Ton père
Ma petite Orange, Cette lettre n’est pas…
12.
Ma petite Orange,
Cette lettre n’est pas pour toi, je te l’adresse mais je ne te la donnerai pas à lire, pas maintenant. D’abord parce que je me suis toujours méfié des parents qui s’adressent trop sérieusement à leur enfant, c’est tellement facile en tant qu’adulte d’adopter un ton solennel et de lever le rideau au moment juste, le moment qui doit changer les choses, celui où la vérité auparavant dissimulée doit se révéler. Je suis pour des méthodes moins spectaculaires, pour que la vérité advienne peu à peu, jour après jour, et pas lors de cérémonies dont on a réglé le protocole. Je suis pour les multiples prises de parole, les mots éparpillés, les mots frais, taquins, doux, curieux qui ruissellent chaque soir, au dîner, au coucher, au retour de l’école, une suite disparate d’interventions, petites touches légères qui finissent par composer un motif, un sens vivant et diffus, une chanson commune qu’on partage. L’autre raison, c’est que je ne suis sûr de rien en ce moment de ce que je pense et écris, je change de point de vue constamment, or tu n’as pas l’âge encore d’accorder ton indulgence à une déloyauté d’adulte, surtout si elle est commise par ton père. Mais j’ai besoin de toi, j’ai besoin de t’avoir constamment à mes côtés, parce que cela m’aide, cela me soutient, parce que te parler est la manière la plus saine de ne pas céder à mes tourments. Il n’est pas extravagant de prétendre que depuis des semaines je me suis épris d’un sentiment de méfiance généralisée. Et je le vis comme une liaison, qui me balance entre excitation et détresse. Je ne parviens pas à me défaire de cet état, c’est une complaisance, je l’admets parfois, c’est aussi une alerte, l’époque ne me convient pas mais je m’y conforme. Il n’est pas impossible que comme des millions d’autres personnes – j’hésite à écrire d’autres Français, pourtant il s’agit bien de nous, de la situation de notre pays –, je vive dans un affolement né des attentats qui se sont succédé ces dernières années, dans une stupeur née d’une campagne présidentielle qui a viré en théâtre de la corruption, que tout cela me porte à éprouver une absence d’espoir, comme une maladie à laquelle je m’abandonnerais. Je m’étonne d’en être tombé si rapidement, si facilement amoureux, de cette maladie, je m’interroge sur les événements qui ont pu préparer le terrain, effacer le système de défense, le filtre maléfique, le souffle vénéneux qui a endormi ma résistance, et il m’apparaît que cela date des premières manifestations contre le « mariage pour tous ». Pourtant, tu t’en souviens, nous avions pris ça à la légère. Tu étais sur mes épaules quand nous avons marché de Denfert à Bastille. Ils ne nous effrayaient pas, nous nous sentions du bon côté, celui de l’avenir joyeux. Nous avons cru leur échapper, mais non. Ils nous ont dénichés, encerclés, assoiffés, ils nous ont rappelés au malheur. Et le manque d’espoir dont je me sens souffrant et épris, dit la victoire de ce malheur. Il rôde sur moi, sur toi, sur nous, sur tous ceux qui se considéraient à l’abri. Nous nous sommes mis à vivre dans le froid, dans l’immense froid auquel ils nous vouent. Je suis dans une chambre d’hôtel à Cambridge, dans le Massachussetts, l’hôtel Veritas, et ce soir je déteste mon épuisement, je me déteste de ne pas parvenir à chasser les horreurs qui me traversent l’esprit. Alors je t’écris et une multiplicité d’images me repeuple. Ce ne sont pas des images insensées, elles ne disent rien d’exceptionnel, mais leur familiarité, leur modestie, voilà ce qui parvient à m’apaiser. Je nous vois dans une baignoire, tes avant-bras de bébé qui appuient sur mon torse, ta tête rieuse aux yeux à peine ouverts que tu tentes de relever pour mieux profiter du jet d’eau tiède qui s’écoule sur toi ; je nous vois assis face à face dans un train, tes pieds qui cherchent mes jambes et viennent se poser sur mes cuisses ; je nous vois mangeant à tour de rôle le même sandwich avant d’entrer dans un cinéma, je nous vois dans les vagues, tu te prépares à plonger entre mes jambes écartées et je pousse sur tes fesses quand tu es sous l’eau pour que tu émerges plus vite ; je nous vois dans des jardins le soir, dans des voitures la nuit ; je nous vois choisir des fleurs, des livres, des chaussures, des coins de plage ; je nous vois dans un couloir de