Monsieur Sapiro

Benny Barbash · Chapitre 10 sur 12 · partie 2/3

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Monsieur Sapiro

Chapitre 6

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Même un homme comme Hans – en bon publicitaire, les seins ne sont rien d’autre pour lui qu’un moyen de faire augmenter les ventes, ainsi qu’un objet de désir et d’accession au plaisir (on peut les caresser, les téter, les lécher, les pincer et jouir entre eux, si tant est qu’il y en a deux et qu’ils sont suffisamment gros) – Hans donc, n’a pas eu le cœur d’apprendre son départ à celle qui attendait la mort annoncée de son sein. Et c’est ainsi qu’un membre agonisant a acquis une force et un pouvoir dont il n’aurait jamais rêvé quand il était encore en pleine santé et rattaché au corps d’une femme heureuse, jeune et belle. S’il s’était trouvé quelqu’un pour penser, comme Cornelia, que l’ablation du sein signifierait la fin de son pouvoir sur tous les intéressés, il aurait été bien démenti par la cruelle réalité. Le sein disparu revint interférer dans leur vie comme un fantôme, anéantissant du même coup la relation de Hans avec une Cornelia frustrée et la relation d’Helga avec un Hans frustré. Hans est tiraillé entre deux navires échoués, l’un qu’il souhaite ardemment quitter sans savoir comment, et l’autre, à la double figure de proue, qu’il souhaite ardemment rejoindre, chose qu’il ne peut faire avant d’avoir réussi à quitter le premier.

Cette petite histoire, qu’il vient d’inventer de toutes pièces – et qui rappelle par certains aspects sa propre histoire, bien qu’elle se soit développée dans des directions différentes, car il n’est pas Hans, et Liat n’est pas Helga, et comparées à Cornelia, toutes les aventures qu’il a eues avec d’autres femmes n’ont été que des affaires sans lendemain – ne suffit toutefois pas à expliquer cette étonnante conversation téléphonique au cours de laquelle une femme malheureuse tente désespérément d’extorquer une réponse à un Hans mutique. Et d’ailleurs, pourquoi de nouveau le cancer ? se reproche-t-il. Pourquoi revenir toujours à la même histoire, si on peut en inventer une autre ? Il existe tout de même d’autres maladies susceptibles de s’accorder avec les données réunies jusqu’à présent. Comme par exemple une atrophie musculaire galopante qui aurait touché les cordes vocales d’Helga, expliquant ses chuchotements. On comprendrait moins en revanche le mutisme de Hans. Pourquoi chercherait-il à éviter Helga alors qu’elle est de toute façon sur le point de mourir et de lui rendre sa liberté ? Non, dans ce cas, Hans répondrait à Helga. Qu’a-t-il à perdre ? Et si c’était l’inverse ? Si c’était Hans qui était atteint d’une maladie mortelle ? Cela expliquerait son mutisme d’une façon autrement plus convaincante. Il y a deux ou trois mois, pas davantage, il a fui la maison pour épargner à Helga le spectacle de son agonie et lui rendre sa liberté, il s’est réfugié dans une petite bourgade oubliée, sur les bords de la mer Adriatique. Tu es encore jeune, lui a-t-il dit, tu as toute la vie devant toi, une nouvelle carrière, un nouvel amour, alors que pour moi, tout est fini, on tire un trait… Non, en réalité, il ne lui a rien dit de tout cela, pas Hans, pas un homme introverti comme lui, si enclin à se murer dans le silence. Hans lui aura plutôt laissé un petit mot dans la cuisine. Mais le choix de la cuisine ne s’est pas imposé d’emblée ; il a tout d’abord collé le petit mot sur le miroir de la salle de bains, certain qu’elle ne pourrait pas le manquer à cet endroit, car le plus inquiétant en matière de petits mots est leur propension à échapper à leurs destinataires, qui ignoreront à jamais les motifs et justifications qui ont poussé leurs auteurs à les rédiger, ce qui est source d’innombrables malentendus ou occasions ratées (si seulement tu avais lu mon petit mot, tu aurais compris… si seulement tu l’avais vu, tu serais resté à la maison…). Mais en se penchant vers le miroir pour y fixer son petit mot, Hans est effrayé par son propre reflet en train de se pencher pour fixer, exactement au même moment, l’envers du petit mot qui se reflète dans le miroir. Quelque chose dans cette vision – dans laquelle le Hans en train de coller un petit mot sur le miroir s’est soudain transformé en un Hans en train de se regarder, collant un petit mot sur le miroir – a ébranlé sa sérénité. A remis en cause l’authenticité de l’instant. En un clin d’œil, nous sommes passés du drame au mélodrame, du fait lui-même à son reflet distordu, et c’est ainsi qu’avec la détermination qui caractérise les gens silencieux, Hans a pris la décision de ne pas se laisser influencer par cette réalité double qui se joue de lui. À peine a-t-il fait quelques pas en direction de la porte d’entrée, qu’il se retourne déjà pour vérifier si le petit mot est accroché de façon bien visible (au centre du miroir). Il est soudain pris d’angoisse à l’idée qu’Helga, qui l’apercevrait tout de suite et le lirait sans même le détacher, serait amenée, elle aussi, à regarder son reflet dans le miroir, verrait les larmes couler sur ses joues, et la pitié ressentie pour lui, pour Hans qui lui fait part de son désespoir par le biais du petit mot, se transformerait en pitié pour elle-même, qu’elle contemple dans le miroir, avec à la main un petit mot dont elle oublierait peut-être même jusqu’à l’existence. Il en va de la souffrance comme des grands conflits entre deux nations, personne ne se souvient comment ils ont débuté, et ils finissent par se générer eux-mêmes sans plus de lien avec le funeste événement qui est à leur origine. L’éventualité que l’attention d’Helga soit détournée du petit mot pour se concentrer sur son propre reflet éploré invalide aussitôt le miroir comme support adéquat à la transmission d’un message de ce type et, après que Hans a testé d’autres possibilités, plus ou moins judicieuses (le guéridon du téléphone, le bureau d’Helga, sa table de nuit), qui toutes se révèlent inappropriées pour diverses raisons, il jette son dévolu sur la porte du frigo, dans la cuisine, deuxième endroit où se rend Helga en rentrant à la maison. Après un petit passage aux toilettes pour se vider les intestins, c’est là qu’elle va chercher de quoi les remplir de nouveau.

