Sur les terres de Kianah - 1
Chapitre 1
Le vent qui soufflait de l’est amenait jusqu’au château ses odeurs de mer
venues du fleuve Taïka.
Illah, fille du roi Ondier, souverain de Ganthal, respirait à pleins poumons
cet air vivifiant. C’était la fin de l’été sur le continent de Kianah, et l’air
embaumait d’une multitude de parfums enivrants. Illah n’y tenait plus ; elle
fila directement à la tour est, là où elle pourrait voir le port. À dix-huit ans,
la princesse était maintenant une femme ; mais en ces temps difficiles, rien
ne laissait présager un avenir joyeux pour tous ceux et celles qui, comme
elle, entraient dans l’âge adulte.
Illah entendait les palefreniers qui préparaient les chevaux et les
marchands qui étendaient leurs articles en échangeant des nouvelles avec
leurs voisins de kiosques. Des nouvelles, il en arrivait tous les jours. Ces
derniers temps, elles n’étaient ni bonnes ni mauvaises, juste répétitives.
Le roi Ondier était parti depuis des mois à la frontière sud de son
royaume, là où le fleuve Taïka rétrécissait.
Depuis une décennie, le roi Trévor, souverain du royaume de Zythor,
attaquait ce lieu précis du continent, là où les berges du fleuve se
rapprochent. C’est à cet endroit chaud, qui faisait office de frontière, que les
combats sanglants faisaient rage, allant en empirant un peu plus au fil du
temps.
Illah attendait, tout comme les autres habitants d’Èrèmonta, la capitale du
royaume de Ganthal, les nouvelles et les lettres qui arrivaient par les
bateaux et qui entraient au port.
Sa dame de compagnie, Alia, vint la chercher pour l’aider à s’habiller.
Illah s’y soumit de mauvaise grâce, car elle détestait porter une robe. Elle
ne s’y sentait pas à l’aise ; mais pour ne pas contrarier sa mère, la reine Iza-
Mel, elle consentit, non sans rechigner un peu, à porter cette énorme chose
qui, selon ses propres mots, lui donnait l’air d’une meringue.
Toutefois, en temps de guerre, on ne contredit pas le chef de famille qui
reste au fort. La reine Iza-Mel paraissait douce, presque fragile à cause de
sa petite taille et de sa mince silhouette, mais il ne fallait pas s’y laisser
prendre. Elle n’était douce qu’en surface et lorsqu’elle ordonnait quelque
chose, elle n’avait plus rien de fragile. Illah le savait mieux que personne.
Son père lui laissait plus de latitude lorsqu’il était présent. Par exemple,
elle pouvait monter à cheval comme un homme et s’entraîner à l’épée avec
son oncle Éthan. Lorsque c’était sa mère qui menait le château, Illah devait
se tenir comme le prévoyait son rang. Malheureusement pour elle, porter
une robe en faisait partie, tout comme assister aux réunions avec les
conseillers de la couronne. La réunion avec les lords était pour Illah une
mascarade inutile. Toutefois, elle assistait à chacune d’entre elles, comme le
prévoyait le code de Ganthal instauré par son ancêtre, le roi François.
Depuis cette époque lointaine, le code de Ganthal était respecté à la lettre ;
et pour être certaine que personne ne puisse l’oublier, la reine Gaëlle,
l’épouse du roi François, l’avait fait graver dans la pierre de la salle du
conseil royal. À même le mur sud, les mots incrustés et à l’épreuve du
temps revenaient en boucle dans la mémoire de la princesse, qui, comme
tous ceux nés avant elle dans ce palais, en connaissait chaque syllabe par
cœur.
1. Autorité
Le roi est l’autorité suprême dans tout le royaume, et cela jusqu’au
jour de sa mort.
2. Régence
La reine de Ganthal devient régente du royaume lors de l’absence du
roi. Une remise en question de son autorité est considérée comme une
haute trahison.
3. Succession
La succession au trône de Ganthal revient au premier fils du roi. En
l’absence de fils ou à la mort de ce dernier sans héritier mâle direct, la
couronne revient à la fille aînée du roi.