l’hôpital de Mâcon, tu es emmaillotée dans un linge, je te porte dans mes bras, ton front contre ma joue, tu n’as pas encore une heure, ton odeur de caramel fumé, la baie vitrée derrière nous donne sur une voie express, des quartiers pavillonnaires, des maisons aux toits recouverts de tuiles noirâtres, des immeubles de quatre étages, des grilles blanches le long d’une ligne de chemin de fer, des sapins, des tags délavés sur des murets, des parkings, des champs, des entrepôts, des ponts, des files de voitures, des jardins ouvriers avec des tôles colorées, un Buffalo Grill, des talus fleuris, des lignes à haute tension, un château d’eau, tu es dans mes bras et je te montre notre monde, sois fière, et je ne mens pas lorsque je te dis qu’il t’attend, que tu ne dois pas être inquiète, que tu es ici la bienvenue.
Après t’avoir écrit, j’ai rejoint les deux professeurs qui ont organisé la rétrospective de mes films sur le campus. David et David sont un peu plus vieux que moi, un peu plus gros, en tout cas je vois qu’ils s’efforcent de l’être pour donner par contraste un éclat de jeunesse à mon corps, un minuscule brillant avenir à ma carrière. Ont-ils compris que j’étais dans une période d’abattement ? Ils tiennent à ponctuer nos conversations de phrases françaises dont je saisis rarement le sens, sinon des « oh là là » qui reviennent à fréquence régulière. Ils s’appliquent à construire des théories où cohabitent Jean-Luc Godard et Judy Garland, tu te souviens de Judy Garland ? Le Chant du Missouri, le portrait sur quatre saisons d’une famille qui espérait que jamais rien ne change, rien ne bouge, que le monde vienne à eux sans qu’ils aient à le parcourir ? L’un des David prend des notes sur son téléphone dès que je pérore sur le cinéma, l’autre David jubile dès que je massacre un de mes films. Ils s’amusent à batailler, à décortiquer mon travail ; le qualificatif queer apparaît en première ligne, comme un passeport. Cela semble être mon identité initiale à leurs yeux, je suis un artiste queer, je fais des films queer, j’ai une réflexion queer sur le cinéma, je suis représentant d’une culture queer. L’adjectif sonne exotique à mes oreilles, légèrement inquiétant, mais je flotte dans une incertitude trop douloureuse ces temps-ci pour leur reprocher de me définir ainsi aussi nettement. Leur assurance me fait l’effet d’un vin consommé sans modération. Comme tout cinéphile, nous finissons par rêver ensemble d’une anthologie du cinéma, une collection de fragments de films qui isoleraient le style de l’anecdote. Canudo est convoqué : « Le cinéma doit être un merveilleux instrument de lyrisme. » Puis Delluc, autre père fondateur (oui je ne peux m’empêcher d’ajouter un versant pédagogique même à une lettre, pense à m’en remercier plus tard) : « La photogénie est au cinéma ce que la couleur est à la peinture. » Nous nous mettons d’accord avec Epstein : « Appelons photogénie la propriété de certains aspects des choses, des êtres et des âmes de nous paraître plus beaux au cinéma que par tout autre mode de représentation. » Ils connaissent mieux que moi ses écrits : Le Cinéma du diable, L’Intelligence d’une machine, L’Élément photogénique, Le Monde fluide de l’écran…
(Et grâce à eux je découvre l’existence d’un texte d’Epstein écrit sous le pseudonyme d’Alfred Kléber et qui n’a été publié que dernièrement. Il s’intitule « Ganymède, essai sur l’éthique homosexuelle masculine », je te livre sa première phrase : « Avant le jour et le faux-jour de l’histoire, à l’aube, dans les premières clartés de la fable dont les dieux visitent encore la terre, déjà apparaît l’amour de mâle à mâle. » Jamais tu ne m’entendras utiliser cette expression de « l’amour de mâle à mâle », « la fable dont les dieux visitent encore la terre », j’en suis moins préservé, mais tu vois, moi qui pensais te transmettre ma part bretonne en te faisant regarder Finis Terrae, L’Or des mers ou Le Tempestaire, qui espérais te convier à des rapsodies de coques de bateaux qui se cognent contre la jetée, des paquets sifflants de vent et d’eau, des bruits d’ajoncs, c’était au final bien des corps que je t’offrais, des marins bretons qui secourent des jeunes garçons restés à terre, des mains, des cuisses, des amitiés tactiles. Mon club n’était pas si académique que je m’en plaignais, j’étais prêt à te confier à d’autres homosexuels que moi !)
