Secret Défense d'aimer - Tome 3

Axelle Auclair · Chapitre 1 sur 27

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Secret Défense d'aimer - Tome 3

Chapitre 1

C H A P I T R E 1

Juste un détail.

 

[Notes du Docteur Cauvin – 9 mai : Cellule en crise. Au retour des agents restants, une surveillance sera nécessaire. Le rapprochement récent des trois premiers influera sur l’acceptation de la perte de l’un d’eux.]

– Sabine –

Les yeux qui piquent, la fatigue de plus en plus difficile à combattre, je lutte pour ne pas abandonner mon écran. Depuis une heure, je vérifie sans cesse la même chose, les mêmes cartes et photos, afin d’obtenir la certitude que ma déduction n’est pas fantasmée. À trop chercher des motifs d’envisager Cobra en vie, le moindre détail ranime l’espoir. Là, j’ai la sensation d’avoir mis le doigt sur quelque chose, mais sachant que les pros, sur place, n’ont rien trouvé, je juge cela présomptueux de ma part.

Tant pis, au risque de me ridiculiser, je dois en avoir le cœur net. Condor vient d’entrer, il dépose des boîtes réchauffées sur le bureau. Cette fois-ci, il a choisi des plats préparés par leur chef plutôt que des rations. C’est un indéniable progrès parce que je frise l’indigestion de conserves, mais je ne veux pas me lever pour cuisiner et perdre de précieuses minutes.

– Pourrais-tu me montrer la dernière position connue de Cobra ?

Même si c’est une information qu’il m’a déjà fournie, il s’exécute sans rechigner en lisant les coordonnées sur ses papiers, puis en dessinant une croix sur l’écran à l’aide du stylet. Il confirme le point à l’origine de mes doutes. Je me crée des films ou pas ? Est-ce que je vais lui faire perdre du temps en lui annonçant mon avis ? En détectant ma perplexité, il met fin à mon questionnement.

– Il y a un truc qui te titille.

– Oui, mais…

– Tu n’es pas formée pour ce type de recherches, alors parle, même si cela s’avère une connerie.

Il a compris mon dilemme et contrairement à ce que j’imaginais, il ne m’intime pas de laisser faire les pros en restant à ma place.

– Eh bien, lorsque vous demandez une extraction, vous indiquez un point qui n’est pas celui où vous vous trouvez à ce moment-là pour des raisons de sécurité. C’est bien ça ?

– Tout à fait.

– Tu calcules la distance à parcourir et le temps pour le rejoindre pour ne pas louper le rendez-vous, mais tu prends une marge d’erreur ?

– Oui, pour les impondérables.

– Une marge de combien ?

– Une minute.

Étonnée, je tourne la tête vers lui, il me faut quelques secondes pour m’assurer de son sérieux. J’aurais dû m’en douter. Une minute, c’est pour moi le temps de me recoiffer dans l’ascenseur — ce qui causera mon retard —, mais eux, ils prennent une immense et confortable sécurité de soixante secondes pour des trajets en zones à risques sur terrains accidentés. Nous ne sommes vraiment pas du même monde.

– Ce n’est pas vraiment ce que j’appelle une marge. Moi, il me faut le quart d’heure militaire, y compris pour rejoindre le self.

– Nous, nous comptons les secondes. Nos contraintes ne sont pas identiques, fait-il remarquer avec justesse.

– Je n’en doute pas. Mais revenons à nos moutons. Si j’associe les données suivantes : sa position, l’heure à laquelle il a ordonné l’extraction, avec le point de rendez-vous et le temps qu’il a donc prévu pour parcourir la distance, ça ne colle pas avec son dernier emplacement. Pas de beaucoup, à peine onze mètres à gauche, mais c’est au départ de sa progression, donc, ça augmenterait de bien plus au final. Comme je ne suis pas agent, pourrais-tu recalculer tout ça et vérifier si ce n’est pas juste un obstacle qu’il a dû contourner et que je ne vois pas sur l’image ?

Intrigué, Condor se penche sur l’écran qu’il étudie consciencieusement pendant une minute. Ensuite, il se redresse d’un coup en fronçant les sourcils.

– Il n’aurait pas dû passer par là pour rejoindre le point de rendez-vous. Tu as raison, il a obligatoirement dévié sa trajectoire puisque le trajet qu’il a emprunté ne lui aurait pas permis d’arriver dans le délai imparti.