4. Désignation
Dès le couronnement d’un nouveau monarque, il se doit de désigner
son bras droit, qui commandera toutes les armées du royaume en tant
que général en chef. Le roi et son général doivent être de même sang.
5. Le conseil royal
Le roi constitue un conseil royal ou conserve le même que son
prédécesseur. Le roi possède un droit de veto unilatéral sur toutes les
décisions prises par le conseil. Le conseil doit respect et obéissance à
tous les membres de la famille royale.
6. Crimes et jugement
Seul le roi ou son régent peut condamner un sujet de Ganthal à la
mort. Les crimes passibles de la peine de mort sont le meurtre, le viol
et la haute trahison. La peine de mort est exécutée par un bourreau,
soit par pendaison ou par décapitation.
7. Couronnement
Chaque roi de Ganthal doit apposer un sceau de son sang, le jour de
son couronnement, en promesse de respect au code du royaume.
La reine Iza-Mel fit irruption dans la chambre comme un ouragan, sortant la
princesse de ses pensées.
– Illah ! Nous t’attendons pour commencer le conseil. Que fais-tu ?
demanda sa mère avec une pointe d’irritation dans la voix.
– Mère, je tente d’entrer dans cette chose le plus vite possible, s’exclama
la jeune fille d’un ton exaspéré en se tortillant dans ses vêtements.
Iza-Mel, d’un signe de la main, fit sortir la dame de compagnie et saisit
les lacets au dos de la robe bleue de sa fille. D’une main experte, elle
attacha solidement les fins rubans. Puis elle fit pivoter sa fille face à elle et
lui dit :
– Illah, je sais que tu n’aimes pas porter ce genre de chose. Je sais aussi
que tu préférerais mille fois être à la place de ton frère en ce moment ; mais
ta place est ici, avec moi, en tant que princesse royale…
– Je sais, mère, je connais mes devoirs. Je dois vous accompagner à ce
conseil de politiciens qui donnent leur opinion sur des sujets qu’ils ne
connaissent que sur papier.
– Illah ! s’exclama la reine. Tu devrais apprendre à respecter ces hommes
de haut rang. Si tu devais régner un jour, ces per sonnes seraient tout ce que
tu aurais pour t’aider dans ta tâche.
– Mère, vous savez très bien que je ne régnerai jamais sur le Ganthal.
Alors, à quoi bon perdre mon temps dans ces inepties quand je peux en faire
un meilleur usage.
– Je connais cet usage auquel tu fais allusion, Illah… et ce n’est pas
aujourd’hui que tu vas pouvoir t’y adonner. Maintenant, suis-moi. Nous
avons beaucoup à faire.
– Oui, mère, dit docilement Illah. Mais lorsque le conseil sera terminé, je
ferai ce à quoi vous ne me permettez jamais de m’adonner et à mon aise.
– Illah ! s’écria sa mère.
– S’il vous plaît, ça me fait du bien, implora la jeune fille.
– Après le conseil, céda la reine, et seulement si tu te tiens bien tout au
long de la réunion.
– Entendu, mère.
Illah suivit sa mère dans le grand couloir, descendit les escaliers et
rejoignit les conseillers dans la grande salle de réunion qui jouxtait la salle
du trône.
Elle se retint de justesse de se mettre à bâiller en voyant ces hommes lui
faire une révérence. Elle inclina la tête légèrement en signe de politesse,
puis alla s’asseoir à la droite de sa mère, et le conseil débuta.
Lord Lebel, un homme dans la cinquantaine avancée, se leva et
commença sa diatribe :
– Le conseil du royaume de Ganthal est ouvert sous la direction de Sa
Majesté la reine Iza-Mel. Majesté, mes hom mages, dit l’homme d’un ton
presque impoli qui fit sursauter toute l’assemblée.
– Conseiller Lebel, messieurs, commença la reine d’une voix assurée. Où
en sommes-nous avec cette guerre qui n’en finit plus ?
– Majesté, dit Lord Lebel, comme à notre habitude, chaque membre du
conseil présentera ses hommages à Votre Altesse. Ensuite nous passerons à
l’ordre du jour.
– Faites, conseillers.
