Sur les terres de Kianah - 1

Amelie Dube · Chapitre 1 sur 16

Pages du PDF

Sur les terres de Kianah - 1

Prologue

 

Kianah. Les paysans d’une autre époque utilisaient ce mot, qui signifie «

terre des hommes », pour nommer cette grande étendue de terre entourée

d’eau sur laquelle ils vivaient. À l’époque, le continent était gouverné par

un seul homme, qui se nommait Galaad Constantin.

Il fut le premier homme à unir les différentes tribus éparpillées sur ce

grand continent. Il fut sacré empereur de Kianah par les chefs des clans. Les

magiciens qui vivaient à l’ouest lui jurèrent fidélité. Quant à Sunèv, grand

maître des mages, il promit au roi son aide et son soutien. On disait un

grand bien de Galaad. Les gens racontaient que c’était un homme au grand

cœur, une personne sincère et juste qui ne connaissait pas la haine.

Quelques années après que Galaad fut sacré empereur, il épousa une

jeune femme originaire de la tribu des Mateo, qui s’appelait Akilah. Ils

eurent cinq garçons. Ils s’appelaient François, Nalan, Zéphyr, Joshua et

Kasim. Ces petits princes furent éduqués par des sages et des précepteurs

qui leur enseignèrent tout leur savoir, immense pour l’époque, mais infime

en comparaison de ce qu’il serait plusieurs générations plus tard.

Tous les enfants de l’empereur étaient des petits garçons prévenants,

aimables et pleins de gentillesse envers les autres, à l’excep tion du prince

Kasim.

Kasim était malveillant, cela se voyait dans ses yeux. Il adorait arracher

les pattes des araignées, en souriant de satisfaction lorsqu’elles se

débattaient. L’empereur Galaad n’en fit pas de cas, puisqu’il se disait que

cela lui passerait en vieillissant. Jamais un homme ne s’était autant trompé

sur son enfant.

Lorsque les princes devinrent des hommes et qu’ils se marièrent, le grand

mage Sunèv dit au roi de préparer sa succession. Les mages faisaient

entièrement confiance à l’empereur pour régner sur tout un continent, mais

personne n’étant éternel, ils savaient que ce n’était qu’une question de

temps avant qu’un descendant de Galaad ne devienne un tyran et démolisse ce royaume immense. L’empereur avait travaillé si fort et pendant si

longtemps pour faire de ce continent un endroit paisible et calme où il

faisait bon vivre. Il ne voulait prendre aucun risque pour l’avenir. Les

princes ne devaient pas se battre pour le royaume. Galaad décida de le

fractionner en cinq parties. Il nomma la terre froide et aride qui se trouvait

au nord de la grande forêt de pins, Abéral, qui signifie « terre gelée ». Il en

fit cadeau à son fils Joshua, puisque ce dernier aimait les contrées froides et

nordiques.

Ensuite, il nomma la contrée qui se trouvait à l’est de la grande chaîne de

montagnes de glace et au nord de la montagne D’Or, Ébal, qui signifie «

paisible », et il en fit cadeau à Zéphyr, qui aimait les dragons qui habitaient

sur cette immense montagne et leur vouait une adoration sans bornes.

Puis, il nomma la contrée qui se trouvait au nord d’Ébal, de l’autre côté

du fleuve Taïka, Baldine, qui signifie « près de l’eau », et il en fit cadeau à

Nalan, puisque cette terre se trouvait aux abords à la fois du lac Kara et de

la baie du Nord, qui fut par la suite appelée la baie de Baldine. Nalan était

un pêcheur hors pair et il s’installa dans ce coin de pays avec une grande

satisfaction.

La terre qui se trouvait de l’autre côté du Mont-Blanc et qui était située à

l’est de Baldine, fut nommée Ganthal, qui signifie « mon aîné », et elle fut

donnée à François puisqu’il était le plus âgé des cinq garçons. Le jeune

homme fonda une famille et aida le peuple qui vivait sur ces terres en

instaurant des lois qui firent beaucoup de bien et qui amenèrent la paix et la

prospérité. Il instaura les règles de Ganthal, que son épouse fit graver à

même le mur de la salle du conseil royal.

Finalement, Galaad nomma la contrée désertique qui se trouvait

complètement au sud du fleuve Taïka, Zythor, qui signifie « la terre rouge »,

puisque le désert qui l’occupait à son extrémité sud était constitué de sable

rouge. Cette terre aride, qui possèdait le seul volcan de tout le continent, fut

donnée à Kasim. Il désirait plus que tout vivre là où il faisait chaud, et

éprouvait une véritable fascination pour cet endroit du continent.

Les frontières furent établies et les nouveaux rois s’installèrent dans leur

royaume respectif. L’empereur Galaad Constantin se retira du monde dans

une résidence appartenant aux mages, tout près de la forêt Noire, et il y

vécut pendant plusieurs années avant de mourir paisiblement dans son

sommeil. Son épouse mourut un an et un jour après lui et le retrouva auprès

des dieux, là où les hommes et femmes qui ont fait le bien se retrouvent

pour l’éternité.

Les mages eurent pour mission de surveiller les fils de l’empereur et leurs

descendants, afin que jamais aucun d’entre eux ne tente de gouverner le

continent en entier.

