Ætrium (French Edition)
CHAPITRE 4 : Renaissance
- Dante, Dante, réveille-toi, on doit sortir d’ici.
Je peine à ouvrir les yeux, comme s’ils étaient retenus fermés par une force extérieure. Cette voix je la reconnait, je l’ai déjà entendue, je l’ai même choisie parmi des milliers d’autres. Un nuage gris rend ma vue opaque, il fallut quelques secondes pour que finalement celui-ci s’estompe. Je peux enfin voir ce qui se passe autour de moi. Je découvre que je suis allongé au sol. Le premier visage que j’aperçois fut celui de Talia, accompagnée de numéro 2.
D’une voix faible, je leur demande :
- Comment êtes-vous arrivés ici ?
- Je t’expliquerai tout quand on sera en lieu sûr. On y va maintenant, répondit ma création.
- Non, je ne pars pas seul, on doit faire sortir le maximum de personnes d’ici, malgré ma faiblesse c’est la première chose qui me vient à l’esprit.
- Ce sont des criminels on ne peut pas se le permettre, répond sèchement numéro 2.
Ma partenaire me prend sur son dos et m’emmène vers ce que je suppose être la sortie. Je suis bien trop frêle pour opposer une quelconque résistance ou même essayer de l’en dissuader. Depuis son dos, ma tête posée sur son épaule bascule sous le choc de chacun de ses pas. Durant tout le trajet, j’aperçois sur le sol des dizaines de cadavres de Strigoï décapités ou avec un objet planté dans le cœur. Á ses côtés, numéro 2 marche elle aussi tout en portant péniblement un homme sur son épaule. L’opacité qui recouvre encore un peu mes yeux m’empêche de voir qui est l’autre personne. Qui peut-il bien être ?
Pour le reste, je me souviens être allongé à l’arrière d’un van à côté de l’inconnu. Je suis tellement épuisé que je n’arrive pas à bouger mon corps d’une manière naturelle pour voir de qui il s’agit.
Talia est avec moi à l’arrière du véhicule pendant que l’agent de l’AGR conduit. Je n’ai aucune idée de l’endroit vers lequel on se dirige. Je finis par m’endormir avec la main chaude de ma création qui veille sur moi.
Je me réveille une seconde fois au son de sa voix et celle d’une autre personne qui, maintenant que je peux apercevoir ce qui m’entoure, se trouve être encore une fois Jaina. Un peu reposé mais toujours extrêmement affaibli, je reste allongé et écoute la conversation qui se déroule dans ce qui semble être la cuisine. En regardant autour de moi, je vois que de l’autre côté du lit se trouve l’homme en question, qui est allongé. Je tâche de me mouvoir tant bien que mal mais mes muscles semblent trop atrophiés pour me permettre de me lever. Ma mémoire fonctionne toujours et me permet de me souvenir, c’est lui, l’homme qui ricanait durant notre calvaire.
- Ecoute Talia, je t’ai aidé sous la contrainte. Maintenant que j’ai respecté ma part de l’engagement, fais-en de même et dis-moi où puis-je la trouver je t’en prie.
- Donc si je comprends bien, même après avoir vu toutes les atrocités de l’usine, tu vas reprendre ta petite vie bien tranquille ?
- Je l’ai fait uniquement dans le but de la retrouver saine et sauve, réplique Jaina.
- Quand ils auront mis un avis de recherche sur Dante et moi-même, que vas-tu faire, comptes-tu nous aider ?
- J’ai des doutes sur sa culpabilité mais je vous laisse me prouver qu’il est innocent.
- Tu sais ce qu’ils vont faire une fois qu’ils auront appris son évasion Jaina ?
- Ils vont déchainer les enfers contre vous, en commençant par mettre sa tête à prix. Les unités d’élite de police des deux cités vont vous pourchasser et, en plus de ça, vous aurez tous les chasseurs de primes Strigoï et Humains à vos trousses. Je vous souhaite que l’Orchestra n’accepte pas le contrat. Vous n’avez aucune issue possible. Les Strigoï vont vouloir se venger pour tous les morts de l’entrepôt. Crois-moi, tu souhaiteras son retour à l’usine pour se faire pomper le sang plutôt que le sort ignoble qu’ils lui réservent.
- J’exterminerai tous celles et ceux qui essayeront de lui faire du mal, toi comprise Jaina. Tu la trouveras à l’adresse que je vais t’envoyer. Tu peux partir à présent. Merci pour ton aide.