Et en effet, lorsqu’Helga rentre du travail – il est déjà dans l’avion et se représente avec une grande précision l’itinéraire de cette dernière dans leur maison (il n’y a guère qu’en Allemagne que le déroulement des choses revêt une précision de métronome) –, elle parvient au frigo, comme de juste après un passage obligé aux toilettes, découvre le petit mot, qu’elle lit le souffle coupé, la bouteille de lait lui échappe des mains et se brise en mille morceaux, Helga éclate en sanglots, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’une efficacité remarquable pour ramasser les débris, qu’elle jette de confusion dans le congélateur plutôt que dans la poubelle. Après avoir passé quelques jours à tenter de localiser Hans sans succès, elle finit par recourir à un détective privé, qui lui fournit l’adresse et le numéro de téléphone de ce dernier. Elle commence à l’appeler la nuit pour le supplier de rentrer à la maison. L’amour véritable se révèle dans les situations de crise, lui rappelle-t-elle. Elle veut être à ses côtés, elle se doit de l’être, même s’il est malade. Surtout s’il est malade. À l’agonie, corrige-t-il. Non, il ne faut pas employer ce mot ! Rien n’est fini avant la fin, dit-il en ricanant, citant une maxime de sa mère, qui lui a toujours interdit de baisser les bras, même dans les situations les plus désespérées (comme par exemple, lorsque le score s’élève à quinze contre quarante en faveur de votre adversaire, dans le troisième set d’un match de tennis). Pour moi, ce ne sera jamais fini, lui déclare-t-elle solennellement, et peut-être y croit-elle vraiment, à cet instant précis. Oh, comme tu te trompes. Je vais mourir, je ne serai plus qu’un souvenir qui s’effacera avec le temps pour devenir l’ombre d’un souvenir, avant de disparaître tout à fait. Il ne disparaîtra jamais, proteste-t-elle, nous nous sommes promis de nous aimer à tout jamais, non ? Pour l’éternité… Notre éternité prend fin avec la mort, Helga, aucun amour, aussi fort soit-il, ne changera cette cruelle évidence. Non, non, proteste-t-elle avec véhémence, tu m’as dit que notre amour subsisterait, même après la fin des temps.

Au début, il se laissait prendre au jeu et se prêtait à ces conversations banales, sortes de cérémonies du souvenir pour un amour qu’ils avaient ressenti autrefois, lorsqu’ils étaient différents et pensaient vraiment ce qu’ils disaient. Mais au fur et à mesure que les jours passaient, ses réponses s’étiolèrent de plus en plus, ses silences se firent plus longs, jusqu’à l’absorber entièrement, car quel lien peut-il subsister entre un homme sur le point de se retrouver six pieds sous terre et une femme qui compte bien arpenter quelques belles années encore ? Le lien, c’est bien sûr le bébé, dont on entendait les babillages tout à l’heure au téléphone, mais dont l’existence complique davantage la situation, puisqu’il n’est pas réellement l’enfant du couple. Hans l’ignore, et peut-être même ne le saura-t-il jamais si Helga ne le lui dit pas, Helga, donc, a conçu cet enfant avec le meilleur ami de Hans, son collègue de travail, Christen. Le seul lien entre eux consiste donc en un mince câble de cuivre, qui court à travers l’Europe, de Hambourg en passant par la mer du Nord jusqu’à un certain village de pêcheurs au sud de l’Adriatique. Et ce câble, bien que de fabrication allemande et donc d’une qualité irréprochable, n’est pas en mesure de relever un tel défi. Dévorée par la culpabilité d’avoir trompé son mari malade, Helga ne peut se résoudre à le voir disparaître de sa vie. Elle sait d’instinct que si elle l’abandonne en ces heures sombres à son triste sort, elle ne se le pardonnera jamais.

