Secret Défense d'aimer - Tome 3
Chapitre 18
C H A P I T R E 1 8
S’expliquer.
[Notes du Docteur Cauvin – 18 août : Sujet Condor. Mental : Impatient. État général : ok. Observation : Il est concentré sur les piles de dossiers sélectionnés pour son remplacement. Il est fermement décidé à quitter son poste dès que possible.]
– Sabine –
Le moment fatidique de notre dernière soirée à Pornic arrive. J’ai toujours du mal à quitter mon lieu favori, mais j’avoue qu’avec tout ce qu’il s’est passé — et je ne fais pas référence à mes déplacements entre la terrasse et la piscine —, j’ai hâte de retrouver Condor. Non sans omettre le plaisir de me soustraire aux rafales de questions de ma mère concernant ce même homme.
Ce qui est dommage, c’est qu’en ayant au moins une photo à lui présenter, elle m’aurait laissée en paix. Pas totalement, mais un peu. La connaissant, tant qu’elle ne l’aura pas vu en vrai ou sur papier, elle doutera de son existence, même si Hector m’appuie en lui parlant de son collègue. Je suis certaine qu’elle me soupçonne d’avoir inventé mon petit ami pour me débarrasser de ses reproches récurrents, voire systématiques, générés par l’inexistence de ma vie conjugale.
Actuellement assise dans mon lit avec un livre en main, une idée subite germe dans mon esprit : envoyer une photo de moi à Condor, qui supporte notre séparation avec de moins en moins de sérénité. Il râle chaque soir lorsqu’il décompte quotidiennement les jours avant mon retour. Le sable ne se déverse pas assez vite dans le sablier à son goût. Il prendrait des vacances de temps en temps, il comprendrait pourquoi je suis mitigée à l’idée de les écourter.
Je dégaine mon téléphone pour passer les cinq minutes suivantes à trouver le meilleur angle puis le bon sourire. Après un mitraillage en règle, il y a un portrait correct de moi, je le lui expédie. À peine deux minutes plus tard, Condor réagit.
[A. : Ouais ! Ça me plaît bien.]
[Moi : J’ai le droit d’en avoir une ?]
[A. : Oui, pour le temps qu’il me reste, on peut.]
Alors là, il m’épate. J’étais certaine de prendre un revers. Excitée, j’attends impatiemment l’image. Qui tarde. À mon avis, il est en train de pester contre l’appareil parce qu’il ne trouve pas la fonction pour les photos. Mais au bout de quelques minutes, elle arrive enfin.
Lorsqu’elle apparaît sur l’écran, j’avale de travers en couinant de surprise. Est-il devenu fou ? C’est bien lui et son beau visage sérieux — parce qu’il n’allait pas sourire non plus, il ne faut pas trop en demander —, mais il y a un détail que je juge embarrassant, un gros. Il est nu. Son corps est magnifique, je serais la dernière à dire le contraire, mais que lui est-il passé par la tête pour photographier également son sexe ? Et en érection, s’il vous plaît !
[Moi : Lors de ton dernier assaut, tu as lancé une grenade et elle a explosé trop près de ta tête ?]
[A. : J’ai assez de force pour ne pas commettre ce genre de bévue. Pourquoi ?]
[Moi : Mais enfin ! Tu es absolument indécent !]
[A. : Je sors de la douche et je n’ai pas voulu te faire attendre.]
[Moi : Tu ne pouvais pas cadrer au-dessus de ton machin tout excité ?]
[A. : Je n’y ai pas pensé. J’ai déjà eu du mal à trouver le fonctionnement, alors le cadrage, je ne t’en parle pas. Tu voulais une photo de moi, c’est moi. Tu sais très bien que j’ai un sexe (que tu apprécies d’habitude).]
Aucune pudeur, ces agents. Il ne visualise même pas le problème. Si je montre cette photo à ma mère, nul doute qu’elle le verra tout de suite, elle.
[Moi : D’abord, pourquoi es-tu dans cet état alors que je ne suis pas là ?]
Ça m’intrigue autant que ça me déplaît, sauf s’il est seul et songeait à moi sous la douche. Pour éviter de passer des heures en explications par message, je l’appelle pour en bénéficier de vive voix.
– En général, je suis dans cet état lorsque je pense à toi. Encore plus si je ne t’ai pas vue depuis un moment.