Avec de grandes difficultés, je persiste et parviens à me lever pour les rejoindre. Les deux femmes se trouvent l’une face à l’autre, debout au milieu de la petite cuisine miteuse. Dehors, il fait nuit et le faible éclairage dans la pièce me fait du bien aux yeux. Je reste sous le pas de la porte qui sépare la chambre du salon tout en restant adossé sur le montant.
- Il est réveillé ! S’exclama Jaina en adressant un signe dans ma direction.
Talia se retourne subitement, se met à courir pour me prendre dans ses bras. Jaina, quant à elle, croise les bras tout en me regardant. Je sens des larmes chaudes couler contre ma peau. Je sais qu’elle peut pleurer mais c’est la toute première fois qu’elle le fait naturellement. Je la serre contre moi, du moins c’est ce que je pense faire car avec le peu de force qu’il me reste ce n’est probablement pas l’effet escompté, j’en profite pour lui dire merci. Je l’ai remercié un long moment pour tout ce qu’elle a pu faire afin de me sortir de cet enfer. Je ressens des douleurs du fait de l’étreinte, je fronce les sourcils et l’écarte un peu pour regarder mon corps. Torse nu, je peux voir des dizaines de plaies, certaines cicatrisées et d’autres plus récentes. Tout a été nettoyé et certaines furent pansées avec une grande attention, mais la douleur reste intense.
- Tu vas te remettre de ces blessures, je vous laisse à vos retrouvailles. Vous devez avoir beaucoup de choses à vous dire, lance Jaina.
- Attends ! Merci à toi aussi. J’ignore la nature de vos rapports mais je te remercie profondément, et sache que je suis innocent.
- Je suis le dernier de tes soucis. Repose-toi bien.
- Encore merci à bientôt.
L’agent décroise les bras, lâche un léger sourire tout en marchant vers la porte, puis quitte la maison. Je regarde ma création dans les yeux et je peux voir que je ne suis pas le seul à avoir changé, elle aussi. Elle paraît beaucoup plus sûre d’elle et porte une tenue d’agent de l’AGR, identique à celle de Jaina.
J’en profite pour m’appuyer contre Talia, elle m’aide à me déplacer et nous nous asseyons sur le canapé l’un à côté de l’autre. Alors qu’elle me tient les mains, ses yeux sont toujours rougis par les pleurs.
- Combien de temps ai-je passé à l’usine ?
- Un mois, me répond-elle.
- Il va falloir que tu me racontes exactement tout ce qu’il s’est passé depuis le 17 octobre. Dès la date de mon départ jusqu’à aujourd’hui.
- Oui c’est ce que je comptais faire. Je te préviens cela risque d’être long.
- Tu peux commencer je suis prêt.
Narration de Talia : Je me suis réveillée le 17 octobre à 22 h 37 dans un laboratoire. J’étais semi-allongée sur une table d’opération avec les jambes et les bras attachés, tout en étant entourée de quatre hommes. C’était des ingénieurs étant donné qu’ils venaient de me redémarrer. J’ai remarqué que je n’avais pas effectué ma mise à jour, donc j’ai immédiatement compris que quelque chose n’allait pas. Un des hommes présents a engagé la conversation :
- Bonsoir, je suis Luc. Tes créateurs ont été assassinés. Nous t’avons relancé pour essayer de trouver des preuves et arrêter les criminels. Nous n’avons pas réussi à avoir accès à ton code. Es-tu en mesure de te redémarrer en me donnant accès au mode administrateur ?
Je jette un œil autour de moi et, après avoir analysé la situation, je lui réponds :
- Je constate que vous êtes quatre dans la pièce. Deux d’entre vous sont armés. Vos pouls respectifs sont tous supérieurs à 100, pourtant, vous ne pratiquez pas d’activité physique en ce moment. Luc, l’expression de votre visage m’indique que vous me mentez. Je vous laisse donc 30 secondes à tous pour quitter la pièce.
- Ça suffit, tuez-la, on la livrera morte, pesta un des hommes à l’allure d’un scientifique.