Le son des cloches d’une église, dans le combiné, le transporte dans un autre temps, à une autre époque. Il se trouve en Allemagne, en Bavière, à Munich, à l’occasion d’un colloque international sur le thème, porteur à l’époque chez les publicitaires, « Éthique et représentation du corps de la femme dans la publicité à l’ère du numérique ». Il se souvient qu’on lui avait attribué une chambre, initialement réservée au nom d’un certain Hans Schreiber. Le personnel de nuit à l’hôtel n’avait pas été informé de ce changement et on lui avait transféré les appels pour Schreiber. Le combiné à la main, il avait écouté les pleurs destinés à un autre. Malgré tous ses efforts, il ne parviendra jamais à reconstituer la véritable histoire de Hans et Helga, si tant est qu’il n’en existe pas plusieurs versions. Le malheur a de nombreuses variantes, comme l’a dit Tolstoï. La souffrance d’une femme diffère de celle de Hans, et toutes deux diffèrent de la sienne à lui. Il est probable qu’il ne connaîtra jamais le fin mot de cette histoire. L’appel téléphonique, auquel il se raccroche comme une moule à son rocher et dont il comble les silences en inventant des scénarios, lui a été transféré par erreur, comme dans sa vie tant d’autres choses, inattendues et involontaires, se sont ainsi produites par hasard : ses amis, ses maîtresses, ses deux épouses légitimes dont il a divorcé, des tableaux et ses copies de tableaux, la mort de son père, qui a épousé sa mère à deux reprises, une fois avant la Seconde Guerre mondiale, l’autre fois après et qui a divorcé d’elle à deux reprises après la guerre, deux chiens, deux guerres israéliennes, une identité usurpée, mille visages qui brouillent sa véritable apparence, si tant est qu’elle existe (« maintenant on voit ton vrai visage »), l’ablation d’un rein, une carrière professionnelle erratique, un fils et une fille qui ne sont jamais nés, un fils dont il ne voulait pas et avec lequel il n’a aucun contact. En somme, un fleuve aux eaux troubles qui coule vers sa mort, en charriant dans sa course des cadavres bouffis et putréfiés, chiffons gorgés de souvenirs, lambeaux de vie moisis.

Les cloches des églises ont cessé de retentir, un silence de mort s’installe de nouveau. Il ajuste l’écouteur à son oreille, dans l’espoir de percevoir un indice de la présence de la femme à l’autre bout du fil.

« Trois heures déjà », murmure la pauvre femme, abattue. « Je n’avais pas remarqué qu’il était aussi tard… Je suis désolée si je t’ai réveillé… Je… Oh, Hans, je regrette tellement… Je regrette tout… » La sonorité métallique de la langue allemande, qui d’ordinaire le transperce, lui paraît, dans la bouche de cette femme éplorée, douce et cajoleuse. Son chagrin, qui jusqu’alors ne laissait guère passer que des soupirs étouffés et des reniflements, éclate soudain, un flot de larmes envahit la ligne téléphonique et submerge son cœur plein de compassion. Ses sanglots réveillent le bébé qui dormait effectivement à ses côtés et dont les cris effrayés se joignent aux pleurs de sa mère…

« Helga… » murmure-t-il d’une voix pleine de compassion, mais il se mord aussitôt la langue, car bien sûr, ce nom n’est que le fruit de son imagination.

« Helga ? » demande la femme d’une voix étranglée. Elle n’est plus simplement triste, mais bel et bien offensée. « Helga ?! » répète-t-elle de nouveau, complètement abasourdie, et avant qu’il n’ait eu le temps d’ajouter le moindre mot, elle coupe court à tout jamais à leur conversation et au lien qui les unit.

