Procès contre les animaux - Curiosités judiciaires et historiques du Moyen-Âge
Chapitre 15
20 mai 1572. Sentence du maire et des échevins de Nancy qui condamne un porc à être étranglé et pendu pour avoir dévo-
ré un enfant à Moyen-Moutier 15.
Les jugements et arrêts en cette matière étaient mûrement délibérés et gravement prononcés ; voyez ce passage d’une sen-tence rendue par le juge de Savigny, le 10 janvier 1457 ; il s’agit d’une truie :
« … C’est assavoir que pour la partie dudit demandeur, avons cité, requis instamment en cette cause, en présence dudit défendeur présent et non contredisant, pourquoi nous, juge, avons dit, savoir faisons à tous que nous avons procédé et donné notre sentence définitive en la manière qui suit ; c’est assavoir que veu le cas est tel comme a esté proposé pour la partie du dit demandeur et duquel appert à suffisance, tant par tesmoing que autrement dehuement hue. Aussi conseil avec saiges et prati-
ciens16 et aussi concidérer en ce cas l’usage et coustume du païs
15 Lionnois, Histoire de Nancy, t. II, p. 373 et suiv. Nancy, 1811 L’auteur rapporte en entier le procès-verbal de la remise du porc. On y lit entre autres détails que le porc a été prins et mis en prison ; que cet ani-mal, lié d’une corde, a été conduit près d’une croix au delà du cimetière ; que de toute ancienneté, la justice du seigneur (l’abbé de Moyen-Moutier) a coutume de délivrer au prévôt de Saint-Diez, près de cette croix, les condamnés tous nus pour faire l’exécution et ad cause que le dict porc est une beste brute, les Maire et Justice le delibvrent en ce dict lieu et laissent le dict porc lié d’icelle corde de grace speciale et sans pré-judice du droit qui appartient au seigneur de délivrer les criminels tous nus.
16 À cette époque, l’usage s’était introduit d’attacher à chaque siège de justice quelques praticiens ou légistes qui prenaient place aux au-diences. L’article 73 de l’ordonnance de juillet 1493 les désigne sous le nom d’officiers praticiens et autres gens de bien des sénéchaussés, bail-liages et prévôtés. Les articles 87 et 94 de l’ordonnance de mars 1498 les dénomment conseillers et praticiens des sièges et auditoires.
– 7 – de Bourgoigne, aïant Dieu devant tes yeulx, nous disons et pro-nonçons pour notre sentence définitive et à droit et à icelle notre dicte sentence, déclarons la truie de Jean Bailli, alias (au-trement dit) Valot, pour raison du multre et homicide par icelle truie commis… estre pendue par les pieds du derrière à un arbre esproné, etc. »