Sur les terres de Kianah - 1
Extrait Tome 2 - Chapitre 1
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LE PROCHAIN TOME
CHAPITRE 1
Ce jour de lendemain de fête était, pour la plupart des gens, un jour normal.
Cependant, pour la princesse Illah, il était spécial. Non seulement il
s’agissait du premier de sa vie de femme mariée, mais c’était aussi le jour
de son départ pour le voyage d’acceptation de l’union. Alarik et elle
devaient se rendre dans l’ouest du continent, sur les terres du conseil des
mages qui décideraient de la validation ou non de son mariage.
Illah terminait ses bagages lorsque son époux entra dans la chambre. Il lui
demanda :
– Tu veux prendre un carrosse pour le voyage ou monter à cheval ?
– Tu veux rire de moi, là ! s’exclama Illah. Tu sais très bien que je vais
prendre un cheval, mon cheval.
– Je sais, je voulais juste te taquiner un peu. Ton cheval est sellé et prêt à
partir. Tes parents nous attendent devant les écuries. Tu es prête ?
– Oui. J’ai pris tout ce dont je puisse avoir besoin. Tu as pris les épées ?
Je ne retrouve pas la mienne, dit la princesse, un peu exaspérée de ne pas
avoir son arme sous la main.
– Ton épée est dans son fourreau, attaché à la selle de ton cheval qui
piaffe d’impatience. Viens, nous avons beaucoup de route à faire et
seulement le temps d’une lune…
– Je sais, je sais, allons-y.
Lorsque la jeune femme arriva devant les écuries, elle trouva son père, sa
mère et son frère qui les attendaient ainsi que le père d’Alarik, Théodore.
Personne d’autre n’était autorisé à approcher le jeune couple avant son
départ. Ils devaient subir l’épreuve de l’isolement en tant que couple et non
pas en tant que membres de leur famille respective. Toutefois, les parents
étaient autorisés à saluer leur départ.
Iza-Mel prit sa fille dans ses bras et la serra très fort. Puis elle lui glissa
une bourse dans la main et lui murmura :
– C’est un peu d’argent au cas où. Cache-le bien. Si tu te retrouves dans
le pétrin, tu auras de quoi te dépanner.
– Merci, mère, dit Illah.
– Prends bien soin de toi, ma fille. Pour une fois, je suis soulagée de
savoir que tu sais manier l’épée, cela pourrait t’être très utile ; on ne sait
jamais ce que l’on va rencontrer sur ces routes.
– N’ayez crainte, mère, nous sommes deux pour nous défendre.
– Illah, l’appela son père, je te souhaite un bon voyage. Sois prudente et
prends bien soin de ton mari.
– Oui, père.
Le roi serra timidement sa fille dans ses bras, puis il s’écarta et lui fit un
clin d’œil. Elle lui sourit en retour et lui murmura :
– Je vous aime très fort, père.
Mika s’avança à son tour vers sa sœur. Il la prit dans ses bras. Son
étreinte fut intense comme s’il voulait ne jamais la laisser partir, puis il la
relâcha et lui dit :
– Bon voyage. Fais attention à toi et reviens avec tous tes morceaux, et
fais en sorte que ton grand gaillard de mari revienne sur ses deux jambes.
– Je te le promets, mon cher frère. Aide nos parents dans leurs tâches, je
pense qu’ils en auront besoin.
– Je te le promets, ma sœur.
Alarik, de son côté, recevait de son père une magnifique épée en cadeau,
et Théodore, qui était un homme sombre et peu démonstratif, dit à son fils :
– Prends soin de toi, prends soin de ta femme et reviens-moi entier. Je
suis très fier de toi, mon fils, et je suis certain que ta mère veillera sur vous
depuis l’endroit où elle se trouve.
– Merci, père, dit le jeune en serrant la main de son père.
Les nouveaux mariés montèrent en selle et, après avoir envoyé la main
une dernière fois, ils se mirent en route. Illah voulait mettre le plus de
distance possible entre elle et Èrèmonta, et ce, rapidement. Elle ne voulait
pas regarder en arrière ; même si elle savait qu’elle reviendrait chez elle,
cela lui causerait trop de chagrin de voir ceux qu’elle aime.