Les deux hommes armés dégainent tardivement leurs armes à feu. Il ne me fallut que quelques secondes pour détacher mes bras ainsi que mes jambes et sauter au sol. Ensuite, j’ai serré mes mains sur celles d’un des hommes qui brandissait son arme sur moi. Mon étreinte fut tellement forte que je lui ai écrasé ses mains contre son arme. Son cri de douleur ne me gênait guère, c’est alors je lui ai ôté la vie en enfonçant le canon de son pistolet dans le crâne. Il est tombé au sol telle une feuille morte. J’ai gardé le pistolet recouvert de sang avec encore des bouts de chair coincés entre ma main et l’arme. Je l’ai envoyé avec force dans la tête de Luc qui se trouvait juste devant la porte. Il s’apprêtait à l’ouvrir pour fuir. Le pistolet traversa sa tête et se planta dans la porte avec son visage toujours faisant face à la sortie.
Impossible pour son compère de fuir, il tomba au sol et se mit dos au mur. Luc était toujours là, debout, coincé dans la porte alors que son sang coulait sur le sol. L’homme à terre se mit à crier à l’aide. Pendant ce temps-là, le dernier homme armé tira une balle qu’il me fut très facile d’esquiver. Je lui ai brisé le genou droit avec un coup de pied. Un cri aigu sorti de sa bouche, je mis fin à son supplice en lui tordant le cou telle une scène tirée d’un film, mais sa tête se décrocha pour finir par terre. Tout ça m’est venu naturellement après avoir regardé autant de films et séries avec toi, le fait que je les perçoive comme des menaces m’a fait agir ainsi.
J’ai ramassé l’arme pour la pointer sur le dernier homme encore en vie. Je n’avais pas besoin de l’arme mais j’ai estimé que c’était approprié quand on veut menacer quelqu’un.
- Calme-toi et explique-moi comment sortir d’ici.
La voix toute tremblante, le visage recouvert de sanglots, il s’exécuta :
- Il vous faut ma carte. Tenez, vous devez vous diriger vers le bout du couloir en prenant à droite. Ensuite, vous prenez l’ascenseur jusqu’au rez-de-chaussée.
- Tu as une voiture ?
- Oui, elle est au sous-sol, niveau -1.
Deux personnes allaient s’introduire dans la pièce. Elles avançaient le long du couloir. J’ai anticipé leur trajectoire en les abattant d’une balle chacune dans la tête. L’homme au sol se boucha les oreilles, ferma les yeux et se recroquevilla sur lui-même. Dans le couloir, on entendit les deux corps s’effondrer brusquement au sol.
- Donne-moi tes clés de voiture, lui ai-je demandé.
Il me les lança elles aussi puis je lui ai mis une balle dans la tête. J’ai suivi ses consignes pour m’échapper et j’ai dû tuer les personnes que j’ai croisées en chemin. Puis, j’ai rapidement trouvé sa voiture. Je n’avais jamais conduit auparavant, mais avec toutes les connaissances que tu m’as transmises, c’est comme si je l’avais déjà fait. Je savais exactement où je devais aller. Je voulais rentrer à la maison et revoir ton visage. Mais je ne pouvais pas m’y rendre directement.
Je sais, tu dois te dire que je suis une tueuse et que je suis dangereuse, mais ces gens ont participé de près ou de loin à ton arrestation et j’ai vite compris qu’ils avaient des intentions malveillantes voir pire. Laisse-moi finir mon récit et tu comprendras que j’ai bien agi.
Pour me sortir de cette situation périlleuse, j’ai restitué tout ce que j’ai pu voir dans le cinéma que nous avons regardé ensemble mais aussi dans les centaines de romans policiers et thriller. J’ai donc roulé jusqu’au port pour y jeter la voiture dans l’eau. J’en ai profité pour nettoyer le sang sur mes mains. Pour le reste, j’étais pieds nus et dans une tenue pas du tout adaptée à mon environnement. Mais je devais impérativement trouver une solution. Il fallait que j’évite les caméras de la ville, en restant au maximum dans la banlieue ce serait beaucoup plus simple. Après coup, j’ai trouvé un cyborg isolé. Je lui ai volé ses vêtements tout en le mettant hors service. Il était primordial qu’ils n’aient pas accès à sa mémoire afin d’éviter que quiconque ne me retrouve. Avant de lui prendre ses vêtements et le détruire, je l’ai reprogrammé et envoyé à un distributeur pour qu’il le pirate et fasse sortir de l’argent afin de me l’apporter. La prochaine étape était celle du téléphone portable j’en avais besoin pour la suite, je m’en suis donc fourni un auprès d’un revendeur.