Bonne réponse. Tu vas y arriver à te normaliser, mon petit Condor.
– Depuis quand es-tu devenue prude ? C’est l’air marin qui te rend comme ça ?
– Ma mère est rongée de curiosité, elle souhaite découvrir ton joli minois. Pas ton machin dressé.
– Au moins, elle saura que son gendre est opérationnel.
– Les parents ne veulent pas le vérifier de visu et encore moins sur leur gendre, mais plutôt sur moi et dans mon ventre. Fais-en une autre et enfile un haut, ce sera mieux. Ils pourraient s’affoler en découvrant ta masse musculaire.
– Tu ne vas pas me demander de sécher quand même ? J’aime bien mes muscles tels quels, râle-t-il.
– Moi aussi, même s’il est déstabilisant que tu arbores plus de poitrine que moi.
La conversation s’éternise un peu, puis nos petits mots de bonne nuit prononcés, il parvient à m’envoyer une photo en respectant la bienséance, et le pauvre cœur de ma mère par la même occasion.
Le lendemain matin, ce n’est pas peu fière que je descends déjeuner, pressée d’exhiber mon magnifique guerrier. Lorsque je montre la photo à ma mère — la seconde, bien sûr —, elle prend son temps pour détailler l’homme jusqu’aux narines. Elle le scrute en silence et à ce rythme, s’il a un point noir, elle le décèlera.
– Il est en Russie ?
Sa question est à l’opposé du type de réflexions auxquelles je m’attendais.
– Non, du tout. J’imagine qu’il faisait frais où il se trouvait.
Comment pourrais-je expliquer autrement le bonnet et le col roulé que Condor a enfilés dans notre chambre où il fait toujours plus chaud que froid. Faire la part des choses est un concept un peu abstrait pour lui. C’est à poil avec son attirail à l’air, ou la tenue de ski. Entre les deux, il n’y a rien.
– C’est un très bel homme pour ce que je peux en voir, mais il semble sérieux, presque dur. Il l’est ? interroge mon père, inquiet pour son bébé.
Est-ce que Condor est sérieux ? Est-il dur ? Sans aucun doute, mais il n’est pas que cela.
– Papa, il l’est encore plus que tu ne l’imagines. Mais c’est un conjoint très attentionné et soucieux de mon bien-être. Tu n’as aucune crainte à avoir. Je l’aime et n’en voudrais pas un autre.
Après coup, en avisant la perplexité de mes parents, je ne suis plus certaine que cette photo fut une bonne idée. Même en accueillant avec confiance mes paroles rassurantes, ils se posent des questions sur cet homme à l’air revêche. Ce n’est pas grave, il est possible qu’ils soient encore plus impressionnés quand ils lui feront face. De toute évidence, ses yeux bleus n’ont pas la douceur escomptée par ma mère. Finalement, peut-être que Condor n’aura pas son câlinou de bienvenue comme Hector.
Le repas terminé, c’est déjà le départ. Le retour sur Paris se déroule comme à l’aller, mais avec la fin du trajet en métro. Dans le couloir de nos logements, nous nous séparons pour rejoindre chacun notre appartement. Au bilan, Hector est ravi de son séjour et a intégré tout l’intérêt des vacances. Il émet tout de même une petite réserve due au manque d’activités, mais comprend que notre flemmardise était liée à ma grossesse et mon besoin de repos. La prochaine fois, nous profiterons mieux des environs.
Je n’ai pas le temps de poser la main sur la poignée de la porte. Un Condor au sourire éblouissant l’ouvre avant pour m’accueillir. Sans un mot, il m’attrape par le col pour me tirer à lui et m’écraser contre son torse. Ensuite, il me serre dans ses bras, me soulève, puis claque la porte d’un coup de pied.
– Ma valise !
– Personne ne la volera, répond-il en me portant jusqu’au comptoir de la cuisine sur lequel il me dépose avec précaution.
Le bonheur inscrit sur le visage, il me fixe quelques secondes avant de poser les mains sur mes genoux et se placer entre mes jambes. Un peu hésitant, il m’enlace puis m’embrasse en douceur. Lentement, les paumes sur mes joues, il m’offre un baiser de retrouvailles à la hauteur du manque ressenti. Lorsqu’il se recule en soupirant, il m’observe puis caresse mes joues de ses pouces.
– On ne se sépare plus jusqu’à la fin.
– La fin de quoi au juste ?
