Secret Défense d'aimer - Tome 3
Chapitre 17
C H A P I T R E 1 7
Quel assaut ?
[Notes du Docteur Cauvin – 16 août : Sujet Lynx. Mental : ok. État général : ok. Observation : Première mission en équipe complète. L’organisation de la cellule doit être réétudiée.]
– Sabine –
Heureusement que le rythme du jour est pantouflard, parce qu’avec l’énergie dont je fais preuve, nous n’irions pas bien loin. Actuellement, tout est parfait. Je déjeune sur la terrasse en compagnie d’Hector, nous profitons du calme ambiant pour émerger. L’air tiède, la douce brise qui me caresse le visage, les oiseaux qui gazouillent dans les arbres et les mouettes que j’entends au loin. Cette sérénité frise le pur bonheur.
– Bonjour les enfants ! On a fait des folies cette nuit ? caquette ma mère qui rentre du marché et dont la voix stridente nous vrille les oreilles.
– B’jour M’man.
– Bonjour à vous, répond Hector avec un grand sourire.
– Vous avez vu les informations ? questionne mon père en m’embrassant.
– Non. Nous nous levons.
– Des fous qui tirent sur tout ce qui bouge, nous apprend-il.
– À Pornic ? je m’étonne.
– À part des rafales de galettes ou jets de cidre, ça ne risque pas d’arriver, pouffe-t-il.
– Mais non, c’est vers Paris, intervient ma mère.
Paris. Fous. Tirs. Une association de mots qui déclenche aussitôt une alarme interne. Je redresse vivement la tête et invite mon père à nous en révéler plus. Hector réagit aussi, il repose sa tartine pour écouter attentivement.
– Ils parlent de forcenés dans une usine que les policiers tentent d’arrêter.
– Usine, donc des employés ?
– Non. Un vieux bâtiment inoccupé, répond-il, troublé de nous voir à l’affût de ses paroles.
Avec Hector, nous échangeons un regard éloquent, les mêmes pensées nous assaillent. Nous nous levons d’un bond pour courir jusqu’au salon, ensuite je me jette sur la télécommande pour allumer l’écran plat. Dès qu’une image s’affiche, je zappe sur une chaîne d’informations en continu. Il n’est nullement besoin de chercher ou d’attendre, des plans de l’usine apparaissent. C’est une vue éloignée et en hauteur, mais on devine bien l’état de délabrement avec les murs noircis par le temps. Tout autour, mais à distance, cela fourmille d’activité, des hommes en tenue d’intervention ou classiques et civiles. Ils sont une bonne cinquantaine sur les lieux, avec des véhicules de la police stationnés sur la route qui l’entoure. L’agitation et la quantité de gyrophares pourraient faire penser à une fête foraine, mais ce n’est pas le bal de la police aujourd’hui.
En fond sonore, des détonations retentissent de façon sporadique. Au bruit et aux tirs en rafale, je reconnais des armes lourdes, mais ils restent isolés, l’assaut ne semble pas avoir été lancé.
J’aimerais y voir de plus près, mais il est logique que les journalistes soient maintenus à distance. Ils seraient capables de vouloir pénétrer dans le bâtiment pour interviewer les forcenés. D’ailleurs, les commentateurs sont surexcités, ils déblatèrent sans qu’aucune information n’ait le moindre intérêt. Que l’usine soit désaffectée, merci, nous le constatons. Que les forces policières soient présentes et encerclent le lieu, ça ne pouvait pas nous échapper. En fait, ils décrivent les images pour les aveugles, je ne vois que ça qui pourrait expliquer leur utilité.
Exaltés, ils partent en conjectures, certainement trop heureux de vivre de l’action en direct. Agacée par leur fébrilité malsaine, je baisse le son, puisqu’ils ne fournissent même pas de détail sur le type d’hommes retranchés. Hector se rapproche de l’écran sur lequel il pointe un doigt qu’il déplace pour marquer des points. Il analyse, j’attends son verdict avec impatience.
– Je ne les vois pas. Ce qui est normal, mais je suis presque certain qu’ils y sont.
– Qui donc ? questionne ma mère qui nous rejoint.
– Les forcenés, maman, je réponds pour dissimuler notre émoi et ne pas trahir notre lien avec les CCLS.