Un vieil homme courbé par le temps, mais à l’œil vif et piquant, se leva.
– Majesté, Lord Castille, trésorier de la Couronne, présente ses
hommages à Votre Altesse.
La reine répondit au trésorier d’un simple signe de tête, signifiant qu’elle
acceptait cette démonstration de politesse.
– Majesté, Lord Béron, ministre de la Guerre, présente ses hommages à
Votre Altesse, dit un petit homme dans la quarantaine.
– Majesté, Lord Attal, ministre du Commerce, présente ses hommages à
Votre Altesse, dit un grand maigrichon d’un âge incertain.
– Majesté, Lord Korin, Service secret et Information, présente ses
hommages à Votre Altesse, lança un homme grand et mince aux cheveux
noirs et au regard pénétrant.
– Majesté, Lord Nétir, ministre des Affaires extérieures, présente ses
hommages à Votre Altesse, dit un jeune homme d’une beauté rare, presque
féminine.
Une fois toutes les civilités accomplies, Lord Lebel ne perdit pas de
temps et entra dans le vif du sujet.
– Je crois que nous devrions aller rejoindre Sa Majesté le roi sur le front
et discuter avec lui de la marche à suivre. Avec tout le respect que je vous
dois, Votre Altesse, je sais que vous tenez à être informée de tout ce qui se
passe dans le royaume durant l’absence de votre époux ; mais la guerre est
une affaire d’hommes, et je crois que même pour une dame de votre rang,
ce serait bien incompréhensible. Vous et votre délicieuse fille devriez
retourner à vos travaux de crochet et nous laisser, nous, membres du conseil
royal, nous charger de ces questions ennuyeuses.
Tous les conseillers à la table se regardèrent en ne sachant pas quoi dire.
C’était clairement un outrage à la reine et un manque flagrant au code.
Lord Lebel agissait ainsi depuis un certain temps déjà. Le roi n’étant pas
là, le conseiller se croyait à l’abri de possibles représailles de la part de la
reine. Mais il ne savait pas encore que, si la reine ne prenait pas la parole
pour le remettre à sa place, Illah, pour sa part, n’avait pas les scrupules de
sa mère. La bienséance devait être respectée et l’impolitesse de cet homme
avait besoin d’être sanctionnée de façon exemplaire.
La princesse fut debout avant même que sa mère ne puisse la retenir. Elle
mit ses mains à plat sur la grande table de bois et dit d’un ton sans réplique :
– Mon cher conseiller Lebel, je ne suis pas très versée en politique, mais
en ce qui a trait au code du royaume, dans le cas où mon père et mon frère
se trouvent, comme en ce moment, à l’extérieur du château, je crois savoir
que le président du conseil royal doit respect et obéissance à tout membre
de la famille royale qui se trouve présent.
Un silence de plomb s’abattit sur la salle du conseil. Les lords se
regardèrent tous les uns les autres, mais ne trouvèrent rien à dire pour
défendre leur collègue qui avait, selon toute vraisemblance, dépassé les
bornes.
La princesse ne semblait pas prête à s’arrêter et elle poursuivit en se
tenant très droite, faisant face à Lord Lebel :
– Conseiller Lebel, cela fait maintenant trois mois que mon père est
absent de ce conseil.
– En effet, Altesse, acquiesça Lord Lebel.
– Et comme chacun le sait ici, je déteste la politique et tout ce qui s’y
rattache. Ces réunions m’ont toujours semblé d’un ennui mortel…
– Votre Altesse peut se retirer si elle le désire, aucun membre du conseil
ne s’y opposera et… dit le conseiller Lebel d’un ton irascible.
– Je n’avais pas terminé, conseiller Lebel, l’interrompit la princesse.
– Mille excuses, Votre Altesse Royale, dit le conseiller Lebel en
s’inclinant.
– Comme je le disais, ces réunions où l’on parle de commerce, de
frontières et d’affaires extérieures m’ennuyaient jusqu’à maintenant, mais je
pense avoir trouvé la raison de cet ennui à l’instant même.
