Ætrium (French Edition)

Walter Welles · Chapitre 13 sur 20

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Ætrium (French Edition)

CHAPITRE 13 : Plus on est de fous, plus on est fous

 

 

Fini ce trou à rat qui ressemble à présent à un immense camp d’entrainement. Ainsi plus de deux longs mois sont passés, je ne me sens pas prêt pour la suite mais il est grand temps de partir. Nous enfilons nos masques identiques aux pièces d’identités que King nous a fournies et emportons nos affaires, puis nous prenons la route pour nous rendre à Undercity. La veille, nous avons programmé la visite d’un appartement qui nous a bien plu sur l’annonce, enfin il m’a surtout plu à moi et le bain dont il est équipé m’a vraiment fait de l’œil, en plus il est un peu excentré du centre-ville ce qui est parfait pour nos déplacements.

Le propriétaire nous attend en bas de l’immeuble. Nous venons à sa rencontre :

- Bonjour humain et humaine.

- Bonjour Monsieur, je suis Tyler Castle et voici mon épouse Ashley, lui dis-je.

- Bonjour Monsieur, dit Talia.

- Moi c’est Dimitri Baranov. Je n’ai rien contre les humains, je ne suis pas raciste, mais puis-je savoir ce qui vous amène ici ?

- Mon mari et moi avons entamé une procédure de transformation dont la dernière étape est d’emménager ici pour nous acclimater à la vie Strigoï.

- D’accord, très bonne initiative. De toute façon, ne vous en faites pas, personne ne vous fera de mal. Après, il se peut qu’il y ait quelques voisins qui vous jettent des regards froids, mais en général, rien de bien méchant. Venez, nous allons effectuer l’état des lieux.

Le Strigoï porte des vêtements de luxe, probablement venant d’un grand couturier. Très élégant, il arbore fièrement un pantalon en lin blanc, de même qu’un pull col roulé avec par-dessus une veste type smoking. Dans l’ascenseur, nous échangeons des banalités, ma « femme » et moi connaissons notre histoire sur le bout des doigts. Une fois dans l’appartement, la visite commence. Il est très spacieux et se situe au 9ème et dernier étage. Il se compose de cinq chambres, un grand salon, deux salles de bain et un balcon qui fait la longueur de l’appartement. Le toit fait aussi office de terrasse même si avec ces températures ce n’est pas l’endroit où je compte passer le plus de temps. Plus que ce qu’il nous faut mais j’ai du matériel à installer et compte bien me servir de cet appartement comme QG pour un long moment.

- C’est bon pour toi Ashley ?

- Oui, ça conviendra parfaitement.

- Alors si ma femme le veut, c’est bon pour moi.

- Vous comptez rester longtemps dans le coin ?

- Comme je vous ai dit, c’est l’affaire de quelques mois, et qui sait, peut-être que nous resterons ici après la transformation.

- Le loyer est à régler en début de mois. Je vais vous demander deux mois de caution et deux mois de loyer, ce qui fera donc 16 000 $.

- Tenez, vous pouvez compter, lui répondit Talia en lui tendant l’argent en liquide dans une enveloppe.

Après avoir compté les billets il nous souhaite à nouveau la bienvenue :

- Merci, et bienvenu à Undercity, si vous avez besoin de quoi que ce soit vous avez mon numéro.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas très regardants quant à la provenance de l’argent. Il quitte la pièce et nous conservons nos masques le temps de prendre toutes nos affaires dans la voiture. Après plusieurs allers et retours, nous avons enfin fini. Une nouvelle vie commence, terminé la débrouillardise, les réveils nocturnes et autres techniques d’aguerrissement. Place au confort et à l’investigation pour faire tomber tous ceux impliqués dans le meurtre de mes parents.

Nous avons mis quelques jours à nous installer et acheter les affaires nécessaires à notre séjour. Le mercredi, Jaina me passe un coup de fil :

- Dante, j’ai l’heure et la date du convoi. Mais je veux quelque chose en échange.

- Dis-moi ce que tu veux.

- Je veux être impliquée dans votre affaire.

- Non, impossible. Je ne veux pas prendre ce risque.

- Alors pas d’adresse, lance-t-elle avec froideur.

- Ecoute Jaina, tu n’imagines pas l’ampleur de cette histoire, nous allons faire beaucoup de victimes, et s’ils remontent jusqu’à toi, tu risques de mettre ta fille en danger.

- Je vois, alors dit m’en plus, car en me renseignant sur l’heure et la date du convoi j’ai constaté qu’il y a des choses qui ne collent pas dans cette affaire. J’aimerais t’aider à prouver que ce que tu dis est vrai.

- Je te promets, que dès que j’aurai besoin de toi, je n’hésiterai pas et ferai appel à tes services en t’expliquant où j’en suis.

- D’accord, je t’envoie les informations nécessaires il y aura aussi les noms et prénoms des jumeaux avec leurs photos. Concernant le bus rempli de prisonniers, tu comptes faire quoi d’eux ?

- Ils tenteront leur chance dans le no man’s land je ne suis pas un bourreau.

- Et pour les soldats avec eux ?

- J’espère qu’ils seront assez malins pour comprendre qu’ils doivent se rendre.

- Et s’ils ne le sont pas ? Persiste mon interlocutrice.

- Tu veux vraiment savoir ?

- Non, oublie, finit-elle.

- Je reviens vers toi bientôt Jaina.

La conversation terminée, je reçois l’heure du départ du convoi avec l’heure prévue d’arrivée pour l’usine, deux photos des cibles, ainsi que leurs noms et prénoms.

- Tu penses qu’il faudrait les attaquer à quel endroit ? Questionnai-je ma partenaire.

- Je dirais qu’on devrait attaquer à une dizaine de kilomètres du point d’arrivée, histoire d’être bien isolés et d’éviter toute arrivée de renforts.

- Ok, ça me va. Tu as un plan Talia ?

- Non, on improvise.

- Non, non, on n’est plus au camp d’entrainement, il faut que nous soyons plus prévoyants. Tu as tout prévu pour me sortir de là-bas il y a quelques mois, tu dois bien avoir une idée sur la marche à suivre.

- Oui mais je préfère suivre tes consignes.

- Tu es encore en train de me tester ?

- Non, j’ai confiance en toi, tu es un très bon tacticien. Je préfère m’en remettre à toi.

- Ok, dans ce cas laisse-moi réfléchir.

Après m’être préparé un thé, grignoté quelques gâteaux, je me suis mis à l’élaboration d’un plan que j’ai soigneusement mis en place en essayant de prévoir les différents évènements possibles. Ce fût plus simple que ce que je pensais. L’explication à ma création se fait elle aussi rapidement car elle comprend très vite. En me souriant, elle me dit :

- Tu vois, je savais que tu pouvais le faire. Figure-toi que j’estime nos chances de réussites à 92 %, et avec le meilleur de mes plans, j’atteins les 99 %. On peut dire que tu te rapproches de la perfection, me dit-elle en souriant.

Talia se mit en charge à mes côtés dans le lit. Pendant ce temps-là je songe au fait que rien ne vaut le confort et pour rien au monde je ne souhaite retourner dans le no man’s land. Je passe l’une des plus belles nuits sur ce matelas d’un confort exquis.

Durant la nuit je fais un cauchemar, un de ceux où l’on est mentalement absorbé et chaque émotion ressentie parait plus réelle que la réalité elle-même. Je suis allongé sur une table dans l’incapacité de bouger. Autour de moi je discerne du mouvement, des sanglots, et des bruits de pas. D’où proviennent-ils et pourquoi pleurent-ils ? Une forme s’approche, me tient fermement la main, je ne reconnais pas la présence à mes côtés cependant une odeur particulière éveille mon odorat. Un parfum floral très doux, cette agréable senteur ne m’est pas familière. La main délaisse son emprise, les personnes s’éloignent, les pleurs persistent. Suis-je mort ?

Le matin arrive, si j’avais plus de temps j’aurais aimé détailler mon rêve à Talia, hélas il est l’heure de commencer à mettre en œuvre le plan. Nous enfilons les masques en prenant des visages différents de ceux sur nos pièces d’identités et nous retournons à la petite ville où nous avons passé les derniers mois, afin de prendre les cyborgs qui sont restés dans la maison. Je missionne Talia de les mettre en marche, leur expliquer ce qu’ils doivent faire et les envoyer récupérer la seule des voitures restantes des Strigoï qui nous ont rendu visite il y a quelques mois de ça.

Ils prennent le véhicule et commencent à rouler, ils savent exactement ce qu’ils doivent faire, et nous aussi. En véhicules depuis un bon dix kilomètres, nous sommes à environ deux cents mètres du point d’interception. Je règle mon sifflet pour cibler les humains de moins de 50 ans, ça devrait le faire. Debout sur le coffre du véhicule, nous réglons les derniers préparatifs. Talia prend la télécommande du drone et l’envoie dans les airs pour avoir une vue d’ensemble.

- Je les vois, ils sont pile à l’heure ! S’écrie ma partenaire.

- Nos bots sont en place ?

- Oui, ils sont dans le véhicule, ils attendent.

- Pose le drone Talia, on y va.

Nous remontons dans la voiture et prenons la route pour arriver derrière le convoi. Il y a deux 4×4 devant le bus et un autre derrière celui-ci, il doit y avoir beaucoup de prisonniers. Nos petits soldats foncent à toute allure vers le véhicule de tête et le percutent de plein fouet. Le carambolage est assez grand pour arrêter tout le monde, la deuxième voiture de tête a vu nos amis leur foncer dessus, comme je l’ai anticipé ils ont ralenti avant l’impact et évité de finir comme leurs collègues de devant. Talia et moi débarquons en simultanés et progressons rapidement jusqu'au 4×4 qui clôt le convoi.

A l’intérieur se trouvent cinq hommes armés, je passe devant eux, et utilise mon sifflet. J’alterne entre respiration et sifflement car je dois bien gérer mon souffle pour ne pas leur laisser le temps de nous tirer dessus.

Comme convenu, tout le monde se tord de douleur. Talia ordonne aux cyborgs que nous avons utilisés de sortir les hommes de la voiture en milieu de cortège et prendre leur véhicule. Avant ça, ils enlèvent le traceur installé sur le véhicule et peuvent ensuite se diriger vers la maison du camp, nous n’avons plus besoin d’eux pour la suite.