L’entendre confirmer mes doutes me donne l’impression de me dégonfler comme un ballon crevé. Je n’ai pas sorti une ânerie plus grosse que moi, alors je me détends. En clair, Cobra ne se trouve pas où on le cherche parce qu’il a bifurqué sans que l’on en connaisse la raison. S’il a calculé un temps pour se rendre au point de ramassage, il aurait dû conserver sa trajectoire initiale. Bien entendu, sur une zone qui n’est pas, ou plus à risques, l’hélico l’attendrait et ils pourraient communiquer, mais dans le cas présent, tout a explosé et Cobra n’est jamais arrivé.

Condor déclenche aussitôt l’ouverture de la porte.

– Je prends la suite ! Je dois recalculer sa position probable et il faut aller très vite. Je vais aboyer des ordres dans tous les sens, alors sors d’ici et va te reposer. Tu ne me déranges surtout pas.

– Je …

– Sabine ! Dehors ! claque-t-il en me faisant sursauter.

Je n’avais jamais vu le Condor dans cet état, fébrile et agité, alors je ne demande pas mon reste. Je bondis de ma chaise pour me précipiter vers la sortie. Après avoir franchi le seuil de la pièce, je me retourne pour l’observer. Il s’applique à prendre des mesures sur l’écran, tout en composant un numéro sur son téléphone.

– Ton tél est dans le placard, sous mes pantalons, lâche-t-il avant de lancer la fermeture de la porte.

Déstabilisée par la rapidité de son changement d’attitude et la violence de mon éjection du bureau, je reste plantée devant la porte qui coulisse sur les rails.

– Ici Condor ! Vous arrêtez tout et vous allez tout de suite vers l’ouest. Degré...

C’est tout ce que je peux l’entendre beugler avant que les sons soient étouffés par l’accès qui se verrouille sous mon nez. Mais que vient-il de se passer ? Interdite, je m’éternise puis me secoue en repensant à mon téléphone. J’avais bien analysé la situation, il l’avait planqué, le filou.

Une fois mon précieux retrouvé, je m’empresse de le mettre en route en me dirigeant vers la cuisine. Pendant que le plat préparé chauffe dans le micro-ondes — pour remplacer celui qui vient de me passer sous le nez —, je consulte le téléphone. Ma boîte contient une vingtaine de messages, de Lynx en privé, dont le plus récent date d’une heure. Ils ont tous le même sujet, à savoir si je vais bien. Pour ceux rédigés avant son départ, sa question concerne aussi Sylvie. Je note qu’il s’inquiète plus de mon état que Condor. Mais à la décharge de ce dernier, il s’est plus concentré sur les recherches que sur moi, et c’était tout de même plus vital.

Je suis tentée de répondre à Lynx, mais avec la tournure des évènements qui se précipitent, le timing ne me paraît pas adéquat. Je l’imagine très bien galoper dans tous les sens, avec Squale aux fesses et Condor qui hurle à travers leurs écouteurs. Vu comme il m’a parlé pour me virer du bureau, je ne voudrais pas me trouver à leur place parce qu’à mon avis, ils doivent courir comme des dératés, et cela ne doit jamais être assez rapide pour notre chef aussi impatient qu’exigeant.

Je suis déçue de ne plus être conviée à la suite des opérations, mais n’étant plus utile, je gênerais Condor en restant dans la pièce. Sans compter qu’il me briserait les oreilles. De plus, ils sont largement plus compétents que moi, je me demande même si je n’ai pas retardé les choses en me chargeant de la lecture des cartes. Il m’a confié cette mission, alors qu’il s’apprêtait à l’effectuer lui-même. Peut-être aurait-il détecté le problème plus rapidement que moi. Pourvu qu’ils retrouvent Cobra vivant, sinon, je vais m’accabler de reproches, ce que je commence à faire, en fait.