… Nous évoquons Moonlight qui vient d’obtenir l’Oscar, comme je suis absolument saoul (vin dans le restaurant italien pendant la projection, troisième bourbon dans le bar qui nous accueille après le débat), je ne prends aucune précaution pour démolir le film. J’ai des arguments en tant qu’homosexuel, le film est revenu au bon temps de « l’homosexualité, ce douloureux problème », il est réactionnaire parce que pensé depuis la morale bourgeoise ; arguments de cinéaste : le film est un récit sur la honte mais sa forme elle-même se plie à la honte, au dogme du recevable, rien de la sexualité du personnage enfant ou adolescent ne nous est montré, on reste dans une culture permanente de l’évitement, comme une entente entre le public et le cinéaste, un contrat de non-agression, un asservissement consenti du cinéaste à l’unanimité hétérosexuelle, il n’y aurait pas besoin de montrer, nous savons de quoi nous parlons, un gros plan de deux mains qui se joignent suffirait à « tout » dire. Le héros ressent sa sexualité, mais ne la vit pas – on (se sont accrochés à nous deux autres professeurs, plus âgés, plus gros et toujours garlandiens) objectera que c’est justement son problème, je balaie l’objection par un « oh là là » qui les ravit, ni dans le scénario qu’on lui assigne, ni dans la mise en scène qui le stylise, le personnage n’existe comme homosexuel. Or c’est faux, il est impossible de ne pas vivre son homosexualité. Même dans l’abstinence forcée, le dégoût de soi, la peur de soi, la vie homosexuelle est une somme d’actions visibles, filmables. Ce film-ci ne montre rien du sujet qu’il proclame. Je me désole de ne pas voir ce que la bande d’enfants qui pourchasse le héros gamin a vu de lui, quels gestes, paroles, actes l’ont rangé dans la catégorie honnie de l’homosexuel, cela doit-il suffire, « oh là là », d’observer cet enfant danser quinze secondes devant un miroir ? Ce que je voudrais contempler c’est de quelle manière le héros devenu adolescent et injustement incarcéré décide de se construire un corps qui est à la fois une arme et une machine à baiser. Ce que j’exige de regarder, ce sont les sollicitations provoquées par ce corps fétiche chez les femmes, chez les homosexuels qu’il croise à sa sortie de prison. Évidemment, rien de cela n’est présent dans le film, sûr de son bon goût, de son sujet, le film déroule un programme de scènes convenues qui n’échappent ni au maniérisme publicitaire, ni aux facilités dramaturgiques… Les quatre professeurs américains jubilent, ils m’encouragent, je dois bien être capable d’encore plus de mauvaise foi, je dois bien être capable de dire que ce film pue l’hétérosexualité castratrice, allez, un autre bourbon, et excitons-nous, remettons dans la marmite les titres des films à nos yeux intouchables, saints, portons un toast à la poésie exemplaire de Tongues Untied de Marlon T. Riggs, à la sensualité intègre de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles ! L’un des David me ramène à l’hôtel, il tient à me raccompagner jusqu’à ma chambre, je chancelle, puis à me mettre au lit, je chancelle. Il a la délicatesse de tirer les rideaux avant de partir.
