Ætrium (French Edition)

Walter Welles · Chapitre 11 sur 20

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Ætrium (French Edition)

CHAPITRE 11 : Boot camp Jusqu’au Bout

 

Le lendemain matin, elle me réveille à 6h précise comme convenu en me poussant hors du matelas. La tête encore en vrac, le feu était toujours allumé. Elle a dû rester éveillée toute la nuit pour l’entretenir afin que je sois au chaud.

- Tu as cinq minutes pour te brosser les dents et t’habiller, ensuite on y va, ordonne mon institutrice.

- Je n’ai pas de chaussures de course, tu y as pensé ?

- Ne t’en fais pas, tes chaussures anti gravité iront très bien pour ça.

- Ce n’est pas approprié mais j’espère que ça fera l’affaire.

- 4 minutes 37 secondes.

- J’y vais j’y vais.

Les quatre minutes restantes suffisent pour me préparer. Pas de petit déjeuner. Nous partons pour dix kilomètres de footing, j’ai toujours été sportif mais la reprise est vraiment difficile. J’ai dû lui dire plusieurs fois de ralentir la cadence mais elle ne veut rien savoir. La règle est simple, à chaque fois que je parle, elle m’invite à me mettre en position de pompe et en avant pour vingt-cinq.

J’ai trouvé ça amusant le premier kilomètre mais je n’ai plus dit un mot jusqu’à la fin du footing. Le vent souffle très fort contre mon visage, il en arrive même à me repousser. Je lutte contre lui pour terminer ma course. Complétement à bout de souffle et de retour à proximité de notre maison, elle me fait exécuter tout un tas d’exercices de renforcements musculaires mais aussi d’agilité. Je transpire comme jamais et ressens les douleurs liées aux blessures qui sont encore présentes.

Satisfait de la première séance du matin, j’ai le droit de prendre une courte pause et aussi une douche qui est la bienvenue au vu de mon état physique actuel et de mon odeur. La douche terminée, je la rejoins dans le salon. Elle a préparé les armes sur la table ainsi que des petits post-it avec tous les noms relatifs aux pièces des armes.

- Je vais chercher les cyborgs, je te laisse ici, ça ne devrait pas prendre plus de deux heures. N’oublie pas Dante à mon retour, tu dois connaitre tous les noms des pièces qui composent tes armes.

- Par contre, étant encore un être humain, je commence par prendre un copieux petit déjeuner.

- Fais donc ça. À tout à l’heure, me dit-elle.

Elle disparait, prend la voiture et la route par la même occasion. Un de mes rares moments de solitude. Je me fais un thé et grignote quelques biscuits accompagnés d’une banane. Tout en prenant les post-it, je lis les noms des différentes pièces qui composent d’abord mon pistolet, ensuite le fusil de sniper.

J’y passe tout le reste de la matinée, et je pense n’en connaitre que la moitié. Il y a tellement de petites pièces pour assembler une arme, je préfère les inventer plutôt que de leur donner des noms complétement tordus. Comme convenu ça me prend un temps considérable qui ne s’est malheureusement pas avéré productif. Pendant que je remets du bois dans le feu, j’entends la voiture de Talia qui entre dans la cour.

Je la rejoins dehors. La voiture est remplie de quatre cyborgs, deux hommes et deux femmes. Elle les invite à la rejoindre dans la maison, ils la suivent sans opposer aucune résistance. Elle passe une bonne demi-heure pour tous les reprogrammer et leur chuchote à tous une consigne qu’elle ne souhaite manifestement pas que j’entende. Après avoir entendu ses ordres, les robots sortent tranquillement pour aller à l’endroit qu’elle leur a indiqué.

- Alors c’est l’heure de l’interrogation, Dante.

Elle enlève les post-it un à un de la table, pendant que je jette un dernier coup d’œil avant qu’elle ne les prenne tous. Puis, elle lève une pièce prise au hasard et me demande son nom :

- Alors celle-là, elle fait partie de celles que je n’ai pas retenues.

- Tu peux en faire vingt-cinq, tes bras ont eu le temps de se reposer.

- On est vraiment obligé d’en arriver là ?

- Arrête de discuter et fais ce que je te dis, intima ma création. La série de pompes terminée, je me fais interroger une deuxième fois. Cette fois-ci, je connais le nom, ce qui laisse un peu de repos à mes bras. Un peu trop sûr de moi, il s’avère que je ne connais même pas la moitié des pièces et mes bras n’en peuvent plus d’enchainer les séries de pompes, ils sont déjà en feu. Je ne sais pas combien de temps je compte nous faire rester ici mais cela s’annonce vraiment très long et éprouvant.

Le test étant terminé, le repas du midi s’annonce très diététique. Il se compose d’un sandwich avocat thon, rien à voir avec ce que mon papa me préparait. Talia m’invite à la rejoindre dehors. Je suis dans une tenue plutôt décontractée pour la suite.

