Ton père

Christophe Honoré · Chapitre 15 sur 16

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Ton père

Je ne sais pas s’il va me faire…

13.

 

Je ne sais pas s’il va me faire signe de la prendre ou s’il va l’ouvrir lui et dévoiler ce qu’elle contient. Son nom et son prénom et l’adresse de l’école sont écrits au feutre rouge sur l’enveloppe qui est posée sur son cartable posé lui-même sur le radiateur, contre la fenêtre depuis laquelle je peux voir ma fille, seule dans la cour où il lui a demandé de m’attendre. Il répète qu’il est très embarrassé, qu’il n’a jamais été confronté à une pareille situation, qu’il a préféré me prévenir avant d’en parler à la directrice, que peut-être il aurait mieux valu jeter ça à la poubelle et ne même pas me contacter. Je lui souris, et il me semble que c’est avec tendresse que je le regarde, je le rassure, aucune inquiétude à avoir, cela ne peut pas être si terrible, je fanfaronne.

— Tenez ouvrez.

Ce sont deux feuilles de format A4 avec une impression couleur de mauvaise qualité au recto et les mêmes mots écrits à la main sur chaque verso : « Comment M. Honoré met sa gloire dans ce qui fait sa honte. »

Sur la première photo je reconnais le bureau de ma fille. La chaise bleue, l’étagère rouge près de la fenêtre, la poubelle blanche avec l’autocollant « Van’s », les cartes postales de Nouvel An dessinées par Yves Saint Laurent scotchées au mur, un Polaroïd pris face à la mer en Bretagne, et le bazar habituel : trousse, livres, cahier à spirales, une étoile de mer séchée, une boîte de Mentos rose fluo, une figurine de cheval, crayons, brosse à cheveux, chouchous, un Kidrobot, et bien visibles, au centre de l’image, avec les reflets du flash sur la jaquette de plastique, un DVD pornographique dont la photo de couverture représente deux hommes nus, l’un se fait doigter les fesses pendant qu’il suce l’autre.

Sur la deuxième photo, prise aussi dans la chambre de ma fille, on voit son lit, la couette jaune, la table de nuit encombrée et sur l’oreiller, il y a… On a écarté les jambes de son vieil éléphant en peluche qui était son doudou quand elle était bébé et on y a déposé un godemiché de latex noir.

Le DVD et le godemiché m’appartiennent, ils sont habituellement rangés avec d’autres accessoires sexuels dans un sac de cuir caché sous mon lit. Je relis la phrase, « met sa gloire dans ce qui fait sa honte », puis je glisse les deux feuilles dans l’enveloppe que je garde ensuite dans ma main. Je ne sais pas ce que dois faire de cette enveloppe, durant peut-être une seconde, seul m’importe de savoir à qui appartiennent désormais ces deux photos. Puis la situation se rétablit, je suis un parent d’élève face à un instituteur, ce n’est pas un ami, ce n’est pas quelqu’un que je connais suffisamment pour lui raconter le punaiseur et le chien, j’ignore ce qu’il pense de moi. Je sens une attaque de tremblements nerveux qui s’empare de mon visage, et par un réflexe confus, j’essaie de me protéger en me retournant vers la fenêtre. Je ne veux pas ennuyer cet homme, mais j’anticipe que je ne vais pas pouvoir contrôler longtemps mon émotion. Je m’oblige à des longues respirations quand mon regard retombe sur ma fille, elle s’est assise contre un arbre, ma fille qui doit se demander ce qui se passe là-haut, pourquoi soudain son instituteur a eu besoin de me parler, ma fille qui doit se demander ce qu’elle a fait de mal, et tandis que je partage son angoisse, des larmes brûlantes commencent à s’annoncer, mon cœur se serre. Je maintiens mes yeux grands ouverts, par discipline, si je ferme les paupières je sais que les larmes se mettront à couler sur mes joues. Je remue les yeux à droite à gauche, une gymnastique, comme si ce mouvement pouvait balayer les larmes, tout effacer, et je souris, les lèvres fermées, je souris le plus fortement possible, mon visage se crispe, je respire profondément, et j’observe ma fille, je voudrais tellement lui dire qu’elle n’a rien fait de mal, ce n’est pas de ta faute, je ne veux surtout pas que tu aies peur, que tu aies honte, je serai toujours avec toi, tu peux compter sur moi, il n’y a rien que je refuserais de faire pour toi… mais le chagrin m’envahit, je pleure cette fois pour de bon. L’instituteur s’éloigne vers son bureau, il se penche pour attraper une boîte de mouchoirs, il me la tend.