Il continue de presser l’écouteur à son oreille, essayant de capter un son dans le trou noir qui s’étend à l’autre bout du fil. De même que la rétine conserve les contours d’une image après que cette dernière a disparu de notre champ de vision – ce qui pousse bon nombre d’assassins à crever les yeux de leurs victimes –, les pleurs de cette femme et de son enfant continuent à résonner dans sa tête. Un frisson le parcourt. Il cherche fiévreusement l’équivalent allemand de la touche de rappel qui, chez les Israéliens, est tellement utilisée qu’elle est toujours complètement effacée. Il va la rappeler et lui expliquer son erreur, il s’excusera d’avoir écouté si longuement une conversation qui ne lui était pas destinée, il la consolera. Vous ne pouvez pas passer des nuits entières à vous morfondre ainsi, lui dira-t-il, vous avez besoin d’aide et si vous n’avez personne d’autre, vous pouvez compter sur moi. Dites-moi simplement de quoi vous avez besoin. D’argent (c’est toujours la première chose qui lui vient à l’esprit lorsqu’il pense à aider), de soutien, d’une épaule amie, d’une main consolatrice… de baise – voilà que le serpent perfide rampe hors de son trou, en se demandant comment tirer profit de la situation. On investit dans une relation, on instaure des liens de confiance, on prodigue de l’affection, des baisers, des caresses, peut-être même investit-on de l’argent. La logique veut que tout cela conduise à une relation plus intime, autrement, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche, n’importe quel psychologue vous le dira, les relations sexuelles sont une partie importante de la vie… Il interrompt le murmure tentateur du serpent, le renvoie dans son trou et transforme sa proposition de sexe en une proposition d’amour. L’amour guérit de tout, en particulier les cœurs brisés, lui dira-t-il, lui offrant le sien sans condition et aussi longtemps qu’elle en aura besoin. Et si tu n’es pas prête pour l’amour, car les blessures de ton cœur sont encore trop fraîches, je te donnerai de l’affection, de l’amitié, de la chaleur, de la compassion. Tu n’imagines pas à quel point être pris dans les bras de quelqu’un peut dissiper la solitude et la souffrance, et je ne parle même pas des merveilles que peut accomplir un baiser, pas le baiser sec, formel, qui stigmatise la distance entre les personnes, ni le baiser dur, possessif, dominateur, qui fait s’entrechoquer les dents tandis que les langues s’enflamment en un duel, ni le baiser goulu qui laisse le menton de ceux qui s’y adonnent luisant de bave, ils se fondent l’un dans l’autre, éperdus, pris d’un désir débridé, se lèchent et se mordillent, emportés par une tempête passionnelle. Ce baiser-là n’a qu’un seul et unique but et s’achève toujours en coucheries sauvages. Je ne dis pas que les relations sexuelles sont une mauvaise chose, non, non, non, au contraire – les rares fois où ma virilité m’a fait défaut et où je n’ai pu accomplir mon devoir, c’était avec une femme amputée d’un sein, j’avais donc des circonstances atténuantes – je n’ai que des choses positives à dire sur les relations sexuelles, pourquoi d’ailleurs faudrait-il employer ce terme ? D’où sort-il ? C’est un mot répugnant, qui sent la thérapie de couple et les sexologues en cabinet (le thérapeute : « Si vous ne voulez pas prendre la pilule, Madame, et que vous, Monsieur, refusez les préservatifs, pourquoi ne pas pratiquer le coitus interruptus ? » La femme : « Qu’en penses-tu, Yehoshua ? Veux-tu essayer le coitus interruptus ? » Yehoshua : « J’ai un peu de mal à parler de ça en public. ») Je cherche un autre mot, susceptible d’éclairer mes intentions, car ceux qui viennent communément à l’esprit d’un homme qui évoque ses exploits sexuels à l’occasion par exemple d’un séjour en Roumanie, avec ses collègues d’une boîte de high-tech – des mots comme baiser, bourrer, fourrer, déchirer, enfiler, mettre –, ne servent pas du tout ma cause. Tous ces termes confèrent à la femme un rôle passif, en insistant sur le rôle actif de l’homme, ils sont tous coupables de sexisme, raison pour laquelle on les retrouve dans le vocabulaire militaire (baiser Arafat, enfiler tous les terroristes et bourrer tous les auteurs d’attentats suicide en les prenant par-derrière, pour qu’ils ne puissent plus jamais nous oublier). Ou peut-être est-ce le contraire, peut-être est-ce le langage militaire qui a inspiré aux hommes la terminologie à laquelle ils ont recours pour décrire leurs prouesses sexuelles, quoi qu’il en soit, cela ne change rien, pour la plupart des hommes, la guerre et le sexe sont une seule et même chose. Je cherche un mot doux, agréable, gai, qui se distingue de tous ceux qui décrivent l’activité sexuelle standard qui domine le monde, dans les chambres ou les refuges, dans les airs, en mer et sur la terre, à bord des avions et des bateaux, à la belle étoile et dans les souterrains, sur les somptueux bureaux de conseillers, entre des patrons mariés et des secrétaires pleines d’espoir, dans les cuisines entre un chef et une serveuse à qui il réserve son meilleur plat, dans les toilettes des discothèques, dans des chambres de motel pouilleux, des bordels, des prisons, des hôpitaux, des écoles, des maisons de retraite jusqu’à ce que mort s’ensuive, des cimetières (après que mort s’est ensuivie), des cages d’escalier, des ascenseurs bloqués, des cellules de couvent, sur des couchettes étroites, où les jambes se frottent aux murs et où le va-et-vient des postérieurs fait se cogner les fesses au plafond, dans des trains de nuit dont les sifflements couvrent les cris de plaisir, sous les ponts, sur les ponts, dans de minuscules voitures où chacun est contraint de se livrer à toutes sortes de contorsions du fait des équipements ultrasophistiqués conçus par un ingénieur zélé…

