Secret Défense d'aimer - Tome 3

Axelle Auclair · Chapitre 15 sur 27

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Secret Défense d'aimer - Tome 3

Chapitre 15

C H A P I T R E 1 5

L’annonce.

 

[Notes du Docteur Cauvin – 24 juillet : Tous les agents sont en déplacement. Début des congés pour moi.]

– Sabine –

Tous les hommes quittent l’appartement. Les agents pour prendre leur avion à Villacoublay et Hector pour boucler ses bagages. La porte vient de claquer derrière eux, Sylvie retrouve enfin la parole. Et la vie puisqu’elle sautille sur place en tapant dans les mains.

– Oh la vache ! Tu es une belle cachotière ! piaille-t-elle.

– Des cachoteries, moi ? Tu plaisantes, ce n’est pas mon genre.

Je ricane à la pensée du monceau d’informations que je dois dissimuler.

– Ce sont des bombes, ces mecs !

– Évite de prononcer ce mot trop fort. S’ils t’entendent, ils nous fonceront dessus pour nous protéger, nous aplatirons au sol et nous broieront les côtes au passage.

Aussitôt, elle met ses mains en porte-voix pour hurler :

– Bombe ! Bombe !

– Mais arrête ! Tu n’as pas compris ce que je viens de dire ?

– Si ! Justement. Je veux qu’ils m’écrasent sous leur corp parfait et leur visage de top model, s’esclaffe-t-elle. 

– Ils sont pas mal et même plus que ça, je te l’accorde.

En riant, je me rends dans la cuisine afin de la nettoyer avant mon départ.

– Sauf Condor.

Sidérée, je fais volte-face. Est-elle sérieuse ? Vient-elle de lâcher que mon mari est le seul laid de la bande ? Je dois halluciner, elle n’oserait pas tout de même, si ?

– Pardon ? je m’indigne.

Confuse, elle lève les mains pour s’expliquer.

– Attention, je ne veux pas dire qu’il est moche, loin de là. C’est indéniablement un bel homme, mais qui va avec son corps et l’idée que l’on se fait de lui. Intimidant, très brut et imposant. À l’opposé de mon félin, pouffe-t-elle.

Cela, je peux l’entendre, car c’est le cas. Condor est un ensemble harmonieux de dureté et ce type, on aime ou on déteste. Il est heureux que je fasse partie de la première catégorie. Je craque sur les hommes très mâles.

– Ne t’inquiète pas, tu ne vas pas me vexer, car c’est exactement ce qu’il est. Par chance, j’adore ça.

– Ce qui tombe bien et tu peux dire que tu as de la chance sur ce coup. Sinon, tu te serais trouvée dans la mouise.

– Ne m’en parle pas. Je n’étais pas fière avant de le découvrir.

– Mais tu savais au moins que tu pouvais te consoler avec son merveilleux corps.

Lorsque nous entendons la porte d’entrée s’ouvrir puis se refermer, nous cessons de parler pour attendre qu’Hector nous rejoigne. Pas question qu’il nous surprenne en flagrant délit de commérages croustillants.

– Tu es prête ? demande-t-il une fois dans le salon.

– Oui. Je prends mes valises et c’est parti ! je m’exclame en me dirigeant vers la chambre pour m’exécuter.

Nous avons convenu avec Sylvie qu’elle nous déposait à la gare Montparnasse, car nous préférons voyager en train. Mes parents se trouvent déjà à Pornic, alors nous pourrons profiter de leur voiture, ou en louer une. Ensuite, Sylvie garera le véhicule sur le parking du Ministère, les agents la récupèreront à leur retour. N’ayant pas les codes d’accès, elle ne peut pas la ramener dans notre box. À ce sujet, contrairement à ce que j’espérais, elle souhaite avancer doucement, donc ne pas emménager tout de suite avec Lynx. Il est déçu, mais respecte sa décision.