Lorsqu’il eut galopé pendant plusieurs heures, le jeune couple s’arrêta. Ils
mangèrent un peu et laissèrent les chevaux brouter et reprendre leur souffle.
Alarik demanda :
– Je sais que nous ne sommes pas censés en parler, mais est-ce que tu sais
ce qui nous attend au conseil des mages ?
– Oui et non. Ils vont décider si notre union est acceptée ou non. Mais ce
qui me fait peur, ce sont les épreuves dont nous a parlé Balthazar. J’espère
que nous y arriverons.
– Je l’espère aussi, mais il ne faut pas s’inquiéter tout de suite de cela, il
faut d’abord nous rendre jusqu’aux mages.
– Oui, et pour cela, il faudrait peut-être nous remettre en route, dit Illah
en se levant.
– Exactement, dit Alarik, mais avant je dois faire quelque chose.
– Quoi ? demanda la jeune femme intriguée par le regard de son époux.
– Je dois voler un baiser à une princesse, dit le jeune homme en
embrassant tendrement son épouse. Maintenant, nous pouvons partir.
– Tu es impossible, dit Illah en riant.
– Je sais, c’est pour ça que je suis fait pour toi.
C’est en riant de bon cœur qu’ils se remirent en route. Les chevaux
arrivaient à tenir une cadence assez rapide et le jeune couple ne perdit pas
de temps. Au bout de deux jours, ils arrivèrent au port de Rivielo, sur le
bord du fleuve Taïka. Ils devaient y traverser en barque géante avec leurs
chevaux pour se rendre au royaume d’Ébal.
La traversée du fleuve fut mouvementée à cause des vents forts, mais le
jeune couple, qui passait son temps à se dévorer des yeux et à se bécoter, ne
s’en aperçut presque pas. Les chevaux, par contre, durent être cajolés et
amadoués fréquemment. Alarik décida de rester près d’eux, ce qui toucha
Illah. Elle ne connaissait pas cette sensibilité chez son époux et c’était une
agréable surprise pour elle.
Lorsqu’ils débarquèrent à Ébal, ils entreprirent la traversée du royaume
d’est en ouest, ce qui se fit sans problème, mais dura presque deux
semaines. Arrivée à la chaîne de montagnes de Glace, Illah se sentit
frissonner juste à les regarder. Au Ganthal, il n’y avait presque jamais de
neige, sauf dans le nord du pays. Toutefois, cela n’avait rien à voir avec ce
qu’ils avaient devant eux. Alarik dit à Illah :
– Nous allons camper ici et demain nous irons à Rochmoni pour acheter
des vêtements mieux adaptés au climat de ces montagnes. La route qui les
traverse monte et redescend sans arrêt. Et même si nous ne sommes qu’à la
fin de l’automne, dans ces montagnes, il neige déjà. En fait, il neige presque
toute l’année. Le reste du temps, la neige devient de plus en plus dure pour
former une couche de glace, d’où leur nom de montagnes de Glace.
– Je vois, dit Illah. Il n’y a pas moyen de les contourner ?
– Non, à moins que tu ne veuilles perdre environ une lune supplémentaire
juste pour se rendre au lac Kara et le traverser, ce qui, si je me souviens bien, n’est pas une option puisque nous avons une lune pour faire le trajet
en entier.
– En effet, dit Illah, convaincue. Nous ferons comme tu voudras. Tu
connais le chemin ?
– Oui, ça faisait partie de mon entraînement à l’armée, d’apprendre à
survivre dans ces montagnes. Ne t’inquiète pas. Si tu fais tout ce que je te
demande, il n’arrivera rien. Mais il va falloir surveiller de près les chevaux.
– Pourquoi ? demanda la princesse en caressant l’encolure de son étalon.
– Parce que le chemin que nous allons prendre est en partie fait de neige,
de roche et de glace. La neige, ils pourront s’y faire, la roche aussi, mais la
glace peut les blesser aux sabots. Si cela devait arriver, nous devrions les
abandonner et terminer le voyage à pied. Tu comprends ? demanda le jeune
homme avec beaucoup de compassion dans la voix.