– Ben, le bébé. Ta mise-bas quoi.
Je viens d’avoir un moment d’absence. J’ai mal compris, il n’a pas pu dire ça. Quoique je devrais peut-être m’estimer heureuse qu’il n’ait pas parlé de mon vêlage. On ne sait jamais avec lui. Comme je ne réponds pas, encore heurtée par ses paroles, il réagit aussitôt.
– Ton accouchement ! Je raconte n’importe quoi, pardon.
Le fait qu’il se mette à aborder ma grossesse fait remonter le cachet mal avalé de la conception préparée en douce.
– Tu fais aussi n’importe quoi, je lui reproche sèchement.
L’heure des comptes arrive, ça ne lui échappe pas. Il grimace.
– Je sais. Je te l’ai avoué et également demandé pardon.
– Pourquoi décides-tu de sujets importants sans m’en parler ?
– Je voulais te fai…
– Par pitié ! Ne prononce pas le mot « surprise ». Je t’en conjure !
Mon ton vindicatif lui coupe le sifflet. Il cogite pour trouver quoi dire sans se faire hurler dessus. Soit, je vais l’aider un peu.
– Pour que les choses soient actées de façon définitive. Me faire une surprise, c’est m’offrir un bracelet, un gâteau, un livre ou mon super téléphone girly. C’est un objet, mais en aucun cas cela ne peut être un évènement qui influe sur notre vie et encore moins un bébé. Suis-je claire ?
– Limpide. Je t’ai déjà dit que j’en étais conscient, comme je regrette de t’avoir manqué de respect par la même occasion. Et pour finir, que je ne recommencerai jamais.
– Tu n’as pas intérêt.
– Bien. Donc, les faits étant ce qu’ils sont et pas annulables, il faut maintenant avancer. Que tu m’en veuilles est une chose, mais n'espère pas me demander de te présenter mes excuses tous les jours. C’est fait, de façon franche et sincère. Désormais, nous allons de l’avant ensemble. Je m’emploie à tout mettre en œuvre pour te prouver mon sérieux et mon engagement envers toi, notre bébé, nous.
Évidemment. Il n’est pas le type d’homme à se transformer en canard parce qu’il reconnaît son erreur. Pour lui, le fait de l’admettre et de promettre de ne plus en commettre est la résolution du problème. Dans un sens, il a raison. Il faut désormais aller de l’avant dans de bonnes conditions, encore plus parce qu’une grossesse se vit en couple. Ceci étant dit, pour moi, il est plus difficile de faire table rase si rapidement.
– Je vais t’en vouloir. Je ne peux pas effacer mon disque dur en un clic. C’est grave ce que tu as fait.
– Boude encore un peu si tu en as besoin pour évacuer. Je préfère que tu le fasses ouvertement plutôt que de le garder en toi, concède-t-il en soupirant.
– Et je te rappellerai à l’ordre si tu te laisses aller.
– J’y compte bien. Cela nous préservera d’une nouvelle bévue, accepte-t-il sans hésiter.
– Parfait.
– C’est bon ?
– Évite ce genre de questions pour commencer. Quand je te fais des reproches ou te fais la tête, ne me dis pas des trucs comme : « Tu fais la tronche ? » ou « C’est bon, on peut passer à autre chose ? ».
– Ok. Je note, accepte-t-il en souriant.
Il est conciliant, c’est mieux pour nous deux. Ou pas. Serait-il assez malin pour deviner que me laisser les rênes de mon humeur est la meilleure façon de m’adoucir plus rapidement ?
– Je peux le voir, maintenant ? demande-t-il avec espoir, le bonheur inscrit sur le visage.
– Quoi donc ?
– Mon bébé ! s’exclame-t-il tout excité.
– Non.
– Comment ça, non ? Tu n’as pas compris la partie où j’explique qu’il faut que nous avancions ?
– Si. Mais nous ne pourrons pas bondir de six mois quand même.
Surpris, il hausse les sourcils, puis réfléchit quelques secondes avant de réagir.
– Mais non, n’importe quoi. Je veux toucher et admirer le joli ventre rond de ma femme qui enveloppe mon bébé.
– Tu veux voir l’avancement de ta folie ? je le taquine en relevant mon t-shirt.