Après cette tâche, je me suis acheté des vêtements plus discrets et à ma taille, pour pouvoir me faufiler dans la ville sans être démasquée. C’est en faisant les magasins que j’ai entendu à la radio que tu étais accusé du meurtre de tes parents et que tu allais passer en jugement la semaine suivante. J’ai pris un taxi pour me rendre chez nous. Il y avait beaucoup de mouvements, je suis donc allée dans un hôtel proche en attendant que la situation se calme. J’ai dû attendre le 19 octobre à 17 h 26, le temps que tout le monde quitte les lieux pour me rendre dans notre appartement. Pendant ces jours d’attentes j’ai suivi les informations dans le but de connaitre ta position ou la moindre information pouvant m’y aider.
Le bâtiment paraissait vide mais j’ai décidé de prendre les escaliers. Une fois au quatrième étage, j’entrouvre la porte qui donne sur le couloir. L’endroit est calme et je ne détecte personne. Je m’avance jusqu’à la porte de chez nous et je laisse en place les bandes de polices qui sont positionnées devant la porte, puis je rentre.
Une fois dans l’appartement, je constate que rien n’a été nettoyé et surtout que c’est similaire aux scènes montrées aux infos. Il n’y avait aucun corps mais du sang recouvre la salle avec la lettre R peinte au sang sur un des murs. Le coffre-fort dans ta chambre avait été ouvert et il ne restait dedans que de l’argent liquide ainsi que tes cartes d’accès à Cykorps. J’ai pris un de tes sacs à dos et j’y ai mis le reste des affaires provenant du coffre avec une partie de tes vêtements, ton ordinateur portable n’était plus là ni tes disques de données. J’ai aussi pensé à prendre quelques-uns de tes vêtements.
À ce moment-là, j’ai entendu du mouvement dans le couloir, agrémenté de voix parfaitement audibles. Je me suis mise contre le mur derrière la porte de ta chambre et je les ai entendus entrer. Les deux femmes commencent à fouiller l’appartement tout en continuant leur conversation. Leur rythme cardiaque était extrêmement faible, j’en ai déduit qu’elles étaient très bien entrainées et qu’il valait mieux que je sois prudente. Leur conversation te concernait :
- Tu penses que l’on va trouver quelque chose sur Rebirth ici ? Demanda l’une d’entre elles.
- Je ne sais pas, il y a des choses qui ne collent pas dans cette affaire, lui répond son interlocutrice.
- Tu trouves toujours quelque chose qui cloche Jaina, tu ne changeras donc jamais.
- Non vraiment, lors de l’interrogatoire de Dante, j’ai senti que certains éléments ne correspondaient pas. Il avait l’air sincère aussi.
- Mais tu ne lui as même pas adressé un mot comment peux-tu en être aussi certaine.
C’est à ce moment-là que je me suis ébouriffée les cheveux et mise à pleurer volontairement tout en m’écroulant dans ta chambre en faisant en sorte de faire le plus de bruit possible.
- Il y a quelqu’un là-haut, passe devant, je te couvre, lança Jaina.
- Ok on y va.
J’étais allongée au sol, pleurant toutes les larmes de mon corps. Je jouais la comédie lorsqu’elles sont arrivées dans ta chambre, les armes braquées sur moi. En maintenant une bonne distance de sécurité, l’une d’entre elles s’adressa à moi :
- Madame, veuillez-vous lever, c’est une scène de crime.
- Je suis désolée, je me suis introduite ici car je voulais récupérer des affaires. Je suis la petite amie de Dante. Quand vous avez parlé de lui, je n’ai pas pu retenir mes pleurs.
- Madame levez-vous, on va devoir procéder à une vérification de votre identité. Elle lança un drone volant en forme de balle, qui faisait office de scanner de poche.
- D’accord, mais s’il vous plait, je n’ai rien à voir avec cette histoire, je veux juste rentrer chez moi.
- Vous pourrez rentrer chez vous après la vérification, cela ne prendra qu’un court instant, dit-elle en pointant son arme sur moi.