— Je comprends, c’est dégueulasse… Je n’ai aucun commentaire à apporter, mais sachez que je trouve ça dégueulasse. Prenez votre temps, asseyez-vous. Je suis catholique, personne n’est parfait, mais du coup je connais la Bible, et je sais d’où vient cette phrase. C’est dans saint Paul, le chapitre trois de l’épître aux Philippiens… « Leur fin, c’est la perdition, eux qui font leur Dieu de leur ventre, et mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte. » Je ne dis pas ça pour étaler ma science, juste parce que je pense qu’un enfant n’écrirait jamais ça. C’est un adulte, c’est certain et un adulte pour le moins militant, il me semble. Et puis de toute façon, connaissant votre fille, je ne l’imagine pas du tout inventer ce genre de blague, même entraînée par des copines. Je dis blague, mais vous me comprenez… Quelqu’un s’est introduit chez vous et a réalisé cette mise en scène dégueulasse… Moi je pense que vous devriez aller porter plainte au commissariat.

— Qui vous a donné l’enveloppe ?

— La concierge l’a mise dans mon casier ce matin, je ne l’ai ouverte qu’à la récréation de cette après-midi. Si je me fie au cachet, elle a été postée avant-hier. Vous n’avez pas été cambriolé, votre porte n’a pas été forcée dernièrement ?

— Non. C’est quelqu’un qui a la clef. C’est forcément quelqu’un qui a ma clef et qui sait où je peux planquer ce genre d’affaires… C’est quelqu’un que je connais.

Peut-être qu’il n’était pas nécessaire de lui faire entendre que la mise en scène en question avait été fabriquée avec des choses qui m’appartenaient, peut-être que l’honnêteté qui s’est alors imposée à moi, la conviction étrange que je ne devais rien dissimuler, n’apparaîtraient pas à ses yeux comme un signe de mon innocence. Pourtant, dans le ton modéré de sa voix, l’attention avec laquelle il choisissait ses mots, j’ai pensé qu’il ne pouvait pas être contre moi, jouer hypocritement la complicité, j’ai pensé cet homme ne me prend pas pour un fou, il sait qu’on a cherché à me piéger, il est témoin de la défense, il veut m’aider.

— Oui ça semble probable que ce soit une personne de votre entourage, c’est pour ça que je ne voulais pas alarmer la directrice, commencer à répandre l’affaire. Si c’est une question privée, vous pouvez compter sur ma discrétion, je ne l’ébruiterai pas.

— Je vous remercie. Je peux garder l’enveloppe ?

— Bien sûr, elle est à vous, enfin… Je n’ai rien dit évidemment à votre fille, peut-être qu’on peut se mettre d’accord, comme ça on lui présente les choses de la même façon. Si ça vous va, disons que je vous ai proposé de venir en classe parler de votre métier, du cinéma, comme un petit atelier pédagogique, d’ailleurs j’y pensais depuis un moment, donc voilà, je vous fais officiellement une demande d’intervention dans ma classe.

— Vous êtes très gentil. Je viendrai, je vais arranger mon agenda pour… Merci beaucoup de votre délicatesse.

— Je vous ai écrit là mon numéro de portable, n’hésitez pas si durant le week-end vous voulez me poser une question, ou juste en discuter, je suis vraiment sans aucun jugement moral sur ce truc… Ça va aller ?

— Oui, je vais descendre récupérer ma fille, je vous souhaite un bon week-end.