- J’ai installé des barres de tractions un peu partout, on alternera entre ça et les pompes histoires que tu bosses autre chose. Bien, on va commencer les bases du combat rapproché. Tu as déjà fait des sports de combat ?

- Oui, j’ai fait de la boxe pendant dix ans.

- Ah ! C’est cool ça, on va pouvoir tester ça.

Elle se met en garde, j’en fais de même, bien que la sienne soit différente de la mienne car elle a les bras plus hauts que les miens, et les avant-bras au niveau de la tête. Elle commence par me porter un coup, pas trop rapide ni trop fort mais suffisant pour tester mes réflexes. J’esquive le premier coup mais elle s’est déjà baissée pour me balayer. Je me retrouve au sol. Terrassé, je la regarde et lui dit :

- Je t’ai dit avoir fait de la boxe, et il n’y a pas les jambes, donc tu devrais peut-être revoir ton entrainement.

- Justement, oublie ce que tu as appris, il va falloir que tu reprennes les bases.

Elle en profite pour me tendre le bras et m’aide à me relever.

- Ok, on recommence.

Durant les deux heures qui suivent, je me suis retrouvé au sol dix-sept fois. Elle essaie de ne pas me faire mal en retenant ses coups mais je sens que mes jambes me souffrent mais aussi que je vais m’en sortir avec pas mal d’hématomes. Je ne pense vraiment pas avoir progressé aujourd’hui mais au moins, si je dois tomber, je sais exactement comment me réceptionner.

Elle m’a laissé vingt minutes pour me remettre en condition et la rejoindre à l’entrée de la forêt. J’ai encore des douleurs de mon séjour à l’usine, cela n’arrange pas les choses avec ce que l’on vient de faire comme séance. J’ai du mal à me mouvoir, cependant je fais au mieux pour qu’elle ne le voit pas.

- Bien, je t’explique la suite, il y a quatre cyborgs à qui j’ai demandé de se cacher. Tu vas devoir les retrouver. Ils ont eu le temps de jalonner le trajet pour que tu puisses retrouver ton chemin si tu te perds, sache qu’ils ne se trouvent pas en dehors des jalons. Tu risques aussi de trouver quelques pièges sur ton chemin. Ils ne t’attaqueront pas aujourd’hui mais j’augmenterai la difficulté chaque jour.

Tu as deux heures pour tous les attraper. Si ce n’est pas fait, tu passeras la nuit dehors, enfin où tu le souhaites mais pas dans la maison.

- C’est hors de question que je passe la nuit dehors.

- En tout cas, tu ne la passeras pas dans la maison avec le confort que j’ai mis en place. Tu ne penses tout de même pas que j’ai tout remis en ordre pour toi ? Moi aussi j’apprécie le luxe après toutes ces douces nuits dans des hôtels confortables.

- Et je dormirai où alors ?

- Il te reste 1 heure 59 minutes et 50 secondes.

Je cours au travers de la petite forêt, je ressens d’innombrables douleurs qui remontent le long de mes jambes en n’omettant aucune partie de mon corps, du pied jusqu’au haut de ma nuque. Immédiatement je m’oriente et prends mes repères dans le petit bois afin de quadriller la zone. Ils sont certainement ici, c’est logique, et c’est aussi le meilleur endroit où se cacher. La pluie bat son plein, les régulateurs de temps ne sont pas en activité dans ce secteur donc rien ne viendra ralentir le déluge qui s’abat sur le village. Impossible de voir quoi que ce soit à plus de cinq mètres avec ce vent et toute cette eau. Le temps passe à vitesse grand V. Malgré cela, deux heures ne m’ont pas suffi, je n’ai trouvé aucun d’entre eux. En enchainant plusieurs chutes dans des pièges avec des cordes dissimulées entre des arbres, des trous faisant la moitié de ma taille remplie d’eau, la seule et unique chose que j’ai gagné lors de cette chasse ne furent que des nouveaux hématomes et des vêtements trempés d’eau croupie.

 

Après avoir rejoint la maison, je n’ai pas le temps de passer le pas de la porte que Talia me jette un sac contenant de la nourriture en me disant :

- Je viendrai te réveiller demain matin à 6h, passe une bonne nuit.

Inutile de contester, elle est très autoritaire et aurait pu m’emmener à des kilomètres d’ici pour que je rentre en marchant.

- Bonne nuit à toi aussi, à dem… La porte se ferme avant que je ne finisse ma phrase. Mais c’est quoi son problème depuis que nous sommes ici !

Heureusement, il ne fait pas encore trop nuit. Je décide de marcher et de trouver une maison dans laquelle m’installer. J’essaie de mettre la main sur celle qui sera la plus confortable pour ma nuit. J’en visite plusieurs avant de trouver la bonne. Deux cents mètres la sépare de la nôtre, c’est parfait pour une nuit. Un petit tour d’inspection histoire d’être certain que je peux dormir sur mes deux oreilles ici. La maison est sur trois niveaux, complétement sens dessus dessous. Elle a dû subir de multiples pillages car il ne reste que des meubles cassés, aucun moyen de m’imaginer la décoration qu’il y avait il y a des décennies. Je m’installe tranquillement dans le salon au pied d’un canapé miteux et regarde ce qu’elle a mis dans le sac. Sans surprise je ne remarque rien de bien intéressant : une bouteille d’eau, ma brosse à dents avec du dentifrice et un pull plus chaud, mais aussi des vêtements de rechange.