Je me lève, me tiens devant elles, tandis que, l’une derrière l’autre, elles adoptent des postures de combats militaires. L’une fait ma taille et arbore de longs cheveux bruns avec un bandeau pour les maintenir en arrière. L’autre a les cheveux roux et courts, elle est aussi un peu plus petite que son binôme, son air est plus sévère. On peut lire sur leurs visages que les deux sont aguerries et qu’elles ne se laisseront pas manipuler si facilement. Le drone commençait à me scanner pendant que la rousse s’approche de moi doucement. C’est à ce moment-là que je m’avance vers elle. Je tire son bras vers moi vigoureusement et la plaque contre mon corps en pointant son arme sur sa tête. Le drone rend son verdict, il ne peut pas me scanner.
- Tu baisses ton arme ou je la tue, lui ai-je ordonné.
- Pourquoi le drone n’a pas pu te scanner ? Ève, tu vas bien ?
- Oui ça va Jaina. On a connu pire.
- Je ne me répéterai pas, baisse ton arme, lui ai-je dit d’un ton menaçant. Jaina posa lentement son arme sur le sol, en prenant tout son temps, et la poussa vers moi.
- Maintenant on peut parler. Qui es-tu ? Me questionnait-elle.
- C’est moi qui pose les questions pas vous. J’en ai trois : où est Dante, combien de personnes le retiennent, et enfin, quelle est la taille de tes vêtements ?
- Il se trouve au poste de police du centre. Pour ce qui est du nombre de personnes, il y a des centaines d’hommes et de femmes, tu n’as absolument aucune chance de sortir indemne.
Elle faisait erreur car j’ai évalué mes chances de te sortir de là à 99,99 %, mais cela aurait causé plusieurs victimes collatérales, même des innocents. J’ai donc préféré attendre et poursuivre en improvisant.
- Tes vêtements enlèvent les.
- Ok, relâche-la et je te donne ma tenue, dit Jaina d’une voie très sereine.
Toutes les deux restent étrangement concentrées et maitrisent leurs pulsations cardiaques. Il était très difficile pour moi de percevoir si elles disaient la vérité car je devais me concentrer sur beaucoup de choses. J’ai libéré son équipière qui regagna sa place à côté de son amie. Je n’avais plus besoin d’elle. Ensuite, je me suis baissée pour récupérer le pistolet tout en continuant de les garder dans mon viseur.
Eve sortie un bâton télescopique électrique. Jaina fit de même.
- Scanne une seconde fois, dit Eve, il nous faut son identité.
Jaina s’exécute, retour négatif du drone pour la seconde fois.
- C’est un putain de cyborg c’est sûr ! S’écrie Eve.
- Oui c’est ce que je pense aussi, elle bluffe. C’est évident qu’elle ne peut pas nous attaquer.
Eve est décidemment la plus nerveuse des deux, c’est donc elle que je dois détendre avec le plus de vigueur. Je pense que sa fierté en a pris un coup. Se faire délester de son arme ne lui a vraiment pas plu. Je sors les chargeurs des deux armes pour les mettre dans ma poche, ainsi que les munitions dans les chambres tout en les regardant toutes les deux. Elles sont sûrement surprises de mon assurance mais à ce moment précis, elles sont convaincues que je ne pourrais pas répliquer et qu’elles allaient m’appréhender. J’ai posé les armes sur ton bureau situé à ma droite. C’est à ce moment-là qu’elles se sont décidées à m’attaquer.
Les deux se lancent sur moi, m’assènent de violents coups sans se ménager. J’effectue des parades ou des contres pour ensuite répliquer en essayant de contrôler ma force pour ne pas les tuer. Elles se rendent compte que je ne suis pas un cyborg normal et le combat reprend aussitôt. Elles se complètent à merveille et sont de très bonnes combattantes, surtout expérimentées. Mon premier combat avec des humaines m’a grandement surprise, la différence de niveau entre elles et moi était abyssal. C’est sans surprise que je les soumets toutes les deux sans aucune difficulté. En leur laissant tout de même à chacune des égratignures sur différentes parties de leur visage et probablement quelques hématomes sur le corps. Lors de la bataille, j’en ai profité pour prendre le porte-carte de Jaina sans qu’elle ne s’en aperçoive. Après les avoir mises hors d’état de nuire, je me tiens debout devant elles et leur déclare ceci :
- J’aurais pu vous tuer de dix façons différentes, j’ai décidé de vous laisser la vie sauve car vous n’avez pas l’air d’être au courant de quoi que ce soit. Je vais partir et vous n’allez pas essayer de me suivre, sinon je vous briserai les genoux sans hésiter une seule seconde, vous m’avez bien comprise ?