Arrivés à la gare, je prends les choses en main. Hector est perdu, mal à l’aise à cause de la foule. Il est même grognon d’être bousculé quand il s’immobilise pour découvrir les lieux. Pour l’éviter, il se place dans mes pas et me suit en silence. Arrivés sur le quai, il scrute le TGV sur toute la longueur avec un air soucieux. Il se focalise sur le système de freinage.

Notre voiture repérée, nous y montons, rangeons nos valises puis recherchons nos sièges. Lorsque nous nous installons, je le questionne sur ce qui me titille.

– Tu as déjà pris le train quand même ?

– Rarement et jamais un TGV. La dernière fois, c’était pour intégrer l’internat de Saint-Cyr.

– Mince. Mais alors, tu ne connais que les trains à vapeur ?!

– Parfois, tu es vraiment une sale gosse.

Il me rembarre avec un air blasé, mais en souriant. Après quelques taquineries, nous mettons à profit la durée du voyage sur l’acquisition de toutes les compétences indispensables à sa nouvelle vie. C’est-à-dire ouvrir un compte sur les différents réseaux sociaux et lui en expliquer le fonctionnement. Lui démontrer l’intérêt de communiquer avec des inconnus sous des pseudonymes me demande beaucoup plus de temps qu’il ne lui en faut pour maîtriser les applications.

Nous arrivons en gare de Saint-Nazaire deux heures trente plus tard sans avoir vu le temps passer. Nous sommes accueillis sur le parvis par un soleil radieux qui sent bon les vacances. Un homme situé à une vingtaine de mètres face à nous gesticule en effectuant de grands signes avec les mains. On dirait un fou. Comme son visage est dissimulé par son bob, par sécurité, je préviens Hector :

– Ne t’inquiète pas, c’est juste mon père.

– Il a l’air content de nous voir, s’esclaffe-t-il.

– Un peu trop, oui. La discrétion et mes parents ne font pas bon ménage.

Mon père se précipite sur nous avec les bras grands ouverts. Il pile devant moi, puis me broie contre sa poitrine, ses embrassades appuyées plissent mes joues. Avec lui, j’ai toujours six ans.

– Les enfants ! Que c’est bon de vous revoir !

Je me délecte de l’air désemparé d’Hector. Ce grand gaillard d’une tête de plus que mon père se fait secouer comme un prunier, parce qu’il passe aussi dans ses bras agités. Sans pouvoir réagir, il reçoit ensuite deux énormes bises qui claquent.

Mon père le relâche pour attraper ma valise, alors je tapote l’épaule de mon ami, désarçonné par ce qu’il vient de vivre.

– Attends de retrouver ma mère, tu vivras pire.

Il secoue la tête puis côte à côte, nous suivons mon père pour rejoindre la voiture.

– Eh bien ! Tes parents sont vraiment tactiles ! J’en connais un qui va adorer.

– J’ai hâte de voir ça et je compte sur toi pour ne pas le prévenir quand ce jour viendra, je pouffe.

– Si tu promets que je pourrai y assister.

Une fois à la maison, nous subissons dix bonnes minutes d’effusions de la part de ma mère, avant de déposer nos affaires dans nos chambres et nous changer. Pour acter le début des vacances, la première chose à exécuter est d’enfiler les tenues de rigueur, c’est-à-dire les shorts et tongs. Nous descendons ensuite nous délasser avec un verre au bord de la piscine.

Tous les quatre sur nos transats, merveilleusement détendus, c’est le moment idéal pour annoncer aux parents la grande nouveauté dans ma vie. Afin qu’Hector ne soit pas surpris, Condor l’a informé de sa demande de mise à la retraite. Hector en a profité pour lui dire sa façon de penser sur mes fausses pilules et s’il n’a pas souhaité me faire part de leurs échanges dans le détail, il m’a confié que leur dialogue s’est avéré houleux.

Comme mes parents sont heureux de nous voir, ma révélation devrait passer crème.