– Oui, je comprends. Si par abandonner, tu entends les laisser à la merci
des éléments mourir de faim et de soif, ou de froid… je comprends très
bien. Sache que ce n’est pas une option. Si je devais abandonner mon
cheval, ce ne serait certainement pas pour le laisser mourir tout seul. Je le
tuerais moi-même.
– Je sais, dit Alarik en lui prenant la main. Je ne veux pas plus que toi
devoir me résoudre à tuer mon cheval. Attends une minute, j’ai une idée.
– Quoi ?
– Je me demande… ne pourrions-nous pas laisser les chevaux en pension
au village et acheter d’autres chevaux ?
– Un cheval ou un autre, s’il est blessé par la glace, nous devrons quand
même le tuer, raisonna Illah.
– Peut-être pas, lui répondit Alarik.
– Pourquoi ?
– Eh bien, les villageois connaissent bien le danger que représentent ces
routes de montagne, donc leurs cheveux portent des fers qui sont faits
exprès pour aller sur ces chemins difficiles. De plus, ce sont des animaux qui sont d’une race particulière à la région et qui résistent beaucoup mieux
au froid.
– Alarik, je t’adore, tu es génial ! s’écria Illah en lui sautant dans les bras.
– Merci, ma princesse, dit Alarik en lui volant un baiser avant de la
déposer par terre.
– Demain, nous irons faire nos emplettes, dit la princesse légèrement
rougissante. Ensuite, nous nous lancerons à l’assaut de ces montagnes.
Combien de temps cela peut-il prendre pour les traverser ?
– Environ une semaine, moins si nous faisons vite et si nous n’avons pas
droit à un blizzard. Si ce devait être le cas, nous devrions attendre que cela
se calme avant de repartir. C’est très dangereux de se perdre dans ce genre
de tempête.
– D’accord, dit Illah qui frissonna de nouveau en regardant les pics glacés
des montagnes et en se demandant si les dieux seraient avec eux pour cette
étape périlleuse de leur voyage.
Alarik installa la tente et Illah prépara un repas rapide fait avec leurs
rations de voyage. Puis ils allèrent dormir dès que le soleil se fut couché,
car à l’aube, ils devaient partir sans perdre de temps.
*
Dès les premières lueurs du jour, Illah et Alarik furent en route pour le
village qui se trouvait à l’entrée de la route des montagnes de Glace.
Les gens du village parlaient avec un accent qui rendait impossible toute
forme de conversation entre Illah et eux. C’est Alarik qui se chargea donc
de faire les transactions avec le marchand qui leur vendit des chevaux et qui
accepta de prendre leurs montures en pension. L’épouse du marchand leur
vendit des vêtements chauds et leur expliqua dans sa langue comment
utiliser avantageusement chaque vêtement. Illah se contenta de sourire et
d’attendre les explications de son mari, qui semblait très à l’aise de
s’exprimer dans cette langue. Les mots étaient prononcés différemment et
certains devenaient carrément autre chose. Donc, lorsque la princesse pensait avoir saisi le sens d’une phrase, son époux lui expliquait qu’elle
avait tout compris de travers.
Équipés de leurs nouveaux vêtements et de leurs nouvelles montures, les
époux se mirent en route vers les montagnes sans attendre. L’épouse du
marchand avait insisté afin de les garder chez eux pour la nuit. Alarik lui
avait dit quelque chose à l’oreille qui avait rendu la femme très aimable et
elle avait cessé d’insister tout en regardant Illah avec un air et un sourire
mystérieux sur le visage.
Dès qu’ils furent suffisamment éloignés du village pour ne pas avoir l’air
impolis, Illah demanda :
– Qu’est-ce que tu lui as dit, à cette femme, pour qu’elle me regarde
comme ça ?
– Euh… je… je ne… Tiens, regarde, la porte de pierre, dit le jeune
homme en désignant une espèce d’amoncellement de roches empilées les
unes sur les autres et portant des gravures complexes sur tout son pourtour.
Illah les observa pendant quelques secondes et revint à son mari en lui
disant :
– Tu changes de sujet, Alarik d’Ébal.
– Non, non, pas du tout. Nous devons laisser quelque chose qui nous
appartienne entre deux pierres de la porte pour signifier que nous sommes
de passage sur le chemin. Nous le reprendrons au retour.
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Amelie Dube