Bien installé dans l’inconfortable canapé qui s’avère être malgré tout plus accueillant que le sol, je commence à fermer les yeux, la nuit s’est totalement installée. Je repense à la journée d’aujourd’hui et surtout à ce qui m’attend demain. Je ne sais pas si je tiendrai le rythme comme ça mais il va falloir être fort et ne rien lâcher.

Durant la nuit, je sens quelque chose de froid contre mon cou. Mon cœur bat de plus en plus fort, la peur s’empare de moi. Comme tétanisé j’ouvre les yeux, je distingue Talia qui se tient au-dessus avec un couteau de combat appliqué contre mon cou. Je peux voir que ce n’est pas le côté tranchant du couteau.

- Mais tu ne peux pas me laisser dormir tranquillement ? Tu m’as fait flipper là.

- Tu dois être prêt chaque nuit. Si ce n’est pas moi, j’enverrai un robot mais je veux que tu sois préparé à toute éventualité. Tu comprends ce que je te dis ?

- J’ai juste envie de me rendormir, je vais vraiment songer à te désactiver.

- On sait tous les deux que tu ne feras pas ça. Ce soir, c’est ta première fois donc je ne t’en tiendrai pas rigueur, mais demain, si tu te fais surprendre, tu en assumeras les conséquences.

- Oui, écoute, on en reparlera demain, d’accord ?

Elle sort de la maison et me laisse me rendormir.

Deuxième journée dans ce trou, je pense que mes grands-parents ont dû passer des jours meilleurs ici. Mon dos me fait mal et la première chose que je vois à mon réveil c’est encore ma création qui m’extirpe de mon sommeil. De toute façon, la nuit fût totalement merdique, donc autant être debout.

- Cinq minutes pour te mettre en condition et on y va.

En avant pour une journée intense. Comme hier, nous commençons par les dix kilomètres de footing. Talia garde la distance sans difficulté tandis que je fais de mon mieux pour la talonner. Cependant, sans mauvais jeux de mots, je ne lui arrive pas à la cheville.

Le renforcement musculaire est lui aussi encore plus éprouvant qu’hier. Je ne peux déjà plus sentir mes bras, il faut encore que je tienne toute la journée comme ça. La séance de combat de l’après-midi est aussi chaotique que celle de la veille, mais je me relève encore et encore avec une détermination grandissante au fur et à mesure des chutes. L’heure de savoir si je vais dormir au chaud ou encore dans la froideur de cette maison stérile approche.

Je m’élance dans le bois pour deux heures de chasses infernales. Une fois encore je me fais piéger bêtement, ce qui me retarde dans mes recherches.

Déjà trempé après être tombé dans un autre trou d’eau, je fonce dans tous les sens, espérant trouver une trace des cyborgs. Hélas, malgré les deux heures, je n’en trouve aucun.

Encore une nuit sans feu, cette fois je prends une corde et y attache deux boîtes de conserve vides. J’y mets des couverts dedans et place les boîtes de part et d'autre de la porte d’entrée. Dès que j’ai effectué la vérification de toutes les ouvertures de la maison, je suis prêt à dormir. Durant la nuit, Talia n’essaya même pas de s’infiltrer. Je dois avouer que je suis un peu déçu de ne pas avoir pu la surprendre avec le redoutable attrape-nigaud que j’ai confectionné.

Les jours s’enchainent sans se ressembler, les activités restent les mêmes mais avec, à chaque fois, plus de distances parcourues lors des footings, plus de séries de pompes, plus de chutes, plus de tirs. Tout s’intensifie, il en est de même pour mes réflexes. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’aime ça mais presque.

Après un mois, j’ai bien progressé dans tous les domaines. J’arrive à me battre contre elle. Bien entendu, elle ne se donne qu’à 10% et ménage ses coups. Cependant ce n’est pas assez, je n’ai encore trouvé aucun robot et donc passé toutes mes nuits dans la maison sans confort, hormis quatre murs pour m’abriter. Elle n’arrive plus à s’infiltrer et mes pièges entourent toute la maison. Pour ce qui est des ravitaillements, elle va une fois par semaine se recharger sur les bornes en accès libre d’Undercity, acheter de la nourriture, et m’apporter des journaux relatant les actualités de la ville vampire pour que je puisse me tenir informé. D’ailleurs, celle-ci ne sont pas réjouissantes, les tensions montent entre les Strigoï et les Humains suite à l’empoisonnement de sang d’une de leurs usines ce qui a causé un grand nombre de victimes. Rebirth continue de faire parler d’eux car c’est eux qui en sont accusés.

 

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