Je m’attendais à ce qu’il s’empresse de poser les mains sur la petite rondeur, mais non. Condor est statufié, le regard rivé dessus. Aujourd’hui est une grande première. Devant moi, se trouve bien un Condor ému, même émerveillé. Cet homme réputé inébranlable vient pourtant de rendre les armes face à un haricot. Mais le sien, c’est le détail qui change tout et le bouleverse tant.
Il n’ose plus bouger. Il respire si faiblement que je commence à m’inquiéter.
– Je ne le sens pas encore remuer, mais ça devrait arriver bientôt. Tu pourras le sentir également, dis-je doucement.
– Je peux quand même ?
D’un hochement de tête, je l’y invite. Hésitant, il lève lentement la main pour l’approcher avec beaucoup de prudence. À dix centimètres, il la laisse figée en l’air. Il a besoin d’aide, alors je m’empare de ses doigts, que je tire vers moi pour les poser sur mon ventre. Lorsqu’il touche ma peau, il inspire fortement, puis me caresse avec précaution. Je conserve le silence pour ne pas rompre ce moment intense pour lui.
– Je vais être papa, murmure-t-il finalement.
Il prononce cette affirmation avec réserve, comme s’il n’y croyait pas et que l’effectuer à haute voix la rendait réelle. En revanche, son visage exprime un bonheur évident.
– Oui, tu vas l’être bientôt.
– Je n’en ai pas l’air, parce que j’ai encore du mal à réaliser cette merveille dans ma vie, mais je t’assure que je suis l’homme le plus heureux au monde. Le plus sidéré, aussi.
Pourtant, c’est bien lui qui a fomenté ce plan foireux pour l’obtenir. C’est à croire qu’il s’est contenté d’appliquer les consignes du livre « Comment faire un bébé ? », en occultant le volume suivant « Je vais avoir un bébé qui va chambouler ma vie ! »
– Personne ne t’avait prévenu que lorsqu’on met un bébé en route, il se trouve qu’on en a un en vrai ensuite ?
– Encore un rappel de mon erreur, tu as raison. J’ai voulu un enfant et pensé que c’était ton cas, alors voilà. Moi qui prépare mes missions pour avoir une vision globale, envisager toutes les possibilités, là, c’est comme si je m’étais uniquement concentré sur mon arrivée sur place sans réfléchir à la finalité, soupire-t-il en se passant la main sur le visage.
Il est impossible, il vient seulement de réaliser l’ampleur des conséquences. Mais il n’est pas ébranlé par la venue de son enfant, juste par l’énormité de ce miracle.
Après quelques secondes de réflexion, il m’enlace, puis me serre dans ses bras pour me caresser le dos. Quand il se redresse, il m’observe avec les yeux brillants d’émotion.
– Merci. Merci d’être toi. De m’avoir accepté, de me pardonner. Merci de m’aimer et de nous offrir un enfant, confie-t-il avant de m’embrasser.
En plus d’être ému, il est reconnaissant. Il peut et qu’il en profite. Désormais, je ne serai plus aussi conciliante. J’avais une confiance totale, je vais maintenant rester sur mes gardes pendant un moment, pour prévenir tout débordement ou envie incongrue de sa part.
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Hésitation.
– Condor –
Afin que Sabine soit assurée de ma sincérité, il était nécessaire de réitérer ma demande de pardon de vive voix. C’est fait. On peut dire que j’ai eu chaud au cul, mais surtout une chance inouïe qu’elle soit aussi fabuleuse. Et qu’elle m’aime, surtout.
Malgré tout, je peux annoncer avec certitude que j’ai commis la seule et unique incartade qu’elle sera en mesure de me pardonner. Elle ne laissera pas passer un deuxième tir de travers. Comme ce n’est pas dans mes intentions, je suis sauf.
Après une soirée de retrouvailles dans le calme et la douceur pour signer la paix, le moment de se coucher arrive sans que nous soyons dérangés. Bon… c’est surtout parce que j’ai diffusé le message aux autres, que le premier qui pointait son nez allait se le faire aplatir par mes soins. J’ai du mal à dissimuler mon impatience d’être allongé avec ma femme tout contre moi, ce que je ne cesse de lui répéter depuis deux heures. Épuisée — plus par mon insistance que par son voyage —, elle cède en acceptant de finir son livre dans notre lit.
Vingt minutes plus tard, j’obtiens ce dont je rêvais depuis plusieurs semaines, alors je m’en délecte. Mais ça fait rire Sabine.