Le seul mot qui me vienne à l’esprit est le mot union. Au contraire de tous les précédents, il évoque l’harmonie et la douceur et lui seul pourra transmettre la pureté de mes intentions. Il traduit la noblesse de l’amour. Mais peut-être me faut-il être plus délicat et plus subtil encore. Oublions donc le sexe, auquel je me suis laissé aller à penser par une association d’idées incontrôlée, de même que j’ai été amené toute ma vie à faire des choses dont je n’avais nulle envie. Revenons au baiser. Pas ceux que je viens d’évoquer et qui m’ont conduit sur des chemins de traverse, non, pensons plutôt à la magnifique sculpture de Rodin. Une telle douceur émane du baiser qui unit cet homme à la femme sur laquelle il se penche, qu’il ferait presque fondre la roche dont tous deux sont issus. C’est d’un tel baiser que je veux parler et si tu trouves que la position des amants évoque malgré tout une certaine dépendance de la femme par rapport à l’homme – qui passe une main sous le cou de cette dernière, qui est comme suspendue à lui et s’abandonne à sa bienveillance –, ce qui te déplaît, car tu ne veux pas retomber dans le genre de relations pourries que tu as entretenues avec Hans, peut-être pouvons-nous faire un bond en avant de douze ans et considérer cette magnifique sculpture de Brancusi où les deux amants sont unis l’un à l’autre en une égalité parfaite, et sont véritablement une seule et même personne. Je te propose un baiser pur, celui qui ressuscite les morts, réveille la Belle au Bois Dormant de son sommeil ensorcelé, transforme les crapauds en princes et adoucit les cœurs de pierre des dragons. Un baiser noble, donné généreusement, sans arrière-pensée.

Tout est prêt dans sa tête. Il peut encore étoffer un peu les choses grâce à deux exemples, qui lui viendront probablement à l’esprit au fil de son discours – Kempion, qui donne un baiser au serpent, lequel se mue en belle duchesse, ou Brandimart dont le baiser transforme le dragon en une magnifique fée blonde. C’est un discours gagnant, il en est persuadé et il chasse de nouveau le serpent perfide qui tente de s’introduire dans ses pensées par le biais de ces vieilles ballades et légendes écossaises et anglaises. Ses arguments iraient droit au cœur de n’importe quelle femme. Mais c’est alors qu’il s’aperçoit, à sa grande déception, que les Allemands, pourtant à la pointe de la technologie, sont à la traîne en matière de téléphonie et n’ont pas équipé leurs appareils de la fonction de rappel automatique, peut-être parce qu’ils sont plus réservés ou moins curieux que les Israéliens. La possibilité de joindre la femme tombe donc à l’eau. De même que Riabovitch recevant par erreur le baiser d’une jeune donzelle, à la faveur de l’obscurité, il avait lui aussi ressenti, en parlant avec cette femme inconnue, une étincelle de désir, laquelle se mue désormais en un sentiment nostalgique de frustration.

Est-elle blessée parce que Hans l’a prise pour Helga, ou bien a-t-elle soudain compris qu’elle ne parlait pas avec la bonne personne ? Dans le premier cas, il y a de grandes chances qu’elle rappelle, il pourrait alors lui présenter ses excuses et lui offrir son amitié. Il était arrivé à la conclusion, en se remémorant la manière dont elle avait répété à deux reprises « Helga ?! » sur un ton offensé, qu’elle avait l’habitude d’être humiliée par Hans, ce qui ne l’empêchait guère de rappeler. Elle regrettait cette faiblesse, mais n’avait pas la force de lui résister. D’un autre côté, si le second cas de figure se révélait exact et qu’elle pensait avoir parlé avec un étranger, il est probable qu’elle ne le rappellerait pas.

Il ne lui reste donc plus qu’à interpréter son silence entre ses deux exclamations (« Helga ? » – silence abasourdi, puis de nouveau – « Helga ?! » – fin de la conversation). Il ne fait aucun doute que le laps de temps entre les deux correspond à une question rhétorique silencieuse, que l’on peut déduire du ton sur lequel elle a prononcé ses deux « Helga », et qui du même coup répond à cette question fondamentale. « Helga ? » – première exclamation blessée, suivie d’un silence, la question rhétorique se formule dans son esprit : « Tu m’as donc oubliée si vite que cela ? », puis « Helga ?! », seconde exclamation offensée, qui renforce l’effet de la remarque passée sous silence, fin de la conversation. On pourrait évidemment enrichir ce silence intermédiaire, « Incroyable ! Tu ne sais même pas avec qui tu parles » ou encore « C’est un comble ! Faire semblant de ne pas me connaître, espèce de malade ». À l’inverse, se dit-il pour s’encourager, on ne peut faire entrer dans ce silence une phrase qui démontrerait avec certitude qu’elle a reconnu l’erreur : « Helga ? » (exclamation n o 1), « Vous me laissez parler pendant des heures, sans même prendre la peine de me dire que je me suis trompée de numéro ? » (question rhétorique silencieuse et offensée), mais dans ce cas, la seconde exclamation « Helga ?! », qui met un terme à la conversation, n’est pas plausible, peu importe le ton sur lequel elle est prononcée : « Helga ? Vous me laissez parler pendant des heures, sans même prendre la peine de me dire que je me suis trompée de numéro ?! Helga ?! » Non, ça ne sonne pas juste. Si elle s’était rendue compte de son erreur, elle aurait raccroché immédiatement après le premier « Helga », ou alors elle aurait prononcé à voix haute la fameuse phrase passée sous silence, juste avant de raccrocher : « Vous me laissez parler pendant des heures, sans même prendre la peine de me dire que je me suis trompée de numéro ?! » Et elle aurait aussitôt mis fin à la conversation, furieuse contre cet inconnu qui l’a induite en erreur, contre elle-même aussi, de s’être tellement révélée. Elle n’aurait pas rajouté un second « Helga ?! ».