Les cinq garçons vécurent paisiblement pendant une décennie, jusqu’à ce

qu’un différend éclatât, opposant le roi Nalan de Baldine à son frère

François de Ganthal.

Il était question des mines de fer qui se trouvaient au nord du Mont-

Blanc. Après une année d’escarmouches, une véritable guerre éclata, et les

deux frères durent se tourner vers le conseil des mages pour que la question

soit tranchée avant qu’il n’y ait trop de morts.

Finalement, les mines furent réparties selon le nombre de ressources dont

disposaient les deux pays et la question fut réglée. Toutefois, les tensions

entre les deux pays persistèrent bien au-delà du règne des deux frères.

Pendant que ses frères se battaient pour des mines, Kasim épousa Bella,

la fille d’un chef de clan de Zythor. Elle était une femme intelligente,

ambitieuse, calculatrice et avide de pouvoir. Elle manipula si bien son

époux qu’il devint un homme méchant et arrogant. Plusieurs dirent plus tard

qu’elle n’avait fait que réveiller chez ce jeune roi cette malveillance qui

s’était peu à peu endormie avec les années.

Cette méchanceté se répandit à ses enfants et à ses petits-enfants,

jusqu’au roi Trévor, qui était tout comme son ancêtre avide de pouvoir. De

plus, il désirait devenir empereur de Kianah. Tout comme l’avait été son

aïeul, Galaad Constantin.

Les mages, qui avaient pour mission de veiller sur le continent de Kianah,

avaient pris des dispositions pour que cela n’arrive jamais. Ils avaient remis

la clé du pouvoir du continent entre les mains des seules créatures qui

pouvaient faire pencher la balance, les dragons.

Les dragons étant des créatures justes et impartiales, ils ne favoriseraient

personne au détriment d’une autre, surtout si l’enjeu devenait la possession

complète de Kianah. Il serait donc impos sible pour qui que ce soit de

gouverner la totalité du continent.

Les mages eurent aussi des dissensions à ce propos. L’un d’entre eux

nommé Juok, qui avait un fort penchant pour la magie noire, se dissocia de

l’ordre des mages et fonda El Allorock. Il s’installa sur la pointe à l’extrême

sud-ouest du continent, de l’autre côté de la forêt Interdite. Ceux qui,

comme lui, étaient du côté de la magie noire, le suivirent. Le conseil des

mages, qui devint le conseil des mages blancs, dut accepter de perdre leurs

frères et leurs sœurs magiciens et magiciennes.

Juok vouait une véritable vénération à tout ce qui touchait la magie noire.

Il réussit plusieurs expériences, dont un maléfice si puissant que ce fut tout

Kianah qui se retrouva en danger. Le mal pur avait été sorti des ténèbres et

se retrouvait entre les mains d’un magicien vaniteux qui se croyait capable

de le maîtriser et de pouvoir l’utiliser à ses propres fins.

Sunèv, qui croyait qu’aucun mage ne devait se consacrer entièrement à la

magie noire, jeta un sort à la forêt Interdite pour contrer le mal qui avait été

créé à El Allorock. Il empêcha donc cette force malveillante de franchir la

frontière entre la terre des mages noirs et la forêt Interdite. Pour s’assurer

que le sort ne soit jamais brisé, le grand maître Sunèv, qui aurait dû vivre

encore pendant des siècles, dut se contraindre à la mort physique et devint

une âme errante qui vivait dans le marais. C’est ainsi que le marais fut

appelé « le marais de Sunèv ». En s’installant à cet endroit de façon

permanente, le mage empêcherait le mal de sortir. Les mages noirs

pourraient franchir la frontière, mais jamais ils ne pourraient faire déferler

ce mal sur tout le continent comme Juok promettait de le faire.

Ce que Sunèv n’avait révélé qu’à sa successeure, la jeune Sybelle

D’Oèva, c’était une prophétie. La même prophétie racontée de génération

en génération par les anciens des tribus.

Cette prophétie racontait qu’un jour, la magie se scinderait en deux. D’un

côté, il y aurait le bien et de l’autre le mal. Le bien resterait inchangé tant

que l’équilibre entre les deux forces serait maintenu. Toutefois, on racontait

qu’un mage très mauvais ferait alliance avec un homme tout aussi méchant

et qu’ensemble ils pourraient faire pencher la balance.

Ainsi, Kianah pourrait tomber entre les mains de ce que les dieux avaient

créé de pire. Une grande guerre, très longue et sanglante, déciderait du sort

de tous les habitants de Kianah.

La clé du pouvoir était entre les mains des dragons, mais la prophétie

annonçait qu’un jour, un enfant viendrait au monde. Il serait le digne

héritier du grand Galaad Constantin, empereur de Kianah. À la place de

prétendre au titre d’empereur, cet enfant serait celui qui empêcherait le mal

de triompher. Il serait le premier humain dans toute l’histoire de Kianah à

pouvoir être obéi des dragons. C’est ainsi que la paix et le bien

reprendraient le dessus sur la souffrance qu’avait engendrée cette guerre,

qui devait faire bien des morts et des malheureux avant qu’un temps de paix

soit instauré à nouveau.

Le temps de la Grande Guerre approchait. La terre serait mise à feu et à

sang, mais la prophétie devait se réaliser, il en allait de la survie de tous sur

cette grande terre qu’était Kianah.

 

OceanofPDF.com