— Ne craignez pas d’aller au commissariat, je pense qu’ils seront très compréhensifs.

Ma fille et moi sommes rentrés chez nous. Nous avons dîné. Je l’ai couchée. J’ai vérifié sous mon lit le contenu du sac de cuir, les deux accessoires photographiés étaient bien là. J’ai attendu une heure pour être certain que ma fille soit profondément endormie, j’ai écrit un mot à son attention si jamais elle se réveillait : « Il est vingt-deux heures, je suis parti voir un ami, je ne resterai pas longtemps, si tu t’inquiètes téléphone-moi depuis le fixe. Des baisers. Papa. » J’ai pris mon casque et l’enveloppe puis j’ai roulé en scooter jusqu’à Stalingrad où habite Benjamin.

Mais les choses ne se sont pas déroulées comme je les avais imaginées, elles n’ont pas basculé dans la vérité brandie, la colère, les cris, les coups que j’avais souhaités. Benjamin n’était pas chez lui, il était chez Kevin, qui habitait Clichy, c’était un trajet trop long pour moi, je devais renoncer, et de toute manière, dès que j’ai entendu sa voix au téléphone, j’ai commencé à me délester des raisonnements implacables qui m’avaient mobilisé depuis que nous avions quitté l’école. Mais je ne voulais pas en discuter avec lui au téléphone, il insista, il me proposa de venir me rejoindre, il était inquiet, il pensait qu’il était arrivé quelque chose à ma fille, et moi, à l’autre bout du fil, je n’arrivais plus à dire un mot, à articuler une phrase, je ne cherchais pas à lui faire peur, mais vraiment je ne comprenais plus ce que j’étais venu chercher là, chez lui, comment j’avais pu me convaincre que c’était lui qui nous voulait du mal et qui s’amusait depuis trois mois à me pourrir la vie. J’ai voulu raccrocher, j’ai fini par réussir à déclarer que ce n’était rien, une sale histoire qui me tombait dessus, mais qu’il n’y avait pas d’urgence, je lui en parlerai peut-être une autre fois ; je m’étais fait des films parce qu’il faisait partie, avec la mère de ma fille et la gardienne, des trois seules personnes qui avaient mes clefs et que quelqu’un… Benjamin m’a interrompu, m’a demandé si c’était ça le problème, si je voulais qu’il me rende mes clefs, que j’étais con, pas la peine d’en faire un cirque, il comprenait, comme je l’avais vu avec Kevin, c’était normal, on n’était plus ensemble depuis presque six ans, il n’était pas certain d’ailleurs de savoir où elles étaient mes clefs, mais il les chercherait, promis et de l’entendre se justifier fut comme une berceuse pour moi, j’ai senti mon corps s’apaiser, s’amollir, cela avait toujours été une qualité de Benjamin, sa faculté à apporter à ma vie du réconfort. Mon corps s’est déchargé de sa colère, de ses peurs, du souvenir abominable des deux photos imprimées et il a glissé le long du mur, il est venu s’asseoir tranquillement à même le trottoir, avenue de Flandres, à la hauteur des roues des voitures, il était soudain soulagé, il était prêt à tout dire. Une voix calme s’est mise à raconter à Benjamin la contrepèterie, la merde, l’école, la sale histoire.

— Élise.

Élise est la fille de la gardienne de mon immeuble.

Elle a vingt-deux ans.

Elle habite toujours avec sa mère dans la loge.