Elle va rappeler, essaie-t-il de se convaincre, tout en se levant du lit. Elle n’a pas le choix. Elle est dépendante de Hans, et si elle croit vraiment qu’il est ici, elle n’y résistera pas. Elle est en train de calmer le bébé, elle va ensuite aller boire quelque chose dans la cuisine et rejouera toute la conversation comme elle le fait d’ordinaire, ce qu’elle a dit et ce qu’elle n’a pas dit, ce qu’elle aurait pu dire et ce qu’elle aurait dû dire, ce qu’elle aurait pu éviter de dire, toutes ces réflexions auxquelles nous nous abandonnons tous avant ou après une conversation capitale, par laquelle nous espérons obtenir une chose ou empêcher l’autre de l’obtenir (une information, un indice, une réconciliation etc.).

J’aurais pu lui toucher deux mots au sujet de son Helga, s’emporte-t-elle. Pourquoi ai-je raccroché ? Pourquoi est-ce que je renonce toujours ? Que s’est-il passé en réalité, pourquoi est-ce moi qui devrais me sentir mal ? C’est lui qui devrait se sentir mal ! Il faut que j’apprenne une fois pour toutes à surmonter ma peur et à lui dire ce que je pense de lui. Qu’il aille donc baiser toutes ses Helga, ses Katharina et ses Eva ! J’ai le droit de le lui dire, bien que, je le reconnais, j’ai été surprise, même très surprise lorsqu’il m’a prise pour Helga. Comment aurait-il pu en être autrement ? Je me lamente pendant des heures et lui, il est avec Helga, alors oui, j’ai été surprise, mais je peux surmonter mon étonnement, respirer un bon coup et calmer les battements de mon cœur qui s’emballe, résister à cette envie de pleurer qui me prend toujours lorsque je lui parle, je pourrais lui dire nonchalamment, avec une pointe de cynisme et d’ironie : « Alors cette fois-ci, c’est Helga, intéressant… Est-ce qu’elle sait déjà à qui elle a affaire ou lui joues-tu encore la comédie ? », ou encore « Je suis désolée de constater que ton ouïe s’est affaiblie au point que tu ne puisses plus distinguer nos voix », non, cette dernière solution n’est pas bonne, ce ne sont que des piques, j’ai besoin de quelque chose de plus marquant, de plus pointu. Ou peut-être devrais-je opter pour le côté détaché et pragmatique : « Non, ce n’est pas Helga, c’est Verena, Verena von Poser, pour te rafraîchir la mémoire, et je pense que nous avons deux ou trois petites choses à régler, pour t’épargner d’autres appels de ma part à l’avenir et de me confondre avec, comment tu l’as appelée déjà, ta nouvelle petite pute, à moins que ce ne soit déjà sa remplaçante… »

Au début, elle avait espéré que Hans la rappellerait. Elle aurait bien mérité qu’il la rappelle. Leur conversation avait été tellement humiliante. Mais d’un autre côté – elle en arrive déjà à lui trouver des circonstances atténuantes –, tout cela a dû être encore plus embarrassant pour lui. Il a dû se sentir complètement idiot et je ne lui ai même pas donné l’occasion de réparer son erreur. Après une bourde pareille, il n’aura sans doute pas le courage de décrocher le téléphone et il ne faut pas oublier que je l’ai tiré d’un profond sommeil à trois heures du matin, ce qui n’est pas exactement une heure où l’on est en pleine possession de tous ses moyens, et d’abord qui est cette Helga ? Helga surgit de nouveau dans ses pensées, perturbant le cours de son monologue intérieur. Qui est donc cette Helga ? Cette petite pouffe, qui lui trotte tellement dans la tête qu’il n’entend qu’elle, peu importe à qui il s’adresse…

