Ætrium (French Edition)
CHAPITRE 6 : Réunion au Sommet
- Bonjour, j’ai une réservation au nom de Johnson.
- Madame Johnson je présume ?
- Je suis arrivée en avance. Mon mari et ses amis arriveront plus tard en fin de journée.
- Oui bien entendu, je vais vous demander de régler avant, vous souhaitez payer comment ?
- En cash.
- Très bien, alors ça fera exactement 950 $.
- Tenez, voilà 1000 $, vous pouvez garder la monnaie, lui ai-je dit en lui tendant l’argent.
- Oh ! Merci madame, voici votre clé. Chambre 372, 17ème étage. Je vous souhaite un agréable séjour.
Il me tendit la carte qui servait de clé. Je me suis tournée pour regarder autour de moi, et j’ai remarqué que j’étais entourée de personnes armées. J’ai senti qu’un homme en particulier me regardait, il était assis sur un des nombreux fauteuils de l’accueil. Sa tenue était vraiment différente de celle des autres personnes présentes. Il portait un long trench noir, une paire de chaussures marron un peu montantes, et une casquette noire, sans oublier des gants noirs également.
On pouvait voir qu’il voulait se faire discret sans vraiment réussir à l’être. J’étais assurément la seule capable de détecter cela mais il avait le pouls le plus faible de tous les occupants du RDC c’est ce qui a attiré mon attention. Ses battements de cœur étaient parfaitement régulés, c’est extrêmement rare d’atteindre un tel niveau. Dans sa main droite, il s’amusait à jeter une bille et la rattraper. Alors que ses yeux étaient rivés sur moi, je n’ai pas paniqué et j’ai continué ma route comme si de rien n'était. L’ignorer était la meilleure des solutions, j’ai avancé en direction de l’ascenseur puis l’ai emprunté en étant entourée de trois personnes. La salle de réunion se trouvait au dernier étage, le 34ème en l’occurrence.
L’environnement était vraiment calme et luxueux. J’ai rejoint ma chambre qui était d’une taille impressionnante, ce qui m’a rappelé celle de l’endroit où je vis en ce moment.
J’ai sorti de mon sac le micro que j’ai mis sous ma perruque, j’ai aussi pris un rouleau de scotch waterproof que j’avais préparé auparavant. Ensuite j’ai déposé le sac dans le coffre-fort de la chambre puis je me suis dirigée vers la salle de bain, j’ai coupé un bout de scotch et bouché le trou du lavabo. Après cela j’ai ouvert l’eau et suis retournée mettre le scotch dans le coffre avec le sac. Il m’a fallu treize minutes pour inonder d’eau la salle de bain sans pour autant immerger la totalité de la chambre.
Après la courte attente, j’ai fait appel à la réception pour faire monter une femme de ménage. Un nettoyage était nécessaire. En attendant, je suis partie récupérer le morceau de scotch pour m’en débarrasser. Elle a mis exactement quatre minutes pour venir jusqu’ici et sonner à la porte.
- Bonjour madame, vous avez appelé pour une urgence ?
La dame qui se tenait devant moi ne faisait que 1m64. Je fais 20 cm de plus qu’elle. Quant au poids, elle pèse 14 kg de plus que moi. Nous n’avions pas du tout le même physique. Ce n’est pas avec ses vêtements courts et amples que je réussirai à m’infiltrer. À la base j’avais espéré que ce serait un bot mais j’ai dû improviser.
- Oui, bonjour madame, je viens de prendre place dans la chambre et j’ai trouvé la salle de bain complètement inondée.
- C’est étonnant. Les chambres sont vérifiées chaque matin, dit-elle avec un air surpris.
- Entrez, venez voir par vous-même, lui ai-je dit en lui libérant le passage pour qu’elle puisse entrer.
Elle entra et poussa son chariot au niveau dans le couloir de la suite. J’ai remarqué que sa carte d’accès était accrochée dessus. Je l’ai laissé se diriger vers la salle de bain.