J’ai repris le train pour New York. Je suis installé dans un quiet car, et je t’assure que ça ne rigole pas, ce quiet est totalitaire, interdiction même de murmurer, tous les passagers ont fait vœu de silence. J’en profite pour me plonger dans le livre de Jean Epstein que m’ont offert mes amis de beuverie de Harvard. C’est un vrai essai, qui mêle sociologie, psychologie, philosophie, il se présente sous la forme d’un manifeste avec des têtes de chapitres comme « Détermination anatomique et physiologique de l’homosexuel », « L’homosexualité n’est pas l’hétérosexualité travestie », « La religion homosexuelle de la beauté »… Je découvre dans la préface de Christophe Wall-Romana qu’il succède dans l’écriture au Corydon de Gide ou au Livre blanc de Cocteau ; Epstein l’a rédigé à l’époque du Front populaire et de l’Allemagne nazifiée. Au fil de ma lecture, je suis souvent mis mal à l’aise. Epstein se permet pour servir son apologie des preuves par l’absurde et des analogies parfois assez spécieuses, il affiche une franche misogynie lorsqu’il cherche à démontrer l’incompatibilité entre homme et femme et qui s’imposerait comme une nécessité déplorable ; quelques propos rances insistent : « Les femmes sont souvent les meilleures élèves, rarement des maîtres. » Je commence à sauter des pages, lecture diagonale, montage, rêverie, théâtre de la mer qui regarde passer le train, puis je tombe sur ce passage : « L’homosexualité pousse plus loin la différenciation entre l’amour et la reproduction. Dans les unions hétérosexuelles, la liberté d’engendrer ou non n’est que la faculté de priver l’amour de sa fin naturelle, de l’interrompre dans son développement normal, de le décapiter d’une partie de lui-même. L’homosexualité ou l’impossibilité de procréer n’empêche pas la passion d’exister, elle fait paraître l’amour et la reproduction non plus comme deux parties séparables d’un même tout, mais deux phénomènes différents et distincts »…
Ai-je un jour pensé que ma vie se jouerait sans passion si je ne procréais pas ? N’ai-je pas cédé à la pression sociale, ne me suis-je pas soumis à une norme hétérosexuelle en fabriquant un enfant ? N’ai-je pas au fond toujours douté de la fin naturelle d’une histoire d’amour homosexuel, de son développement normal, de son couronnement ? Ne me suis-je pas toujours demandé ce que l’homosexualité avait en tête, si elle était guidée par une force qui dépasse le plaisir ? Ne pourrait-on pas aisément me convaincre que l’amour homosexuel ne possède aucune valeur créatrice, qu’il ne mène qu’à l’égoïsme et à la solitude ? Face à un jury d’homosexuels, ne serait-il pas facile de me faire condamner pour haute trahison ? Ne serais-tu pas alors convoquée lors de ce procès en tant que pièce à conviction, mobile et arme du crime ? N’ai-je pas voulu échapper à mon destin d’homosexuel ? Ai-je rejoint les lignes ennemies par idéologie ? D’ailleurs je ne t’ai pas conçue avec une femme lesbienne mais hétérosexuelle, et je t’élève avec des Pâques en famille, des conseils de classe, des goûters d’anniversaire, des vacances chez tes grands-parents… Ne nous ai-je pas construit une vie standard d’hétérosexuels ? Ne suis-je pas sujet de ma honte ? Quand je croyais me révolter, n’étais-je pas en train de plier ? Où pouvait-on lire mes contestations de l’hétérosexualité dominante ? Dans quels propos, livres, films ? Était-on bien sûr de cet adjectif, queer, pensait-on vraiment qu’il convenait à ma personnalité ? Claude Sautet n’était-il pas dans ce cas un cinéaste plus queer que moi ? N’ai-je pas fait abandon de moi-même ? N’ai-je pas provoqué ma chute ? Depuis quand m’imaginais-je me défendre alors que j’acceptais, que je participais au mouvement qui avait décidé mon malheur, celui qui m’avait voué au froid ? N’avais-je pas ma place dans l’ordre qui décline, s’éteint, s’épuise dans l’époque sans espoir ?