– Maman, Papa, je voudrais vous annoncer quelque chose, dis-je pour obtenir leur attention puisqu’ils n’arrêtent pas de jacasser.

– Nous t’écoutons, ma pépète, m’encourage ma mère avec un immense sourire.

Son air concentré m’inquiète. Ou plutôt, il indique qu’elle ne me fera pas mentir, elle va être infernale. Elle a une bonne idée de ce que je m’apprête à révéler, ce qu’elle attend depuis longtemps. Je me lance pour mettre fin à sa fébrilité.

– J’ai un homme dans ma vie et c’est sérieux.

Juste préparée à une exclamation de joie de leur part, la scène qui se présente me laisse pantoise. Je sursaute lorsque ma mère bondit de son fauteuil. Hector, qui se prélasse, lève un sourcil interrogateur, mais devient perplexe quand elle se jette sur lui dans un tourbillon de tissu bleu.

– Je le savais ! Comme c’est merveilleux ! Bienvenue dans la famille, Hector, je suis enchantée de vous accueillir, s’écrie-t-elle en le serrant dans ses bras pour le submerger de baisers.

Désemparé, Hector reste immobile à demi-allongé sur le transat, les deux mains en l’air pour ne pas les poser sur ma mère. D’un regard appuyé, il m’intime de cesser de rire pour venir à sa rescousse. Il vaut mieux que j’obéisse, d’exaspération, il pourrait se lever trop vivement et envoyer valser ma mère dans la piscine.

– Maman ! Laisse Hector tranquille. Il ne s’agit pas de lui.

Elle m’observe, non sans afficher sa déception.

– Mais pourquoi ? Avec ton père, nous aimons beaucoup Hector.

– Moi aussi, c’est mon ami. Tu veux bien le lâcher, maintenant ? Tu es presque allongée sur lui, c’est une situation gênante pour tout le monde.

– Oui, oui. Bien sûr.

Contrite, elle se lève d’un bond pour se rassoir ensuite sur son fauteuil en se confondant en excuses. Hector utilise son charme pour lui déclarer avec un grand sourire qu’une jolie femme qui lui tombe dans les bras, c’est toujours agréable. Pour la gestion du sexe féminin, il a tout compris celui-là.

– Alors qui est donc cet homme qui a réussi à ravir ton cœur ? se renseigne mon père, amusé par la déconfiture de son épouse.

– Et pourquoi n’est-il pas venu ? s’enquiert-elle aussitôt.

– C’est un militaire, nous nous sommes connus au Ministère. S’il n’est pas présent, c’est parce qu’il se trouve actuellement en déplacement. Mais je vous promets que vous le rencontrerez bientôt.

– Et ? trépigne ma mère.

– Et quoi ?

– Mais enfin, Sabine ! Tu nous as juste appris que ton fiancé est militaire, c’est tout !

– Tu conviendras que c’est un peu léger pour deux parents qui piaffent d’impatience. Nous sommes rongés de curiosité, me gronde mon père.

Je l’admets, mais que révéler sur ce personnage si particulier ? Pourtant, il faut calmer l’emballement de ma mère, car elle commence à entendre ce qu’elle veut. Je parle d’un homme, elle nous a déjà fiancés. Ce n’est pas du tout le cas, puisque nous sommes juste mariés, maman. Bref, me voici en pleine réflexion pour trouver quelques petits bouts à leur jeter afin de contenter leur curiosité et assurer ma tranquillité. Détectant mon trouble, Hector tousse pour m’avertir qu’il prend les choses en main.

– Je le connais bien puisque nous avons travaillé ensemble. Alexandre est plus âgé que moi d’un an. C’est un homme sérieux et fiable qui est fou amoureux de votre fille. Vous pouvez lui accorder toute votre confiance pour la protection de Sabine.

Ce n’est pas mal du tout. Je reconnais le pro de l’embrouille à l’œuvre. Satisfaite, je le remercie d’un franc sourire.