Elle va rappeler, se dit-il, presque convaincu. Elle n’a pas le choix. Elle va boire quelque chose, se passer le visage sous l’eau, peut-être même prendre une douche. L’eau chaude va la détendre, mais ne parviendra pas à chasser la curiosité qui la ronge comme un ver : Helga, Helga, Helga… Elle va soigneusement préparer ce qu’elle a à dire, pour éviter de commettre un faux pas, prendra quelques notes et ensuite, il jette un coup d’œil à sa montre, dans une heure environ, quand elle ne pourra plus tenir davantage, elle s’assiéra à côté du téléphone, hésitera peut-être un instant, mais se ressaisira aussitôt et composera son numéro avec détermination. Il décrochera le combiné et avant qu’elle n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, il la devancera en disant : « Je sais que vous cherchez Hans, mais vous êtes tombée sur quelqu’un de mieux, un instant, ne raccrochez pas, laissez-moi vous dire quelque chose d’important, que je n’arriverai peut-être pas à exprimer comme je le ressens, parce que j’ai préparé ce petit discours dans une autre langue que l’allemand, que je ne parle pas très bien, mais pour ce que j’ai à vous dire, qui vient du fond du cœur, nul besoin de beaucoup de mots… Je vous aime… » Et pour atténuer un peu le côté mielleux de cette déclaration, il ajoutera sur un ton espiègle : « J’ai eu un coup de foudre auditif. »

C’est aussi simple que cela. Cela demande si peu d’efforts de tendre une main ouverte pour toucher son prochain et le rendre heureux. Peut-être faut-il se pencher un peu en avant ou se dresser sur la pointe des pieds. Rien de plus. Mais nous ne tendons pas la main, gardons le poing fermé. Un peu comme un homme d’affaires mal inspiré, qui repousse une offre attrayante et prometteuse, nécessitant de sucroît un investissement minimal. Il l’examine d’un œil soupçonneux, en tentant d’y déceler un défaut et après avoir constaté que tout est absolument parfait, il décline finalement la proposition, en arguant : « Puisque c’est si bien que cela, pourquoi personne d’autre n’y a-t-il pensé avant ? » « Je ne sais pas », répondra son interlocuteur, avant d’ajouter après une brève hésitation : « Peut-être parce que cela ne peut nuire à personne. »

« Allô ? » Une voix féminine déterminée le tire de ses réflexions à propos de cet appel reçu par erreur il y a des années, pour le ramener à la conversation d’aujourd’hui qu’il a interceptée. Il lève les yeux de l’aiguille des secondes de sa montre – laquelle a accompli deux tours complets – pour jeter un œil à la serveuse inquiète. Il lui fait signe que tout est en ordre et que l’appel, malgré ces contretemps, a bien été transféré à son destinataire. « Allô ? » répète la voix, cherchant à tâtons une preuve de sa présence.

« Oui », répond-il prudemment, de sa plus belle voix de Monsieur Sapiro.

« Monsieur Sapiro ? » Un léger soupçon pointe dans la voix de la femme.

Il marmonne quelque chose d’incompréhensible, dans l’espoir que la prochaine intervention de son interlocutrice lui révélera en quelle langue leur conversation est censée se dérouler.

« Vous êtes bien Monsieur Sapiro ? lui demande-t-elle en hébreu.

— Lui-même, confirme-t-il, en prenant un fort accent américain.

— Dieu merci. Nous craignions que vous ne soyez pas arrivé.

— La serveuse a eu du mal à me trouver. Elle a tout simplement…

— Nous craignions que vous ne soyez jamais arrivé en Israël, l’interrompt la femme.

— Pourquoi donc ? demande-t-il prudemment.

— À cause de l’accident de la Pan American. Nous étions persuadés que vous étiez sur le vol La Nouvelle-Orléans/New York.

— J’ai décidé au dernier moment de ne pas le prendre, répond-il du tac au tac, sans se démonter, avec une assurance qui le surprend lui-même.

— C’est une chance…

— Simple intuition, la reprend-il.

— C’est une chance que vous ayez de l’intuition. »

J’ai un bon sens de l’à-propos, se dit-il avec satisfaction. Elle a une voix agréable et le plus important – elle ne s’est pas aperçue de la supercherie.

« Adam m’a dit qu’il ne serait pas étonné que ce soit votre présence à bord qui ait fait exploser l’avion. »

Il se tait. Tente de digérer l’information. Est-ce simplement l’humour d’Adam ou y a-t-il du vrai dans tout cela ?

« Monsieur Sapiro ? Vous êtes là ?

— Oui, oui, bien sûr. Je ne suis parti nulle part.

— J’espère que la chambre que nous vous avons réservée vous convient.

— Vous savez comment c’est, répond-il, confus, en imaginant les membres disloqués du malheureux Sapiro volant à travers les airs à plus de dix mille pieds d’altitude, toutes les chambres d’hôtel se ressemblent.

— Nous avons laissé une enveloppe à votre intention à la réception, elle contient les documents que vous avez exigés et le premier paiement, dont vous êtes convenu avec Monsieur Smith, à Hong Kong. Voulez-vous y jeter un œil avant que nous nous voyions pour discuter des détails.