Je l’ai connue elle avait six, sept ans, elle jouait souvent dans la cour avec sa corde à sauter et nous nous entendions bien. J’ai commencé à lui offrir mes livres pour enfants au rythme de leur parution, je lui en ai même dédié un qui s’intitulait Le Bon Côté des choses. C’était une enfant brillante à l’école, particulièrement dans les matières littéraires. Quand elle est entrée au collège, j’ai continué de lui fournir des livres, je lui avais donné l’autorisation de venir se servir quand elle voulait dans ma bibliothèque. Elle gardait parfois ma fille si je sortais, j’avais une totale confiance en elle. Un soir, nous devions assister à une représentation au Théâtre de la Ville avec Benjamin, mais au dernier moment, découragés par le programme de salle qu’on nous avait distribué, désespérés par la prétention des intentions affichées, nous nous étions levés de nos fauteuils et sans hésitation avions pris la direction d’une sortie de secours. Une fois dehors, nous nous réjouissions à l’idée de revenir à la maison, passer une soirée devant la télévision et manger des pizzas. Avant de quitter l’appartement, j’avais annoncé à Élise que nous serions de retour autour de vingt-trois heures ; il était vingt et une heures trente quand en fait nous franchîmes ma porte d’entrée. Élise n’était pas installée dans le salon comme elle en avait l’habitude. J’ai pensé que peut-être elle s’était allongée avec ma fille dans son lit. Quand je voulus le vérifier, je l’aperçus sortir précipitamment de ma chambre. Je me suis étonné de la trouver là, Élise refusa de me répondre. Elle courut récupérer ses affaires qu’elle avait laissées dans la cuisine, et sans adresser la parole ni à Benjamin, ni à moi, elle se sauva et claqua la porte derrière elle. Avec Benjamin, nous avons inspecté ma chambre, cherchant une explication à ce comportement bizarre, mais rien ne nous frappa. Il n’y avait ni désordre particulier, ni trace d’une bêtise ou d’une casse quelconque. J’ai pensé qu’Élise s’était permis par curiosité de visiter un endroit qui, s’il ne lui était pas interdit, était implicitement privé. Elle avait dû se sentir coupable lorsque nous l’avions surprise. Je ne voulais pas accorder trop d’importance à une faute qui n’était pas si sérieuse, elle n’avait que seize ans. Je me suis dit que je m’arrangerais le lendemain pour la croiser, discrètement afin de ne pas affoler sa mère, et je l’assurerais de ma confiance et de mon amitié. Il était temps de commander les pizzas, mais Benjamin venait de glisser sa main sous le lit et il a fait apparaître le sac de cuir dont la fermeture éclair était grande ouverte.

— Je crois qu’Élise a fouillé dans nos petits secrets.

Il aurait été difficile de prouver qu’Élise avait effectivement fouillé dans ce sac, mais tout portait à le croire. Je ressentis de la honte puis de la colère. Il n’était plus question d’accueillir cette fille chez moi. Quand nous eûmes plus tard l’occasion de nous revoir, Élise ne manifesta ni regret, ni gêne, elle se comporta avec ma fille et moi presque comme si rien ne s’était passé, elle se débrouillait juste pour ne plus avoir à m’adresser la parole. C’est sa mère qui un matin m’annonça qu’Élise ne voulait plus faire de baby-sitting, qu’elle devait se consacrer à ses études. Par lâcheté, je me suis satisfait de cette explication. Ma fille a grandi, Élise a quitté le lycée, elle est entrée en lettres supérieures, puis en khâgne, et il y avait déjà longtemps que ma mémoire avait effacé cet épisode. Benjamin lui, n’avait pas oublié.

Nous venons de raccrocher. Il faut que je me redresse, que je me tienne debout, que je monte sur mon scooter, que je rentre chez moi. J’ai un chez moi, ma fille y dort, elle est mon foyer. Il faut que je reprenne le dessus, mais quand je lève la tête, c’est comme si tout Paris me jetait un regard de fatigue. Qu’est-ce qui m’attendait ? Une explication franche avec cette fille ? Une main courante déposée au commissariat ? Une enquête à mener, des preuves à récolter, ma fille qu’on interroge ? Est-ce qu’Élise l’a attendue un soir en rentrant de l’école, est-ce qu’elle a été menaçante avec elle ou, au contraire, a-t-elle cherché à l’amadouer ? Lui a-t-elle demandé le prénom et le nom de son instituteur ? Avais-je besoin de me venger de cette fille, de la faire punir ? Pouvais-je continuer à habiter là sans craindre qu’un jour elle commette un acte plus grave, qui mette mon enfant en danger ? Cette mission lui avait-elle été confiée par des gens qu’elle fréquentait ? Qu’avait-elle lu, entendu qui la confortât dans la légitimité de ses méfaits ?