Jaina hocha la tête en laissant couler du sang de son arcade contre la moquette de ta chambre. Pour ce qui est de sa collègue, elle ne broncha pas. Son ego était tombé plus bas que terre après une telle correction.
Je me suis emparée du sac à dos au sein duquel j’ai glissé les pistolets, puis je leur ai gentiment demandé d’enlever leurs vêtements. Cette fois-ci, elles s’exécutèrent non pas sans mal. J’ai formulé cette demande au cas où elles avaient l’intention de persister à me suivre. J’en profite pour glisser les vêtements dans le sac en les gardant bien à l’œil. Le petit drone scanner flottait dans les airs essayant vainement de poursuivre son action. D’une main je l’ai attrapé et l’ai réduit en poussière de la même manière que la main de mon geôlier lors de mon évasion.
J’ouvre la fenêtre et j’aperçois les deux femmes complétement dépitées, puis je saute. Une légère onde de choc laisse un impact en forme de cratère, accompagnée d’un bruit sourd.
J’ai trouvé refuge dans un fast-food bondé en plein centre-ville. Le wifi m’a permis de connecter le téléphone portable et de réserver un hôtel en ligne. Je ne voulais pas retourner dans l’autre hôtel et je n’y avais laissé aucune affaire. Avec ta casquette sur la tête, les cheveux attachés, il serait beaucoup plus compliqué pour eux de m’identifier. Je sais qu’ils n’ont pas assez d’informations sur moi, j’ai pris soin d’effacer toutes mes traces après chacune de mes actions sinon ils seraient constamment à mes trousses. Je n’ai détecté aucune présence ennemie jusqu’à présent. J’ai donc décidé de me rendre à la chambre que j’ai réservée. Il m’a fallu une dizaine de minutes pour aller à l’hôtel et me mettre au travail pour établir un plan pour la suite.
En allumant la télévision, j’ai constaté qu’ils ne parlaient que du crime et diffusaient une multitude de photos de toi t’accusant du meurtre de tes parents. Les invités, les politiques qui assistent au débat animé concernant cette histoire, mais aussi la presse, tous parlent à l’unisson et te condamnent déjà à mort.
Avec les différentes cartes de Jaina, j’ai mené ma propre enquête dans le but de trouver où elle habitait. Il faut dire que les réseaux sociaux m’ont bien aidé pour remonter jusqu’à son adresse. Je n’ai même pas eu besoin de m’introduire dans des bases de données ni même de me connecter à sa boîte mail. Une fois retrouvée, je l’ai suivie jusqu’à la veille du procès. Le mercredi 23 octobre à 19 h, je me suis introduite chez elle. Sa maison a beaucoup de charme et s’avère être vraiment très grande pour une femme vivant seule avec sa fille. Son cyborg se trouvait dans le salon, j’ai dû le désactiver pour éviter qu'il ne sonne l'alarme ou essaye d’envoyer un SOS. A la suite de cela, je l’ai mis au sous-sol.
Je suis allée dans la chambre de sa fille, elle était assise à son bureau en train de colorier un cahier de dessin. J’ai commencé à discuter avec elle :
- Bonjour Lorena, je suis Talia, une amie de ta maman. Je ne te dérange pas ?
- Bonjour, maman est rentrée ?
- Non, elle arrive bientôt, elle m’a dit de t’apporter ton gâteau favori. Tiens, le voilà.
Je lui tendis son gâteau en m’approchant doucement d’elle avec un large sourire. Les photos affichées sur les réseaux sociaux avec comme légende « gâteau favori de ma fille » m’ont été d’une grande utilité.
Il n’en fallut pas plus pour obtenir sa confiance.
- Viens, suis-moi, allons préparer des cookies pour ta maman, elle arrive bientôt.
Elle me prit par la main et me suivit en mangeant son gâteau sans omettre de salir ses vêtements bien entendu. Je pris dans mon sac la pâte à cookies que j’ai achetée avant de venir et nous commençons la préparation culinaire tout en écoutant de la musique.
Ma première rencontre avec une enfant s’est avérée banale, je n’ai pas compris pourquoi autant d’engouement provenant des Humains envers ces petits êtres. Une vingtaine de minutes plus tard, Jaina nous trouva toutes les deux dans la cuisine. La bonne odeur des cookies ainsi que le volume de la musique ont dû la mener rapidement à nous.