Pendant ce temps-là, les Strigoï, qui ne sont pas affectés par le sifflet, sortent du bus et se pressent dans ma direction. Ils sont au nombre de quatre. Je reconnais le type de la dernière fois et ses acolytes, ceux qui sont venus me chercher à la sortie du procès. Je savoure ce moment. Pas de pistolet pour eux je préfère uniquement faire usage de mon couteau. Je veux commencer ma vengeance avec eux. Ma respiration ne s’est pas accélérée. Je continue de souffler dans mon accessoire en faisant signe à mon binôme d’aller récupérer les frères et sœurs, elle acquiesce d’un signe de la tête.

 

Ils viennent tous les quatre dans ma direction, ils sont rapides, mais pas autant que mon acolyte, en revanche ils sont tout de même plus entrainés que les premiers Strigoï que j’ai affrontés. J’esquive le premier qui s’échoue sur le sol. Je garde mes distances en me déplaçant vers le bus pour me retrouver dos au véhicule. Ça me permet d’éviter de me faire encercler, je me concentre sur le prochain. Celui-ci frappe dans ma direction, j’arrive à lire ses mouvements pour esquiver son coup et plante mon couteau dans sa main pour le bloquer dans le bus. Je prends mon deuxième couteau attaché à ma cheville et le plante dans son cœur. Aussitôt planté, aussitôt retiré, simultanément que celui qui a transpercé sa main.

L’assaillant qui se trouve au sol est le plus proche. Il voit son ami tomber le long du bus. Pris dans un accès de fureur, il prend son élan, s’avance et s’empale sur le couteau que je lui ai lancé en visant parfaitement le cœur.

Talia sort avec les deux occupants du bus que nous sommes venus chercher. Elle leur a mis des casques sur les oreilles avec une playlist de musique de métal, ainsi que des masques sur les yeux, cela devrait suffire à ce qu’ils n’entendent absolument rien et ne voient pas ce sanglant dessin. Tous les autres humains présents continuent de s’agiter au sol, pliés par la douleur, tout en se protégeant les tympans avec les mains. En se rapprochant des deux Strigoï restants, ma partenaire, accompagnée de nos deux prisonniers, s’avance vers moi. Les deux buveurs de sang font demi-tour et s’apprêtent à lui sauter dessus, sans doute pensent-ils qu’elle est une proie plus facile. Pile à ce moment je dégaine mon pistolet pour leur mettre une balle à chacun d’entre eux. La première balle touche sa cible et tue le premier sur le coup, tandis que la deuxième balle pénètre le corps du second et sa tête se décroche pour rouler sur le sol.

Pleins de surprises, je regarde mon arme et m’interroge, c’est étrange je n’ai pourtant pas de munitions explosives. Quand le corps de celui sans tête chute sur le sol glacé je réalise ce qu’il vient de se passer. C’est son œuvre, ma partenaire a agi au même moment où la balle a atteint la tête du vampire. Je ne l’avais jamais vu être aussi rapide. Sa mise à jour n’est toujours pas effectuée, et pourtant, elle est arrivée à le décapiter avant que ma balle ne pénètre sa tête.

Les deux prisonniers sont quant à eux totalement privés de leurs sens, leur mobilité est réduite grâce aux menottes et leur tête est cagoulée comme je l’ai été lors de mon incarcération. Ils reprennent leurs trajets jusqu’à la voiture accompagnés par Talia. Prochaine étape, je prends les armes de chacun des soldats, des véhicules, et dépose le tout dans le coffre de notre véhicule. Après ça, je monte sur notre voiture avec nos occupants prêts à partir. J’arrête les sifflements et je m’écris :

- Maintenant tout le monde dehors, vous avez deux minutes pour vous rassembler au milieu de la route en ayant libéré les prisonniers. Otez-leur les cagoules par la même occasion. Plus vite que ça ou je remets un coup de sifflet. Je brandis mon arme d’un air menaçant.

D’un ton sûr de moi je ne dois pas leur laisser penser que je n’ai aucune intention de les tuer sinon ils pourraient tenter de se rebeller.

Personne ne parle, ils sont debout, équipés comme tout bon militaire et pas très fiers de s’être fait avoir par deux personnes seulement. Les prisonniers sont eux aussi rassemblés sur la route et aucun d’entre eux n’a l’air rassuré.

- Les prisonniers, je ne sais pas pourquoi vous êtes ici, mais aujourd’hui est votre jour de chance, deux possibilités s’offrent à vous, le no man’s land ou rester ici avec vos geôliers. Faites votre choix !!

Ils hésitent à partir, mais après s’être jetés quelques regards, l’un d’entre eux prend la parole :

- Je conduis le bus, montez, et prenez aussi le véhicule qui reste.

Je le félicite pour son initiative, ils partent en prenant la direction du no man’s land, tandis que nous prenons la direction d’Undercity en laissant les soldats sur place.

Les deux prisonniers assis dans le véhicule, la peur se lit dans leurs attitudes, pendant ce temps-là Talia roule à toute allure. Je me tourne pour leur retirer le masque sur les yeux ainsi que les casques de musique, ils ont du mal à ouvrir les yeux. La brume qui couvre leur vue après de longues heures sans avoir aperçu la lumière du soleil s’estompe peu à peu. Je sais ce qu’ils ressentent car ça, je l’ai vécu il y a quelques mois encore. Les yeux pleins d’incompréhensions ils se trouvent dans une situation peu confortable, assis dans le véhicule de deux inconnus bien plus âgés qu’eux car nous n’avons pas retiré nos masques pour le moment. L’un de nos invités entame la conversation.

- On ne sait absolument rien, on n’est pas coupable, qui êtes-vous ? S’interroge le frère.

- On aura le temps d’en discuter, on a quelques questions pour vous avant tout, leur dis-je.

Talia prit la parole et commence à leur poser des questions :

- Vous appartenez vraiment à Rebirth ?

La sœur se mit à parler avant que son frère ne la coupe. Elle eut juste le temps de dire ceci :

- On ne vous a jamais vu au QG ni dans aucune des planques…

- Mais tais-toi, tu ne vois pas que c’est un plan foireux pour nous faire parler ?

- Ecoute, si le gouvernement avait voulu te faire parler, ils vous auraient torturé et vous auriez parlé. Ou plus simple encore ils auraient extrait les informations de vos deux petites cervelles. On vous a sorti de là pour que vous répondiez aux questions donc répondez, avant que l’on ne vous dépose dans un lieu ou vos chances de survie sont proches du néant, l’intime Talia.

- Franchement on vous remercie pour ce que vous avez fait, mais on ne dénoncera pas notre famille même s'ils ont tué la plupart d’entre eux. Il doit rester des survivants.

Talia lui fournit une réponse qui m’amusa :

- Ce n’est pas ta famille qui t’a fait t’évader, c’est nous.

- Elle a raison Ethan, il faut que l’on coopère.- Vous nous emmenez en lieu sûr et on vous dira tout ce que vous voulez savoir, clôt Ethan.

- Voilà enfin une bonne réponse, termine Talia.

J’allume le poste et mets un peu de musique pour accompagner le trajet durant lequel j’en profite pour me reposer quelques minutes le temps du retour. La voiture garée dans le parking souterrain, Talia enlève les bandes adhésives sur les plaques d’immatriculation pendant que je m’assure que personne ne peut nous voir. Nous les emmenons discrètement dans notre appartement. Je les installe et leur prépare un café chacun, et un thé pour moi.

- Avant tout, on va vous révéler nos vrais visages.

Talia est assise sur un tabouret un peu plus en hauteur au niveau du bar, moi je suis assis sur le canapé face à eux, seule la table basse nous sépare avec posée dessus la boite contenant les masques. Nous enlevons nos masques que nous reposons dans leurs supports situés face à nous.

Leurs expressions se transforment, ils sont surpris de voir nos vrais visages. Ethan est roux, les cheveux mi-longs. Il doit mesurer 1m75 environ et de corpulence plutôt sèche. Il a encore un peu d’acné sur le visage mais aussi une petite barbe qui le vieillit un peu.

Sa sœur est elle aussi rousse, un peu plus grande que son frère. Sur son visage, elle a quelque chose qui la rend innocente avec des taches de rousseur sur le haut des joues, et des lunettes rondes qui épousent parfaitement la forme de son visage. Ses yeux sont de la même couleur que ceux de son frère, un vert vitreux.

Ils se redressent sur le canapé, comme s’ils essayaient de s’échapper en s’enfonçant dedans. A cet instant, je reprends la parole :

- N’ayez pas peur, ce sont des masques polymorphiques que nous avons créés dans mon ancien labo.

- Je te reconnais, toi tu es ce mec qui a buté ses parents.

- Vous avez attaqué le café et le magasin de décoration ? Les questionne Talia. J’ai aussi lu dans le journal que vous aviez empoisonné le sang d’une des usines Strigoï.

- Bien sûr que non, on n’a jamais fait ça ! S’exclame Théa.- Idem pour moi, lui répondis-je.

- Comment ça se fait que tu ne sois pas mort ? Me demande son frère.

- Ma sœur Talia ici présente m’a sauvé.

Elle leur fit un signe de la main. Aucun d’eux ne répondit.

- Maintenant je pose les questions, je suis Dante Wells. Je fus moi aussi accusé à tort. La raison pour laquelle on vous a fait sortir c’est à cause de l’attaque du café qui n’en était pas une. Nous y étions et c’est nous qui avons causé tout ça. De ce fait on a toute suite eu des doutes concernant les informations qui sont divulguées aux infos.

Leurs visages sont passés par tous les états, ils essaient de comprendre mais ça fait beaucoup d’informations pour eux à en voir leurs expressions.

Théa tend la main pour toucher le masque mais je la repousse en lui tapant dessus.

- Ne touche pas, laisse-moi finir. Donc nous nous sommes fait attaquer dans ce café ma sœur et moi par des mecs de l’Orchestra qui en avaient après nous. Ils étaient augmentés via l’Ætrium c’est pour cela qu’il y a eu autant de dommages. On m’a accusé de faire partie de Rebirth, donc je dois savoir qui vous êtes et ce qu’ils ont après vous.

Les frères et sœurs se regardent, on dirait qu’ils commencent à me faire confiance. Après tout, nous partageons un peu la même histoire, cela doit forcément les rassurer. Je me lève et commence à marcher le long du canapé face à eux tout en écoutant Théa raconter son histoire.