Minée et n’ayant rien de concret à faire, j’en profite pour souffler un peu et récupérer de cette nuit épuisante. Mon plateau-repas prêt, je m’installe dans le canapé pour le manger en regardant la télévision. Le calme de l’appartement est aussi rassurant que pesant. C’est plutôt étrange en sachant que c’est la tempête dans une pièce à côté et quelque part dans le monde, mon ami est en perdition. Pour être honnête, je ne croyais plus à la possibilité de retrouver Cobra vivant avant de remarquer la légère déviation de sa trajectoire indiquée par son traceur, avant qu’il ne s’éteigne. Maintenant, cela remet tout en cause et j’espère qu’il a tenu le coup. En gros, s’il a pu continuer à avancer, cela le décale assez pour l’écarter à temps de la zone mortelle de l’explosion. En revanche, cela le sort également du périmètre des recherches effectuées. Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas en état de se faire repérer puisqu’il reste muet et invisible.

Mon repas avalé, c’est en espérant à nouveau que je m’allonge sur le canapé, en me couvrant d’un plaid pour attendre les nouvelles. L’adrénaline retombée, l’épuisement prend le dessus, je m’endors rapidement.

C’est une main chaude et caressante sur le front qui me réveille. Entre mes paupières qui papillonnent, je découvre Condor, accroupi, qui m’observe avec inquiétude. Son air grave m’aide à émerger, je me redresse en me frottant les yeux. Lorsque je suis assise, il pose les paumes sur mes genoux en plaçant son visage face au mien.

– Ils l’ont trouvé, croasse-t-il.

Son émotion brise définitivement mes espoirs, les larmes affleurent. Aussitôt, Condor lève une main pour caresser ma pommette du pouce.

– Non, Cobra est vivant.

Mais qu’il est con de me faire peur de cette façon ! Après un instant de surprise, c’est la joie qui domine. Je me blottis dans ses bras en enfouissant mon visage dans son cou.

– Il est bien amoché, mais ils le ramènent.

C’est fini, Cobra est de retour bientôt, et moi, j’ai la sensation d’avoir deux de tension après cette épreuve. Calée contre le torse rassurant de Condor, je me laisse aller avec un soupir libérateur. Après m’avoir serrée contre lui, il me pousse pour me décoller, puis rive son regard au mien.

– Bravo pour ton aide et d’y avoir cru jusqu’au bout.

– Si tu t’en étais chargé, tu l’aurais retrouvé plus vite, je précise avec déception.

– Peut-être, ou pas. Seul, j’aurais été submergé entre les documents et les images. Certes, j’aurais détecté son changement de trajectoire plus rapidement que toi, mais aurais-je pu le faire plus tôt ? Ce n’est pas certain, alors ne te reproche rien. Si tu n’as pas pensé à vérifier ce détail, c’est parce qu’on ne te l’a pas enseigné. J’aurais donc dû te le préciser.

– Maintenant, je sais.

– Voilà. Tu as appris quelque chose et moi aussi. On te formera pour que tu ne te contentes pas d’une lecture basique des images, mais que tu saches aussi croiser les bonnes informations dans ce genre de cas.

J’approuve totalement. Plus je peux me rendre utile, mieux c’est, surtout en période de crise. Mais tout de suite, j’aimerais en savoir plus sur ce qu’il s’est passé, alors je l’interroge en espérant qu’il puisse me mettre au courant.

– Cobra est inconscient. Il faudra attendre pour qu’il s’explique. Ce que Lynx m’a rapporté, c’est qu’il a fini par le repérer en remontant la diagonale que j’ai calculée, mais bien plus loin que nous le pensions et sous un amas de débris.

– Mais pourquoi son téléphone ne fonctionne-t-il pas ? Je veux dire, le traceur ?

– Lynx a retrouvé son sac abandonné sur le chemin et Cobra avait son appareil dans sa poche basse, celle sur le côté au-dessus du genou. Sur les terrains difficiles, nous le mettons là pour éviter de taper dessus en nous cognant ou qu’il se coince dans nos sanglages. Il a dû sacrément chuter, parce que son téléphone est cassé tout de même. À ce qu’en a déduit Lynx, blessé, il a continué à avancer pour se cacher plus loin.

Eh bien ! Il faudra qu’il me raconte comment il a réussi une prouesse pareille. Et je ne parle pas de parcourir des centaines de mètres en piteux état, mais bien de venir à bout des blocs de béton que sont nos téléphones. Mais il y a plus important que ses talents en destruction de matériel.

– Il va s’en sortir ?

– Je ne peux pas répondre à cette question. Il faut attendre que le médecin effectue le bilan. Ils doivent déjà être dans l’hélico pour rejoindre la base la plus proche. Il y sera soigné, stabilisé et rapatrié.