– Bien entendu. Qui tirerait et pourquoi y aurait-il autant de bazar pour un immeuble vide ? Je ne sais pas ce que l’on vous apprend dans l’armée, rétorque-t-elle en levant les yeux au ciel.
– Chérie, allons. Tu sais bien que pépète est militaire de bureaux et Hector un civil. Les armes, le combat, les trucs de soldat, ce n’est pas pour eux, déclare mon père dont la seule intention est de nous défendre malgré les apparences.
Assis à côté de moi, Hector émet un couinement indigné, expression d’une humiliation ravalée. Avec mes parents, il vaut mieux se blinder et se boucher les oreilles si on ne veut pas subir leurs camouflets. Ils ne le font même pas exprès, c’est pour cette raison que je leur en dévoile le moins possible sur ma vie. En matière de bévues offensantes, ils se posent là. Il m’arrive de gaffer, mais ils me battent à plates coutures. Hector le prend moins bien que moi, les lèvres pincées, il lutte pour ne pas relever l’affront.
– Ignore-les, c’est le mieux, je chuchote en lui tapotant le genou.
– Vous n’allez pas rester devant l’écran par une si belle journée quand même ? nous sermonne ma mère.
Condor a ses limites. J’ai les miennes.
– Maman ! Je t’aime beaucoup, mais laisse-nous tranquilles.
– Chérie, viens avec moi sur la terrasse, l’incite mon père qui la tire par la main.
Il n’est pas habitué à ce que je perde patience, alors il l’éloigne avant que je me transforme en vilaine fille agressive. Il me connait bien, il accède à mon besoin d’espace sans poser de question. En même temps, il est bien placé pour savoir que ma mère, sa femme, peut être infernale par moments. En revanche, il n’imagine pas que l’homme si mignon tout plein, aux doux yeux bleus, qu’ils rêvent tous les deux de rencontrer, se trouve dans le fatras de types armés diffusé à l’écran, cause de mon inquiétude et agacement. Lorsque nous sommes enfin libérés des trublions, Hector reprend ses explications en pointant un endroit du doigt.
– Regarde, c’est une de nos voitures. À mon avis, ils sont chargés de l’arrière. C’est pénible, car il n’y a pas d’images de cette partie.
– Ils ne vont pas y aller seuls quand même ?
– Mais non. Tu vois bien que c’est blindé de gars d’autres unités d’élite. Ils sont en soutien, c’est tout.
– Que se passe-t-il ? Tu m’expliques ?
– Je pense qu’ils sont en position depuis cette nuit et patientent pour donner l’assaut. À mon avis, ils ne s’attendaient pas à autant d’armement en face. Là, dit-il en pointant un groupe d’individus un peu à l’écart, ce sont les responsables de l’opération qui étudient la meilleure façon d’intervenir sans mettre en péril la vie de leurs hommes.
– Bien. J’approuve cette sage mesure. Ça peut être long ?
– Ça ne doit jamais l’être trop, donc ils vont se lancer dès qu’ils seront plus ou moins sûrs d’eux.
– Je préfèrerais plus que moins, si possible, je marmonne.
Rester inerte devant l’écran à ruminer la boule d’angoisse, qui effectue le yoyo entre ma gorge et mon estomac, va me rendre folle, alors je me lève pour récupérer notre petit-déjeuner abandonné sur la terrasse. Je reviens dans le salon, les mains chargées d’un grand plateau que je pose sur la table basse.
En me rasseyant dans le canapé, face aux images qui n’ont pas changé, je n’ai pas besoin de faire semblant d’être effrayée, je suis terrorisée par l’éventualité que cela finisse mal. Ce genre d’action en direct, c’est toujours impressionnant. On vibre et stresse en voyant ces hommes qui foncent dans le tas avec les armes à la main. Là, c’est multiplié par mille en ce qui me concerne. Ce sont mes collègues, mes amis, mon mari et le père de mon futur bébé qui vont charger.
– Hey ! Ce sont des pros. Je t’assure que Condor n’est pas du genre à prendre des risques inconséquents. C’est le meilleur, n’oublie pas, chuchote Hector en m’enlaçant.
– Si je suis fière d’être la femme du Condor, ce type inatteignable et incroyable, je suis encore plus heureuse qu’il ait décidé d’arrêter de l’être. C’est égoïste ?