- Nous appartenons à Rebirth mais nous sommes un mouvement pacifiste, répond Théa. On est juste un groupe de hackers. Il y a quelque mois, on a mis la main sur des échanges de mails entre des généraux concernant un rendez-vous, avec comme objet : MA11RS. Dans le mail ils disent que celui-ci s’est soldé par un bain de sang, et c’est à ce moment-là que tout a dérapé pour nous. Ils ont commencé à nous mettre en avant dans les médias et nous traquer. Mais ceux qui ont mené l’attaque contre notre entrepôt n’étaient pas de la police. C’étaient des Strigoï.

- Les mails disaient quoi ? S’enquiert Talia.

- Personne n’a compris justement, c’est ça le souci. Ça disait que la réunion des deux parties s'était soldée par la mort des émissaires et qu’il n’y aurait pas de deuxième prise de contact. Ce n’était qu’un mail parmi tant d’autres mais c’est cet échange qui nous a mis dans leur viseur.

- C’est tout ? Interroge Talia.

- Oui, nous n’avons eu accès à aucune information capable d’engendrer ce genre de conséquences. On n’avait même pas l’intention de le diffuser, s’exclame Théa.

Je me tourne vers mon amie et nous pensons à la même chose car elle reprend la parole et dit exactement ce que je pensais :

- La guerre approche, si les Strigoï attaquent les émissaires de Dara, cela veut dire que ça va recommencer. Mais dans ce cas-là, pourquoi tuer nos parents, pourquoi vous faire accuser de l’attaque ? Demande Talia.

- Mon frère et moi n’en avons aucune idée. On n’est au courant de rien. Ils ont fait irruption au QG, ils ont tué tout le monde et nous ont embarqué tous les deux. Quand ils parlaient ils disaient qu’il fallait absolument laisser deux personnes en vie. Par chance c’est tombé sur mon frère et moi car nous étions tous les deux dans le même bureau.

- C’est ce que l’on va devoir découvrir Talia.

- On veut découvrir qui est derrière tout ça et les faire payer. Avec Théa on peut s’avérer utile, reprit Ethan.

- Non merci, vu la rapidité avec laquelle ils vous ont attrapé, je préfère me passer de vos services, lui répliquai-je.

- Ils ont tué nos amis, ils nous ont attrapés car nous étions entourés d’insouciants et on ne comprenait pas trop ce qui se passait. Mais on ne fera plus cette erreur.

- Vous serez des fardeaux pour nous lors de nos déplacements, réplique Talia.

- Alors on restera ici, on vous servira d’assistance informatique, on est vraiment doués n’oubliez pas que l’on est des Hackers.

- De toute façon, vous allez devoir rester ici quelques temps. Si ils vous mettent la main dessus ils pourront remonter jusqu’à nous. Donc si nous avons besoin de vous, on vous fera signe.

Théa se lève, traverse l’appartement, et se met face à Talia, contre le bar. Elle lui dit :

- On tient vraiment à vous aider, ils ont ruiné nos vies à nous aussi, donnez-nous juste du matériel informatique et on vous servira de support depuis ici.

- J’en discuterai avec Dante et on verra si on peut vous trouver des missions à votre portée.

- Merci, on vous montrera que l’on peut être efficace.

- Ok, vous devriez vous reposer, je vais vous montrer vos chambres. Il y a de quoi vous changer et tout ce dont vous avez besoin, dit Talia en les invitant à la suivre.

Les deux individus visitent l’appartement accompagnés de ma partenaire pendant que je reste dans la pièce principale. Mes pensées s’entremêlent et m’empêchent de me concentrer, je suis une fois de plus au point de départ.

Ma camarade se joint à moi et nous reprenons notre discussion, alors que nos deux nouveaux amis font leurs toilettes avant d’entamer leur nuit de repos bien méritée.

- Appelle Jaina pour voir si elle sait quelque chose, me dit Talia.

- Tu as raison, je vais faire ça, lui répondis-je.

Le téléphone sonne plusieurs fois, elle finit par répondre.

- Jaina c’est Dante, il faut que je te parle. Tu es disponible ?

- Oui, attend un peu que je m’isole.

Quelques secondes plus tard, elle me dit qu’elle est seule.

- Je t’écoute, c’est bon.

- On a récupéré les colis, ils sont en bonne santé et à l’abri.

- J’ai entendu ça aux informations, j’ai aussi vu que vous n’aviez fait aucune victime, hormis les Strigoï qui l'accompagnaient.

- Ils n’avaient pas l’intention de collaborer, je n’avais le choix. Les jeunes sont avec nous, leur petite bande a été décimée lors de l’arrestation. Tu en sais quelque chose ?

- Oui, on a reçu un communiqué disant que l’organisation avait été démantelée par des chasseurs de primes.

- Concernant la prochaine guerre qui se prépare, tu as des informations ?

- Non, aucune, il n’y a aucune guerre qui se profile, sinon on serait au courant. Les ententes entre les deux gouvernements n’ont jamais été aussi bonnes.

- Les jeunes ont piraté la boîte mail d’un des généraux de Dara. Ils ont mis la main sur un mail en particulier stipulant qu’une réunion avait mal tournée et que nos émissaires ont été réduits en pièces.

- C’est impossible, en tout cas je n’ai pas le moindre renseignement là-dessus. Mais je connais quelqu’un qui peut t’aider.

- Dis-m’en plus.

- A Undercity, il faut que tu trouves Draven, c’est un Strigoï de haut rang qui trempe dans pas mal de sales histoires, homicides, trafics d’humains et j’en passe. On le connaît car on a déjà essayé de mettre un terme à ses trafics, mais aucune demande d’extradition ne fut acceptée. Il est très influent, donc si quelqu’un est au courant d’une guerre qui se prépare, c’est bien lui.

- On va le trouver, merci pour les informations.

- Ça risque d’être plus difficile que d’attaquer le convoi, tu sais ?

- On est prêt, il faut juste que l’on sache où le trouver.

- Bon courage avec ça et faites attention à vous, clôt Jaina.

Je me dirige vers le réfrigérateur pour me préparer un sandwich tout en résumant la situation à ma partenaire. Nous en profitons pour nous asseoir devant l’ordinateur et commençons les recherches sur ce dénommé Draven. Peu de renseignements sortent sur lui, mais nous en avons assez pour savoir où chercher.

La nuit est bien entamée, je sens la fatigue s’installer jusqu’au plus profond de mon corps. Mes doigts s’engourdissent et mes paupières se font très lourdes. Je décide d’aller me doucher. L’eau chaude parcourt ma peau, mon corps est encore endolori par les douleurs passées, certaines parties sont même encore violacées. Je ne peux pas m’empêcher de penser à mon implication dans cette histoire et pourquoi cela m’arrive. Il faut que je continue ou je n’aurai jamais de réponses.

Installé sur mon lit, je sombre peu à peu dans les abysses du labyrinthe que je parcours toutes les nuits en essayant tant bien que mal de trouver une issue.

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CHAPITRE 14 : Rouge c’est rouge

 

Pas de cauchemar pour moi cette nuit, le matin, après une petite discussion avec les deux frères et sœurs nous finissons par abdiquer, je pars donc avec Talia acheter du matériel informatique en suivant scrupuleusement la liste qu’ils nous ont transmis. Je ne suis pas hacker mais j’ai de très bonnes connaissances en informatique ce qui nous aide à trouver rapidement les composants. Au retour, nous prenons le petit déjeuner ensemble. Personne ne s’interroge de savoir si Talia mange ou pas. Pour le moment, je ne compte pas leur dire qu’elle n’est pas humaine, même si elle est plus humaine que certaines personnes de ce bas monde. Bien réveillés, ils commencent à se chamailler pour savoir lequel des deux possède les meilleures compétences informatiques.

- Ça suffit, arrêtez de vous disputer, on a une mission pour vous.

- Enfin une bonne nouvelle. On commence par quoi ? Interroge Théa.

- Mon frère veut que vous vous introduisiez dans les réseaux sociaux, voire dans le mobile d’un Strigoï qui s’appelle Draven. Vous devez recueillir le maximum d’informations sur lui, les lieux où il a l’habitude d’aller, les personnes qu’il fréquente, ses occupations, ses soirées, … Enfin, tout ce que vous trouvez et qui vous semble pertinent.

- Talia et moi sommes partis vous acheter des ordinateurs ce matin. Mettez-vous au boulot quand vous aurez terminé de déjeuner. Le premier qui trouve l’information la plus intéressante, je lui expliquerai comment utiliser le masque.

- J’ai plus faim, je commence tout de suite ! S’écrie Ethan.

Théa le suit. Ils commencent tous les deux à mettre en marche les ordinateurs et se mettent en place dans le salon. Ils s’exécutent en se remuant et gesticulant dans tous les sens pour tirer des câbles à travers l’appartement. Théa me regarde et me déclare :

- Il va nous falloir plus de matos si on veut rester discrets, et puis il faut penser à notre confort aussi, parce que tes chaises de cuisine là, ça ne va pas le faire. On a passé des nuits de merde dernièrement, donc on apprécierait bien un peu de confort.

- Fais une liste, je vais chercher ce qu’il vous faut.

Elle prit un papier un crayon et me fit une longue liste contenant des choses totalement différentes les unes des autres, comme des produits d'hygiène féminins ou des fauteuils confortables, tout en annotant un petit smiley souriant à côté. Elle ajoute à cela des téléphones portable dernier cri et de la nourriture. Ceci va m’occuper le reste de la matinée.

- Tu veux venir avec moi Talia ?

- Oui, je finis de me préparer et j’arrive.

J’enfile mon masque et descends à la voiture attendre mon acolyte. Après quelques minutes, elle me rejoint dans le véhicule. Pour une fois, c’est moi qui conduis. Nous ne sommes pas beaucoup sortis dans la ville depuis que nous sommes arrivés. Je prends la direction du centre-ville et j’entame la discussion :

- Tu as leurs mensurations ? On va leur prendre d’autres vêtements aussi.

- Oui bien entendu, j’ai tout enregistré.

- Parfait, tu leur fais confiance ?

- Ils n’ont pas menti. En retrait, j’ai pu analyser leurs respirations et les expressions de leurs visages.

- On va déjà voir s’ils arrivent à nous dégoter des indices pour trouver notre prochaine cible. On avisera par la suite.