- Bonjour, on a commencé sans t’attendre, lui ai-je dit tout sourire.
- Lorena, viens voir maman s’il te plaît, exigea Jaina.
Sa fille se rua sur elle et elle lui ordonna :
- Va dans ta chambre et restes-y cinq minutes, le temps de discuter avec mon amie.
La petite fille croisa les bras et partit en boudant.
- Cinq minutes promis, ensuite tu pourras manger de délicieux cookies, lui dit-elle.
Plus de sourire sur son visage, elle pointa son arme qu’elle avait déjà sortie et dissimulée dans son dos pour éviter que l’enfant ne la remarque.
- Tu sais très bien que ton arme est inefficace sur moi.
- Je n’ai pas encore eu l’occasion de te placer une balle dans la tête. Que viens-tu faire chez moi ? Me questionna Jaina.- Encore une fois, je suis en position de force. C’est moi qui pose les questions.
Jaina commença à prendre son téléphone, elle fait preuve d’un calme absolu comme lors de notre rencontre.
- Je te déconseille d’appeler qui que ce soit, je vous ai battu toutes les deux toi et ton équipière. Ne m’oblige pas à recommencer devant ta fille. Il serait regrettable qu’elle soit témoin du sort que je t’infligerai.
Elle range son téléphone tout en conservant son arme braquée sur moi, sans doute dans le but de se rassurer.
- Écoute, faisons cela rapidement, j’ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi. Vous avez du matériel de traçage dans vos locaux ?
- Oui bien sûr, lâcha-t-elle avec un air mâtiné d’incompréhension.
- Très bien, donne-moi le bandeau dans tes cheveux.
Elle l’enlève pour me le jeter. Je prends un des couteaux posés sur la table qui nous sépare, pour faire un petit trou dans le bandeau.
- Tiens remets-le. Demain matin, avant le jugement, je veux que tu ailles prendre un de vos traceurs, le plus petit possible bien entendu. Tu le glisseras dans le bandeau et tu le lui mettras dans une des poches arrière de son pantalon.
- Et pourquoi je ferai ça ?
- Parce que ta fille et moi allons partir en balade jusqu’à ce que l’on fasse évader Dante.
Son visage s’assombrit car elle comprit que la situation était sérieuse.
- Tu ne me prendras pas ma fille, m’avertit-elle avec un air très assuré.
- Je ne te recommande pas d’essayer de m’en empêcher, je ne lui ferai pas de mal et je la ferai garder par un cyborg le temps que toi et moi le fassions s’échapper.
- Là où on l’emmène, on ne pourra jamais le faire sortir.
- Où vont-ils l’emmener ?
- À l’usine, pour servir de banque de sang.
- Arrête de me sous-estimer et contente-toi d’obéir, tout ira très bien. Je pensais qu’ils les exécutaient pour boire leur sang, lui demandai-je l’air très étonné.
- Non, c’est la version officielle, destinée à l’opinion publique. Mais la réalité est tout autre.
- Parfait, ça m’évite de devoir attaquer le convoi.
Je sors de ma poche un téléphone jetable que je lui tends.
- Reste toujours joignable, il est possible que je puisse avoir encore besoin de toi.
Je commence à me diriger vers elle en posant son porte-carte sur la table, puis je me dirige vers la chambre de sa fille, je me retourne vers elle et lui demande :
- Ils t’ont dit ce que j’ai fait dans le complexe scientifique ?
- L’attaque terroriste de Rebirth au centre d’intelligence artificielle, c’est un bâtiment qui appartient à une société privée. Ce n’est pas du ressort du gouvernement.
- Peu importe, ce n’était pas une attaque terroriste, je me suis enfuie. Si je suis capable d’affronter des équipes surentrainées, imagine ce que je vais faire à ta fille et aux unités que tu enverras à ma poursuite. J’allais oublier, apporte moi l’ordinateur portable de Dante et tous les disques qui lui appartiennent. Sinon, comment se porte ton arcade ?
- Bordel, tu es quoi au juste ?
- Va préparer les affaires de Lorena, je te suis. Si tu fais un faux mouvement, ça finira en larmes. Je t’appellerai chaque jour pour te la passer au téléphone tu peux me faire confiance.