– C’est un gentil garçon, alors. C’est bien, voilà qui est rassurant, me félicite mon père.

– Oui, vous n’avez pas de souci à vous faire. Il est très sain. Il ne boit pas, ne fume pas, rien du tout, je confirme sans relever que le terme « garçon » n’est tout de même pas très adapté.

– Et il fait une belle carrière, en plus, ajoute Hector.

Dans les yeux de ma mère scintillent des étoiles, ils pétillent de joie. Ceux de mon père expriment la sérénité, il est confiant pour l’avenir de sa fille. Ils imaginent déjà le jeune homme propret très bien élevé. Un modèle de courtoisie, de politesse, tout en galanterie et respect. Voilà, c’est le Condor qui apparaît aux yeux de mes parents. C’est incroyable comme en quelques mots, on peut transformer les faits.

Lorsqu’ils vont se retrouver face à lui, ça va leur faire drôle. Ma grosse armoire à glace qui sourit quand il se brûle devrait faire son petit effet.

– Tu as bien une photo à nous montrer, quémande ma mère.

– Ah, non. Je n’en ai pas sur moi, désolée. Mais il est très beau. Un grand brun aux yeux bleus.

– C’est doux les yeux bleus, j’aime beaucoup.

Maman, tu auras du bleu, mais pour la douceur, il faudra repasser.

– C’est donc lui qui t’a offert cette magnifique bague et ce bracelet ? ronronne-t-elle en m’attrapant la main.

– Il ne plaisante pas, approuve mon père en les admirant à son tour.

Très peu, effectivement. Il est plus sérieux que clown et quand vous goûterez à ses tentatives d’humour, vous aurez du mal à vous en remettre.

– Je vais enfin pouvoir être mamie ! s’excite-t-elle un peu trop.

– Houla ! On va se calmer quand même. On a le temps pour ça.

Environ sept mois et ce n’est déjà pas beaucoup de mon point de vue. D’ailleurs, s’ils apprennent que c’est Condor qui m’a forcé la main, ma mère serait capable d’en faire son héros à vie.

Hector a la bonne idée de dériver la conversation sur un tout autre sujet, leur très agréable jardin arboré. Il parvient à m’offrir un répit, mais lorsque je l’entends questionner ma mère sur la signification de l’étrange petit personnage sur la pelouse du fond, je manque de m’étouffer avec ma gorgée de jus d’orange.

– C’est mon nain de jardin. Le nouveau, grince-t-elle en me regardant de biais.

– Papa ! Tu m’as vendu ?!

– Bien obligé. J’ai acheté le remplaçant en cachette, comme tu me l’as demandé, mais tu connais ta mère, soupire-t-il.

– Comment as-tu pu penser que je ne me rendrais pas compte que celui-ci était neuf ? Ton père m’a avoué…

– Sous la torture uniquement, la coupe-t-il pour se justifier en levant un doigt en l’air.

– Papa, je gémis. Tu ne pouvais pas résister à une petite heure d’interrogatoire de sa part ?

– Bien sûr que si ! J’ai craqué au bout de trois jours.

– Je n’aurai jamais lâché le morceau, de toute façon. Et tout ça pour me cacher que tu l’avais cassé en passant la tondeuse, me tance-t-elle.

Quelle drôle d’idée a eu mon père ? Je ne sais même pas démarrer cet engin bruyant. C’est incompréhensible que ma mère ne s’en soit pas étonnée, elle me connaît pourtant bien.

– Mais bon. Je te pardonne puisque c’est la première fois que tu l’utilises et tu as voulu bien faire. Et surtout parce que tu te cases enfin, conclut-elle avec un grand sourire.

Finalement, il est juste que ce soit Condor qui me sorte de ce trou, puisque c’est lui qui m’y a plongé en assassinant le nain.