- Bonne idée.

- Tu sais combien il nous reste d’argent ?

- Exactement 137 756 $. On a bien dépensé et on va encore pas mal dépenser aujourd’hui, mais on trouvera une solution si on est à court d’argent.

- Je pense que ça devrait le faire, mais au pire des cas oui, on réfléchira à un plan pour trouver de l’argent. Pour le moment, on est plutôt pas mal niveau ressources petite sœur.

Talia rit en levant les yeux au ciel. Nous terminons le trajet et arrivons dans le centre-ville. Tout est neuf, cette ville est très récente, elle a été créée peu de temps après la guerre, l’architecture n’est pas calquée sur la nôtre mais certaines choses sont différentes comme les pubs exposant différentes marques de sang. Les bars fournissent du sang en grande quantité, l’alcool n’est pas le produit de consommation favori des Strigoï car il n’a aucun effet sur eux contrairement aux drogues dures, ce dont ils raffolent. Le cœur de la ville est bondé en ce mercredi ensoleillé, le froid perdure mais cela ne se ressent pas en regardant la population. C’est bien la seule chose que je leur envie, ils ne sont pas affectés par le froid, c’est un avantage que j’aurais aimé avoir lors de ma formation il y a quelques mois.

La population est assez « melting pot » car il y a des vampires de toutes les couleurs et sexes, il y a aussi des enfants, c’est interdit maintenant de transformer les enfants mais tous ceux qui ont malheureusement été transformés avant la trêve ont conservé leurs apparences d’enfant. Dans les magasins tous les styles vestimentaires se confrontent, ils ont des goûts totalement disparates, les époques se confondent et se mélangent. Il est d’usage que plus vous êtes âgés, plus vous avez tendance à revêtir des tenues de l’époque où vous avez vécu. C’est assez déstabilisant mais je dois avouer que l’on s’y habitue. Le but étant d’aider à revendiquer une certaine forme de respect envers les ainés. Talia et moi nous séparons pour faire nos emplettes le plus rapidement possible. J’aimerais ne pas avoir à passer trop de temps ici car être humain dans cette ville est une chose courante mais de nombreux faits divers me sont parvenus du temps où je vivais encore du côté des humains.

Le centre-ville est très futuriste. Technologiquement, ils sont vraiment au même niveau que nous, peut-être même un peu plus en avance en termes d’architecture. En regardant autour de moi, je peux voir un tas de gratte-ciels avec des formes vraiment diverses. L’un d’entre eux se présente comme un triangle avec une pointe à son sommet. Totalement vitrées, les couleurs changent selon l’angle duquel on le regarde. Je peux voir au loin, à son pied, une immense place avec une fontaine qui est à l’effigie de Virgile et ses généraux. L’édifice est incroyablement imposant, il le représente en train de tenir une lance en or tel un javelot orienté vers le sol. Autour de lui se trouve sa horde, un peu moins massive que Virgile, qui lui se tient debout, le regard tourné vers le ciel tout en arborant fièrement une tenue impériale. L’eau qui coule est rouge sang, ce n’est pas du sang car sinon bon nombre d’entre eux se jetteraient dedans mais le colorant qu’ils y mettent est vraiment ressemblant. Il n'y a pas à dire, cette statue en jette, je n’ai jamais rien vu de tel. A ma grande surprise, la population autour ne prête pas trop attention à moi.

Les seuls qui m’accordent de l’attention veulent uniquement me faire comprendre que je ne suis pas le bienvenu ici, ou que je leur servirais bien de repas.

Fini de rêvasser, je commence les achats. J’ouvre la liste que Théa a faite et décide de commencer par les composants informatiques. Je débute par un grand centre commercial au pied de la statue, par chance ils parlent la même langue que nous donc les indications sont plutôt faciles à lire et s’orienter dans ces immenses bâtiments se fait naturellement.

Au fur et à mesure de ma petite aventure j’ai pu croiser des individus tout aussi hauts en couleur les uns que les autres. Finalement, ils ne connaissent pas que le cuir noir. Ce fut plus long que ce que je pensais. Je finis par compléter ma partie de la liste. J’ai dû retourner plusieurs fois à la voiture pour y déposer ce que j’ai acheté. Talia est là aussi, assise sur le capot de la voiture avec ses emplettes au sol.

Le véhicule chargé, les fauteuils de bureau prennent de la place mais la totalité tient dans l’habitacle arrière.

Dans la voiture, nous échangeons sur notre expérience dans la ville. Elle me confie qu’elle a aussi eu le droit à des réflexions du même style que celles que l’on m’a lancées : sale humaine, retourne d’où tu viens… Ce qui est plutôt bon signe car ça signifie qu’elle passe inaperçue et qu’elle est Humaine à leurs yeux.

Le trajet du retour s’effectue rapidement et, une fois arrivés, nous demandons à nos nouveaux venus de nous assister à monter les affaires dans l’appartement. La logistique terminée, et après avoir retiré nos masques, Théa se met à danser tandis que son frère s’installe dans son nouveau siège. Il lui jette une petite bouteille d’eau qui la touche au niveau du dos, mais celle-ci continue de gesticuler et de faire sa « danse de la victoire » comme elle l’a nommée.

- Pourquoi tu es si heureuse ? Lui demande Talia.- Vois-tu, mon perdant de frère ici présent n’apprécie pas la défaite cuisante qu’il a subie.

- Attends, tu as triché, je t’ai vue, tu as regardé sur mon écran, j’avais de l’avance sur toi.

- Alors là non, tu mens, tu es juste jaloux de mon indiscutable victoire.

- Tu as trouvé quoi ? Demande subitement Talia.

- Je vous explique, en retrouvant le téléphone portable de sa maman, oui il vit toujours avec sa maman, d’ailleurs ça m’a bien amusé pour un grand gaillard comme lui. C’est hallucinant de constater à quel point les vampires sont de fervents utilisateurs de réseaux sociaux…

- Tu peux abréger, l’interrompit ma partenaire.

- Oui, je disais donc, j’ai réussi à trouver son numéro à lui via le téléphone de sa maman et par là même occasion, à m’infiltrer dedans. Elle est beaucoup plus active que lui sur les réseaux sociaux. Je sais exactement où il va aller ce soir. Maintenant, je veux ma récompense, dit-elle en rigolant.

- Bien, maintenant on sait qui est le meilleur parmi vous deux, ricane Talia.

- AH AH vraiment très drôle, je me vengerai, elle sait très bien ce que je vaux.

- Tu auras ta formation plus tard. Pour le moment, il faut que l’on se prépare pour ce soir.

- J’ai oublié de vous dire, il a des mœurs un peu particulières, et la soirée de ce soir s’annonce très sauvage.

- Tu veux dire quoi par-là ? Lui rétorquai-je.

- Ce soir, il ira dans un club bien spécifique, enfin son club, mais ce n’est pas tout, il a commandé une jeune fille à un trafiquant d’humains qui se prénomme Jeffrey. Il a envoyé une voiture la récupérer aux environs des 23h pour ensuite la déposer au Gomorrhe club dont il est le propriétaire. Je ne te fais pas de dessins sur ce qu’il compte en faire.

Depuis le canapé, je commence à penser, mes poings se serrent sur mes genoux et pense à tout faire sauter dans ce satané club. Si on se fait remarquer maintenant, on va devoir faire profil bas. Mais d’un autre côté, on a les masques, on garde une longueur d’avance sur tous nos ennemis, peu importe qui ils sont. Talia me rejoint et me prend par la main, elle a dû sentir que mon cœur s’emballe et que je perds mon calme.

- On kidnappe sa mère et on l’empêche d’aller à la soirée, me dit Talia.

- Non, ce n’est pas suffisant, on va au club et on les massacre tous, dis-je tout en commençant à m’emporter.

- Oh oh détendez-vous un peu, attaquer un convoi semble beaucoup plus aisé que ce qui vous attend ce soir, je ne sais pas pour qui vous-vous prenez mais essayez de rester rationnel, dit Ethan.

- Je pense qu’il y a des tas de clubs comme celui-là, le détruire n’aura pour résultat que de les diriger vers un autre Dante, surenchérit sa sœur.

- Au moins ceux qui seront morts ne profiteront plus de ce business, dis-je d’un ton glacial.

Théa et Ethan nous regardent avec un air de surprise mélangé à un grand désarroi dans leurs yeux. Ils doivent se dire que l’on n'a aucune limite, ou alors que nous sommes suicidaires, qui sait.

- Vous êtes tous les deux complétements dingues, vous n’avez aucune chance de vous en sortir vivants ! S’écrie Ethan.

À l’unisson, Talia et moi crions :

- Silence !

- Non mais franchement, réveillez-vous, encore une fois, je ne sais pas pour qui vous vous prenez mais vous allez vous faire tuer, continue Ethan.

- On sait ce que l’on fait, ne t’inquiète pas pour nous, lui répond Talia.

- Ok, c’est votre problème de toute façon.

- Je sais comment on va agir. Je viens de trouver une solution qui me paraît envisageable.

- Je t’écoute Dante.

Je passe quelques minutes à expliquer en détail mon plan à Talia qui finit par approuver.

- Vous êtes vraiment timbrés tous les deux ! S’exclame Ethan. Mon amie sort et retourne en ville pour chercher les accessoires nécessaires au bon fonctionnement du plan.

- J’ai besoin que vous fassiez un autre truc pour moi.

- Dis-nous tout, s’enquiert Théa.

- Vous allez trouver où se situe la personne chez qui il passera prendre la fille avant sa soirée.

- Je fais ça de suite. Beaucoup plus investie que son frère, elle se met au travail immédiatement.

Le temps que mon binôme rentre, accompagnée des divers accessoires que je lui ai demandé d’acheter, Théa a récupéré les informations sur la localisation du proxénète qui alimente Draven. Nous nous équipons et préparons nos sacs pour nous rendre à l’adresse qu’elle m’a donnée. Pendant le trajet, Talia et moi échangeons sur la périlleuse mission dans laquelle nous nous sommes lancés.

- Je sais que tu n’es pas d’accord avec ça, mais on doit sauver ces gens Talia.

- Ce n’est pas la façon la plus logique ni celle ayant la plus grande probabilité de réussite, mais je serais toujours à 200 % avec toi, tu le sais. Tu dois te calmer et surtout ne pas te laisser submerger par tes émotions avant d’avoir atteint les objectifs. Tout à l’heure j’ai bien vu que tu étais à cran.