- Ohlala le bazar, je suis vraiment désolée madame. Je vais devoir nettoyer tout ça car il n’y a aucune autre chambre de libre actuellement.- Vous avez tout ce qu’il vous faut avec vous pour nettoyer ? Car j’ai un rendez-vous de prévu je reviendrai un peu plus tard.
- Oui, ne vous en faites pas, j’ai tout emporté avec moi. Au pire des cas je demanderai que l’on m’apporte plus de serviettes pour tout éponger.
- Très bien, je vous laisse ici, je n’en ai pas pour longtemps. A tout à l’heure.
Je suis sortie de la chambre en laissant la femme de ménage commencer sa tâche et j’ai emporté son badge. Je n’avais pas beaucoup de temps. J’ai pris l’ascenseur et, à l’aide de son badge, je me suis rendu au sous-sol pour aller dans les locaux des employés. Je me suis faufilée à travers les couloirs en esquivant le plus de personnes possibles, et, après avoir ouvert plusieurs portes, j’ai enfin trouvé les vestiaires vides. Il fallait que je trouve un uniforme à ma taille. J’ai donc ouvert plusieurs casiers pour mettre la main sur celui qui m’irait.
Je me suis changée et j’ai emporté avec moi un chariot pour me rendre au 34ème étage. J’ai pris soin de coller ma photo sur la carte d’accès puis je l’ai remise dans son porte-carte en plastique. Le trajet jusqu’au niveau 34 se fit assez facilement, les gardes armés de l’hôtel ne prêtent pas trop attention à moi. Quant au peu d’employés de l’hôtel que je croise, ils me saluent de la tête sans se poser de questions. À la sortie de l’ascenseur, dans le long couloir qui mène jusqu’à la salle, trois hommes surveillaient l’entrée et un seul d’entre eux s’est avancé de quelques pas pour m’adresser la parole :
- Madame, puis-je vous aider ? Me demanda l’un d’entre eux.
- Je dois juste accéder à la salle et vérifier que tout est en place.
- Plus personne n’entre dans la pièce, désolé, me répondit-il.
- On m’a ordonné de faire une dernière vérification.
J’ai laissé un de mes yeux s’échapper de son orbite. Il est resté retenu par un câble et je l’ai rapidement remis dans son emplacement. Les trois hommes grimaçaient et me regardaient avec un air surpris mélangé à de l’incompréhension.
- Putain ! Foutue cyborg... Elle m’a fait flipper ! S’exclama l’un des deux hommes qui est resté un peu en retrait.
- Mais pourquoi ils les font de plus en plus réalistes ? Interrogea celui qui se situait juste en face de moi.
- J’ai cru qu’elle était humaine, répondit l’un des hommes du fond.
- Je ne sais pas, va savoir, ça doit les faire kiffer.
- C’est toi qui devrais procéder à une vérification de ton corps, tu tombes en morceaux, continua l’homme le plus proche tout en ayant un air moqueur. Ok, tu peux y aller, mais fais vite.
Je me suis éloignée d’eux et les entendus reprendre leur conversation sur une soirée bien arrosée, une conversation bien futile.
A mon arrivée devant la salle de réunion, j’ai pu y accéder rapidement à l’aide de la carte. La salle était immense, tout comme la table en son centre pouvant accueillir plus de vingt personnes. Des bouteilles d’eau étaient entreposées devant chacun des fauteuils qui avaient l’air très confortables. J’ai immédiatement repéré l’endroit où je devais aller pour déposer le micro, un lustre en hauteur qui se situe au milieu de la salle. À côté de celui-ci, j’ai remarqué un grand drone vidéoprojecteur qui était en veille face au plus grand mur de la salle. J’ai pris une chaise rangée sur les côtés car elle me semblait plus solide que celles qui étaient disposées autour de la table. Je l’ai mise sur le bureau et suis montée dessus pour y installer le micro dans le lustre.
