qu’on va manger demain, Catherine ? Du manger de chien ?
CATHERINE
J’ai dit que je le ferais plus ! Si tu en parles à maman, je vais lui dire que tu manigances contre elle pis elle va te châtier. Demain, je vais lui demander de nous purifier. T’en as besoin. Pis moi aussi.
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