Le soir, je fais découvrir à Hector le plaisir d’une balade sur le port, un cornet de glace à la main, bien entendu. Il n’aura fallu que quelques heures chez mes parents pour que je me félicite de l’avoir invité. Quelle excellente idée. Il me sauve la vie, rien de moins. Sans ses prouesses de détournement de conversation ou de charme sur ma mère, afin qu’elle me lâche avec mon petit ami, j’envisagerais mon retour sur Paris dans les prochains jours.

La nuit est douce et le ciel étoilé, l’activité sur le port est agitée avec les nombreux touristes pour la promenade du soir en famille. Tous les deux assis sur une bitte d’amarrage, nous papotons en observant les chalutiers à quai. Nous sommes interrompus par Condor qui me contacte avec son nouveau téléphone.

[A. : Tout va bien ?]

Il a dit qu’il apprenait à dire « Bonjour », cela n’inclut donc pas le « Bonsoir ». C’est logique.

[Moi : Très bien. Tu es officiellement annoncé à mes parents. Ils ont hâte de découvrir la bête.]

[A. : La bête est prête et va leur en mettre plein la vue.]

Même un peu trop, j’en suis certaine.

[A. : Qu’avez-vous prévu demain ?]

[Moi : J’hésite. Accrobranches, scooter des mers, quad, trampoline. Nous n’avons pas encore choisi.]

[A. : J’ai vu qu’il y avait une soirée rodéo sur taureaux, aussi.]

[Moi : Pas mon truc. Les bovins, c’est gros et ça pue un peu quand même.]

Le Condor qui monte promptement dans les tours, c’est terminé. Il ne me prend plus au sérieux, c’est agaçant. Heureusement que notre conversation se déroule par écrit, sinon, le son de ma voix m’aurait trahie et il serait très fier de m’avoir déstabilisée. Il me faut réfléchir à un nouveau stratagème pour le faire mariner. Pour l’instant, autant en profiter pour faire une pause.

[Moi : Et toi, ton séjour ?]

[A. : Réunions très profitables sur sujets passionnants.]

[Moi : Passionnant comme captivant ou comme pénible ?]

[A. : Comme dans le dictionnaire. Avons-nous bien le même ? Parfois, je m’interroge.]

[Moi : Ce n’est pas tant un écart de langage qui est la cause de cette incompréhension entre nous, mais plus ce gouffre séparant notre état d’esprit respectif.]

[Moi : Par exemple, le roman que je lis est passionnant, mais une réunion professionnelle, au mieux, c’est productif. Et découvrir l’étendue de tes bizarreries, ça, c’est carrément captivant.]

Et ce n’est rien de le dire. Je me demande si dans sa vie normale, il ne va pas encore m’offrir des surprises.

[A. : Sinon, rien de nouveau ?]

Le voilà qui revient à la charge. Cette fois-ci, je vais céder, il le mérite.

[Moi : Si ! J’ai une grande nouvelle à t’annoncer !]

[A. : Enfin ! Dis-moi ça, j’ai hâte.]

[Moi : Il a survécu ! Le nain de jardin est revenu !]

[A. : Ok. Je vais te laisser. Je dois manger puis retourner en réunion.]

[A. : Je reviendrai aux nouvelles sérieuses plus tard.]

C’est ça, retente ta chance une autre fois. On ne sait jamais, sur un manque d’attention de ma part, ça pourrait fonctionner.

 

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Présentation.

 

 

– Condor –

– Mais quelle tête de mule !

Je peste en éteignant mon téléphone pour le ranger, puis je me laisse tomber dans un fauteuil de notre chambre à Langley.

– Hé-hé-hé. Il te fallait au moins ça, se moque Lynx.

– Vous parlez de Sabine ? questionne Squale.

– Qui d’autre pour réussir à ébranler l’imperturbable Condor ? ricane Lynx.

– Mais elle est adorable. Elle m’a même pardonné mes conneries, s’étonne Squale.

– Une tête de bois et un bloc en titane planqués dans un petit corps tout doux et mignon, je râle.