– Non, pas du tout. Il aborde la dangerosité de son travail avec la même vision que toi, puisque c’est lui qui a demandé sa mutation.
Hypnotisés par les images sur l’écran, nous buvons nos cafés tièdes en silence. C’est l’interminable attente du moment que nous redoutons, mais qui surviendra inévitablement pour clore la situation. À chaque fois que nous entendons des tirs, nous nous crispons en croyant que c’est parti, mais ils viennent invariablement du bâtiment. Aucun coup de feu n’a été tiré du côté des forces de l’ordre pour l’instant, les agents se trouvent toujours en phase d’observation. Hector monte le son pour que nous puissions suivre avec les bruits environnants. Nous prenons soin d’occulter les paroles de l’écervelé de journaliste, qui raconte n’importe quoi en boucle pour meubler.
Le bol contre mes lèvres, j’avale une gorgée de café, que je recrache aussitôt. Tout à coup, c’est la pétarade générale. L’assaut est lancé et c’est un concert d’explosions de grenades diverses, de coups de feu, de hurlements. Je pose le bol pour empoigner le bras d’Hector à deux mains et le serrer. Lui s’est raidi, moi statufiée. Tout va trop vite, nous n’avons pas le temps d’analyser tout ce qu’il se passe. Des hommes courent dans tous les sens, de la fumée apparaît dans tous les coins, passant à travers les ouvertures béantes. Je sais au moins que ce n’est pas du feu, mais différentes grenades qu’ils utilisent pour se camoufler ou tétaniser.
Le raffut envahit le salon, donc attire mes parents qui se postent debout à nos côtés pour suivre les évènements. Tout s’enchaîne et monte en puissance, c’est le chaos. Hector doit être le seul à comprendre exactement ce qu’il se passe, à l’extérieur comme à l’intérieur du bâtiment, puisqu’il a vécu des situations similaires. Tétanisée par la crainte, j’attends que le calme revienne en fixant l’écran, je ne me préoccupe même pas du liquide brunâtre qui coule le long de mon menton, et goutte sur le sol parce que je ne l’essuie pas.
Subitement, plus de son. Ah, si, un dernier tir et c’est fini. Il y a toujours de la fumée, des hommes qui cavalent, mais l’opération est terminée. Maintenant vient l’angoisse du bilan. Cette fois-ci, nous écoutons les commentaires pour en prendre connaissance. Dans tout ce qu’ils racontent — qui ne représente que supputations ou inventions avec des phrases presque toutes conclues par « On ne sait pas » —, il n’y a bien que les informations officielles qui leur sont fournies, qui sont à prendre au sérieux. Seul le décompte final des victimes nous intéresse actuellement.
C’est un vrai supplice. Il faut attendre encore de longues minutes vécues en état de transe, à me manger les joues, avant que le couperet tombe. Treize victimes, dont deux du côté des forces de l’ordre. J’hésite entre hurler ou m’évanouir. Là, mon égoïsme surgit tel un monstre sans cœur : pas mes gars. Par pitié, pas eux.
Hector n’en mène pas plus large que moi, nous sommes livides. Nous savons qu’ils se trouvent toujours en première ligne, la plus dangereuse. Ce sont eux qui foncent sur les forcenés, même s’ils n’étaient pas seuls aujourd’hui. Les CCLS ne donneraient pas l’assaut planqués derrière d’autres hommes, leur orgueil n’y survivrait pas.
Tout redevient calme sur le lieu de l’attaque, à l’inverse du tumulte en moi. Les minutes passent sans qu’ils ressortent du bâtiment que nous scrutons. Mon cœur tambourine, j’hyperventile. Hector décroche mes deux mains qui lui pressent toujours l’avant-bras. Un peu trop fort d’après les empreintes laissées sur sa peau. Il se penche pour me murmurer à l’oreille :
– Du calme. Respire. Il sait que tu es dans tous tes états, il fera le nécessaire pour te rassurer.
D’un regard qui exprime mon anxiété, je lui fais comprendre que ce n’est pas valable s’il fait partie des tués. L’attente augmente mes craintes. Plus de vingt minutes sont passées depuis la fin des tirs et toujours aucun signe de la part de Condor. Chaque minute, je me décompose plus.