- Ne t’en fais pas, je reste concentré mais je ne peux pas les laisser s’en sortir comme ça.

- Nous allons suivre ton plan mais tu devrais faire redescendre ton rythme cardiaque à 75. Tu seras dans une condition optimale pour poursuivre.

- Merci du conseil, je ferai au mieux.

Je ne conduis pas, je préfère rester concentré et essayer de me calmer. J’ai un bras contre la vitre froide et la tête appuyée contre cette même vitre, ma jambe gauche quant à elle n’arrête pas de trembler nerveusement. Il faut absolument que je me calme. En prenant de grandes respirations, je parviens à reprendre le dessus sur mes émotions et éviter que mes pensées ne se dispersent.

Une bonne demi-heure de route plus tard, la maison de l’interlocuteur de Draven le trafiquant d’êtres humains se trouve à quelques mètres d’ici. Elle a l’air plutôt bien gardée. D’ailleurs ce n’est pas une maison mais une immense villa entourée de murs d’enceintes, il ne manque plus que les miradors. Nous enfilons nos masques avec des visages de trentenaires cette fois ci, il est 21 h, nous avons suffisamment le temps. On ne peut pas entrer en force, sinon les hommes envoyés par Draven verront que quelque chose ne va pas. J’envoie mon acolyte s’infiltrer pour m’ouvrir le passage pendant que j’attends dans la voiture.

Narration de Talia : Cela faisait un moment que je n’avais pas effectué une petite sortie en solitaire, mais c’est beaucoup plus simple que ce soit moi qui m’en charge plutôt que Dante. Avec moi ça devrait être un peu plus rapide. J’escalade le mur pour tomber dans une cour avec une pelouse recouverte de neige. L’un des cyborgs du propriétaire est dans la cour il déblaie la neige du passage. Il effectue sa besogne, même de nuit. Je lui demande de venir à moi et j’en profite pour m’isoler avec lui juste le temps de le reprogrammer et faire en sorte qu’il m’obéisse. Dès que la manipulation fut achevée, je l’envoie exécuter le garde Strigoï situé au portail. Je voulais voir si un cyborg non doté de mes capacités peut affronter l’un d’entre eux. À ma grande surprise, le bot se débarrasse de lui avec quand même pas mal de difficultés, il avait aussi l’effet de surprise car le Strigoï ne s’attendait pas à se faire attaquer par un bot. A la suite il ouvre le portail pour que Dante puisse me rejoindre.

Narration de Dante : Nous nous infiltrons jusqu’à la maison et je questionne mon amie :

- Bien joué, combien il y a de personnes à l’intérieur Talia ?

- J’en dénombre cinq, un Strigoï au rez-de-chaussée deux autres sont en haut, avec une fille humaine. La dernière fille est enfermée dans une autre chambre.

Je n’attends pas. Je ne prends pas non plus la peine de répondre. J’entre et tire sur le premier vampire qui se présente à moi, il tombe au sol dans un fracas détonnant. Je fonce vers les escaliers, range mon arme et sors mon couteau. Le deuxième en entendant le vacarme qu’a fait son compère en chutant, est en train de descendre les escaliers. Il se trouve juste au-dessus, alors que nos regards se croisent un court instant, il bondit sur moi. J’esquive son attaque pour le laisser s’entasser dans le mur. Il se retourne et ma lame s’enfonce dans sa tête en passant par son cou. Je sors mon deuxième couteau pour le lui planter dans la tempe gauche. J’extrais mes armes de sa tête et dirige mon regard dans le haut de l’escalier.

Talia monte les escaliers pour se joindre à moi, elle passe devant. Nous nous rendons dans la chambre. Ce que nous trouvons restera aussi gravé dans ma mémoire. L’une des adolescentes est allongée sur le lit dans une pièce aux lumières tamisées. L’ambiance est vraiment glauque, de même que la décoration pseudo-artistique. Cette dernière prend la forme d’un grand tableau représentant une bataille, de même que d’innombrables corps d'êtres humains dominés par une horde de vampires qui se tiennent au-dessus du tas de corps, les regards tournés vers l’avant.

La jeune fille, quant à elle, présente de nombreuses entailles peu profondes sur le corps. Le monstre prend probablement temps et savoure son repas, une chance pour nous car elle est au moins toujours en vie. Son sang recouvre le lit, la couverture blanche en est totalement imbibée. Quant au vampire, il est à moitié habillé, se tient debout et n’a le temps que de dire :

- Mais enfin…

Talia reste vive et lui assène un coup de pied qui l’encastre à moitié dans le mur, toujours avec une rapidité inhumaine. Elle le rejoint au niveau du mur et lui plante sa lame dans le cœur. Son corps reste à moitié enfoncé dans le mur, certains de ses membres se disloquent après le choc intense. L’impact a été tellement violent que même la maison a tremblé. Je me précipite vers l’enfant, elle doit avoir 14 ou 15 ans. Ses blessures ne sont effectivement pas profondes. C’était bien sa volonté que de la garder le plus longtemps possible. Nous sommes arrivés au bon moment. Ses larmes coulent et s’accentuent, je prends un peignoir dans la garde-robe du pervers et l’enveloppe dedans en la prenant ensuite dans mes bras en tentant de la rassurer. L’autre enfant terrorisée dans l’autre pièce vient se joindre à nous.

Mon binôme part à la recherche de tous les cyborgs de la maison. Ils sont quatre en tout. Maintenant que l’on sait qu’ils sont un peu plus forts que les vampires, nous allons pouvoir les utiliser comme convenu. Elle les déconnecte du réseau désactive les émetteurs et les reprogramme tous avec une telle rapidité. Elle me surprend encore.

Pendant ce temps-là j’en profite pour rassurer les filles et échange avec elles :

- Ne vous en faites pas on va vous emmener en lieu sûr. Vous êtes captives depuis combien de temps ?

- Elle depuis 27 ans, moi 33, répondit l’une des enfants.

Avec stupéfaction je l’interroge :

- Mais comment c’est possible ?

- Le réseau du proxénète que vous avez tué nous drogue de Strif depuis des années afin que nous conservions nos apparences de petites filles.

- Attends, vous êtes combien dans ce cas-là ?

- Nous sommes toutes logées dans un grand hôtel qui appartient à Jeffrey, c’est le type que vous avez tué à l’étage. Il n’y a pas que des filles il y a aussi des garçons. On a toutes et tous été capturés étant enfant et depuis ils abusent de nous. C’est un réseau tentaculaire extrêmement bien organisé.

À l’écouter c’est comme si elle s’était habituée à cette vie-là, je dirais plutôt résignée, elle a accepté son sort et ne montre aucune animosité envers ses tortionnaires. Sûrement dû au manque d’énergie et la dépendance aux diverses drogues qu’ils leur ont administrées depuis tant d’années.

- Peux-tu me dire ou se situe cet hôtel ainsi que le maximum d’informations que tu as concernant ce lieu.

- Bien entendu, il est en plein cœur du centre, il est reconnaissable facilement car il est semblable à une spirale et culmine très haut dans le ciel. En ce qui concerne les occupants, le personnel est impliqué il nous était impossible de nous échapper. Les forces de l’ordre ont fait irruptions plusieurs fois pour enquêter mais à chaque fois ils nous ont regroupés au sous-sol. C’est comme s’ils savaient exactement quand la police Strigoï allait faire irruption.

 

L’autre fille prend le relai :

- C’est évident ils sont corrompus ils ont des agents infiltrés au sein même de la police, le gouvernement de Virgile fait son maximum pour lutter contre ça mais l’organisation est trop puissante même pour lui.

Je l’interroge :

- Comment peux-tu savoir que Virgile lui-même n’est pas impliqué ?

- Tu sais quand tu passes toute ta vie auprès de ces monstres tu apprends un maximum de choses. S’il y a bien une chose que nous savons tous c’est que Virgile les effraies, bien que cela ne les empêche pas de commettre leurs crimes.

- Ce ne sont pas tous des monstres, ne dit pas ça Angélique, la femme de ménage Strigoï, Léonie, nous a aidé à plusieurs reprises.

- Oui c’est vrai tu as raison, elle nous a souvent fait passer pour malade, apporté de la nourriture ou encore pensé nos blessures, c’est quelqu’un de bien.

- Vous savez où on peut la trouver ?

- Non impossible, nous ne sortions que sous bonnes escortes la seule information que l’on peut te donner c’est son apparence.

- Très bien je vous écoute.

- Elle est de taille moyenne un peu enrobée, des cheveux mi long bouclés couleur brun. Elle a pour habitude de porter des gros colliers pas forcément beaux mais plutôt atypiques, sa démarche est assez particulière car elle utilise une canne noire. C’est tout ce que je sais d’elle.

- Parfait merci, l’une d’entre vous peut me donner une information que seulement vous pouvez savoir la concernant ?

- Euh il faut que je réfléchisse.

- J’en ai une Angélique, tu te souviens du jour où ce malade de garde avec la grosse cicatrice sur la joue est entré dans notre chambre ?

- Ah oui c’est vrai je me souviens, ce jour-là Léonie est entrée dans la chambre juste après lui, elle a vu qu’il allait s’en prendre à nous. Elle lui a dit que nous avions RDV avec un client très spécial et que s’il nous manquait un seul cheveu il s’en apercevrait et elle se chargerait de le faire savoir à la direction. Ensuite elle nous a dit de garder espoir. Le type a eu tellement peur qu’il est sorti en courant.

Talia finis son opération sur chacun des bots, elle n’est pas intervenue durant la conversation je suppose donc qu’elle n’a peut-être pas encore compris que je compte m’en prendre à cet hôtel. Elle ordonne à un cyborg de prendre les clés de voiture de l’ancien maître des lieux, de soigner la plus jeune qui est blessée et d’emmener les deux filles à Suncity en lui donnant l’adresse de Jaina. J’ai pris le temps d’envoyer un message à Jaina en l'alertant de ce qui arrivera chez elle. L’avantage avec les bots, c’est qu’une fois un ordre donné, ils l’exécutent sans se poser de questions. Nous saluons les deux victimes, elles nous remercient du fond du cœur puis suivent le bot qui va remplir sa mission.