– Tu me voulais allongée contre toi, explique-moi donc ce que tu fais à mes pieds.
Elle ment, je ne m’intéresse pas du tout à ses pieds. Certes, je suis au niveau de ses jambes, mais le visage contre son ventre, que je caresse et embrasse depuis plusieurs minutes. Même encore petite, cette rondeur me fascine. Sabine se moque de moi, mais son regard ému la trahit.
– Tu as une préférence ? demande-t-elle en baissant son livre.
– À quel sujet ?
– Un garçon ou une fille ?
Me voici désarçonné. En toute sincérité, je ne me suis jamais posé la question une seule fois. Je veux un bébé, sans aller plus loin dans ma réflexion. En embrassant son nombril, je m’interroge sur une préférence éventuelle. Le bébé qui sautera du ventre de Sabine pour se nicher au creux de mes bras qu’il ne quittera plus, je le visualise fille ou garçon ?
– Non, ça m’est égal. Avoir un enfant est déjà incroyable. Et toi ?
– Pareil.
– Dis. Puisque le sexe ne nous importe pas, nous pourrions conserver la surprise jusqu’à la fin ? je propose sans décoller mes lèvres de son ventre.
Troublée, Sabine m’observe sans réagir. Au cas où vous vous poseriez la même question, oui, je suis sérieux. Le départ de cette grossesse ne s’est pas déroulé dans la joie comme je l’espérais, alors pourquoi ne pas la terminer en festival de bonheur avec une surprise ?
– L’idée m’attire. De plus, tu seras peut-être moins stressé, car tu ne te poseras pas mille questions sur le fonctionnement d’une fille ou d’un garçon.
– Je t’arrête tout de suite, je suis très zen.
– On en reparlera, s’esclaffe-t-elle avant de reprendre sa lecture.
Elle se leurre, j’aborde réellement mon rôle de père avec la plus grande sérénité. Tant qu’ils vont bien tous les deux, rien ne peut me perturber. La quantité d’images de nous trois qui pullulent dans ma tête ne sont que sourires éblouissants, yeux brillants de bonheur et éclats de rire. Comment pourrais-je être angoissé avec ces visions idylliques ? Paisible, je laisse dériver mes pensées sur notre merveilleux futur en caressant son ventre. Je suis tellement bien que je ne veux pas dormir pour mettre fin à ce moment, malgré la fatigue.
– Condor ? m’alerte tout à coup Sabine.
On m’appelle ! Je découvre que mes yeux sont fermés. Je me redresse vivement en les ouvrant, mais je me retrouve dans l’obscurité totale. Que se passe-t-il ? Juste une panne d’électricité ou une menace ? Je bondis hors du lit et me jette sur mon arme. Une fois en position d’attaque, je me renseigne sur l’origine du problème en chuchotant.
– C’est quoi ?
– Il n’était pas nécessaire de sauter au plafond. Je souhaitais uniquement t’informer que tu sommeillais sur mon ventre et qu’à force, ta tête en plomb pèse lourd, pouffe-t-elle.
– Tu m’as laissé m’endormir sur mon bébé ?!
– Mais non. Déstresse un peu.
– Je ne suis pas stressé !
Juste vexé. Du coup, je range mon arme à sa place, Sabine continue de se moquer.
– À peine. Puisque tu ne dors plus, viens donc t’occuper de ta femme. Bébé n’est pas encore là, pourtant, tu commences déjà à la délaisser.
Avec grand plaisir. Je me recouche pour m’installer sur le dos cette fois-ci. Aussitôt, je soulève Sabine pour la poser à plat ventre sur moi puis j’empoigne des deux mains son petit fessier pour la maintenir. Je lui rappelle que je l’aime avec un long baiser, avant d’accompagner sa tête qu’elle appuie sur ma poitrine. Ensuite, la sérénité du moment effectue son travail, le sommeil m’emporte lentement.
– Ben alors ? souffle-t-elle contre mon cou quelques minutes plus tard.
Je refais surface sans comprendre ce dont elle parle.
– Alors quoi ?
– Tu ne me fais pas l’amour ?
– Non.
– Argumente ton refus, s’il te plaît, ronchonne-t-elle.
Dans les situations que je déteste, celle-ci en fait partie. Pourquoi ? Parce que je ne peux pas lui expliquer mon malaise. Elle me trouvera irrationnel. Mon intelligente petite femme me démasque.