A la suite de cela, j’ai quitté la salle pour refaire le chemin inverse et déposer les affaires que j’ai empruntées. Il ne me restait plus qu’à retourner dans ma chambre et y déposer le badge. Une fois arrivée à l’étage, devant ma chambre, j’ai ouvert la porte et suis tombée nez à nez avec la femme de ménage. Elle s’apprêtait à sortir. Je suis entrée dans la chambre et lui ai proposé de l’aider à sortir son chariot. Elle sortit la première et j’en ai profité pour poser le badge dessus. J’avais déjà pris soin d’enlever la photo de mon visage sur la carte. Je l’ai remercié puis elle est partie prendre l’ascenseur. La chambre était redevenue totalement propre, immaculée, comme je l’avais trouvé lors de ma première visite.
J’ai retiré mon sac du coffre-fort. Il était temps pour moi de quitter cet endroit. J’ai marché et pris les transports pour rejoindre mon repaire.
Il était 19 h lorsque j’empruntais le trajet du retour. Je marchais depuis quinze minutes quand soudain, je me suis rendu compte que quelqu’un me suivait.
J’ai reconnu le rythme cardiaque de l’homme dans le couloir. J’aurais dû m’en apercevoir bien avant mais j’avais la tête ailleurs. Il était assis dans la même rame de métro que moi, à l’autre bout du wagon. Pour la première fois, j’ai ressenti une sensation que je n’avais jamais sentie auparavant, la peur. Je n’étais pas effrayée par lui, mais plutôt une peur d’avoir été démasquée. Je craignais cela car ta vie en dépendait. Chacun des actes que j’avais fait étaient liés à ta vie. Je ne pouvais pas me permettre d’échouer.
Je le regardais, il faisait de même tout en continuant de lancer sa pièce, toujours au même rythme. Impossible de dire s’il était de bonne ou de mauvaise humeur. Son visage était à moitié caché par sa casquette, et le col de son long manteau qui recouvrait une partie de ses joues m’empêchait d’avoir une bonne visibilité. J’ai décidé de descendre à la prochaine station. Des citoyens et des cyborgs montent et descendent eux aussi du métro. Je n’aimais pas être au milieu d’une fourmilière. J’ai préféré l’emmener loin d’ici. C’était plus adéquat si je devais l’affronter et me débarrasser de lui.
J’ai marché en prenant la direction de la sortie. Je peux sentir qu’il était toujours derrière moi. Je me suis retournée et mise face à lui. Il a gardé exactement la même distance entre lui et moi que celle dans la rame de métro. Il s’est arrêté lui aussi, tandis que les usagers passaient autour de nous mais aussi entre nous. Pendant un court instant, personne ne se tenait entre nous. Il a pointé un laser dans ma direction, du moins c’est ce que j’ai cru au début puis je me suis rendu compte qu’il visait le mur derrière moi. Quelques secondes après il a lancé sa bille dans ma direction avec une puissance hallucinante. Elle allait à une vitesse totalement folle, avec ma tête pour cible. Je l’ai esquivée. Elle s’enfonça dans le mur derrière moi. Je regardais l’impact dans le mur. Pendant le court laps de temps où je me suis retournée pour l’observer, j’ai remarqué qu’il regardait sa montre, puis il haussa les épaules et mis sa main dans sa poche. Personne autour de nous n’aurait pu voir la bille, et le bruit de l’impact était imperceptible avec toute cette cohue. Il a volontairement évité de toucher qui que ce soit, il a calculé sa trajectoire à la perfection aucun être humain normal n’est capable d’une telle prouesse, il doit être amélioré avec des mods d’Ætrium.
À ce moment-là, je m’étais préparée au combat. Je ne devais surtout pas le sous-estimer, je ne pense pas qu’il ait été en mesure de me tuer mais j’ai préféré me préparer à toute éventualité. Sa main toujours dans sa poche, il en sortit une autre bille qu’il continua à jeter en l’air. Il regarda sa montre et se tourna de 180 degrés. Quand je le vis de dos, je constatai qu’il avait un as de pique dessiné sur son trench. Il attendait le prochain métro tout en continuant de jeter sa bille en l’air. Je l’ai regardé partir afin d’être sûre que je puisse reprendre mon chemin sereinement.
Il y a donc parmi les êtres humains, une infime partie d’entre eux qui une fois augmentés peuvent être redoutable. Qui est-il et comment a-t-il pu me repérer ? Ces questions m’intriguaient mais pas le temps de m’attarder à obtenir des réponses.
