Procès contre les animaux - Curiosités judiciaires et historiques du Moyen-Âge
Chapitre 75
præparat in messe cibum sibi75 ; de la diligence, en amassant en cette vie des mérites pour la vie future selon saint Jérôme : Formica dicitur strenuus quisque et providus operarius, qui presenti vita, velut in æstate, fructus justiciæ quos in æternum
recipiet sibi recondit76 ; de la charité, en s’aidant les unes les autres, quand la charge est plus grande que leurs forces : Pacis et concordiæ (dit un savant) vivum exemplum formica reliquit, quæ suum comparem, forte plus justo oneratum, naturali qua-
dam charitate alleviat77 ; et aussi de la religion et de la piété, en donnant la sépulture aux morts de leur espèce, comme l’écrit
Pline : Sepeliuntur inter se viventium solæ, præter hominem78 ; et que le moine Marchus a observé à l’appui de sa doctrine : Hæ
luctu celebri corpora defuncta deportabant 79. – Item, que la peine qu’elles avaient dans leurs travaux était beaucoup plus rude que celle des demandeurs pour recueillir, parce que la charge était bien souvent plus grande que leur corps, et leur courage supérieure leurs forces. – Item, que, en admettant qu’ils fussent des frères plus nobles et plus dignes, cependant devant Dieu ils n’étaient aussi que des fourmis, et que l’avantage de la raison compensait à peine leur faute d’avoir of-fensé le Créateur en n’observant pas les lois de la raison aussi bien qu’elles observaient celles de la nature ; c’est pourquoi ils se rendaient indignes d’être servis et secourus par aucune créa-ture, car ils avaient commis un plus grand crime en portant at-
75 Prov. XXX, 25.
76 D. Hieron, in illud., Prov. VI. Vade ad formicam, etc.
77 Absalon Abbas apud Picinellum, in Mundo symbolico, lib. VIII, c. X.
78 Plin., lib. XI, 36, 2.
79 S. Hieron., in Vita Malchi.
– 38 – teinte de tant de façons à la gloire de Dieu, qu’elles ne l’avaient fait en dérobant leur farine. – Item, qu’elles étaient en posses-sion des lieux avant que les demandeurs ne s’y établissent, et par conséquent qu’elles ne devaient pas en être expulsées, et qu’elles appelleraient de la violence qu’on leur ferait devant le trône du divin Créateur, qui a fait les petits comme les grands et qui a assigné à chaque espèce son ange gardien. – Et enfin qu’elles concluaient que les demandeurs défendissent leur mai-son et leur farine par les moyens humains, qu’elles ne leur con-testaient pas ; mais que malgré cela elles continueraient leur manière de vivre, puisque la terre et tout ce qu’elle contient est au Seigneur et non pas aux demandeur : Domini est terra et