– Ne me dis pas que tu as l’intention de me maintenir au pain sec pendant plus de six mois ?! s’offusque-t-elle.
Tant que ça ? C’est bien trop long pour moi aussi. Il faut que je colle une branlée à mes craintes si je veux tenir le coup.
– Je vais dépasser ça, mais laisse-moi un peu de temps.
– Es-tu en train d’avouer que tu as la frousse ?
– Mais non ! Juste que cela me met mal à l’aise qu’il soit là.
Elle pourrait compatir, me rassurer, m’expliquer. N’importe quoi sauf éclater de rire dès la fin de ma phrase. Comme elle est allongée sur moi, elle nous secoue tous les deux. J’espérais qu’elle se calme rapidement, mais non, ça dure. Ça y est, elle est maintenant carrément partie en fou rire. Elle remue tellement le matelas que c’est un truc à avoir le mal de mer. Que je n’ai pas, bien sûr.
– C’est bon ? Tu t’en remets ? je grince lorsqu’elle commence à se reprendre après trois longues minutes.
Encore quelques hoquets, alors je patiente en soupirant. Ensuite, elle s’essuie les yeux avec la couette. Je me prends à espérer qu’elle ne va pas s’y moucher, tant qu’à y être.
– Elle était trop bonne, désolée. Alors, comment te dire ? Pour débuter, si ton appréhension est de le toucher, sois tranquille. Tu es bien équipé, mais pas à ce point. Comme vous pouvez être prétentieux, vous, les hommes. Vous en perdez toute capacité de mesure objective, s’amuse-t-elle.
– Ok pour ça. Mais il est là.
– Oui. Et ? Il ne peut pas te voir. Donc, quand il naîtra, il ne te reconnaîtra pas, pouffe-t-elle.
– Tu peux être sérieuse une seule minute ?
– J’ai du mal avec cette absurdité, encore plus venant de toi. Tu veux du sérieux ? Alors, écoute bien : ce n’est pas maintenant qu’il faut se priver. Bien au contraire, puisque cela ne perturbe pas du tout ma grossesse ni bébé. Fais le plein, parce qu’après, il y aura une période de misère.
Je prends un instant pour analyser ses paroles. Une disette en vue ? Être la risée de ma femme alors qu’il n’y a aucun risque possible ? Il n’en faut pas plus pour me décider. Aussi sec, je la renverse sur le dos en me collant contre elle pour la surplomber, et faire disparaître son sourire sous mes lèvres affamées. Son léger soupir m’offre l’accès pour investir sa bouche, s’ensuit un baiser langoureux, qui amène le mouvement de nos mains en d’agréables caresses. De façon inévitable, le désir monte, il envahit mon corps qui se met en mode surchauffe. Libéré de mes craintes, je ne pense plus qu’à faire l’amour à ma femme.
Elle veut une séance de grimpette, alors je me dois d’accéder à sa demande. Là, j’en parle comme si j’étais le Dieu du sexe, le guerrier du corps à corps en position horizontale, le warrior de la lutte à visée orgasmique, mais au fond de moi, je n’en mène pas large. Il m’a fallu un peu de temps pour apprivoiser les subtilités du corps féminin. Maintenant, il s’agit d’apprendre à manier ce même corps, mais habité par notre bébé.
Avec douceur, je détache nos lèvres pour butiner son visage, descendre le long de son cou en léchant sa peau fine, puis glisser sur ses épaules. Dans le même temps, j’effleure ses nouvelles rondeurs, la courbure de ses hanches, que je quitte pour progresser avec lenteur vers ses seins. L’effet est comme un arrêt sur image. Houla ! En voilà de nouvelles formes qui ne me mettent pas mal à l’aise du tout. Ses seins sont gonflés à l’hélium ! Ravi, je les empoigne, c’est une tuerie. Je n’arrive plus à les lâcher, en admiration devant ses deux merveilles que je malaxe et embrasse avec tendresse. Me voici obnubilé par les deux pointes érigées.
Sans précipitation, je lèche et suce ses globes tentateurs. Avec précaution, je chauffe Sabine, me délecte de ses petits soupirs. Attentif, je calme un peu le jeu pour surveiller ses réactions, en alerte pour intervenir au moindre problème. Mais il ne faut pas longtemps pour comprendre que la seule chose qui perturbe Sabine, c’est ma délicatesse.
– Tu vas te réveiller ou bien ?