Je voulais rentrer à l’hôtel mais j’ai plutôt décidé d’aller rejoindre King pour écouter la réunion car la rencontre avec cet individu avait attisé ma curiosité. Mon entrée se fit plus facilement cette fois-ci. King m’emmena dans son bureau. Ce dernier était rempli de caisses de diverses tailles. Quant aux murs, ils revêtaient une couleur arc-en-ciel, parsemés de licornes. La décoration était vraiment fidèle au personnage. Je n’avais jamais vu autant de couleurs réunies. Sur son bureau se trouvait une lampe en forme de licorne elle aussi, de même qu’un jeu d’échecs tout aussi coloré. La borne de recharge était occupée par un cyborg féminin vêtue d’une tenue combinaison jaune. Elle se tenait debout en mode veille.
Il s’est assis sur le canapé et m’a invité à m’asseoir à ses côtés, mais j’ai opté pour l’option la plus pertinente, m’asseoir sur un des deux fauteuils qui font face au canapé. Il posa les pieds équipés de ses mêmes chaussures vertes et bleues sur la table.
- Tu veux quelque chose à boire ? M’interrogea King.
- Non merci.
- Tu sais quoi, moi je vais prendre un thé. Tu es sûre que tu ne veux rien ? Dit-il en insistant vivement. Le comble pour un gérant de night-club comme moi c’est que je ne bois pas d’alcool. Il est crucial de toujours garder la tête sur les épaules et puis je n’ai pas besoin de ça pour être fou. Son rire éclata, il semblait fier de lui.
Je lui ai dit non de la tête et le regard accompagné de cette négation ne pouvait pas être plus explicite. Il a tapé dans ses mains, ce qui réveilla la cyborg.
- Fais-moi un thé à la menthe.
- Tout de suite maître King.
Elle se mit à la préparation de son thé et nous avons repris la conversation.
- Bravo pour la mission. On va pouvoir écouter la réunion. Il va bientôt être l’heure.
Il a allumé le haut-parleur. Nous entendions la conversation qui avait déjà commencé. Son cyborg lui apporta le thé, il écarta ses pieds de la table pour lui laisser de la place. Puis il l’envoya rejoindre les autres cyborgs au service pour ce soir. Soudain, un homme s’est exprimé avec un air autoritaire :
- Le dernier retardataire venant d’arriver, nous allons enfin pouvoir débuter. Je tiens à vous préciser que l’on ne fait pas attendre un général du commandant en chef Dara.
- Qui est votre leader autour de la table ? Interrogea une première voix.
- Hum hum, je tiens à vous préciser que nous n’avons aucun chef d’orchestre ou bien leader au sein de l’Orchestra. Nous avons tous le même rang de facto et nous sommes aussi des généraux, lui répond l’un des participants à la réunion avec un ton des plus sarcastique.
Bon nombre d’entre eux se mirent à rire. La voix de l’individu qui s’était manifesté auparavant s’est fait entendre à nouveau :
- Selon nos informations vous êtes au nombre de treize pourtant je ne compte que douze membres de l’Orchestra, quelqu’un peut-il m’expliquer la raison ?
- Très simple, nous avons décidé de nous séparer de l’un de nos membres, les détails ne vous regardent pas, réagit l’un des participants.
- Mon général, vous pouvez prendre la parole ! Reprit la première voix un peu déstabilisée de la réponse de celui-ci.
Cette voix fut la même que celle du début. L’interlocuteur devait être quelqu’un du gouvernement qui s'improvisait médiateur pour cette réunion.
- Merci major.
Une nouvelle voix prit la parole, celle-ci était beaucoup plus assurée et calme.
- Bonsoir à toutes et à tous. Merci d’avoir accepté l’invitation. La commandante en chef Dara a souhaité que ce soit moi qui vienne à votre rencontre. Même si vous ne respectez pas la hiérarchie militaire, elle tenait à ce que vous ayez tous droit au respect que l’on vous doit. Je suis le général Gudrun. Nous vous avons réunis ici car nous souhaitons solliciter vos services.