– Alors, ce n’est pas encore gagné.

– Hey. Il y a quatre heures, juste avant que tu pointes le truc, nous n’y croyions plus du tout.

– Oh ?! J’ai dormi si longtemps ?

– Et tu as besoin de te reposer. De mon côté, j’y retourne pour travailler sur les rapports et chercher les causes.

Sans attendre, il se redresse et quitte l’appartement. Pour ma part, je ne trouve rien de mieux à faire que soupirer en me renfonçant dans le canapé. Je n’ai décidément pas leur résistance, toute cette angoisse cumulée à la fatigue physique m’épuise. En plus, c’est reparti pour un tour d’attente dans le stress.

Au moins, je peux peut-être dialoguer avec Lynx maintenant, alors j’attrape mon téléphone sur la table.

[SC : Tu vas bien ?]

Je pense que nous n’avons pas fini de poser cette question à l’un et à l’autre, et ce sera encore pire quand Cobra sera de retour parmi nous. Nous allons la lui rabâcher au moins cinquante fois par jour. Le connaissant, dès qu’il sera en état de parler, ses premiers mots seront pour nous envoyer paître en nous ordonnant de lui ficher la paix. Ou peut-être pour nous taper sur le crâne à chaque fois que nous demanderons de ses nouvelles.

[LX : Mieux et super content de te retrouver. Et toi, ça va ?]

Qu’est-ce que je disais. Ça va, toi ? Ça va. Et toi, ça va ?

[SC : Beaucoup mieux également. Hâte de vous revoir.]

[LX : Le toubib est dessus. Je te tiens au courant.]

[SC : Merci. CD lâche les infos au compte-goutte. À croire qu’on lui arrache une dent pour chaque réponse.]

[LX : Pour une fois, il est plus soucieux pour toi.]

Mouais. Il cerne un peu mal son chef, je crois.

[LX : Je suis rassuré qu’il ait pu s’occuper de toi. Ça m’inquiétait que tu sois seule.]

Oui, alors… Comment te dire ? J’étais seule et Condor sur une tâche plus utile que de me servir de mouchoir géant. Ce que je ne lui reproche pas sur ce coup-là, mais au moins, je sais à quoi m’en tenir. En cas de petit coup de pompe, j’irai me regonfler loin de lui. La douche, c’est bien.

Pour le moment, Lynx sort d’une mission plus éprouvante que d’habitude puisqu’il s’agissait de son pote, alors je ne vais certainement pas en rajouter pour qu’il s’inquiète à mon sujet.

[SC : Oui. Je t’assure, je vais bien.]

Je confirme, Cobra va péter un câble parce que c’est la deuxième fois que je le dis, et ça me fatigue déjà.

 

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État des lieux.

 

 

– Condor –

Il a fallu deux heures à Lynx et Squale pour retrouver Cobra, deux autres pour le sortir du trou dans lequel il s’était planqué, lui procurer les premiers soins, puis le transporter jusqu’à l’hélico pour l’évacuer. D’après les déductions de Lynx, Cobra s’est rendu compte d’un problème imminent imprévu, certainement l’explosion, il a quitté l’itinéraire trop dégagé qu’il avait planifié, puis lâché son sac pour courir plus vite se mettre à l’abri. 

Ce qui nous a posé un réel souci, c’est qu’il a visiblement été balayé par le souffle, assez pour que son téléphone n’y survive pas, et lui, sérieusement atteint, est quand même parvenu à parcourir un bon trajet pour se protéger. C’est exactement la consigne à appliquer. Nous ne devons surtout pas rester à découvert quand nous devenons vulnérables. Cela l’a peut-être sauvé, mais il ne savait pas à ce moment-là que son traceur était hors d’usage.

Dans le cas contraire, nous n’aurions pas perdu autant de temps. C’est un problème que nous devrons régler prochainement. La pose d’un système sous notre peau a déjà été évoquée, mais finalement rejetée. Les gains apportés s’avèrent moindres par rapport aux risques d’être identifiables à tout moment. Il faudra réétudier cette option tout de même.