– Eh bien ! Je suis bienheureuse que ton métier ne soit pas aussi risqué, lâche tout à coup ma mère en agitant la main.
Ce n’est pas le moment pour me titiller sur le sujet, alors j’inspire en espérant qu’elle n’insiste pas. C’est vrai, un militaire ne pratique rien de dangereux pendant ses fonctions. Cela se saurait, non ? De plus, étant soldat breveté moquette de bureaux, mon arme de service est un stylo et mon chargeur un paquet de post-it, donc aucun risque encouru jusqu’à la fin de ma carrière. Maman, si tu savais que l’on m’a enseigné, en autres, la meilleure méthode pour égorger en toute discrétion ou tuer avec mes doigts comme arme, tu tomberais des nues. Mais l’heure n’est pas aux sarcasmes, il y a plus important.
Par chance, mon téléphone sonne pour m’offrir une diversion. Toujours angoissée, je plonge sur la table pour le récupérer et décrocher sans même vérifier le nom de l’interlocuteur.
– Sabine, c’est le général.
Qui vient d’aspirer tout l’air de la pièce ? Je suis en arrêt cardio-respiratoire.
– Sabine ? Vous m’entendez ?
Non et je ne veux pas que vous me parliez. Je refuse que vous m’annonciez une horreur.
– Oui. Bonjour, mon général, je souffle d’une voix éteinte.
– Il va bien. Ils vont tous bien. Il m’a demandé de vous prévenir puisqu’il ne peut pas vous contacter avec son appareil professionnel.
Mon cœur tambourine jusqu’à mes tympans, mon sang s’écoule à nouveau dans les veines, mais il a dû s’épaissir au passage, j’ai l’impression d’avoir deux de tension. Hector qui bout d’impatience doit me trouver trop apathique, il m’arrache l’appareil.
– C’est Hector. Dites-moi tout ! ordonne-t-il sans cérémonie.
Malgré ma mollesse d’esprit actuelle, j’ai tout de même le réflexe de lui faire les gros yeux. Il parle au général, pas à son pote. Un minimum de respect quand même !
– Oups. Pardon. Mes devoirs, mon général [*].
Nous avons de la chance que notre supérieur soit si conciliant. Au lieu de lui assener des remontrances bien méritées, son éclat de rire me parvient jusqu’ici. Ensuite, Hector sort de la pièce pour poursuivre leur discussion, loin des oreilles parentales indiscrètes.
– Tu travailles pour un général ? Et il t’appelle sur ton portable ? s’étrangle mon père, impressionné.
– Mais que fais-tu donc comme tâches, au juste ? s’inquiète aussitôt ma mère.
– Je suis en poste au Ministère de la Défense, le repère des généraux de l’armée française. Vous pensiez que mes supérieurs étaient des maçons ou des mécanos ?
Ils se regardent tous les deux pour une concertation silencieuse, puis baissent la tête pour convenir qu’ils se faisaient une fausse idée de mon activité.
– Il y a un problème ? Tu dois partir ? questionne ma mère.
– Je ne pense pas, maman.
– Mais tu fais quoi, exactement ? se renseigne mon père avec méfiance.
– Je classe des informations sensibles, c’est tout. Ne vous affolez pas.
– Tu ne nous caches rien de plus dangereux, n’est-ce pas ? insiste ma mère.
Moi ? Dissimuler une dangerosité dans ma vie ? Mais quelle idée farfelue, enfin ! Voyons, maman, je ne suis qu’archiviste. Ce n’est pas comme si je travaillais avec des hommes qui tuent plus souvent que vous ne jouez à la belote, ou si je m’étais mariée avec l’un d’eux en cachette. Ni que j’ai un mini Condor en moi.
– Rien de dangereux, ne vous alarmez pas, je les rassure sur un ton convaincant.
Après tout, je ne mens pas. Ce n’est pas moi qui joue avec la mort. Moi, je joue avec la vie. Cela n’a rien de dramatique, n’est-ce pas ?
[*] Mes devoirs : formule de salut pour les généraux. De moins en moins usitée pour être remplacée par la plus courante « Mes respects ».
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Nouveau chaton.