— C’est fait.

— On nous avait prévenus que vous aimiez vous mettre au travail rapidement.

— Avec tous ces attentats autour de moi, essaie-t-il de plaisanter, je ne peux pas me permettre de traîner.

— Bien entendu… Vous devez avancer.

— Bien entendu. Il faut toujours aller de l’avant, au risque de rester à l’arrière.

— Et vous n’avez pas peur, après avoir presque été…

— Après avoir presque été quoi ?

— Après avoir presque été tué dans l’explosion de l’avion…

— Pour voler, il faut avoir des ailes, répond-il doctement, jouissant de l’éloquence de Sapiro et dispensant des clichés avec largesse, sans craindre de nuire à la réputation d’un homme connu pour ses formulations précises et originales.

— Très juste, mais cependant…

— Il n’y a pas de fumée sans feu, répond-il, empilant les clichés.

— On nous avait dit qu’il serait intéressant de discuter avec vous.

— Vous parlez de moi derrière mon dos ? lui demande-t-il, un léger reproche dans la voix.

— Uniquement en bien, Monsieur Sapiro. Monsieur Smith nous a assurés que vous étiez le meilleur dans votre domaine.

— Un compliment est toujours agréable, mais please, venons-en au fait.

— C’est tout l’objet de mon appel.

— OK.

— Quand pourrions-nous convenir d’un rendez-vous ?

— Demain matin, je suppose. Je voudrais revoir les documents et finaliser l’offre.

— Serez-vous en mesure de nous donner une estimation de coût et de calendrier ?

— C’est bien pour cela que je suis venu en Israël.

— Parfait. Nous avons besoin d’une décision rapide. Un retard serait extrêmement préjudiciable… Notre client pourrait se rétracter. Vous savez comment c’est. Tout repose sur des on-dit et sur quelques documents à l’authenticité douteuse. Si nous sommes en mesure de lui prouver qu’un tel projet existe bel et bien, il s’enflammera et sera prêt à payer des sommes astronomiques, par contre, en cas de retard, il pourrait très bien se retirer de l’affaire… Vous savez comment ça marche dans ce domaine.

— Si je sais comment ça marche ? lui demande-t-il, feignant d’être blasé dans un domaine dont il ne connaît rien, avant de répondre sur un ton très déterminé : Il n’y aura pas de retard ! » Et il s’étonne de la force invisible qui guide ses paroles.

« Aux alentours de neuf heures et demie, ça vous irait ? »

Il évalue le temps qu’il lui faut pour se rendre à l’hôtel depuis chez lui, s’il sort juste après le petit déjeuner.

« Dix heures et demie m’arrangerait mieux.

— Dix heures et demie, c’est parfait.

— Comment vous reconnaître ?

— Je porterai une jupe, euh… Elle réfléchit un instant. Noire, avec un chemisier blanc et je tiendrai une sacoche jaune à la main gauche. Une sacoche en cuir.

— Pas une sacoche en croûte de porc, j’espère.

— Non, non…, pouffe-t-elle, comme s’il avait dit quelque chose d’embarrassant.

— D’accord, alors une minijupe noire, un chemisier blanc et une sacoche en cuir jaune. OK.

— Je n’ai pas parlé de minijupe.

— Pardon, c’est ma faute, une jupe noire, se reprend-il, en se rappelant que la logique veut qu’on ne peut décider de ce que porte une femme avant de l’avoir déshabillée.

— Adam ne pourra se joindre à nous pour cette première rencontre. Il est un peu malade. Je vais m’occuper du projet en attendant qu’il soit rétabli et puisse prendre la suite.

— That’s fine with me, répond-il, passant d’une langue à l’autre avec une facilité déconcertante, amusé par toutes les possibilités qui s’offrent à lui.

— Adam m’a donné pleins pouvoirs pour traiter cette… affaire en son nom. Dans la plus grande discrétion, bien entendu.

— Bien entendu.

— Il est très important que personne ne fasse le lien avec Adam. Vous comprenez certainement la situation délicate qui est la nôtre.

— Monsieur Smith m’a tout expliqué, Madame…?

— Frankel, mais vous pouvez m’appeler Liora.

— Denis, enchanté, répond-il, s’attribuant dans un élan de confiance un prénom qui semble s’accorder avec l’aventure dans laquelle il est sur le point de se jeter.

— Denis…? demande-t-elle d’une voix hésitante, avec une pointe de soupçon.

— C’est mon deuxième prénom, dit-il, pour vite rectifier son faux pas, celui que je préfère utiliser quand je travaille. Simple superstition, vous savez ce que c’est, dans ma branche…

— Non, en fait, je l’ignore, mais je suppose que notre collaboration va me donner l’occasion de connaître de plus près tous ces secrets.

— Je me ferai un plaisir de vous familiariser avec tous les aspects de mon métier. »

Continuer : partie 3 sur 3