Un homme le coupa dans son élan pour lui lancer un autre petit sarcasme :
- Vous aviez besoin de nous convoquer tous les douze ? Car rare sont celles et ceux qui ont les moyens de s’offrir nos services général ‘Goudron’.
Les rires s’élancèrent et le major reprit la parole.
- Si je vous reprends à manquer de respect au général, vous croupirez cette nuit en prison, annonça le major en commençant à perdre patience.
- Détendez-vous un peu major, je prends le relais. Merci pour le petit jeu de mots, j’ai souri, vous de même, mais reprenons notre discussion. Avec sérieux cette fois-ci. J’ai entre mes mains la mission de votre vie. La récompense s’élève à cent millions de dollars.
- Vous pensez vraiment que l’on peut nous acheter ? Questionna une voix féminine.
- Cent millions pour chaque membre de l’Orchestra, continua le général.
- Là, vous avez capté mon attention, général. Vous commencez à me plaire, s’exclama la même voix féminine.
- Qui est la cible ?
Un bip retentit et ce que je présume être le drone vidéoprojecteur se lança. Une vidéo a démarré avec, comme je m’en doutais, les images des ingénieurs que j’ai tués en sortant du complexe. Ils ont pris le soin de supprimer ma voix ainsi que celles des hommes présents. J’ai pu facilement reconnaitre leurs cris.
- Ce cyborg est la cible, elle répond au nom de Talia. Après sa création, elle s’est échappée d’un de nos complexes la semaine dernière. Vous devez absolument la retrouver, morte ou vive.
- Waouh, elle est hardcore, c’est génial ce qu’elle a fait, s’esclaffa l’un d’eux.
Je n’ai montré aucune réaction, je ne voulais pas que King sache que j’étais recherchée sinon il voudrait lui aussi la rançon.
- Trop bien la vidéo, vous pouvez me l’envoyer ? Dit une autre voix sur le ton de la blague.
- Je l’ai vue aujourd’hui, continua une voix que l’on n’avait pas encore entendue.
- Comment ça ? Questionna le général.
La voix féminine, qui avait parlé auparavant, provenait d’une personne qui fut également surprise. Elle demanda :
- Tu viens de dire quoi Haydan ?
- J’ai dit que je l’ai vue aujourd’hui. Je lui ai jeté une bille, répondit celui qui se nomme Haydan.
- Non, t’as pas fait ça quand même.
- Putain, ne me dis pas que tu l’as déjà tué ?
Une certaine cohue s’est installée car les voix résonnaient simultanément. Quelques instants plus tard, la conversation reprenait normalement.
- Non, elle a esquivé la bille. Je l’ai croisé dans le métro en venant ici, c’est pour ça que j’étais en retard.
- Tu plaisantes là ? Lui a demandé la même voix féminine.
- Je suis on ne peut plus sérieux. Général, j’ai croisé votre cyborg dans le métro. Lorsque qu’elle m’a regardé, j’ai senti qu’il y avait quelque chose de différent en elle, mais j’ignorais que c’était un robot à ce moment-là. Elle a même réussi à esquiver le projectile que je lui ai jeté. Il était bientôt l’heure de la réunion, je voulais la tester un peu mais je pense que l’affrontement m’aurait pris un peu de temps.
- Alors elle est toujours dans la ville, très bien, se rassura le général avant de poursuivre. Sachez que son corps est composé à 70% d’Ætrium et qu’elle est dotée de technologies de pointes qui n’ont pas encore vu le jour, je vous recommande vivement de procéder avec la plus grande des vigilances.
Je me suis demandé pourquoi il avait menti, pourquoi il a omis de leur dire à tous qu’il m’avait repéré en premier à l’accueil de l’hôtel, sans trouver d’hypothèse cohérente. La femme reprit la parole :
- Bon, comme vous le savez tous, pour accepter un contrat, il faut que tout le monde donne son accord. Donc procédons à un vote sur l’appli de l’Orchestra.
Je me suis dit qu’ils avaient une vraie organisation et des fonds pour mettre en place leur propre application. On entendit les bruits de mouvements mélangés à un peu d’agitation.