Pendant ce temps-là, je me nettoie pour enlever le sang que j’ai sur moi et enfile une tenue plus adéquate avec le prochain lieu où nous irons. Talia fait de même, il faut qu’elle soit présentable pour jouer l’appât.

Après avoir adopté un style enfantin en s’attachant les cheveux tout en se faisant deux couettes, comme une écolière, elle enfile la tenue qu’elle est allée acheter en fin de journée. Collant blanc, jupe d’écolière rouge et noire à carreaux, accompagnée d’une chemise blanche. Le stéréotype parfait, ce look ira à merveille, ça correspond à celui d’une jeune étudiante. Avec son teint étincelant, ça devrait plaire à notre cible.

Ils ne peuvent pas détecter qu’elle n’est pas humaine car elle a un cœur qui bat elle aussi. De plus, comme nous l’avons vu plus tôt, ils la confondent à une humaine, donc le subterfuge devrait prendre suffisamment de temps pour que nous puissions nous introduire à la soirée. Une fois que nous nous sommes débarrassés des corps pour les mettre tous à l’étage, et demandé aux bots restant de nettoyer les lieux, nous nous asseyons sur le canapé.

- Si on sort vivant de cette nuit on va devoir faire quelque chose pour l’hôtel tu t’en doutes non ?

- Dante j’ai bien compris que tu souhaites t’y rendre. On s’éloigne de l’objectif principal, il pourrait arriver quelque chose.

- J’ai confiance en toi, s’il m’arrive quelque chose j’ai espoir que tu continues ce que j’ai commencé et que tu élucides ce mystère concernant la mort de mes parents.

- Tu sais que je ferai tout ce que je peux pour t’aider.

- Parfait alors c’est décidé, demain on réfléchira à un plan en attendant continuons ce que l’on a commencé.

Nous n’avons pas montré nos vrais visages aux dames que nous avons sauvées, car il est préférable qu’elles ne puissent pas nous identifier. Tous deux faces à un miroir nous manipulons les télécommandes des masques et modifions les visages que nous avions pour les rendre plus jeunes. Des petits éclairs parcourent les masques et le changement s’effectue. Les préparatifs étant terminés, je donne les consignes aux cyborgs en leur expliquant méticuleusement tout ce qu’ils doivent faire une fois la voiture du chauffeur de Draven arrivée. Pour l’un d’entre eux, la mission est d’ouvrir la barrière, alors que pour un autre, elle consiste à nous emmener à la voiture en étant menottés. Lorsque chacun d’eux accomplira ce que j’attends de lui, ils devront se rendre à la voiture et nous suivre au club, puis ils resteront bien sagement sur le parking.

Talia et moi sommes bâillonnés et avons les mains attachées par les cyborgs. Ils ont tous bien retenu ce qu’ils doivent faire, nous avons juste à attendre la venue du conducteur.

A 23 heures précises, la voiture, une limousine en l’occurrence, entre dans la cour, ses phares bleutés illuminent la cour. Le bot nous emmène et nous présente au chauffeur.

- Pourquoi c’est un putain de cyborg qui m’accueille, il est où Jeffrey ?

Le cyborg répond :

- Le maitre est occupé avec sa proie, il m’a demandé de vous faire parvenir les cadeaux.

- Non, elle est trop grande pour lui ! S’exclame le conducteur.

- Le maitre a ajouté un deuxième cadeau pour compenser, et il en a déjà informé maître Draven.

- Ok, fait les monter alors.

Mission réussie. Nous montons dans la voiture et prenons la route pour rejoindre le club. Je me tourne pour vérifier que les cyborgs nous suivent bien et ne sont pas trop proches. Je relève la lumière des phares non loin de nous, tout est donc en ordre. Talia est assise à côté de moi sur le cuir blanc qui recouvre l’intégralité de la limousine. Nous ne communiquons pas car nos bouches sont bâillonnées mais son regard est toujours aussi serein. Pour le moment, tout se déroule comme prévu. Le chauffeur ne nous adresse pas la parole et ne nous accorde aucun regard.

J’ignore depuis combien de temps nous roulons et je suis vraiment très mal installé. Je m’agite car ça commence à faire long mais nous finissons par arriver sur le parking. La nuit est à son paroxysme, le conducteur nous invite à sortir et nous demande d’avancer. Il se tient derrière nous en nous donnant la consigne de le suivre. La musique, de type techno, se repend jusqu’au parking, totalement rempli de voiture de luxe. Les fêtards se massent devant l’entrée. La boîte est un peu excentrée du centre-ville, le secteur parfait pour ce type de lieu sordide. Juste avant de faire mon entrée dans le club, aux côtés de mon binôme, j’entends un véhicule qui se gare sur le parking et personne n’en sort. J’ai le temps de tourner la tête et reconnais notre voiture.

À l'intérieur du club, la décoration est très sombre. Typiquement une boîte de nuit vampire, même si je n’en ai jamais vu avant aujourd’hui, c’est exactement comme cela que je l’imaginais. Des spots lumineux rouges s’entremêlent, tandis que des danseurs et danseuses dans des cages surélevées s’exhibent à la vue de tous. Face à nous se trouve une grande piste recouverte de Strigoï en furie. Drogues et alcools sont les mots d’ordre pour ce type de soirée. Au sommet de l’estrade, deux DJ font rugir leurs platines. Ils portent des masques qui recouvrent la moitié de leurs visages, un peu comme des masques à gaz en version futuriste. Lors du trajet nous sommes plusieurs fois interrompus par des vampires qui ont l’air intéressé à l’idée de se délecter de notre sang. Nous pouvons compter sur le garde pour les rappeler à l’ordre et les éloigner. Il est imposant et tatoué des bras jusqu’au cou, difficile de ne pas le voir, il est en débardeur blanc. J’aperçois des humains au sol qui se vident de leurs sangs tels des bêtes sauvagement blessées mais juste assez pour qu’ils ne meurent pas sur le coup, c’est la dernière image que je vois avant de descendre. Les yeux de la victime sont livides, cet homme agonise sur le sol, mon cœur s’emballe, je n’ai qu’une envie c’est de l’aider.

Nous descendons au sous-sol et passons dans un long couloir éclairé de lumières tamisées rouge, de chaque côté de celui-ci des pièces vitrées ont les rideaux fermés. Aucun bruit ne s’en échappe, sauf la musique de la salle du dessus qui continue de nous faire vibrer jusqu’au plus profond de nos corps. Un vampire s’avance vers nous, il paraît alcoolisé, ou surement drogué étant donné qu’ils ne sont pas affectés par l’alcool. Avec le crâne rasé, les yeux rouges et un teint très pâle, il ne donne pas envie de le croiser. Il se dirige vers moi et m’attrape le bras. Notre hôte l’interpelle :

- C’est pour Draven, pas touche sinon tu sais où tu finiras.

- Je n’ai rien fait, c’est bon, s’excuse le Strigoï.

La progression continue. Je regarde autour de moi et remarque une pièce dont le rideau est ouvert, qui plus est l’unique où l’on peut observer à l’intérieur. J’en profite pour regarder. Mes yeux s’écarquillent, je reconnais Ruben mon geôlier vampire qui nous a accueilli lors de notre arrivée à l’usine. Il est assis sur un canapé le torse nu, une grosse chaine en or plaqué contre son torse, des tatouages d’un mauvais goût et un verre à la main. Il sirote son verre de sang, les pieds posés sur le dos d’une jeune fille dont le corps est entaillé à divers endroits. Elle se tient à quatre pattes le dos droit faisant office de table.

Mon cœur se remet à battre de plus en plus fort, Talia me regarde et me fait comprendre que je dois me calmer. Impossible pour moi de faire redescendre mes palpitations. Le vampire qui nous indique le chemin lui adresse la parole en tambourinant contre la vitre :

- Ruben, on t’a déjà dit de fermer les rideaux quand tu es accompagné.

- Tu te prends pour qui toi ? J’ai payé, je fais ce que je veux, et si tu n’es pas content, tu viens me le dire en face. N’oublie pas que je suis le grand Ruben du clan Havoc !!

- La grande guerre est finie tu n’es plus un maître, respecte le règlement ou tu vas finir par te faire expulser. Lui répond notre accompagnateur.

- Va chier, vocifère Ruben.

Il ferme le rideau sur lequel il est écrit le numéro 3001. De notre côté nous arrivons au fond du couloir alors que la porte s’ouvre donnant sur une grande pièce, beaucoup plus grande que le box où Ruben festoyait. De la musique classique se propage jusqu’à nos oreilles, une musique beaucoup plus agréable que celle d’en haut. Draven est assis à un grand bureau en bois. Il nous invite à nous asseoir sur le canapé, le temps qu’il finisse et demande à son homme de main de sortir de la pièce en refermant la porte.

Le bureau qui fait office de chambre est capitonné, probablement pour éviter que l’on n'entende les cris des chambres adjacentes ou même la musique du dessus. Parsemé d’œuvres d’art avec, au milieu, un lit à baldaquin type renaissance, il ferme son livre, se lève et vient se dresser devant nous. De sa main droite, il effectue un geste brusque pour déployer une matraque télescopique. Il la pointe sous mon cou pour me lever la tête. Draven est imposant, il doit peser dans les 140 kg, une vraie montagne de muscle, un physique digne d’un poids lourd que l’on peut voir dans les combats de boxe. Ses cheveux sont bien coiffés, rasés sur les côtés. Une mèche tombe sur son visage sans lui cacher les yeux. Il me fixe en se mettant à me parler tout en gardant sa matraque télescopique tendue pour lever mon menton.

- Toi, tu seras le dessert, argue-t-il d’une voix puissante.

Après avoir baissé sa matraque il lève son autre imposante main et glisse ses doigts dans les cheveux de Talia. Il se penche et colle son visage contre le sien, quelques centimètres à peine les séparent. Ma partenaire avait jusqu’à présent gardé le visage baissé, quand subitement elle relève la tête lui lance un regard de défi tout en arborant un sourire des plus intrigants. Energiquement elle lui envoie dans les dents un coup de boule qui risque de lui laisser quelques séquelles. Ce fut puissant mais pas assez pour le tuer. Draven vacille et chute en arrière, tout en pulvérisant la table en verre de son dos massif.