J’ai abandonné mon scooter avenue de Flandres, et j’ai fait le chemin jusqu’à Parmentier à pied. Élise, Élise, grande fille aux épaules étroites, pleine d’esprit et de lettres et qui est tout l’espoir de sa famille. Élise ou la Vraie Vie. Élise, cinq lettres qui me bouleversaient d’une manière très différente du désarroi que j’avais nourri depuis des semaines. Elles venaient scalper mon angoisse, elles coupaient court aux voix qui semblaient chuchoter constamment derrière moi. Élise, ce n’était pas le nom d’un intersigne, ce n’était plus celui de la petite fille qui avait lu mes livres, Élise était un cri empêché, une plainte perdue qui sans cesse me répéterait qu’elle valait mieux que moi.

Quand je suis revenu dans mon appartement, ma fille dormait en diagonale sur son lit, la couette avait glissé par terre. Je me suis penché pour embrasser ses pieds nus puis je l’ai recouverte. Plus tard, je me suis installé à la table de la cuisine. J’avais pris deux décisions. D’abord celle de déménager au plus vite. Ce n’était pas si compliqué pour moi. L’année prochaine ma fille rentrerait au collège, j’allais me rapprocher de Belleville où habitait déjà sa mère, nous l’inscririons à Françoise-Dolto, elle retrouverait là-bas plusieurs de ses amis de l’école primaire. Ensuite, je voulais écrire à Élise dès cette nuit et le lendemain matin, me présenter à la loge. Je lui remettrais ma lettre en mains propres. Je lui demanderais gentiment de la lire devant moi. Si elle voulait discuter, je l’écouterais. Sinon, je n’insisterais pas.

Élise,

Je t’ai donné beaucoup de livres quand tu étais plus petite, cette fois ce ne seront

que quelques lignes d’un écrivain anglais que tu dois connaître. Peut-être que je me

trompe, et que tu n’as rien à voir avec des choses très désagréables qui me sont arrivées

dernièrement. Mais si je ne me trompe pas, prenons je t’en prie ces quelques lignes

comme un traité de paix.

Christophe.

« Permettez-moi de vous conter là-dessus une histoire », dit le lapin. « Est-ce que l’histoire me concerne ? Demanda le rat d’eau. Si oui, je

veux bien l’écouter, car j’aime beaucoup la fiction. »

Oscar Wilde, L’Ami dévoué.

« Je ne comprends pas pourquoi vous me faites lire ça », m’a dit Élise en tendant vers moi la lettre. Puis son regard s’est installé tranquillement dans le mien, elle paradait, ahurie, les sourcils levés, la bouche grossièrement déformée par une grimace qui voulait marquer son incompréhension mais soulignait sa culpabilité. Elle ne s’en cachait pas, la situation l’amusait. J’ai repris la lettre. Je lui ai annoncé que j’allais déménager.

— Ma mère sera triste de vous voir partir, mais vous n’allez pas quitter le quartier j’imagine ?

— Tu es décidée à ne jamais me laisser tranquille, c’est ça ?

— Je ne comprends pas de quoi vous parlez.

— Très bien Élise, je n’ai pas envie de discuter avec toi. Sache juste que si je te vois approcher ma fille d’ici notre départ, je n’hésiterai pas à porter plainte contre toi.

Un instant Élise a perdu l’équilibre, comme si elle s’était sentie précipitée dans un piège ; les sourcils sont retombés, la grimace a renoncé, mais vite l’ironie a ressauté sur sa figure, et avant de me refermer la porte de la loge au nez, elle a pris le temps de me dire :

— Vous penserez à nous donner votre nouvelle adresse, que ma mère fasse suivre votre courrier…

 

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