Lord Castille, le trésorier du royaume et le plus fidèle des con seillers de
son père, lui fit un clin d’œil qui encouragea la jeune fille à poursuivre sans
se laisser démonter par l’attitude plus qu’odieuse de Lord Lebel. Illah prit
une grande inspiration et poursuivit.
– Je pense, Lord Lebel, que vous êtes au fait depuis bien assez longtemps
de tout ce que se passe dans le royaume et dans ce château pour savoir que
ni ma mère ni moi-même ne nous intéressons aux travaux de crochet ou à
toute autre activité que vous qualifiez de typiquement féminines. Donc vous
devez savoir que ma mère et moi sommes en mesure de comprendre tout ce
qui se dit à cette table. Comme je le disais tout à l’heure, conseiller Lebel,
je comprends maintenant pourquoi toutes ces réunions me semblaient si
ennuyeuses.
– Dites-nous, Altesse, allez-y, se moqua Lord Lebel.
– C’est vous, conseiller Lebel, qui tenez ma mère, la reine de ce royaume,
et moi en dehors de toute discussion qui pourrait se montrer d’un
quelconque intérêt. Mais ça va changer. À partir d’aujourd’hui, je déclare
que tout ce qui se décidera ici le sera par ma mère ou par moi, et ce,
jusqu’au retour de mon père et de mon frère…
– Mais, Altesse… vous ne pouvez pas intervenir comme cela dans le
conseil royal, vous n’êtes après tout qu’une princesse, une gamine qui veut
nous mener à la baguette, une simple et ridicule fille…
– Taisez-vous, conseiller ! s’écria Illah. Je ne fais que respecter le code,
chose que vous semblez avoir oublié de faire. Je ne dissous en aucune façon
le conseil. Mais sachez que si quelque décision que ce soit devait être prise
sans l’accord de ma mère ou de moi-même, je me verrais dans l’obligation
de punir sévèrement le fautif de cet acte que je qualifierais de haute
trahison. Et tous ici connaissent bien la sanction qui en découlerait.
Les lords ne répondirent pas. Ils se contentèrent de regarder le plus bas
possible pour ne pas avoir à croiser le regard impitoyable de la jeune
princesse. Illah vit le conseiller Lebel devenir cramoisi tant la colère
déferlait en lui. Elle en ressentit une immense satisfaction. C’est pourquoi
elle poursuivit sur sa lancée.
– Conseiller Lebel, lança Illah d’un ton impérieux. Levez-vous.
– Ma fille…, essaya de l’interrompre la reine, mais rien n’aurait pu
arrêter la princesse.
– Conseiller Lebel, à partir de ce jour et jusqu’au retour de mon père,
vous êtes démis de vos fonctions de président. Et je tiens à faire savoir à
vous tous que personne ne le remplacera. Conseiller Lebel, je vous
demande de quitter cette salle immédiatement et j’ordonne que vous soyez
confiné dans vos appartements jusqu’au retour du roi Ondier qui décidera
de votre sort. L’impolitesse dont vous avez fait preuve envers ma mère était
puérile et abjecte, ce faisant vous avez dérogé à notre code. Partez,
conseiller, et ne revenez pas.
Le conseiller Lebel était aussi rouge qu’une tomate bien mûre, mais ne
rajouta rien aux paroles de la princesse. Il quitta la salle d’un pas rapide
sans se retourner. Illah regarda un à un les autres conseillers et dit :
– Maintenant, messieurs, je tiens à ce que vous sachiez que je connais
chacun d’entre vous suffisamment bien pour savoir que vous ne trahirez pas
votre roi ni votre reine en adressant la parole à Lord Lebel. Et je sais aussi
que mon père vous considère comme ses amis, donc j’espère que vous
agirez comme tels.
– Ma chère Altesse, commença le conseiller Castille, sachez que nous
sommes tous ici des habitants de ce royaume et qu’en tant que tels, nous
vous devons obéissance. Je n’excuse pas la conduite du conseiller Lebel,
mais vous devez savoir que même le roi ne savait pas tout sur ce que faisait
le conseiller.
– Ah bon ? s’exclama la reine. Expliquez-vous.