– Et plus tu tapes, plus ça fait mal. Je vénère Sabine ! s’excite Lynx en applaudissant.

– Il fut un temps où tu me respectais, je grogne en le fusillant du regard.

– Ah, mais c’est toujours le cas, crois-moi. Tu as toute mon admiration pour affronter ta femme avec autant de détermination, se marre-t-il.

Je fais surtout preuve de volonté pour me faire pardonner, et ce n’est pas une mince affaire. J’ai changé de stratégie avec Sabine. Pendant la première phase, j’étais dans un état d’inquiétude permanent avant de comprendre qu’elle utilisait ce stress à mes dépens.

J’ai la fâcheuse tendance à toujours foncer dans le tas. Cette fois, elle m’a déstabilisé en appuyant toujours plus où ça fait mal, alors je me suis posé pour analyser calmement les choses. Est-ce que Sabine prendrait des risques qui mettraient la vie de notre enfant en péril ? Assurément, non. Je la sais trop sérieuse pour cela. Par conséquent, à quoi bon lui donner des conseils ? À rien, si ce n’est lui fournir les outils pour me sanctionner de façon plus efficace.

Je crois qu’il faut que je m’écrase pour le moment. C’est plus sage.

Nos quelques jours à Langley se passent dans le calme, ils nous permettent de repartir avec une certaine somme d’informations. Je profite du trajet de retour pour recenser tout ce qui s’est déroulé dans la cellule, nos réussites comme nos problèmes, ainsi que son fonctionnement. Avant de la délaisser, je dois m’acquitter d’un rapport complet sur les dix années en son sein et notamment lister les améliorations à prévoir. Plus je pousse l’analyse, moins je vois d’intérêt à effectuer des interventions en milieu urbain avec les autres unités d’élite. C’est un sujet qu’il faut aborder avec le général, lorsqu’il rentrera de congés.

Depuis notre retour en France, nous vaquons à nos occupations au bureau, sans mission impromptue. C’est à croire que même les terroristes sont en vacances. Cela nous permet de mettre la paperasse à jour, mais le temps passe plus lentement que je le souhaiterais. Sabine est partie depuis deux semaines et à l’écouter, elle profite, s’amuse et se repose. D’après ce que j’ai pu comprendre, les permissions servent à cela, alors tant mieux si elle atteint son but. Heureusement qu’Hector est plus conciliant que ma femme, il me confie plus de détails sur leur planning. Pas de scooter ou d’escalade dans les arbres, mais beaucoup de siestes au bord de la piscine, sur la plage ou dans l’herbe. Tu parles d’un programme ! On m’en prévoit un aussi tonique et je deviens fou au bout de deux jours. Je n’en pourrais tellement plus d’être statique, que je grimperais sur les murs et effectuerais des pompes au plafond pour évacuer mon trop-plein d’énergie.

Pour le moment, je laisse Sabine, bien installée sur son transat, pour me préoccuper de l’affaire du jour : l’accueil dans la cellule de Cobra, qui prend ses fonctions. Je pars le réceptionner sur le parking où le déposent deux gars de l’équipe Log. Ils ont passé la matinée à lui fournir son paquetage siglé et son matériel pour lequel ils l’ont formé. Il bondit du véhicule pour se mettre au garde-à-vous devant moi. Un beau morceau de guerrier, lui aussi.

– Agent Cobra ! À vos ordres, Condor !

– On va se détendre. Suis-moi, j’ordonne en tournant les talons pour rejoindre le sous-sol.

Une intégration s’opère habituellement dans le bureau du général, mais puisqu’ils ont tous décidé d’enfiler des tongs et de siroter des jus de fruits à l’ombre d’un parasol, je m’y colle. Avec ce nouvel agent qui a de la boutique, les explications sont facilitées. C’est la première fois que nous sélectionnons un militaire déjà en poste dans une unité d’élite. Il connaît le métier et ses techniques, ainsi que les missions en groupe, il doit juste s’adapter au travail en solo ou binôme.