L’avantage avec ce genre de chambre où aucun bruit ne s’échappe ou n’entre, c’est que personne ne l’entendra crier. Il reste au sol mais se redresse pour s’asseoir, et crache ses dents qui sont au nombre de cinq. Elles tombent sur le parquet tel des petits osselets. Mon acolyte se détache les mains comme si elles étaient entravées par de simples brindilles d’herbes, et enlève le bandeau dans sa bouche. Une fois cela fait elle me détache et se retourne en posant son pied pour appuyer sur son torse, la puissance est telle qu’elle le fait s’allonger rapidement. Elle mesure de manière adaptée sa force car le coup de boule aurait pu lui décrocher la tête. En l’écrasant avec son pied, elle pourrait aussi l’achever. Du sang plein la bouche, il bafouille :

- Mais vous êtes qui vous deux ?

- Parle encore et je te coupe une main, lui répond Talia. On a quelques questions pour toi, plus vite tu réponds plus vite on te laissera. Pourquoi vous avez tué les émissaires de Dara, et pourquoi vous voulez relancer la guerre ?

- Je ne vois pas de quoi tu parles, la guerre est finie, dit-il en crachant du sang de sa bouche.

- Il dit la vérité Dante.

 

- Pourquoi notre gouvernement s'en est pris à Rebirth, lui demandai-je ?

- Tu viens jusqu’ici pour me demander ça ? Écoute, Rebirth, c’était un contrat. Je ne sais pas qui l’a passé, j’ai juste envoyé mes hommes les trouver et revenir ici avec la récompense.

- Pourquoi en avoir laissé deux en vie ?

- Le contrat était bien spécifique, on devait les éliminer et en laisser deux en vie pour les remettre aux autorités.

- Et les parents massacrés dans leur appartement il y a plusieurs mois, ça te dit quelque chose ?

- On n’a pas réussi à remplir ce contrat à temps. On se l’est fait sucrer par un mec de l’Orchestra, les gens dans la rue disent que c’est Xan qui s’en est chargé.

- Qui vous donne les contrats, lui lance ma partenaire en perdant patience.

- C’est sur le Darknet, je n’en ai aucune putain d’idée. Je prends les contrats qui m’intéressent et je me fais régler en monnaie virtuelle.

Il ne sait vraiment rien, nous sommes venus ici pour rien, comment cela est-il possible. Pourquoi éradiquer les Rebirth s’ils ne sont que de jeunes pirates, et encore pire, si le mail n’a aucun sens et qu’aucune guerre ne se prépare.

- Tu as quoi comme informations intéressantes pour nous ? Car si tu nous es inutile, autant te tuer tout de suite ! M’exclamai-je.

- Attendez, ne me tuez pas, j’ai des armes, de l’argent. Tout ce que vous voulez.

- On n’a pas besoin d’armes ni d’argent, donc tu nous es vraiment inutile oui, rétorqua Talia.

- Non s’il vous plait, j’ai mis la main sur un prototype développé par Cykorp et votre gouvernement. Une combinaison en Ætrium semblable à celle de Dara. C’est une des rares qui existe, elle est inachevée, mais avec mes gars, on va la faire fonctionner. Si vous me laissez en vie, elle est tout à vous.

- Ça c’est intéressant, elle se trouve où cette fameuse combinaison en Ætrium ?

- Ici, dans mon bureau, je dois la donner à mes scientifiques pour qu’ils bossent dessus.

- Montre-moi la direction avec ton bras. Si tu mens, elle te tue.

- Regarde sous le lit, il y a une valise. Elle est dedans.

J’ouvre la valise. Effectivement, il y a une étrange combinaison noire, un peu dans la même matière que les membranes que nous utilisons pour les masques. Mon ancienne société a vraiment viré de bord avec la production de ce type d’armements. D’ordinaire c’est une autre société en association avec le gouvernement qui élabore ces combinaisons. Seuls les soldats d’élites et Dara en personne ont les capacités nécessaires afin de les faire fonctionner et utiliser pleinement leur potentiel. S'il n’y a aucune guerre, à quoi bon.

- Ok, merci, on te prend ça. Tue-le.

- Non !! Crie Draven.

Talia se baisse, ramasse sa matraque au sol et la lui enfonce dans le cœur, puis la ressort instantanément, elle est fatale, sa précision est minutieuse. Il est hors de question de le laisser en vie, pas après tout ce que nous avons vu ce soir. Lui et son maudit club méritent de disparaitre de ce monde. J’emporte la mallette contenant la combinaison et nous nous dirigeons vers la sortie. La porte à peine ouverte, l’homme de main de Draven nous regarde l’air ébahi puis surpris, surpris par la rapidité de ma partenaire qui en un rien de temps lui jette la matraque à travers le visage. Il tombe à la renverse, avec l’objet toujours enfoncé dans le crâne.

Je fonce dans le couloir pour me rendre au box 3001, celui où Ruben se trouve encore, du moins je l’espère. J’ouvre vigoureusement la porte, par chance il se tient debout en train de se rhabiller. Nous avons pourtant fait vite mais hélas la jeune fille est allongée sur le sol, vidée de son sang, la chaine toujours serrée autour de son cou la reliant à un crochet dans le mur. Voir des corps humains inertes ne m’est pas familier c’est pour cela que chacune des fois où je vois une innocente victime se vider de son sang une seule chose me vient à l’esprit : la promesse de tuer tous les vampires qui s’adonnent à ce type de pratiques. Debout face à moi et encore torse nu, il se tourne me fixe d’un air joyeux et me dit :

- Je n'ai pas commandé de dessert, mais ma foi pourquoi pas.

Mes yeux se baissent en direction de la victime toujours gisante dans son propre sang puis mon regard s’oriente vers l’animal. Nerveusement mes poings se ferment prêts à l’attaque. La lumière rougeâtre posée sur nos visages accentue l’intense pression qui règne dans la petite salle, quant à la techno elle commence à me sortir par les oreilles.

- Tu viens de faire ton dernier repas Ruben.

Hilare, il finit d’enfiler sa veste bombers et passe sa main dans ses cheveux, à peine le mouvement terminé que le lâche profite de son geste pour l’élancer vers moi. Il m’est facile de l’éviter, mais je dois rester vigilant. Pour ce qui est de sa force, elle m’est supérieure, contrairement à son intelligence de combat. C’est là mon plus grand avantage. Sa charge ayant échoué il s’est retrouvé au sol contre le mur, il s’énerve se relève et se retrouve face à Talia dans le couloir. Je pose la valise et m’adresse à mon binôme.

- Laisse-le-moi, je vais m’en occuper. Vide toutes les salles et sauve autant de personnes que tu peux.

Un hochement de tête en guise de consentement, elle détourne les talons, sa longue chevelure violacée effleure la face de Ruben. Ce qui a le don d’entailler son égo et le faire enrager tel l’immonde bête qu’il est.

- Vous vous foutez de moi vous deux, je vais vous buter un à un.

Mon acolyte s’éloigne dans le couloir, sans même lui accorder un regard. Elle commence à courir en donnant un coup de poing dans chacune des portes et vitres, jusqu’à ce que tout soit cassé.

Je fais demi-tour, me retrouvant le dos tourné à Ruben et me dirige vers la chambre de Draven. J’estime plus logique de l’affronter ici plutôt que dans un couloir exigu.

Mon ennemi fait craquer ses os tandis que je l’attends dans le bureau de Draven, puis il se précipite pour m’atteindre. Le coup qu’il me porte et que j’ai esquivé casse une partie du lit à baldaquin. Nous échangeons de nombreux coups. Il me touche autant de fois que je le touche, il est vraiment puissant, mais comparé à Talia ce n’est pas suffisant pour me faire tomber. Coup de poing dans les côtes, puissant coups de pieds dans les cuisses, les frappes pleuvent à n’en plus finir. Chacun de ses assauts résonnent dans mon corps tant l’impact est violent. Le bougre ne se ménage pas, à mon tour de riposter, je le balaye et le voilà qui se retrouve le derrière sur la moquette. Pris d’énervement il enrage un peu plus, sort un couteau et tente de me planter dans un déferlement de gestes brutaux mais dont le but est de tuer. J’essaye tant bien que mal de m’emparer de celui-ci, en vain il le manie avec une grande précision, à tel point qu’il arrive à m’atteindre au niveau de l’épaule.

Mon visage a pris de sacrés coups, du sang coule de mon nez, et j’ai plusieurs coupures au niveau des jambes. Mon masque libère des petits éclairs, il doit être légèrement endommagé. Il est temps pour moi de lui montrer mon vrai visage. J’enlève la membrane et la glisse dans ma poche. Ruben s’écrie alors :

- Je te connais toi, tu es numéro 15/1987 !

- Mon prénom c’est Dante.

- Peu importe, c’est vous qui avez tué tous mes gars. Je vais te crever.

La douleur est forte mais le fait qu’il m’appelle par mon numéro de matricule me pousse à me surpasser. Je reprends le combat en l’attaquant du mieux que je peux, je parviens finalement à lui faire perdre son couteau et me jette dessus en effectuant une roulade. Face à lui, armé et séparé par le corps de Draven, Ruben se tient dos à la porte. Le moment de répit nous permet d’entendre les cris de panique provenant du couloir. Lors de la confrontation nous n’avons absolument pas été attentifs à ce qui se déroulait dans le long couloir, et pourtant un vacarme fait rage. Lentement mais surement mon ennemi en profite pour d’abord tourner la tête afin de voir ce qu’il se passe, puis il fait complétement demi-tour. Durant ce laps de temps je peux entrevoir son visage effaré pour ensuite ne plus voir que le dos de sa tête.

Je bascule ma tête sur la gauche et regarde dans l’espace situé entre sa tête et le montant de la porte. J’ai la vision d’un carnage effroyable avec d’innombrables corps décapités et des Strigoï qui descendent au fur et à mesure pour se jeter sur Talia. Elle en a abattu une vingtaine peut-être même plus durant le peu de temps que j’ai passé à affronter Ruben. Elle ne se donne même pas à 100%, et pourtant, elle nous surpasse tous. Elle est stupéfiante, à tel point que Ruben a compris : il a compris que même s’il me défait maintenant, il ne passera jamais la muraille qui l’attend. Des années lumières les séparent, bien qu’il ne soit pas humain et que leurs peurs ne soient plus semblables aux nôtres, son aura s’est éteinte pour laisser place à l’effroi.