- On dirait que, pour la première fois, nous sommes tous d’accord du premier coup pour accepter le contrat, rétorqua une personne que j’entendais pour la toute première fois.
- D’habitude, on accepte uniquement les contrats sur les Strigoï. C’est plus amusant d’aller sur leur terrain et combattre de vrais adversaires.
- Eh bien, vous allez affronter un ennemi à votre portée, reprit le général.
- J’ai une question, répliqua la femme.
- Allez-y, répondit le major.
- Puisque Dara vous garde à ses côtés avec les six autres généraux, cela signifie que vous devez être balèze non ? Pourquoi n’allez-vous pas l’attraper vous-même ? Cela vous ferait économiser un milliard et deux cents millions...
Le bruit engendré par le frottement du fauteuil sur le sol m’a fait comprendre que le général s’était levé. Il s’est éclairci la voix pour répondre, en adoptant toujours le même calme qui le caractérisait depuis le début de la rencontre.
- Nous avons montré au monde que nous sommes les meilleurs. Si vous nous défiez, nous réduirons votre petit groupe en cendres. Pour le moment, nous avons d'autres opérations bien plus urgentes à mener. Mais je tiens à ce que vous sachiez qu’une fois notre mission terminée, si vous ne parvenez pas à la retrouver, nous nous chargerons de la capturer et de vous neutraliser aussi par la même occasion.
- J’aime les défis, j’ai hâte de voir ce que la suite nous réserve, s’exclama la femme qui a posé la question.
- D’autres questions ? Lança le major.
- Oui, moi. Je suis Sloane, la meilleure tireuse d’élite au monde, et aussi la plus humble de ce groupe je dois l’avouer. Avec tout le respect que je vous dois, vous dites que vous vous êtes battus et avez montré au monde que vous êtes les meilleurs combattants. Si c’est le cas, pourquoi avoir pactisé avec ces monstres de vampires ?
- Elle a raison, clamait un autre homme.
- L’Orchestra fut créée justement pour ce dessein, tuer le maximum de vampires pendant que vous avez décidé de signer ce traité de paix, surenchéri Haydan.
- Je ne répondrai pas à vos questions aujourd’hui. Mais je peux vous promettre que, dans les mois à venir, Dara s’entretiendra avec vous. Comme je vous l’ai déclaré auparavant, nous avons d’autres choses plus urgentes à traiter, notamment une situation de crise. Nous ferons de notre mieux pour répondre à vos questions ultérieurement. Avant de mettre fin à cette réunion. Il marque une courte pause et s’éclaircit la gorge à nouveau pour prendre une voix encore plus calme et solennelle puis se lance : sachez que Dara tolère votre propre développement et vos utilisations d’Ætrium cependant gardez bien en tête qu’au moindre faux pas elle sera intraitable. A présent, je vais devoir me retirer. J’attends de vous que vous remplissiez votre mission. À bientôt mesdames et messieurs.
- Salut ‘Goudron’.
- Allez les mecs, allons attraper cette pétasse.
- Let’s go.
King coupe la transmission de la réunion. Il n’avait pas touché à son thé qui était froid désormais.
- Fait chier, va falloir qu’elle me prépare un autre thé.
Il me regarda en levant les sourcils au ciel, et se mit à rire pendant une bonne vingtaine de secondes. Son rire est identique à celui d’une hyène. Il s’arrêta et me demanda :
- Comment tu as dit que tu t’appelais déjà ? Tout en pointant du doigt sa tempe il continua : j’ai des soucis de mémoire aide-moi à me souvenir s’il te plait.
- Je ne t’ai pas dit mon prénom, lui répondis-je sèchement.
- Eh bien, je te le demande. D’ailleurs ce n’est pas juste, moi c’est King, tu sais comment je m’appelle. Et toi, quel est ton prénom ?
- Talia.
J’aurais pu lui mentir mais il ne m’aurait pas cru. Il se mit à rire une nouvelle fois, un rire qui ne correspond pas du tout avec son physique et qui le rendait encore un peu plus fou.
- Oh putain, j’en étais sûr.