– On peut faire en douceur pour une fois.
– Là, l’effet se rapproche de celui du somnifère, alors active un peu, dit-elle en me claquant les fesses.
– Oh ! je m’insurge.
– À l’assaut, soldat !
Si c’est un ordre, cela change tout. En bon époux, je dois obéir à ma femme lorsqu’il s’agit de ses plaisirs. Alors, à la charge !
Galvanisé, je me jette sur son sein dont je mordille et lèche la pointe, pendant que j’écarte ses jambes avec la mienne. L’accès offert, je m’empresse d’y enfouir la main pour recouvrir et caresser son sexe souple et chaud. Et trempé, comme je le découvre lorsque mes doigts s’immiscent entre ses douces lèvres. Je lâche avec regret son téton pour accrocher son regard. Il est comme je l’aime dans ces moments-là, empli de désir et d’impatience.
– Je suis chaud comme la braise et tu es une fontaine. Go ? je questionne avec espoir.
– Tu devrais déjà y être, approuve-t-elle en me pinçant la hanche.
Ah oui ? Tu me cherches, coquine ? D’un mouvement vif, je me place entre ses jambes pour me positionner tout en verrouillant nos yeux, et d’un coup de reins puissant, je m’enfonce dans la douce moiteur de son corps. Ancré en elle, enveloppé par sa chaleur, mon sexe tressaute d’excitation de retrouver ce lieu magique, je soupire de contentement.
– C’est bon ? Tu m’as assez trouvé ? je souffle d’une voix rauque.
– C’est parfait. Ou presque. Agite ton admirable fessier en béton pour voir ?
Sans rompre notre lien visuel, je me dresse sur mes bras pour ressortir avec lenteur, avant de réinvestir son corps d’un coup vif, presque brusque. Avec aussitôt l’impression d’avoir été trop rude, alors je me fige en attendant sa réaction.
– Refais-moi ça, encore et encore, soupire-t-elle en agrippant mes bras.
Cette fois-ci, tout est limpide. Le sexe, on peut et comme on veut. C’est open et sans retenue. Bébé ne ressent rien et maman adore. Ceci étant vérifié, je me mets en mouvement pour faire plaisir à ma femme, et avec toute l’ardeur que nos retrouvailles méritent.
Je maintiens le rythme en admirant Sabine qui se perd plus à chaque fois que nos bassins se heurtent. Elle est éblouissante, me renverse et m’enchante à chaque fois. Dans l’obscurité de notre chambre, dont le calme n’est troublé que par nos respirations qui se renforcent, nous nous aimons.
Je bois chaque gémissement sur ses lèvres. Lorsqu’ils deviennent petits cris, je les aspire pour m’en délecter. Ses doigts pétrissent maintenant les muscles de mon dos. Sabine me tire vers elle pour m’inciter à revenir plus fort. La voir en extase avec le regard voilé m’atteste que j’assure comme elle le souhaite, mais c’est elle qui me fait perdre pied lorsqu’elle se raidit en rejetant la tête en arrière. Contractée sur mon sexe, elle m’offre une sensation stupéfiante qui me prend par surprise. Je ne m’en lasserai jamais, et n’y résiste pas plus. Tendue comme un arc, Sabine ne dissimule pas sa jouissance. Aussitôt, je me crispe pour me perdre juste après elle.
Libéré et comblé, je m’effondre en prenant soin de m’affaler à son côté. Comme toujours, je l’attrape pour la tirer et la poser sur moi, bien serrée entre mes bras avec sa tête calée sous mon menton.
– Tu vois. Je n’ai pas accouché. Avoue qu’il aurait été dommage de s’en passer, murmure-t-elle contre mon cou.
– Mon air béat ne peut que le confirmer. En revanche, ce serait peut-être plus sage que tu n’aies plus d’orgasme jusqu’à l’accouchement. C’est violent quand même, non ?
– Tu viens de te cogner contre la tête de lit ? Tu me prives de ça et je peux t’assurer que tu n’en auras pas non plus, me rabroue-t-elle.
– Mais…
– Non ! Même pas en rêve ! Non, mais alors !
Mieux vaut ne pas insister, elle a l’air furieuse. Soit, orgasmes elle veut, alors orgasmes elle aura. Je ne vais pas m’en plaindre, non plus. Mais j’en toucherai un mot au médecin, juste par sécurité.
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