Il m’est impossible de voir l’expression du visage de mon ennemi. En revanche, le relâchement de ses épaules me laisse imaginer qu’il a perdu toute combativité. Dans son dos, tous les coups sont permis avec ce genre de personnage. Je bondis jusqu’à lui et lui enfonce le couteau au niveau du cœur. L’arme n’est pas en argent car il ne s’écroule pas au sol. Talia finit de tuer la dernière personne qui descend des escaliers et entre dans une des chambres capitonnées pour exécuter un des pervers de ce tripot. C’est à ce moment qu’il décide de fuir. Ruben court comme un dératé, avec la lame toujours enfoncée dans son corps, et s’enfuit par le couloir en remontant dans le club.

Inutile de partir à sa poursuite, je ne peux pas le rattraper. Je m’avance dans le couloir en prenant soin de ne pas piétiner les cadavres qui jonchent le sol. Pas à pas il est difficile de se frayer un chemin, tant les morts s’amassent tels des morceaux de viande sur une trentaine de mètres. La musique continue de battre son plein. Je récupère la valise couverte de sang, je ne peux pas l’éviter, il est partout, ruisselant tel un fleuve cherchant à rejoindre la mer, le sang de tous ses adversaires se mélange. La lumière rouge met en valeur et accentue chaque goutte, les têtes qui décorent le sol ont toutes des expressions différentes sur leurs visages. C’est un spectacle à la fois surprenant et écœurant.

Mon acolyte sort de la petite chambre dans laquelle elle était entrée, me regarde, et court dans ma direction. Bien qu’elle soit couverte de sang elle aussi, ça ne semble pas la déranger. Elle ne présente aucune blessure mais s’inquiète pour les miennes.

- Ca va aller, ne t’en fait pas, je m’en remettrai. Je ferai juste un peu moins de pompes, lui dis-je en souriant.

- Il faut que l’on parte, on va rentrer te soigner, réplique ma partenaire.

- Il y a des survivants parmi les humains ?

- Oui, il y en a trois, deux petites filles et un garçon, ils sont légèrement blessés. Les autres sont tous morts ils n’ont pas plus de 10 ans.

Quand elle me dit que les enfants sont tous morts, j’ai un pincement au cœur même si cela me rassure de voir tous ces vampires morts devant moi, et me conforte dans mon idée qu’ils ont eu ce qu’ils méritent.

- Prends les clés de voiture dans les poches d’un vampire, on enverra les cyborgs les déposer chez Jaina.

- Bonne idée, je fais ça de suite.

J’ai un peu de mal à marcher mais je prends dans mes bras une des filles. Je tiens la valise contenant la combinaison d’Ætrium dans mon autre main. Mon amie porte une des petites et tiens le garçon par la main. Nous sommes aux pieds des escaliers, je prie pour que nous puissions sortir d’ici sans encombre. Les prières ne sont pas pour moi mais pour les pauvres enfants que nous avons avec nous, pourvu qu’ils sortent sans encombre.

- Je veux que vous fermiez les yeux les filles, et toi aussi mon petit, peu importe ce que vous entendez, peu importe ce qu’il se passe. Vous m’avez bien comprise ? Leur ordonne Talia.

Tout le monde acquiesce puis nous nous mettons en route. Je passe devant et me fraie un passage tant bien que mal. Les occupants de la boîte de nuit ne prêtent guère attention à nous. Le bruit de la musique agrémenté de la faible luminosité nous aide à être les plus discrets possibles pour des humains au beau milieu d’une meute de loups. Nous approchons de la sortie quand tout à coup, deux buveurs de sang, des videurs du club en vue de leurs tenues ainsi que de leurs carrures, se pointent et essayent de communiquer avec nous. En raison du volume, il m’est impossible de les entendre mais je suis persuadé que cela n’a rien d’amical. La réaction de ma partenaire ne se fait pas attendre, elle ne compte prendre aucun risque pour évacuer les lieux. Elle dépose la fille qu’elle a dans les bras. Elle les fait avancer jusqu’à mon niveau pour que je les protège et s’empresse de couper les têtes des deux nouveaux venus. En utilisant le tranchant de sa main droite, d’un seul geste les deux corps des videurs s’échouent par terre sans un bruit, toujours couvert par le vacarme nocturne.

Tout le monde s’écarte autour de nous, des cris retentissent et la musique s’arrête. Je cours vers la porte et demande à Talia de ne laisser sortir personne tant que nous ne sommes pas à la voiture. Elle reste en arrière pendant que nous sortons et courrons jusqu’à notre véhicule. Je demande aux cyborgs de sortir, de prendre les clés que l’on a récupéré et de les confier à l’un d’entre eux pour qu’il cherche la voiture.

Après s’être rapidement exécuté, il revient avec le véhicule. Je leur confie la mission de prendre la voiture et d’aller à l’adresse que je leur indique. Il n’y a que cinq places dans une voiture et trois cyborgs, donc je demande à l’un d’entre eux de me suivre.

- Ne vous arrêtez pas, vous devez déposer les enfants chez Jaina coûte que coûte.

Ils se mettent en route. Je prends place dans notre voiture et viens me mettre devant l’entrée du club, accompagné du dernier bot. Mon amie sort ensanglantée, je sais que ce n’est pas son sang mais ça reste tout de même très impressionnant. Ses cheveux ne sont plus violets teintés de gris mais rouges, rouges comme une rose à son apogée. Ses vêtements sont à présent inutilisables, je n’imagine pas la tête des jumeaux s’ils la voient dans ces conditions. Je me rassure en me disant que ce sont des vampires et qu’ils ne seraient jamais morts s’ils n’avaient pas essayé de nous tuer ou même participé aux atrocités qu’ils commettent dans cet endroit. Ce sont eux qui ont entrainé leurs propres morts, pas nous.

Une fois à mes côtés, nous reprenons la route pour rentrer chez nous.

- Tu vas bien Dante ?

- Non, Ruben s’est enfui, Il a vu mon visage.

Je serre les dents et les poings, je ne sais pas si ça vient de l’adrénaline encore en moi ou d’autre chose, mais je peux sentir que je ne suis pas dans mon état naturel. On a encore du boulot, cet hôtel doit brûler, il faut absolument que je trouve ceux qui ont participés au meurtre de mes parents. Tant de choses que j’aimerais faire, résoudre tous mes soucis en un claquement de doigt et tout oublier ensuite. L’Orchestra nous cherche probablement encore, et je suis déjà au bout du rouleau, mon corps a envie de dire stop, je suis épuisé mais pas de place pour les émotions. Après un trajet d’une quarantaine de minutes, nous regagnons notre chez-nous, accompagnés du cyborg. Il n’est que 1 h 22 du matin. Les jeunes ne dorment pas. Ils regardent les informations quand nous faisons irruption dans l’appartement.

- Oh mon dieu ! Dit Théa en mettant ses mains sur sa bouche.

- On pensait que vous ne vous en étiez pas tirés, surenchérit son frère.

J’enlève mes vêtements et leur demande d’aller chercher la trousse de soin. Mon épaule est endolorie alors que le sang coule le long de mon bras pour gouter contre le sol. Les coupures au niveau de mes membres inférieurs sont superficielles contrairement à celle de mon bras qui semble plus profondes. Je prends le désinfectant et l’applique avec une compresse. Le sang imbibe celle-ci à grande vitesse, je change de compresse pour tenter de stopper le saignement. Talia est partie se doucher pendant que je me soigne. Cela devrait lui prendre du temps pour nettoyer totalement le sang sur ses cheveux. Théa engage la conversation :

- Il s’est passé quoi là-bas ?

- On a rencontré Draven et tout est allé très vite nous avons vu des enfants, il fallait que l’on fasse quelque chose.

- La seule chose que vous avez trouvé à faire c’est de vous faire remarquer ? Interroge Théa.

- Nous n’avons pas eu le choix, crois-moi j’aurais aimé ne pas voir d’enfants morts ce soir.

Tout en continuant le nettoyage et le pansement de mes blessures, les deux continuent de me harceler.

- Aux infos ils parlent d’un carnage, une cinquantaine de morts, ils ont mis la Légion sur le coup, on est clairement dans la merde là et vous ne vous en rendez même pas compte. J’espère que vous avez réussi à obtenir des informations ? Enchérit son frère.

Si je n’étais pas en batterie faible je les ferais taire par la violence.- Oui, ce sont bien les hommes de Draven qui sont venus vous chercher dans votre QG.

- Ils nous veulent quoi ? Questionne Ethan.

- On n’a pas réussi à avoir l’information. Maintenant fermez-la, vous me fatiguez avec vos questions.

Théa prend son frère par le bras et l’invite à la suivre dans l’autre partie du salon. Je l’entends dire à son frère de me ménager car j’ai passé une nuit éprouvante. C’est très sympathique de sa part mais je n’ai pas besoin de sa pitié.

Un bon moment s’écoule avant que Talia ne sorte de la douche, ses cheveux ne sont plus parsemés de rouge ils ont retrouvé leur couleur originelle, grisâtre et violacée. Elle s’avance vers moi pour finir de me recoudre, elle s’exécute avec toujours la même dextérité.

- Tu vas bien Dante ?

- Oui mais ça ira beaucoup mieux après une bonne nuit de sommeil. 

 

Pendant qu’elle finit de me rafistoler, les jumeaux eux sont retournés sur leurs ordinateurs en continuant leurs messes basses loin de nous. À mon tour de prendre une douche. Je suis complétement épuisé. L’eau chaude ruisselle sur mon corps et mes blessures me font souffrir. J’ai ressenti des douleurs différentes durant les entrainements avec ma création et ces cyborgs, mais celle-ci est nouvelle et très forte, elle se répand dans tout mon bras.

La douche finie, je sors de la poche de mon pantalon la membrane et la pose dans son réceptacle. Pas le temps de vérifier son état, je tenterai probablement de la réparer si besoin, il m’en reste suffisamment de toute façon.

Séché et prêt à dormir, j’avale un antidouleur pour rejoindre les bras de Morphée avec, je le souhaite, plus de facilité que les autres jours.

- Je suis fier de toi, me dit Talia allongée à mes côtés. Le niveau va monter crescendo, tu es prêt à aller jusqu’au bout ? On fait quoi pour l’hôtel ?

- On prend un peu de temps pour établir un plan et on les massacre tous ! La réponse te convient ?

- Je n’en attendais pas moins.

 

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