Je me suis habitué à mes collègues actuels, mais avoir en face de moi un mec sûr de lui, aguerri et un peu plus âgé que Lynx, ça ne me déplaît pas du tout. Lynx est affuté professionnellement, mais nous avons un décalage de mentalité. Plus jeune, il est aussi plus fou dans le privé. J’ai du mal à suivre. Le nouveau Cobra est posé et mature, ça me fera du bien.

Nous rejoignons la salle d’archives pour les présentations avec Lynx et Squale. Lynx marque un temps d’arrêt en avisant le serpent dressé sur la cagoule. Logo bien connu, non vu depuis un moment. Il se reprend aussitôt pour lui serrer la main.

– Salut, mec. Désolé, ça m’a fait bizarre, s’excuse-t-il.

– Salut. Pas de souci. Je comprends et je suis navré pour votre collègue. Je ferai tout pour être à la hauteur de sa réputation.

– Salut, moi, c’est Squale.

– Squale. Arrête de te présenter, ça ne sert à rien puisque c’est en gros sur ta tête, je le reprends.

– Ah oui, c’est vrai. Bref, salut.

Nous buvons un café ensemble, puis Squale se fait un devoir de lui détailler le fonctionnement de ce bureau et le rôle de notre archiviste. Il a commis une erreur au départ et veut éviter au nouveau de réaliser la même. Avec Lynx, nous le laissons se faire plaisir.

– Tu vois, c’est le genre de cartes que tu reçois après quelques secondes dès que tu le lui demandes, lui explique-t-il en pointant du doigt une image sur l’écran de Sabine.

– Et toutes les informations classées dans cette salle, également. Tu demandes et tu reçois, ajoute Lynx.

– Ah ouais ! Un sacré soutien que ce gars. Et il est opérationnel 24 sur 7 ? s’extasie-t-il.

Lynx et Squale lèvent la tête vers moi pour m’interroger du regard. Ils ne répondront pas. C’est à moi de décider des détails à divulguer.

Je pourrais faire comme d’habitude en me contentant des précisions de base sur son poste. Ne rien révéler sur notre couple. Mais les derniers évènements ont montré que dans un souci de bon fonctionnement et de cohésion, des choses claires évitent des tensions inutiles. Il faut toujours être en mesure de revoir ses positions pour s’améliorer. Par conséquent, autant dissiper tout risque de malentendu et ne pas reproduire les mêmes erreurs. D’autant plus que Cobra est déjà validé à son poste, contrairement à Squale qui est jeune, donc a subi une phase de test.

– Notre archiviste est un sous-officier féminin. C’est le Maréchal des Logis Chantelle et nous la nommons Sabine.

– Cool ! Je n’ai jamais bossé avec une femme, ça va me changer, s’enthousiasme-t-il.

– Il se trouve que c’est également mon épouse, je rajoute avec fermeté.

Cobra prend la nouvelle comme une claque, il cille. Lynx approuve ma décision avec un grand sourire en levant le pouce.

– Comme j’aurais aimé entendre tout ça à mon arrivée, ricane Squale.

– Toi, tu étais un jeune con et ton recadrage t’a fait du bien, lui fais-je remarquer.

– C’est vrai, j’en avais besoin.

– Dingue. Jamais je n’aurais cru que vous étiez en couple, souffle Cobra qui s’en remet enfin.

– Les temps changent.

– J’ai hâte de rencontrer le Maréchal des Logis, déclare-t-il sur un ton respectueux.

Sabine n’est pas présente pour son arrivée, mais sans me tromper, je peux annoncer que c’est elle qui vient de lui en mettre plein la vue. Aux yeux du nouveau, elle m’a dompté. Si je ne l’aimais pas autant, j’apprécierais moyennement de passer en seconde position. Mais la fierté ressentie pour Sabine prend le dessus.

 

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