Tu sais, j’aimerais vraiment que tu sois là assise face à moi dans ce wagon Amtrack qui me condamne au silence quand ma tête elle, se remplit de pensées calamiteuses, braillardes et que je crois céder à une clairvoyance inouïe en les accueillant comme des invités attendus. Ces Érinyes qui me poursuivent, je les ai considérées avec trop de déférence ; mon empressement, ma politesse, ma curiosité m’ont piégé, elles ne me lâcheront plus maintenant avant de m’avoir détruit, elles ne doutent de rien, établies du bon côté, garantes du pouvoir en place que j’ai défié pour que tu sois là. Mais tu n’es pas là. Je n’ai qu’un David à mes côtés et il dort avec un sourire de bébé repu. Ce livre d’Epstein est trop dangereux pour moi, c’est une pomme, un diable, je suis trop faible pour le tenir ; je l’abandonnerai dans la prochaine chambre d’hôtel que je quitterai.
Il neige sur New York depuis une nuit et un jour. Il faut que je te raconte, peut-être n’aurais-je dû te raconter que ça, cette épiphanie que j’ai vécue dans cette ville où le printemps s’est mis à ressembler à Noël, où règnent les silences des bougies aux fenêtres, des flocons et des rues désertes. Ce soir, j’ai marché dans le blizzard et je me suis perdu. Je m’étais d’abord rendu à Dashwood Books, cette librairie entièrement consacrée à la photographie, et j’y suis resté plus d’une heure à feuilleter les livres que déposait devant moi une employée japonaise amusée et attentionnée. Je cherchais des références architecturales, esthétiques sur les années 90 pour mon prochain film ; la pile des livres qui auraient pu éventuellement m’intéresser grandissait sans fin, l’employée tenait à ce que je prenne tout mon temps, que je m’installe, elle a approché des lampes, des tabourets et nous avons passé des minutes si douces, penchés sur le travail de photographes dont j’ignorais l’existence. Cette image orangée de nous deux dans cette cave avec la neige qui s’amasse au dehors est une image d’album pour enfants, je suis certain que si tu fouilles dans ta bibliothèque tu finiras par tomber dessus, elle existe sûrement dans un des tomes de La Famille Souris de Kazuo Iwamura. Je suis sorti de là avec deux grands sacs remplis, heureux, fumeur, et comme j’étais dans East Village, j’ai voulu aller dîner chez Schiller’s, parce que j’y ai tourné en clandestin il y a cent ans une petite séquence d’un petit film qui s’intitule Homme au bain. Mais je ne me souvenais plus de l’adresse exacte et je me suis perdu. J’ai dérivé jusqu’à East River, dans des quartiers modernes et sombres, je ne croisais personne dans les rues à qui demander mon chemin, et alors que j’aurais dû céder à l’abattement, l’énervement, je baignais dans une tranquille joie, un tranquille amour, et je ne sentais ni le froid, ni les sacs qui pesaient lourdement, je ne voyais plus la nuit, la neige, les façades inconnues et sinistres, parce que j’étais avec toi et tous ceux qui t’aiment. J’étais avec nos amis, nos familles, nos voisins, j’étais avec ceux à qui, depuis ta naissance, chaque premier janvier, nous envoyons une photo de nous deux, que nous prenons devant une horloge qui indique le chiffre de la nouvelle année, et je me disais que pour, ou contre, ou face à un punaiseur et un chien, il y avait une assemblée de bienfaiteurs, de personnes robustes et alliées qui ne souhaitaient que notre bonheur. Alors j’ai fait demi-tour devant la rivière gelée, je me suis dit que je finirais par trouver ce restaurant et j’avais raison, c’était le soir où j’avais enfin raison, et j’y ai mangé avec vous tous assis à ma table et j’ai pris un dessert pour me récompenser de ma sérénité retrouvée.
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