– Condor –
Après des heures de guet et d’observation dans le plus grand calme, une course à fond de train avec franchissement d’un mur au milieu, suivi de minutes de bruit assourdissant composé de détonations, d’explosions et de beuglements, c’est tout à coup le silence. Juste parfois rompu par de faibles gémissements. Nous restons en position tous les quatre dans un coin du bâtiment, prêts à intervenir de nouveau au moindre mouvement en face de nous. C’est une purée de pois, nous attendons que les gaz et fumées se dissipent pour certifier que tout danger est écarté. Cela dit, avec ce que nous venons de leur envoyer, aucune raison de s’inquiéter.
Nous essayons toujours de neutraliser vivantes les personnes à appréhender, mais s’ils nous tirent dessus, nous changeons de tactique. On bute. Tant pis pour eux, mais nos vies avant les leurs.
– Vous restez en place tant qu’on n’y voit pas plus clair ! j’ordonne quand Squale bouge derrière moi.
– Tout le monde est ok ? questionne Lynx.
Nous confirmons être tous indemnes, une bonne chose. Contrairement au plan initial, nous n’avons pas donné l’assaut sur l’arrière du bâtiment à quatre comme cela était programmé. Nous devions juste être en soutien, responsables de cette partie pour la prise en étau, parce qu’il était prévu que les forcenés seraient concentrés à l’avant.
Les faits ayant changé, il m’a fallu prévenir le commandement afin qu’il révise la position des équipes. Une fois la répartition adaptée, nous étions douze au moment de charger. Ça change la donne et ce qui nous a permis de leur mettre une grosse branlée, à ces fous furieux. Ils n’avaient aucune revendication, souhaitaient juste casser du flic.
Toujours en place pour assurer la protection des hommes qui s’approchent des corps des forcenés, nous attendons le signal de fin des festivités. Devant nous, les gars confirment qu’il n’y a aucun survivant dans notre salle, et une minute plus tard, c’est acté par toutes les autres équipes déployées sur la zone. Nous pouvons plier, c’est bouclé.
– Allez, on dégage, j’ordonne, lorsque la totalité du périmètre est sous contrôle par les différentes unités.
Nous sortons par l’arrière dans le but d’éviter les objectifs des journalistes, puis je rejoins les gradés qui dirigent l’opération. Pendant quelques minutes, j’effectue mon rapport devant les quatre hommes attentifs.
– Merci pour votre aide, déclare l’un d’eux quand j’ai terminé.
– Nous n’étions pas utiles. Vos gars gèrent très bien sans nous.
– Nous avons demandé votre soutien comme d’habitude.
– Il faut que nous en reparlions avec le général. Si nous ne sommes pas indispensables, je ne vois pas l’intérêt.
– Mais nous pratiquons de cette manière pour maintenir un partage, non ?
– C’est sur ce point que nous reviendrons. Vous possédez toutes les unités compétentes pour intervenir sur le territoire. Nous, nous devons aussi agir à l’étranger, où je pense que nos propres aptitudes ont lieu d’être, contrairement à ce type de missions.
– Vous souhaitez céder le contrôle total à nos unités ? s’étonnent-ils en même temps.
– Je ne leur cède rien. Ils assurent et ont déjà le contrôle. Nous sommes juste du rab. Ils sont même plus aguerris que nous dans les zones urbanisées. Par conséquent, ils n’ont rien à attendre de notre part. Alors, autant réaliser des économies de temps et de moyens. Notre terrain de prédilection et celui pour lequel nous sommes formés, c’est le désert, la campagne ou les zones isolées, pas les villes.
S’ils approuvent mon point de vue, ils sont tellement stupéfaits qu’aucun ne répond. Je les salue d’un signe de tête avant de tourner les talons.
– Je suis entièrement d’accord avec ta décision ! abonde Cobra avec enthousiasme.
– Pareil. C’est clair que je me suis toujours demandé pourquoi on aidait des gars qui n’avaient pas besoin de nous, ajoute Lynx.
– Inutile de préciser que je vote également pour, ricane Squale qui garde de mauvais souvenirs de ce type d’intervention.
– Dès le retour du général, nous verrons ce problème de sorties superflues.