Je la suis dans les escaliers puis dans la chambre et la regarde faire le sac de sa fille tout en lui expliquant qu’elle devra s’absenter et qu’elle viendra passer un peu de temps avec moi. Pour la première fois, Jaina ne contrôlait pas son rythme cardiaque et ses pulsations avaient augmenté.
Une fois redescendue au rez-de-chaussée, je lui ai dit :
- Tu lui as promis des cookies, mets-les dans une boîte, elle aura surement un petit creux plus tard.
Elle fit ce que je lui dis. Il était désormais temps pour nous de partir.
- Dis au revoir à ta maman, on la reverra bientôt, ne t’en fait pas.
- Au revoir maman ! S’écria Lorena.
Je dois avouer que tenir sa petite main et la voir tout sourire m’a beaucoup attendri, le fait qu’elle me fasse confiance est un sentiment très agréable. Elle lui fit signe de la main tout en regardant sa maman. Cette dernière resta sur le pas de la porte, le regard livide, les bras le long du corps, pendant que peu à peu nous sortions de son champ de vision. Nous sommes allées rejoindre la station de métro la plus proche.
Après une bonne heure passée dans les transports, Lorena était très calme. Quand elle découvrit la suite cossue et spacieuse de l’hôtel que j’avais réservée, elle fut enchantée. J’ai pris soin de lui acheter tout un tas de jouets pour l’occuper car elle ne serait pas amenée à sortir souvent.
Je passe un appel à la réception :
- Bonjour, c’est la chambre 237, pourriez-vous faire monter le cyborg baby-sitter ? J’en aurais besoin pour une durée indéterminée, de jour comme de nuit s’il vous plait. Oui, le tarif me convient, et demandez-lui d’apporter le repas par la même occasion.
Le cyborg occupa la fille et lui donna à manger pendant que je m’isolais dans ma chambre. Je poursuivais la mise en place du plan destiné à te faire évader. La nuit tombée je me mis en charge, tandis que Lorena dormait déjà paisiblement.
La journée de ton procès est passée très vite, je ne peux imaginer à quel point ce supplice te fut insupportable.
En fin de journée, j’ai passé un coup de fil à Jaina qui décrocha immédiatement.
- Tu as réussi la mission que je t’ai donnée ?
- Bien entendu, pour qui me prends-tu ? Passe-moi ma fille.
- Envoie-moi le lien pour suivre le traceur en temps réel. Je vérifie d’abord que ça fonctionne et demain tu parleras à ta fille.
J’ai coupé la conversation, me suis installée sur l’ordinateur portable, et j’ai rapidement reçu le lien pour suivre le déplacement en direct. C’est le procédé que j’ai utilisé pour obtenir l’adresse exacte de l’usine. J’ai passé le reste de la nuit allongée sur le lit à réfléchir aux combinaisons possibles pour te faire sortir.
Le lendemain matin, la baby-sitter lui prépara le petit déjeuner et lui donna un cours de mathématique. Je n’avais pas grand-chose à faire mis à part en profiter pour sortir un peu avec Lorena. Au retour d’une balade au parc avec la petite, il devait être aux alentours de 15 h. Et, après avoir vérifié ta position qui n’avait toujours pas bougé, j’ai passé un coup de fil à la maman.
- Je te passe ta fille.
Elles échangèrent quelques minutes et je repris le téléphone en l’invitant à dire « à bientôt » à sa maman.
- Bravo pour hier. Le traceur fonctionne à merveille, tu as une nouvelle mission. A présent, tu vas te connecter sur vos fichiers des criminels. Je veux que tu me trouves un faussaire, et pas n’importe lequel. Je veux le meilleur.
- Laisse-moi le temps de prendre mon ordinateur et me connecter.
J’allume le haut-parleur et pose le téléphone sur la table tout en regardant la télévision, les yeux rivés sur la rediffusion du procès et la sortie accompagnée par les deux membres de l’AGR. J’ai vu ces images en boucle et je les garderai en mémoire durant toute ma vie.
- C’est bon, j’y suis, j’ai trouvé Ulrich James. Il se fait appeler King. On n’a encore jamais réussi à l’attraper car il paie très bien. Il est aussi malin que sournois.
- Et l’adresse ?
- Je t’envoie ça sur ton numéro de mobile.
- Merci, je te recontacterai bientôt.
Le reste de la soirée fut très calme. Je l’ai passé à jouer avec Lorena.
OceanofPDF.com