– Eh bien, cette guerre que nous menons depuis des années contre le
royaume de Zythor devait être réglée il y a six mois, mais pour une raison
que je ne connais pas, le conseiller Lebel a refusé toute trêve.
– Le roi est-il au courant de cela, conseiller Castille ? demanda la reine.
– Non, Majesté. Lorsque les pourparlers ont commencé, le roi n’a pas été
mis au courant et la guerre s’est poursuivie. Les clans de la frontière de
Zythor n’en peuvent plus et ont demandé une trêve au Ganthal. Le
conseiller Lebel les a envoyés paître sans en informer le roi. Depuis ce
temps, vous voyez les conséquences. Nous nous enlisons dans une guerre
qui n’en finit plus. Trévor ne fera pas la guerre indéfiniment. Il doit
répondre de ses actes devant les chefs de clans de son royaume. C’est leur
loi. Mais en refusant les pourparlers de paix, le conseiller Lebel a mis fin à
la trêve avant qu’elle puisse commencer.
– Pourquoi ne pas avoir dénoncé le conseiller Lebel, Lord Castille ?
demanda la reine Iza-Mel.
– Parce qu’il nous a tous menacés de représailles sur nos familles,
Majesté. Et vous connaissez le conseiller Lebel, il ne parle pas à la légère.
La reine ne répondit pas tout de suite. Illah attendit, tout comme le
conseil. Puis Iza-Mel se leva et déclara :
– Le conseiller Lebel est démis de ses fonctions, et moi, la reine Iza-Mel
de Ganthal, je l’accuse de haute trahison. Faites venir la garde. Que le
conseiller Lebel soit arrêté. Qu’il soit mis aux fers dans les cachots.
– Bien, Majesté, acquiesça le conseiller Castille, soulagé.
– Je m’occuperai personnellement d’informer le roi, et que ceci reste
entre nous. Rien ne doit sortir de cette pièce. Maintenant, passons à l’ordre
du jour, s’il vous plaît. Nous avons un royaume à diriger. Et ce n’est pas le
conseiller Lebel qui va nous en empêcher.
– Avec plaisir, Majesté, déclarèrent les conseillers à l’unisson, tous très
soulagés par la tournure des événements.
Au bout de trois heures de discussion animée, la reine mit fin à la
réunion, mais demanda à Illah de demeurer auprès d’elle quelques instants. Lorsque tous les hommes furent sortis de la pièce, elle dit à sa fille :
– Merci, Illah. Si tu n’avais pas parlé aujourd’hui, jamais nous n’aurions
su ce que le conseiller Lebel manigançait.
– C’est aussi mon royaume, mère, je n’ai fait que mon devoir.
– Oui, cela va de soi. Maintenant, permets-moi de te dire autre chose. À
partir de ce jour, tu assisteras à tous les conseils.
– Mais, mère…
– Pas de mais, Illah. Tu as le tempérament de ton père et son sens du
devoir. Que tu sois une fille n’y change rien. Je sais que tu détestes cela,
mais je crois que tu es plus que capable de prendre dès maintenant certaines
responsabilités. Le conseil en fait partie.
– Oui, mère, maugréa la jeune fille.
– En contrepartie, tu auras la permission de faire ce que je déteste tant te
voir faire pendant le même temps que tu accorderas au conseil. Donc tu n’y
perds rien.
– C’est vrai, mère ? Je pourrai m’entraîner comme quand père est là ?
– Oui, mais seulement après les réunions, lui dit sa mère avec un sourire.
– Oui, mère ! s’écria la jeune fille en l’embrassant. Merci de me
comprendre si bien.
– Je ne te comprends pas, ma chérie, mais je respecte la jeune femme que
tu deviens. Tu as fait preuve d’une grande maturité aujourd’hui, et cette
permission que je te donne est la preuve de mon appréciation.
– Merci, merci, merci ! Je file me changer maintenant, si vous me le
permettez, mère.
– Va, ma fille.
Illah ne se le fit pas dire deux fois. Elle partit en courant vers sa chambre
où, en un temps record, elle enfila ses vêtements de garçon pour aller
s’entraîner. Et cette fois, elle le faisait avec la permission de sa mère, ce qui,
pour elle, valait plus que tout le reste.
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