Pour le moment, nous empruntons le chemin de notre arrivée. À la lisière des arbres, je profite de l’attente de notre voiture pour envoyer un message au général, afin qu’il rassure Sabine. Même en vacances, il se charge de ça. Elle doit être folle d’inquiétude et deux fois en vingt-quatre heures, je ne pense pas que cela soit une bonne chose pour le bébé. Pour ses nerfs non plus.
Comme il fait jour et que nous ne sommes pas amateurs de publicité ni de signatures d’autographe pour fans déchaînés, nous patientons en nous planquant dans un fourré. Tout à coup, un drôle de son résonne. J’inspecte autour de nous, mais je ne repère rien de spécial, puis je l’entends encore une fois.
– C’est quoi ce bruit ? questionne Cobra.
– On dirait un chat, je réponds.
– Il doit être mal en point pour miauler si faiblement. Il a pris une balle perdue et crève dans un buisson à mon avis, commente Squale.
– Mais non ! Il ne va pas mourir ! s’insurge Lynx.
Nos trois têtes se tournent vers lui. Étonnés pas sa vive réaction, nous le fixons avec suspicion. Lui, il a fait une connerie.
– Dépêche-toi de me dire quelle ânerie tu as commise.
– D’abord, ce n’en est pas une, me toise-t-il.
– Lyyyyynx.
– Mais rien. C’est juste… enfin…
Il hésite, il fuit mon regard. C’est plus grave que je ne le pensais.
– Là ! s’exclame Squale en pointant du doigt la poche latérale de son sac.
– Oh le con ! se marre Cobra.
Halluciné, en plein rêve, j’aperçois une tête de chaton gris rayé qui dépasse et nous observe avec curiosité.
– Ben quoi ? Je l’ai trouvé dans la salle dans laquelle nous avons donné l’assaut. Il était terrorisé sous une caisse, se justifie-t-il.
– Je n’arrive pas à y croire. Tu m’auras tout fait, je soupire.
– Et on va en faire quoi, au juste ? questionne Cobra.
– On le garde. Ce sera notre chat et puis c’est tout, rétorque Lynx avec un air défiant quiconque d’affirmer le contraire.
Après tout, nous ne sommes plus à ça près.
– Tu te débrouilles comme tu veux, mais qu’il n’approche pas Sabine.
– Et pourquoi ? Elle adore les chats.
– Pas en ce moment.
– Tu racontes n’importe quoi. On aime ou on n’aime pas, il n’y a pas de planning pour ça. Explique-moi.
– Non et ne me cherche pas sinon, je jette ton truc à poils contre un arbre, je le menace.
Lynx renifle de mépris. Même s’il sait que je ne me livrerais jamais à une telle chose, juste la menace en l’air ne lui plaît pas. Je m’en fiche, au moins, j’obtiens la paix. Dès que possible, je me renseigne mieux sur cette histoire de chat et de grossesse.
Deux heures plus tard, le temps de rédiger un rapport et ranger mon matériel, je rentre enfin chez moi. La priorité est de me dépoiler, puis fourrer ma tenue puante dans un sac que viendra chercher l’équipe Log. Ensuite, une bonne douche, un jogging enfilé, et je peux me rendre dans la cuisine pour boire un verre. Une fois mon cul dans le canapé, j’allume l’écran plat et j’appelle Sabine.
– Bien rentrés. Tout va bien. Et toi ?
– Merci de m’avoir fait prévenir, je m’inquiétais. Ça s’est bien passé ?
– Oui. Équipes au top. Et toi ?
– Mieux maintenant. C’est nettement plus calme que chez toi, ricane-t-elle.
– Il ne faut pas te faire de mauvais sang pour rien. Je gère.
– Facile à dire, bougonne-t-elle.
– C’est bientôt terminé. Tu ne t’en feras plus, c’est promis.
– C’était dur. Je préfère quand tu agis loin et dans le secret, plutôt que de le vivre à travers l’écran. Vivement la fin de tout ça.
Entendre à nouveau la confirmation d’une fin proche lui fait plaisir, ça se comprend. Sauf que mon départ dépend d’un critère important, mon remplaçant. Je dois le former quelque temps, histoire qu’il prenne les rênes, et soit à l’aise dans ses fonctions comme avec l’équipe. Tout à coup, cela me fait penser que je vais également lui céder ma place de chef auprès de Sabine. Là, j’aime beaucoup moins.
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