Sabine a raison en déclarant que j’aurais détecté le décalage de trajectoire, mais elle a tort de s’en vouloir. J’étais seul et noyé sous les informations dont la lecture passe en premier lieu, ne serait-ce que pour assurer la sécurité de Lynx et Squale sur place. Nous ne pouvons pas prendre le risque de les envoyer dans un piège et les perdre également, la priorité est dirigée sur le personnel vivant. Donc, la faille se situe dans l’effectif des militaires aptes à agir ou autorisés à opérer. Par conséquent, nous allons la combler grâce à Sabine en la formant. Elle nous offre une nouvelle possibilité par ses compétences et son insatiable envie d’apprendre.

Si Cobra s’en sort, cet accident constituera un mal pour un bien. Il nous a permis de repérer des manques, nous pallierons ces erreurs au plus vite. De plus, le fait que Sabine soit ma femme apporte un plus à l’équipe. Si elle n’assurait que le rôle d’archiviste, elle ne serait pas aussi disponible pour intervenir n’importe quand et immédiatement comme le demande parfois notre métier.

Voici une remarque qui auparavant m’aurait fait hurler, puisque contraire à ce nous pensons tous. Mélanger vie privée et professionnelle est source de problèmes. Sauf dans notre cas, je n’ai plus de doute à ce sujet. De toute façon, je n’aurais jamais pu former un couple avec une civile, c’est certain. Rien que devoir lui expliquer notre jargon ou les règles aurait eu raison de ma patience, et je ne parle même pas de lui rendre des comptes ou de me justifier sur mes absences. La bonne blague.

Il faut que je cesse de cogiter, j’ai eu ma dose pour l’analyse de mes sentiments envers Sabine, alors ça suffit. C’est elle, ne pouvait être qu’elle, je l’aime, point. Que mon esprit reste dans le professionnel et tout ira bien. D’ailleurs, l’arrivée d’un message de Lynx me remet sur le droit chemin.

[LX : Bilan toubib : pas génial.]

Pendant deux minutes, impatient, j’attends qu’il détaille les conclusions du médecin. Mais soit il écrit avec des moufles, soit il y a beaucoup à dire pour mettre autant de temps à rédiger son message, soit il se fout de ma gueule en pensant que je vais me contenter de si peu. Hop, un rappel à l’ordre s’impose !

[CD : Si tu ne m’expliques pas pronto, tu finiras dans la même chambre d’hôpital que Cobra parce que je vais m’occuper de toi.]

[LX : Une seconde ! Je ne suis pas dans un bureau, moi ! Il y a un vent à décorner les bœufs !]

[LX : Ça y est, je viens de t’envoyer la photo de son premier bilan pour gagner du temps.]

Ah oui. Il arrive sous forme d’image, il a anticipé mon besoin de détails. Bonne initiative. J’ouvre la photo sur l’écran puis je grimace. Non pas pour la longue liste, mais parce qu’elle est manuscrite et tellement illisible que mon premier réflexe est de chercher la langue utilisée pour sa rédaction. C’est le chien militaire qui a servi de scribe ou quoi ?

En m’abîmant les yeux, je finis par traduire le compte-rendu, en français malgré mes doutes initiaux. Beaucoup de plaies plus ou moins profondes sur les membres. Son torse étant protégé par le gilet tactique et sa tête par son casque, ils ne sont pas gravement touchés. Pour les blessures internes éventuelles consécutives à l’explosion, il faudra attendre d’avoir accès à du matériel médical. Le médecin juge son état stable, il est en mesure de subir le vol de retour, alors il restera à ses côtés jusqu’à l’hôpital militaire de Percy à Clamart, pour le surveiller de près.

Notre préférence va au rapatriement plutôt qu’à l’hospitalisation sur place s’il peut le supporter. C’est une nécessité pour la conservation de son anonymat. De plus, son dossier médical officiel est restreint, il contient le minimum syndical.

Lynx m’informe que Cobra a repris connaissance quelques fois sur de très courtes périodes. D’après le médecin, ce n’est pas alarmant puisqu’il est épuisé et déshydraté, entre autres. Son bilan provisoire est rassurant, si les scanners ne nous sortent pas un cadeau surprise, il est sauf.

En revanche, la ligne faisant mention de l’état de son genou gauche, ouvert et explosé, laisse présager une grosse opération, suivie d’une longue rééducation. Surtout, cela signe la fin de sa carrière. L’homme est sauvé, mais l’agent est mort.

 

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