Il regarda au plafond et continua de parler.
- Ma bonne étoile me suit toujours ahahah. Tu sais, d’habitude, je n’ai pas confiance aux cyborgs. Mais toi, je dois t’avouer qu’avec l’information que tu m’as donnée sur les Strigoï, je ne compte pas te trahir du moins pas tout de suite. Avec toute ma logistique et mes hommes, je serais incapable d’aller le chercher. Le fait est que j’ai besoin de toi donc techniquement ton secret est en sécurité.
Il passa sa main dans ses cheveux et soupira. On dirait qu’il cherchait ses mots. Je ne sais pas s’il essayait de contenir sa joie ou s’il était simplement à son état naturel.
- Ramène-moi mon frère sain et sauf, ensuite, je te remettrai tes papiers en échange. Tel est notre accord, sache que je suis un homme de parole, je ne te dénoncerai pas.
- Une fois que j’aurais récupéré Dante, nous disparaîtrons. J’ai besoin que tu me donnes mes papiers d’identité le plus rapidement possible. Je dois partir à Undercity sous peu. Mais avant peux-tu m’en dire plus sur l’application qu’ils utilisent ?
- Sincèrement ce ne sont que des ouïes dire, tu sais. Ils ne sortent pas sans être au minimum deux, tout le monde sait qui ils sont, ils ont des passes droits ces mecs. Pour certains ce sont des criminels et pour d’autres des héros. Il se dit que sur leur application ils centralisent leurs actions de groupes dans le but d’éviter d’avoir à communiquer oralement, c’est utile pour ne pas diffuser des informations qu’ils souhaitent garder entre eux. Pour tout te dire j’ai déjà mis une équipe de hacker sur le coup, et le lendemain ils étaient tous en prison. Impossible de s’attaquer à eux donc oublie. Bon suit-moi. On passe en bas au labo pour une photo, dit King en se levant du canapé.
Je le suivis au sous-sol, où tout un attirail de faussaire remplissait la pièce. Je remarquai également certains de ses agents à lui qui travaillaient sur différents documents. Il m’emmena au niveau d’un coin photo et me plaça devant l’appareil.
- Tu veux garder ta perruque pour tes documents ? Parce que tu es clairement plus jolie les cheveux longs.
J’ai retiré la perruque, passé un coup dans mes cheveux puis il prit sa photo.
- Parfait, il va falloir que tu patientes un peu pour que je puisse te les procurer. Je te contacte dès qu’ils sont prêts.
Il était temps pour moi de retourner à l’hôtel. Tout au long du trajet, j’ai mûrement songé à la conversation que j’avais entendue. La petite dormait déjà de poing ferme tout était très calme. Allongé sur le lit, je réalise que mon cerveau n’avait jamais été aussi actif qu’aujourd’hui.
Le choix était ardu en raison de ce que King m’avait annoncé et ce qui m’attendait avec ce satané Orchestra. J’avais envie de tous les tuer, ne laisser personne en vie. Aller aux trousses de mes chasseurs et les exterminer jusqu’au dernier. Mais après avoir vu Haydan, celui qui m’a jeté la bille, je n’étais sûr qu’à 70 % de pouvoir tous les détruire. Toutefois, j’estimais que j’avais 100 % de chance de t’exfiltrer sain et sauf. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de venir à Undercity.
Avec de nouveaux ennemis à mes trousses, dont je ne connais même pas les visages, je devais être extrêmement prudente. Encore davantage que je ne l’étais. C’est d’ailleurs pour ce motif que j’ai mis la main sur un lot de perruques différentes, mais aussi des vêtements de toutes sortes.
Les jours passèrent rapidement et King m’appela finalement pour récupérer les papiers. Il me donna aussi plusieurs photos de son frère afin que je puisse le reconnaitre, tandis que je lui ai fourni des photos de toi pour qu’il puisse concevoir tes documents. Une fois que j’ai mis la main sur tous ces éléments, j’ai contacté Jaina pour lui donner rendez-vous. Je lui ai demandé de m’apporter une de ses combinaisons, de mon côté j’ai emporté des vêtements de rechange pour toi et moi.
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